Le bon petit Henri - Conte audio complet - Comtesse de Ségur (Livre Audio)

La nuit des contes
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00:00 Chapitre 1 La pauvre mère malade
05:20 Chapitre 2 Le Corbeau, le Coq et la Grenouille
10:33 Chapitre 3 La moisson
14:46 Chapitre 4 La vendange
18:50 Chapitre 5 La chasse
24:04 Chapitre 6 pêche
31:20 Chapitre 7 La plante de vie
Bibliographie :
Comtesse de Ségur, Sophie. Nouveaux contes de fées pour les petits enfants. La Bibliothèque électronique du Québec, vol. 76, https://beq.ebooksgratuits.com/auteurs/Segur/Segur-01.pdf. Consulté le 12 août 2021.
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La nuit des contes présente
Les nouveaux contes de fées pour les petits enfants
Par la Comtesse de Ségur
Le bon petit Henri
Chapitre premier
La pauvre mère malade
Il y avait une fois une pauvre femme qui était veuve et qui vivait seule avec son petit Henri.
Elle l'aimait tendrement.
Et elle avait bien raison de l'aimer.
Car jamais on n'avait vu un plus charmant enfant.
Quoiqu'il n'eût encore que sept ans,
il faisait tout le ménage pendant que la pauvre maman travaillait
pour aller ensuite vendre son ouvrage et faire vivre son petit Henri et elle-même.
Il balayait, il lavait le plancher, il faisait la cuisine, il bêchait et cultivait le jardin.
Et, quand son ouvrage était fini, il se mettait à raccommoder ses habits,
les souliers de sa maman, ou bien à faire des bancs, des tables
et tout ce qu'il avait la force de fabriquer.
La maison où ils vivaient était à eux.
Elle était isolée.
En face de leurs fenêtres était une haute montagne,
si haute que personne n'avait jamais pu monter jusqu'au sommet.
D'ailleurs, elle était entourée d'un torrent,
de murs élevés et de précipices infranchissables.
Ils étaient heureux et contents.
Mais un jour, la pauvre maman tomba malade.
Elle ne connaissait pas de médecin.
D'ailleurs, elle n'aurait pas eu d'argent pour le payer.
Le pauvre Henri ne savait ce qu'il fallait faire pour la guérir.
Quand elle avait soif, il lui faisait boire de l'eau,
car il n'avait pas autre chose à lui donner.
Il restait nuit et jour près d'elle.
Il mangeait à peine un morceau de pain sec au pied de son lit,
et quand elle dormait, il la regardait et pleurait.
La maladie augmenta de jour en jour,
et enfin la pauvre femme fut tout à fait mourante.
Elle ne pouvait ni parler, ni même avaler quoi que ce fût.
Elle ne reconnaissait plus son petit Henri,
qui sanglotait à genoux près de son lit.
Dans son désespoir, il s'écria,
« Fais bien faisante, venez à mon secours,
sauvez ma pauvre maman ! »
À peine eut-il prononcé ces mots, que la fenêtre s'ouvrit,
et qu'il vit entrer une dame richement vêtue,
qui lui demanda d'une voix douce,
« Que désirez-vous de moi, mon petit ami ?
Vous m'avez appelé, me voici.
« Madame ! » s'écria Henri en se jetant à ses genoux
et en joignant les mains,
« Si vous êtes la fée bien faisante,
sauvez ma pauvre maman qui va mourir
et me laisser seule en ce monde ! »
La fée regarda Henri d'un air attendri,
puis, sans mot dire, elle s'approcha de la pauvre femme,
se pencha sur elle, l'examina attentivement,
souffla sur son visage et dit,
« Il n'est pas en mon pouvoir de guérir ta maman, mon pauvre enfant.
C'est à toi seule qu'est réservée sa guérison,
si tu as le courage d'entreprendre le voyage que je vais t'indiquer.
Parlez, madame, parlez !
Il n'est rien que je ne fasse pour sauver maman.
« Il faut, » dit la fée,
« que tu ailles chercher la plante de vie
qui croit au haut de la montagne que tu vois par cette fenêtre.
Quand tu auras cette plante,
tu en exprimeras le sucre dans la bouche de ta maman,
qui reviendra immédiatement à la vie. »
« Je vais partir tout de suite, madame.
Mais qui est-ce qui soignera ma pauvre maman pendant mon absence ?
Et d'ailleurs, » ajouta-t-il en sanglotant plus fort,
« elle sera morte bien avant mon retour. »
« Sois tranquille, pauvre enfant.
Si tu vas chercher la plante de vie,
ta maman n'aura besoin de rien jusqu'à ton retour,
et elle restera dans l'état où tu la vois actuellement.
Mais tu courras bien des dangers,
tu subiras bien des fatigues avant d'avoir cette plante.
Il te faudra un grand courage et une grande persévérance pour la rapporter. »
Je ne crains pas, madame, de manquer de courage et de persévérance.
Dites-moi seulement comment je reconnaîtrai cette plante
parmi toutes celles qui couvrent la montagne.
« Si tu arrives jusqu'en haut,
tu appelleras le docteur chargé de la garde de cette plante.
Tu diras que c'est moi qui t'ai envoyé,
et il t'en remettra une tige. »
Henri remercia la fée en lui baisant les mains,
prit congé de sa mère, la couvrit de baisers,
mit un pain dans sa poche,
et sortit après avoir salué respectueusement la fée.
La fée sourit en regardant ce pauvre enfant de sept ans
qui partait tout seul pour gravir une montagne si dangereuse
que tous ceux qui avaient tenté d'en atteindre le sommet avaient péri.
La nuit des contes présente
Les nouveaux contes de fées pour les petits enfants
par la comtesse de Ségur
Le bon petit Henri, chapitre 2
Le corbeau, le coq et la grenouille
Le petit Henri marcha résolument à la montagne,
qui se trouva être plus éloignée qu'elle ne paraissait.
Au lieu d'y arriver en une demi-heure, comme il le croyait,
il marcha toute la journée, avant de se retrouver au pied.
Au tiers du chemin, à peu près,
il vit un corbeau qui s'était pris la patte dans un piège
que lui avait tendu un méchant garçon.
Le pauvre corbeau cherchait inutilement à se dégager de ce piège
qui le faisait cruellement souffrir.
Henri courut à lui,
coupa la ficelle qui tenait la patte du corbeau,
et le délivra.
Le corbeau s'envola à Tiredel après avoir crié à Henri.
« Grand merci, mon brave Henri, je te le revaudrai ! »
Henri fut très surpris d'entendre parler un corbeau,
mais il n'en continua pas moins sa route.
Quelques temps après,
pendant qu'il se reposait dans un buisson épais
il mangeait un morceau de son pain.
Il vit un coq poursuivi par un renard et qui allait être pris,
malgré ses efforts inouïs pour s'échapper.
Le coq passa tout près de Henri,
qui le saisissant adroitement l'attira à lui
et le cacha sous sa veste sans que le renard eût pu le voir.
Le renard continua à courir,
pensant que le coq avait volé plus loin.
Henri ne bougea pas jusqu'à ce que le renard fût hors de vue.
Alors il laissa aller le coq qui lui dit à mi-voix
« Grand merci, mon brave Henri, je te le revaudrai ! »
Henri était reposé.
Il se leva et continua à marcher.
Quand il eût fait encore un bon bout de chemin,
il vit une pauvre grenouille
qui allait être dévorée par un serpent.
La grenouille tremblait et ne bougeait pas,
paralysée par la peur.
Le serpent avançait rapidement vers elle, la gueule béante.
Henri saisit une grosse pierre
et la lança si habilement dans la gueule du serpent,
au moment où celui-ci allait dévorer la grenouille,
que la pierre entra dans la gorge du serpent et l'étouffa.
La grenouille s'éloigna en sautant et cria à Henri
« Grand merci, mon brave Henri, je te le revaudrai ! »
Henri, qui avait déjà entendu parler le corbeau et le coq,
ne s'étonna plus d'entendre parler la grenouille
et continua sa route.
Peu après, il arriva au pied de la montagne,
mais il vit qu'il y avait une rivière large et profonde
qui coulait aux pieds,
si large qu'on voyait à peine l'autre bord.
Henri s'arrêta bien embarrassé.
« Peut-être, » se dit-il,
« trouverai-je un pont ou un gaie ou un bateau ? »
Il se mit à longer la rivière qui tournait
tout autour de la montagne,
mais partout elle était large et profonde,
et nulle part il n'y avait ni pont ni bateau.
Le pauvre Henri s'assit en pleurant au bord de la rivière.
« Fée Bienfaisante ! Fée Bienfaisante !
Venez à mon secours ! » se cria-t-il.
« À quoi me sert de savoir qu'au haut de la montagne
est une plante qui sauvera ma pauvre maman
si je ne puis y arriver ? »
Au même moment, le coq,
qu'il avait protégé contre le renard,
apparut au bord et lui dit
« La Fée Bienfaisante ne peut rien pour toi.
Cette montagne est hors de sa puissance,
mais tu m'as sauvé la vie.
Je veux te témoigner ma reconnaissance.
Monte sur mon dos, Henri,
et fois de coq, je te mènerai à l'autre bord. »
Henri n'hésita pas.
Il se lança sur le dos du coq,
s'attendant à tomber dans l'eau.
Mais il ne fut même pas mouillé,
car le coq le reçut si habilement sur son dos
qu'il s'y trouva assis aussi solidement que sur un cheval.
Il se cramponna fermement à la crête du coq
qui commença à la traverser.
La rivière était si large
qu'il vola pendant vingt-et-un jours
avant d'arriver à l'autre bord.
Et pendant ces vingt-et-un jours,
Henri n'eut ni faim,
ni soif, ni sommeil.
Quand ils furent arrivés,
Henri remercia poliment le coq
qui hérissa gracieusement ses plumes et disparut.
Un instant après,
Henri se retourna.
La rivière avait aussi disparu.
C'est sans doute le génie de la montagne
qui voulait m'empêcher d'arriver,
dit Henri.
Mais avec le secours de la fée bienfaisante,
me voici bien près d'atteindre le but.
La nuit des contes présente
Les nouveaux contes de fée pour les petits-enfants
Par la comtesse de Ségur
Le bon petit Henri
Chapitre 3
La moisson
Il marcha longtemps, longtemps,
mais il avait beau marcher,
il n'était pas plus loin du pied de la montagne
ni plus près du sommet
que lorsqu'il avait passé la rivière.
Un autre enfant aurait retourné sur ses pas,
mais le brave petit Henri ne se découragea pas,
et malgré une fatigue extrême,
il marcha vingt-et-un jours
sans avancer davantage.
Au bout de ce temps,
il n'était pas plus découragé qu'au premier jour.
« Deux sais-je marcher cent ans ? » dit-il.
« J'irai jusqu'à ce que j'arrive en haut. »
À peine avait-il prononcé ces paroles,
qu'il vit devant lui un petit vieillard
qui le regardait d'un air malin.
« Tu as donc bien envie d'arriver, petit ? »
lui dit-il.
« Que cherches-tu au haut de cette montagne ? »
« La plante de vie, mon beau monsieur,
pour sauver ma bonne maman qui se meurt. »
Le petit vieillard hocha la tête,
appuya son petit menton pointu
sur la pomme d'or de sa canne,
et dit, après avoir examiné longuement Henri,
« Ta physionomie douce et franche me plaît, mon garçon.
Je suis un des génies de la montagne.
Je te laisserai avancer à condition
que tu me récolteras tout mon blé,
et que tu le battras,
et que tu en feras de la farine,
et que tu mettras la farine en pain.
Quand tout sera récolté, battu, moulu et cuit,
appelle-moi.
Tu trouveras tous les ustensiles
qui te seront nécessaires dans le fossé,
ici, près de toi.
Les champs de blé sont devant toi
et couvrent la montagne. »
Le petit vieillard disparut,
et Henri considéra d'un œil effrayé
les immenses champs de blé
qui se déroulaient devant lui.
Mais il surmonta bien vite
ce sentiment de découragement,
ôta sa veste,
prit dans le fossé une faucille,
et se mit résolument à couper le blé.
Il y passa cent quatre-vingt-quinze jours,
et autant de nuits.
Quand tout fut coupé,
Henri se mit à battre le blé
avec un fléau qu'il trouva sous sa main.
Il le battit pendant soixante jours.
Quand tout fut battu,
il commença à le moudre dans un moulin
qui s'éleva près du blé.
Il moulu pendant quatre-vingt-dix jours.
Quand tout fut moulu,
il se mit à pétrir et à cuire.
Il pétrit et cuisit pendant cent-vingt jours.
À mesure que les pains étaient cuits,
il les rangeait proprement sur des rayons,
comme des livres dans une bibliothèque.
Lorsque tout fut fini,
Henri se sentit transporté de joie
et appela le génie de la montagne.
Le génie apparut immédiatement,
compta quatre-cent-soixante-huit-mille-trois-cent-vingt-neuf pains,
craqua un petit bout du premier et du dernier,
s'approcha de Henri,
lui donna une petite tape sur la joue et lui dit
« Tu es un bon garçon,
et je veux te payer de ton travail. »
Il tira de sa petite poche une tabatière en bois
qu'il donna à Henri en disant avec malice
« Quand tu seras de retour chez toi,
tu ouvriras ta tabatière,
tu y trouveras du tabac comme jamais tu n'en as eu. »
Henri ne prenait jamais de tabac
et le présent du petit génie ne lui sembla pas bien utile,
mais il était trop poli pour témoigner ce qu'il pensait
et il remercia le vieillard d'un air satisfait.
Le petit vieillard sourit,
puis éclata de rire et disparut.
La nuit des contes présente
Les nouveaux contes de fées pour les petits-enfants
Par la Comtesse de Ségur
Le bon petit Henri
Chapitre quatre
La Vendange
Henri recommença à marcher
et s'aperçut avec bonheur
que chaque pas le rapprochait du haut de la montagne.
En trois heures il était arrivé au deux tiers du chemin,
lorsqu'il se trouva arrêté
par un mur très élevé qu'il n'avait pas aperçu.
Il le longea et vit avec effroi
après trois jours de marche
que ce mur faisait le tour de la montagne
et qu'il n'y avait pas la moindre porte,
la moindre ouverture par laquelle on pût pénétrer.
Henri s'assit par terre et réfléchit à ce qu'il devait faire.
Il se résolut à attendre.
Il attendit pendant quarante-cinq jours.
Au bout de ce temps, il dit
« Du sais-je encore attendre cent ans ?
Je ne bougerai pas d'ici ! »
À peine eut-il dit ces mots,
qu'un pan de mur s'écroula avec un bruit effroyable
et qu'il vit s'avancer par cette ouverture
un géant qui brandissait un énorme bâton.
As-tu donc bien envie de passer, mon garçon ?
Que cherches-tu au-delà de mon mur ?
Je cherche la plante de vie, monsieur le géant,
pour guérir ma pauvre maman qui se meurt.
S'il est en votre pouvoir de me faire franchir ce mur,
je ferai pour votre service tout ce que vous me commanderez.
En vérité, eh bien, écoute,
ta physionomie me plaît.
Je suis un des génies de la montagne,
et je te ferai passer ce mur
si tu veux me remplir mes caves.
Voici toutes mes vignes.
Cueille le raisin, écrase-le,
mets-le en jus dans mes tonneaux,
et range mes tonneaux dans mes caves.
Tu trouveras tout ce qui te sera nécessaire
aux pieds de ce mur.
Quand ce sera fait, appelle-moi.
Et le géant disparut,
refermant le mur derrière lui.
Henri regarda autour de lui.
À perte de vue s'étendaient les vignes du géant.
J'ai bien ramassé tous les blés du petit vieillard,
se dit Henri.
Je pourrais bien cueillir les raisins du géant.
Ce sera un travail moins long et moins difficile
de mettre le raisin en vin
que de mettre le blé en pain.
Henri ôta sa veste,
ramassa une serpette qu'il trouva à ses pieds,
et se mit à couper les grappes
et à les jeter dans des cuves.
Il fut trente jours à faire la récolte.
Quand tout fut cueilli,
il écrasa le raisin et en versa le jus dans des tonneaux
qu'il rangea dans des caves à mesure qu'il les remplissait.
Il fut quatre-vingt-dix jours à faire le vin.
Lorsque tout le vin fut prêt,
les tonneaux bien mis en ordre,
les caves bien arrangées,
Henri appela le géant,
qui apparut immédiatement,
examina les tonneaux,
goûta le vin du premier et du dernier,
se tourna vers Henri et lui dit
Tu es un brave petit homme,
et je veux te payer de ta peine.
Il ne sera pas dit que tu ai travaillé gratis
pour le géant de la montagne.
Il tira de sa poche un chardon,
le donna à Henri et lui dit
Quand tu seras revenu chez toi,
chaque fois que tu désireras quelque chose,
sens ton chardon.
Henri trouva que le présent n'était pas généreux,
mais il le reçut en souriant d'un air aimable.
Au même instant,
le géant siffla à faire trembler la montagne.
Le mur et le géant disparurent immédiatement,
et Henri put continuer sa route.
La nuit des contes présente,
les nouveaux contes de fées pour les petits enfants,
par la comtesse de Ségur
Le bon petit Henri, chapitre 5
La chasse
Il n'était plus qu'à une demi-heure de marche
du sommet de la montagne,
lorsqu'il se vit arrêté par un précipice si large
qu'il était impossible de sauter de l'autre côté,
et si profond qu'il n'en voyait pas le fond.
Henri ne perdit pas courage.
Il suivit le bord du précipice,
jusqu'à ce qu'il fût revenu à l'endroit d'où il était parti.
Il vit alors que le précipice tournait autour de la montagne.
« Que faire ? » dit le pauvre petit Henri.
« À peine ai-je franchi un obstacle,
qu'il s'en élève un autre.
Comment passer ce précipice ? »
Et le pauvre enfant sentit pour la première fois,
ses yeux pleins de larmes.
Il chercha le moyen de passer ce précipice.
Il n'en trouva pas,
et il s'assit tristement au bord.
Tout à coup, il entendit un effroyable rugissement.
En se retournant, il vit, à dix pas de lui,
un loup énorme,
qu'il regardait avec des yeux flamboyants.
« Que viens-tu chercher dans mes domaines ? »
dit le loup d'une voix formidable.
« Monseigneur le loup,
je viens chercher la plante de vie pour ma pauvre maman qui se meurt.
Si vous pouvez me faire passer ce précipice,
je serai votre serviteur dévoué pour tout ce que vous me commanderez. »
« Eh bien, mon garçon,
si tu veux attraper tout le gibier qui est dans mes forêts,
oiseaux et quadrupèdes,
et me les mettre en rôtis et en pâtés,
fois de génie de la montagne,
je te ferai passer de l'autre côté du précipice.
Tu trouveras, près de cet arbre,
tout ce qu'il te faut pour ta chasse et ta cuisine.
Quand tu auras fini, tu m'appelleras. »
En disant ces mots, il disparut.
Henri reprit courage.
Il ramassa un arc et des flèches qu'il vit à terre
et se mit à tirer sur les perdris,
les bécasses, les gélinotes,
les coques de bruyère qui passaient.
Mais il ne savait pas tirer et ne tuait rien.
Il y avait huit jours qu'il tirait en vain,
et il commençait à s'ennuyer
et il vit près de lui le corbeau qu'il avait sauvé
en commençant son voyage.
« Tu m'as sauvé la vie, croisa le corbeau,
et je t'ai dit que je te le revaudrai.
Je viens tenir ma promesse,
car si tu n'accomplis pas les ordres du loup,
il te croquera en guise de gibier.
Suis-moi, je vais faire la chasse.
Tu n'auras qu'à ramasser le gibier et à le faire cuire. »
En disant ces mots, il vola au-dessus des arbres de la forêt
et mit à tuer à coup de bec et de griffe
tout le gibier qui peuplait cette forêt.
Il tua ainsi pendant cent cinquante jours
un million huit cent soixante mille sept cent vingt-six pièces
chevreuil, perdrie, bécasse, gélinote,
coques de bruyère et caille.
À mesure que le corbeau les tuait,
Henri les dépeçait, les plumait ou les écorchait
et les faisait cuire soit en pâté, soit en rôti.
Quand tout fut cuit, il rangea tout, proprement,
le long de la forêt.
Alors le corbeau lui dit,
« Adieu, Henri.
Il te reste encore un obstacle à franchir.
Mais je ne puis t'y aider.
Ne perds pas courage.
Les fées protègent l'amour filial. »
Avant que Henri eût le temps de remercier le corbeau,
il avait disparu.
Il appela alors le loup et lui dit,
« Voici, mon seigneur, tout le gibier de vos forêts.
Je l'ai cuit comme vous me l'avez ordonné.
Veuillez me faire passer le précipice. »
Le loup examina le gibier,
croqua le chevreuil rôti et un pâté,
se lécha les lèvres et dit à Henri,
« Tu es un bon et brave garçon.
Je vais te payer de ta peine. »
Il ne sera pas dit que tu aies travaillé pour le loup de la montagne
sans qu'il t'ait payé ton travail. »
En disant ces mots, il donna à Henri un bâton
qu'il alla chercher dans la forêt et lui dit,
« Quand tu auras accueilli la plante de vie
et que tu voudras te transporter quelque part,
monte à cheval sur ce bâton. »
Henri fut sur le point de rejeter dans la forêt ce bâton inutile,
mais il pensa que ce ne serait pas poli.
Il le prit en remerciant le loup.
« Monte sur mon dos, Henri, » dit le loup.
Henri sauta sur le dos du loup.
Aussitôt le loup fit un bond si prodigieux
qu'il se trouva de l'autre côté du précipice.
Henri descendit, remercia le loup et continua sa marche.
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Les nouveaux contes de fées pour les petits enfants
Par la comtesse de Ségur
Le bon petit Henri, chapitre 6
La pêche
Enfin, il aperçut le treillage du jardin
où était enfermée la plante de vie
et il sentit son cœur bondir de joie.
Il regardait toujours en haut tout en marchant
et allait aussi vite que le lui permettait ses forces
quand il sentit tout d'un coup qu'il tombait dans un trou.
Il sauta vivement en arrière, regarda à ses côtés
et vit un fossé plein d'eau, assez large et surtout très long,
si long qu'il n'en voyait pas les deux bouts.
« C'est sans doute le dernier obstacle dont m'a parlé le corbeau, » dit Henri.
« Puisque j'ai franchi tous les autres,
avec le secours de la bonne fée bienfaisante,
elle m'aidera bien certainement à surmonter celui-ci.
C'est elle qui m'a envoyé le coq et le corbeau,
ainsi que le petit vieillard, le géant et le loup.
Je vais attendre qu'il lui plaise de m'aider cette dernière fois. »
En disant ces mots, Henri se mit à longer le fossé
dans l'espoir d'en trouver la fin.
Il marcha pendant deux jours,
au bout desquels il se retrouva à la même place d'où il était parti.
Henri ne s'affligea pas, ne se découragea pas.
Il s'assit au bord du fossé et dit,
« Je ne bougerai pas d'ici,
jusqu'à ce que le génie de la montagne m'ait fait passer ce fossé. »
À peine eut-il dit ces mots,
qu'il vit devant lui un énorme chat,
qui se mit à miauler si épouvantablement
que Henri en fut étourdé.
Le chat lui dit,
« Que viens-tu faire ici ?
Sais-tu que je pourrais te mettre en pièce d'un coup de griffe ? »
« Je n'en doute pas, monsieur le chat.
Mais vous ne me voudrez pas faire
quand vous saurez que je viens chercher la plante de vie
pour sauver ma pauvre maman qui se meurt.
Si vous voulez bien me permettre de passer votre fossé,
je suis prêt à faire tout ce qu'il vous plaira de me commander. »
« En vérité, » dit le chat,
« écoute, ta figure me plaît.
Si tu peux me pêcher tous les poissons qui vivent dans ce fossé,
si tu le peux,
après les avoir pêchés,
me les faire cuire ou me les saler,
je te ferai passer de l'autre côté, froid de chat.
Tu trouveras ce qu'il te faut ici, près de la table.
Quand tu auras fini, appelle-moi. »
Henri fit quelques pas,
via terre des filets, des lignes, des hameçons.
Il prit un filet, pensant que d'un coup il prendrait beaucoup de poissons
et que cela irait plus vite qu'avec la ligne.
Il jeta donc le filet, le retira avec précaution.
Il n'y avait rien.
Désappointé, Henri pensa qu'il s'y était mal pris.
Il rejeta le filet, tira doucement.
Rien encore.
Henri était patient.
Il pensa pendant dix jours sans attraper un seul poisson.
Alors il laissa le filet et jeta la ligne.
Il attendit une heure, deux heures.
Aucun poisson ne mordit à l'hameçon.
Il changea de place jusqu'à ce qu'il eût fait le tour du fossé.
Il ne prit pas un seul poisson.
Il continua pendant quinze jours.
Ne sachant que faire,
il pensa à la fée bienfaisante
qu'il abandonnait à la fin de son entreprise
et s'assit tristement en regardant le fossé.
Lorsque l'eau se mit à bouillonner,
et il vit paraître la tête d'une grenouille,
Henri, dit la grenouille,
tu m'as sauvé la vie.
Je veux te la sauver à mon tour.
Si tu n'exécutes pas les ordres du chat de la montagne,
il te croquera pour son déjeuner.
Tu ne peux pas attraper les poissons
parce que le fossé est si profond
qu'ils se réfugient tous au fond.
Mais laisse-moi faire.
Allume ton feu pour les cuire.
Prépare tes tonneaux pour les saler.
Je vais te les apporter tous.
Disant ces mots,
la grenouille s'enfonça dans l'eau.
Henri vit l'eau s'agiter et bouillonner
comme s'il se livrait un grand combat
au fond du fossé.
Au bout d'une minute,
la grenouille reparu
et sauta sur le bord
où elle déposa un superbe saumon
qu'elle venait de pêcher avec ses pattes.
À peine Henri avait eu le temps
de saisir le saumon,
que la grenouille reparu avec une carpe,
elle continua ainsi pendant soixante jours.
Henri cuisait les gros poissons,
jetait les petits dans les tonneaux
et les salait.
Enfin, au bout de deux mois,
la grenouille sauta au bord du fossé
et dit à Henri,
Il ne reste plus un seul poisson dans le fossé.
Tu peux appeler le chat de la montagne.
Henri remercia vivement la grenouille
qui lui tendit sa patte mouillée
en signe d'amitié.
Henri la serra amicalement
et la grenouille disparut.
Quand Henri eut rangé pendant quinze jours
tous les poissons cuits
et tous les tonneaux
pleins de poissons salés,
il appela le chat
qui apparut tout de suite.
Voici mon seigneur,
lui dit Henri.
Tous vos poissons cuits et salés.
Veuillez tenir votre promesse
et me faire passer à l'autre bord.
Le chat examina les poissons
et les tonneaux,
goûta un poisson cuit
et un poisson salé,
se lécha les lèvres,
sourit et dit à Henri,
Tu es un brave garçon.
Je veux récompenser ta patience.
Il ne sera pas dit
que le chat de la montagne
n'ait pas payé tes services.
En disant ces mots,
le chat s'arracha une griffe
et la donna à Henri en lui disant,
Quand tu seras malade
ou que tu te sentiras vieillir,
touche ton front avec cette griffe.
Maladie, souffrance, vieillesse
disparaîtront.
Elle aura la même vertu
pour tous ceux que tu aimeras
et qui t'aimeront.
Henri remercia le chat avec effusion,
prit la précieuse griffe
et voulut l'essayer immédiatement
car il se sentait fatigué et souffrant.
À peine la griffe
eut-elle touché son front,
qu'il se sentit frais et dispo,
comme s'il sortait du lit.
Le chat sourit et dit,
À présent monte sur ma queue.
Henri obéit.
À peine fut-il sur la queue du chat
que cette queue s'allongea tellement
qu'il se trouva à l'autre bord du fossé.
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Par la comtesse de Ségur
Le bon petit Henri
Chapitre VII
La plante de vie
Henri salua respectueusement le chat
et courut vers le jardin de la plante de vie
qui n'était plus cassant pas de lui.
Il tremblait que quelques
nouvelles obstacles ne retardât sa marche
mais il atteignit le treillage du jardin.
Il chercha la porte
et la trouva promptement
car le jardin n'était pas grand.
Mais il y avait une si grande quantité
de plantes qui lui étaient inconnues
qu'il lui fut impossible
de trouver la plante de vie.
Il se souvint heureusement
que la fée bienfaisante lui avait dit d'appeler
le docteur qui cultivait ce jardin des fées
et il l'appela à haute voix.
À peine l'eut-il appelé
qu'il entendit du bruit
dans les plantes qui étaient près de lui
et qu'il en vit sortir un petit homme
haut comme un balai de cheminée.
Il tenait un livre sous le bras
avec des lunettes sur son écrochu
et portait un grand manteau noir de docteur.
« Que cherchez-vous, petit ? »
dit le docteur en se redressant.
« Et comment avez-vous pu parvenir jusqu'ici ? »
« Monsieur le docteur,
je viens de la part de la fée bienfaisante
vous demander la plante de vie
pour guérir ma pauvre maman.
Ceux qui viennent de la part de la fée bienfaisante,
dit le petit docteur en soulevant son chapeau,
sont les bienvenus.
Venez, petit,
je vais vous donner la plante que vous cherchez. »
Il s'enfonça dans le jardin botanique
où Henri eut quelques peines à le suivre
parce qu'il disparaissait entièrement
sous les tiges.
Enfin, ils arrivèrent
près d'une plante isolée.
Le petit docteur tira une petite serpette
de sa petite poche,
en coupa une tige
et la donna à Henri en lui disant
« Voici.
Faites-en l'usage
que vous a prescrit la fée.
Mais ne la laissez pas sortir de vos mains
car si vous la posez n'importe où,
elle vous échappera
sans que vous puissiez jamais la revoir. »
Henri voulut le remercier
mais le petit homme avait déjà disparu
au milieu de ses herbes médicinales
et Henri se trouva seul.
« Comment ferais-je maintenant
pour arriver si vite à la maison
si en descendant
je rencontre les mêmes obstacles qu'en mon temps
je risque de perdre ma plante,
ma chère plante
qui doit rendre la vie à ma pauvre maman. »
Il se resouvint heureusement
du bâton que lui avait donné le loup.
« Voyons, » dit-il,
« s'il a vraiment le pouvoir
de me transporter dans ma maison. »
En disant ces mots,
il se mit à cheval sur le bâton
en souhaitant d'être chez lui.
Au même moment,
il sentait dans les airs
qu'il fendit avec la rapidité de l'éclair
et il se trouva près du lit de sa maman.
Il se précipita sur elle
et l'embrassa tendrement
mais elle ne l'entendait pas.
Henri ne perdit pas de temps.
Il pressa la plante de vie
sur les lèvres de sa maman
qui, au même instant, ouvrit les yeux
et jeta ses bras autour du cou de Henri
en s'écriant,
« Mon enfant, mon cher Henri,
j'étais bien malade
à présent. J'ai faim. »
Puis le regardant avec étonnement,
« Comme tu as grandi, mon cher enfant !
Qu'est-ce donc ?
Comment as-tu pu grandir ainsi en quelques jours ? »
C'est que Henri était
véritablement grandi de toute la tête
car il y avait deux ans,
sept mois et six jours
qu'il était parti.
Henri avait près de dix ans.
Avant qu'il eût le temps de répondre,
la fenêtre s'ouvrit
et la fée bienfaisante parut.
La fée s'embrassa Henri
et, s'approchant du lit de la maman,
lui raconta tout ce que le petit Henri
avait fait pour la sauver.
Les dangers qu'il avait courus,
les fatigues qu'il avait endurées,
le courage, la patience,
la bonté qu'il avait montré.
Henri rougissait de s'entendre loué
ainsi par la fée.
La maman serrait son petit Henri
contre son cœur et ne se lassait pas
de l'embrasser.
Après les premiers moments de bonheur
« Maintenant, Henri, tu peux faire usage
des présents du petit vieillard et du géant
de la montagne. »
Henri tira sa tabatière et l'ouvrit.
Aussitôt, ils en sortirent
une si grande foule de petits ouvriers,
pas plus grand qu'une abeille,
que la chambre en fut remplie.
Ils se mirent à travailler
avec une telle adresse et une telle promptitude
qu'en un quart d'heure
ils bâtirent et meublèrent une jolie maison
qui se trouva au milieu d'un grand jardin,
adossée à un bois
et à une belle prairie.
« Tout cela est à toi, mon brave Henri, »
dit la fée.
« Le chardon du géant te procurera
ce qui te manque. Le bâton du loup
te transportera où tu voudras
et la griffe du chat te conservera
la santé et la jeunesse
ainsi qu'à ta maman.
Adieu, Henri. Vis heureux
et n'oublie pas que la vertu
et l'amour filial sont toujours
récompensés. »
Henri se jeta au genou de la fée.
Elle lui donna sa main à baiser,
lui sourit et disparut.
La maman de Henri
aurait bien voulu se lever pour voir
et admirer sa nouvelle maison,
son jardin, son bois et sa prairie.
Mais elle n'avait pas de robe.
Pendant sa maladie,
elle avait fait vendre par Henri
tout ce qu'elle possédait pour que
Henri ne manqua pas de pain.
« Hélas, mon enfant, je ne puis me lever,
» dit-elle.
« Je n'ai ni jupon, ni robe, ni soulier.
Vous allez avoir tout cela, chère maman ! »
s'écria Henri.
Étirant son chardon de sa poche,
il le sentit en désirant
des robes, du linge, des chaussures
pour sa maman, pour lui-même
et du linge pour la maison.
Au même instant, les armoires
se trouvèrent pleines de linge.
La maman se trouva habillée d'une bonne robe
de Mérinos et Henri d'un vêtement
complet de draps bleus.
Il avait de bons souliers, ainsi que sa maman.
Tous deux poussèrent un cri
de joie. La maman sauta
de son lit pour parcourir avec Henri
toute la maison. Rien n'y manquait.
Partout, des meubles
confortables et simples.
La cuisine était garnie de casserole
et de marmite, mais il n'y avait
rien dedans. Henri sentit
son chardon en désirant
avoir un bon dîner tout servi.
Une table, servie et couverte
d'une bonne soupe bien fumante,
d'un bon gigot, d'un poulet
rôti, d'une bonne salade,
se plaça immédiatement devant eux.
Ils se mirent à table
et mangèrent avec l'appétit
de gens qui n'avaient pas mangé depuis
près de trois ans. La soupe
fut bien vite avalée. Le gigot
y passa tout entier, puis le poulet,
puis la salade.
Quand ils furent rassasiés,
la maman aidée de Henri
ôta le couvert, lava et rangea
la vaisselle, nettoya la cuisine.
Puis ils firent les lits
avec les draps qu'ils trouvèrent dans les armoires.
Puis se couchèrent en remerciant
Dieu et la fée bienfaisante.
La maman y ajouta un remerciement
sincère pour son fils Henri.
Ils vécurent ainsi très heureux,
sans jamais manquer de rien,
grâce au chardon, sans souffrir
ni vieillir grâce à la griffe,
et sans jamais se servir du bâton,
car ils étaient heureux
dans leur maison, et ils ne désiraient
pas se transporter ailleurs.
Henri se borna à demander
à son chardon deux belles vaches,
deux bons chevaux,
et les choses nécessaires à la vie de chaque jour,
mais sans jamais demander
du superflu, soit en vêtements,
soit en nourriture.
Aussi conserva-t-il son chardon
tant qu'il vécut. On ne sait pas
s'il vécut longtemps, ainsi que sa maman.
On croit que la reine des fées
les rendit immortelles
et les transporta dans son palais
où ils sont encore.
