Recherchez vos ancêtres sur MyHeritage : https://bit.ly/PasseSauvage De l’île de Pâques à Madagascar, 22 000 kilomètres d’est en ouest quand même, et de la Nouvelle-Zélande à Hawaï, les Austronésiens ont peuplé à eux seuls un septième de toute la surface de la planète ! Vous vous doutez bien que pour une série sur les premiers peuplements on allait pas pouvoir les occulter ! "Les Premiers Peuplements" est une sérié créée par Clothilde Chamussy & Lucas Pacotte et soutenue par le @cnctalent393 Script : Lucas Pacotte Motion design et vignettage : David Ha Montage : Lucas Delesvaux Image et son : Julien Michel Production : @VIANDETAMBOURMACHINE ISAN 0000-0007-1E18-0004-Q-0000-0000-X
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bonjour avant de démarrer l'épisode laissez-moi vous présenter MyHeritage avec qui je collabore
sur cette vidéo il s'agit d'un site qui permet de retrouver la trace de ses ancêtres
et vu la thématique de la série sur les premiers peuplements je me dis que ce que propose ce site
pourrait vous intéresser alors il y a beaucoup d'outils notamment celui qui permet de coloriser
et animer des photos de vos aïeux mais je préfère commencer par le plus évident à mon sens l'arbre
généalogique moi je suis là ici avec mes sœurs au-dessus mes parents tout de suite on voit qu'il
y a un côté de la famille qui est beaucoup plus développé c'est le côté maternel il y a beaucoup
d'informations et paradoxalement c'est du côté où il y a plusieurs lignées qu'il y a les plus gros
manques par exemple ces arrières grands-parents là qui sont les parents de mon grand-père sont
de parfaits inconnus ils s'appellent Julien et Suzanne et je vais essayer via MyHeritage de
retrouver leur trace en fait MyHeritage a une base de données de 19 billions d'archives donc est-ce
que dans cet océan de documents je vais retrouver la trace de Suzanne et Julien au deuxième jour
de recherche sur MyHeritage ça y est l'IA me propose des résultats date de naissance de Suzanne
extrait de naissance de Julien là c'est leur acte de mariage 1930 avec le nom de leurs parents
profession de Julien boucher elle sans profession sa date de mort à lui 1969 à Lille ma mère avait 8
ans elle aurait pu le rencontrer pour faire votre arbre en tout cas sachez que vous avez un essai
gratuit de 14 jours sur MyHeritage le lien pour démarrer votre arbre il est là dans la barre de
description et également en commentaire épinglé je vous remercie d'avoir écouté cette première partie
de la vidéo et on enchaîne avec le sujet du jour le peuplement de la Polynésie avec là vraiment
c'est un gros gros arbre généalogique Impossible de faire une série de vidéos sur les premiers
peuplements sans évoquer les Austronésiens. Leur nom ne vous dit peut-être rien, et pourtant ils
sont à l’origine de la plus grande expansion humaine de l’histoire. De l’île de Pâques à
Madagascar, 22 000 kilomètres d’est en ouest quand même, et de la Nouvelle-Zélande à Hawaï,
ils ont peuplé à eux seuls un septième de toute la surface de la planète.
Cette vidéo, ça va être l’occasion d’aborder un thème qu’on a complètement laissé de côté pour
l’instant alors qu’il est particulièrement utile pour retracer les mouvements de
populations : la linguistique. On en avait juste un peu parlé l’année dernière quand on avait
fait la vidéo sur la découverte de l’Amérique par les Polynésiens, vous savez, avec cette
histoire de patate douce, de mots péruviens, de perroquet… bref. Les nouveaux n’ayez pas peur,
c’est une découverte tout à fait sérieuse, et c’est une histoire vraiment extraordinaire,
je vous remets le lien par là si jamais vous avez raté ça. Aujourd’hui on se concentre donc sur les
Austronésiens, et comme les fois précédentes, y’a beaucoup de choses à détailler, alors c’est parti.
Bon on va commencer par le début… déjà, quand on dit Austronésiens, de quoi on parle ? Ce mot,
qui veut dire « les habitants des îles du Sud », a en fait été forgé par les linguistes
pour réunir des familles de langues qui se ressemblent. Les Austronésiens ne sont donc
pas un peuple ou une culture au sens propre, mais plutôt les descendants d’une population
très ancienne et qui ont gardé en commun une grande partie de leur langage. Clothilde,
si vous voulez bien nous présenter les lieux. Aujourd’hui, on retrouve cette famille de langues
dans toute l’Asie du sud-est, en Indonésie, en Malaisie, au Vietnam, aux Philippines ou à Taiwan.
Plus loin à l’est, les langues austronésiennes sont parlées dans tous les archipels du Pacifique,
des îles Bismarck jusqu’à l’île de Pâques en passant par Tonga, Fidji, les Samoa, la Polynésie,
les Marquises, Hawaï, la Nouvelle-Calédonie et la Nouvelle-Zélande, en bref, tout ce qui dépasse de
la mer. Plus étonnant, l’île de Madagascar, très loin à l’ouest, abrite elle-aussi des
langues austronésiennes. Finalement, on constate que c’est tout simplement la
famille de langue la plus étendue de la planète. Merci Clothilde. En fait, on doit cette découverte
à l’expédition de deux navigateurs hollandais, Wilelm Schouten et Jacob Lemaire. Ces marchands,
pendant leur traversée du Pacifique en 1616, notent lors d’une escale sur l’île de Futuna,
quelques dizaines de mots de vocabulaire qu’ils apprennent auprès des habitants. Cette liste
de mots, tombée 90 ans plus tard entre les mains d’un lettré hollandais, Hardian Reland,
révèle que la langue parlée à Futuna, en Polynésie donc, est à la fois très proche
des langues de Malaisie, des Philippines et de Madagascar. Dès le début du XVIIIe siècle,
on comprend qu’il y a anguille sous roche. Il faudra pourtant attendre longtemps avant que
la question n’intéresse sérieusement les savants. Cent ans plus tard, au début du XIXe siècle,
les linguistes européens se focalisent plutôt sur les langues de leur continent. Suite à la
découverte que le sanskrit indien partage des similitudes avec le grec et le latin, apparaît
un nouveau champ d’étude, la grammaire comparée, qui cherche à établir des liens de parenté entre
des langues. De nombreux linguistes tentent alors d’éclaircir le mystère de « l’indo-européen », la
langue-mère qui serait à l’origine d’une grande partie des langues du continent eurasiatique.
On comprend à force de comparaison qu’il existe un mécanisme de mutation consonantique,
c’est-à-dire que les consonnes évoluent et qu’il est même possible de dégager dans une certaine
mesure des lois de l’évolution, un peu à la manière de Darwin. Dans la deuxième moitié du XIXe
siècle, la grammaire comparée évolue donc en linguistique historique, pour essayer de
reconstituer les étapes de transition entre les langues et retrouver, par déduction,
la langue-mère indo-européenne. Ce travail, surtout mené par les chercheurs allemands,
fin XIXe-début XXe, alimentera le mythe racial de l’ancêtre indo-européen, de la pureté aryenne
originelle, bref, je vous fais pas un dessin. On est un peu loin des mers du Sud j’en conviens,
mais ne vous inquiétez pas, on y retourne tout de suite. Cette méthode de la linguistique
historique a bien sûr été appliquée ensuite aux autres familles de langues du monde entier. Et
dans les années 1930, le linguiste allemand Otto Dempwolff publie des volumes entièrement
consacrés aux langues austronésiennes. En étudiant des dizaines de langues, et en comprenant la
manière dont elles se sont différenciées les unes des autres, Dempwolff reconstitue plus
de 2000 mots d’un langage « proto-austronésien », la langue à l’origine de toutes les autres.
Grâce aux travaux sur le terrain des ethnologues et des linguistes qui collectent partout du
vocabulaire auprès des populations, d’autres chercheurs lui emboîtent le pas et classent
les langues austronésiennes en différents sous-groupes qui précisent les mécanismes
de diffusion. Cet effort collectif de recherche permet de remonter petit à petit le fil et de
trouver l’origine des langues austronésiennes. Et tous les indices pointent vers une île : Taïwan.
C’est là-bas que l’on trouve la plus grande diversité de langues austronésiennes. Y sont
représentés parmi les populations qu’on nomme « aborigènes » des sous-groupes linguistiques
qui n’existent nulle part ailleurs. Tout porte donc à croire que les Austronésiens ont peuplé
l’île il y a très longtemps, que leur langue y a évolué pendant plusieurs millénaires avant
qu’une partie des habitants ne se disperse vers le sud en emmenant leur langue avec eux.
Et grâce aux mots qu’ils ont transmis à leurs descendants, on peut les suivre à la trace.
Les langues austronésiennes sont en fait un véritable cas d’école de la linguistique : il
s’agit d’une seule grande famille avec plus d’un millier de langues dérivées. En plus,
la plupart du temps, ces langues sont très bien isolées géographiquement les unes des autres
puisque les îles sont éloignées de centaines voire de milliers de kilomètres. Du coup,
ça limite les emprunts et les transferts postérieurs entre les langues, et en somme,
ça facilite le travail des linguistes. En ajoutant à cela que les évolutions des langues
s’échelonnent grosso modo d’ouest en est, ça permet de reconstituer des langues intermédiaires
et de bien suivre toutes les variations. C’est un modèle parfait pour la linguistique
historique. Résultat, on peut reconstituer toutes les étapes de transformation d’un mot.
Par exemple, on pense que le terme « femme » devait ressembler en proto-austronésien à
quelque chose comme « binaHi ». En dehors de Taïwan, le mot a ensuite évolué pour donner
en proto-malayo-polynésien « ba-binay », puis « papine » en proto-océanique, « vavine » en
proto-central-pacifique et enfin « fafine » en proto-polynésien. Mille ans plus tard,
on se retrouve au bout du compte avec le mot « vahiné » en Polynésie.
Voilà pour les grandes lignes. On a compris que les langues austronésiennes sont très largement
diffusées, qu’elles trouvent leur origine à Taïwan et qu’on sait assez bien reconstituer
les étapes de leur transformation. Mais il reste à convertir ce modèle en un récit historique,
à dater la diffusion des langues austronésiennes, et du même coup, le peuplement qui va avec. Et
c’est là que l’archéologie intervient. Ce qui est intéressant dans cette histoire,
vous le voyez, c’est que ce n’est pas du tout l’archéologie qui a établi des hypothèses et
qui a tracé les mouvements sur la carte, elle est en fait venue en renfort pour confirmer
les découvertes des linguistes. Aujourd’hui les linguistes et les archéologues échangent
et travaillent ensemble pour reconstituer du mieux possible l’expansion des Austronésiens.
Du coup, ajoutons un peu d’archéologie à ce que je viens d’expliquer et
repartons du début si vous le voulez bien. En même temps on a pas trop le choix non ?
Ouais c’est vrai. C’est moi qui décide. Le début donc : Taïwan.
L’île de Taiwan a elle-même été colonisée à l’origine depuis le sud de la Chine vers 4000
avant J.-C. C’est très bien montré dans les sites archéologiques par l’apparition sur l’île de la
poterie et de la culture du riz, deux technologies qui étaient auparavant présentes sur le continent.
Si ce berceau originel, le sud de la Chine, ne parle plus une langue austronésienne aujourd’hui,
c’est qu’il a par la suite été occupé par des populations porteuses d’autres langues, de la
famille sino-tibétaine. Les premiers Austronésiens qui débarquent à Taïwan sont donc des paysans du
Néolithique qui cherchent peut-être de nouvelles terres après que la montée du niveau des mers ait
submergé la région du bassin du Fuzhou sur le continent. A Taïwan, ils peuplent tout le
territoire, des plaines côtières jusqu’aux plus hautes vallées à plus de 3000 mètres d’altitude,
et ils vivent bien tranquillement pendant 1500 ans sans faire parler d’eux.
C’est dans cet intervalle de temps que la langue d’origine évolue en plusieurs autres qui sont
aujourd’hui les sous-familles austronésiennes recensées par les spécialistes. Puis, vers 2500
avant J.-C., les habitants de Taïwan commencent leur expansion vers le sud. Ils peuplent les
petites îles Batanes puis parviennent au nord des Philippines. Après 1500 ans de stagnation,
le mouvement est très rapide. En quelques siècles, les Austronésiens parcourent tout
l’archipel indonésien. Cette brusque accélération fait dire aux archéologues que c’est le résultat
de l’apparition d’une nouvelle technologie, très vraisemblablement la navigation à voile. Pendant
toute la Préhistoire, les humains ont en fait navigué à la rame dans des pirogues monoxyles,
creusées dans des troncs d’arbre. Désormais, les marins austronésiens
se laissent porter par les vents et découvrent les milliers d’îles de l’archipel indonésien.
Bon, quand je dis « découvrent », il faut tout de même se rappeler que l’Indonésie,
tout comme l’Australie et la Nouvelle-Guinée, on en a parlé longuement dans la première vidéo
de la série, ont été peuplées 50 000 ans avant l’arrivée des marins austronésiens. Mais malgré
la préexistence de chasseurs-cueilleurs dans les îles indonésiennes, les langues austronésiennes
s’imposent partout, et les nouveaux venus submergent largement les autochtones. Il
faut dire que la production agricole donne un avantage considérable aux Austronésiens.
Le stock de grandes quantités de céréales et la vie sédentaire permettent de maintenir une plus
grande population. Qui plus est, les populations agricoles développent une meilleure résistance aux
virus et aux bactéries transmises par le bétail, ce qui n’est pas le cas des chasseurs-cueilleurs
qui meurent rapidement quand ils sont exposés pour la première fois à ces nouvelles maladies.
L’arrivée des premiers Austronésiens a donc pu s’accompagner d’un « choc bactériologique » comme
lors de la colonisation européenne de l’Amérique. Parvenus sur le rivage australien vers 2000 avant
J.-C., les Austronésiens y introduisent le dingo, un chien sauvage qui va rapidement proliférer
en Australie et être adopté par les peuples aborigènes. Toutefois, les langues austronésiennes
ne se diffusent pas en Australie, il n’y a sans doute pas eu de peuplement mais juste quelques
contacts. En Nouvelle-Guinée, une île au terrain très accidenté et à la jungle impénétrable,
le peuplement austronésien se cantonne à la côte nord. C’est que l’endroit est aussi un berceau de
la révolution néolithique. Les Papous de Nouvelle-Guinée ont adopté l’agriculture
et l’élevage quelques millénaires plus tôt, ils vivent dans de grands villages sédentaires avec
des pouvoirs forts, ils sont nombreux et bien plus durs à supplanter que les Indonésiens. Et
c’est justement de ce contact avec les populations de Nouvelle-Guinée que va naître un nouvel élan.
Ta-daaa ! Non arrêtez..
Bah quoi ? C’est la nature. Bon OK, allez-y. Bon… Quand ils parviennent en Nouvelle-Guinée,
les marins austronésiens développent une culture originale que les
archéologues appellent la culture Lapita. Nan mais promis je fais pas de jeu de mot.
Les études génétiques montrent aujourd’hui que les Austronésiens et les Papous de
Nouvelle-Guinée ont eu des contacts étroits et que les deux populations
se sont mélangées pour forger cette nouvelle civilisation à partir de 1500 avant J.-C. dans
l’archipel Bismarck et en particulier sur l’île de Nouvelle-Bretagne. Comme souvent en archéologie,
on reconnaît une culture à sa poterie. Celle des Lapita est décorée à l’aide de sortes de peignes,
des outils avec des dents en bois qui servaient à tracer les motifs dans l’argile avant cuisson.
Des tessons de céramique portant ce genre de motifs sont d’ailleurs connus auparavant dans
le nord des Philippines et permettent de suivre la migration austronésienne, mais les peignes des
Lapita sont un peu différents. Incurvés et probablement réalisés en écaille de tortue,
ils permettent de tracer des motifs géométriques complexes et très reconnaissables. Les Lapita
exploitent aussi les sources d’obsidienne de Nouvelle-Bretagne tout comme celles des îles
de l’Amirauté plus au nord et on retrouve ces matériaux dans une grande partie du Pacifique.
Car très peu de temps après l’apparition de cette nouvelle culture, une terrible explosion
volcanique se produit et pousse sans doute une partie des habitants à se disperser. Alors,
je vous donne la parole, mais attention… Nan mais c’est bon j’ai compris. Le volcan Witori,
situé sur l’île de Nouvelle-Bretagne entre en éruption aux alentours de 1300 avant J.-C.
et dépose sur la région une colossale couche de pierres ponces et de cendres. De nombreux
sites Lapita sont enfouis sur plusieurs mètres et même s’ils sont parfois réoccupés quelques
décennies plus tard, on pense qu’une partie de la population survivante a préféré migrer. On
constate en effet une expansion de la culture Lapita vers l’est, justement à cette époque.
A partir de 1300 avant J.-C., les poteries Lapita et l’obsidienne de l’archipel Bismarck
apparaissent aux îles Salomon et aux Vanuatu, notamment dans le site de Makué,
qui est sans doute l’une des têtes de pont de cette colonisation. Pour la première fois,
les marins austronésiens porteurs de la culture Lapita débarquent sur des îles vierges
d’habitants. En quelques générations, ils peuplent la Nouvelle-Calédonie, Fidji, Tonga et les
Samoa. Mais bizarrement, l’avancée s’arrête là. Vers 800 avant J.-C., le peuplement austronésien
parvient aux Samoa mais c’est vrai, ne va pas plus loin. L’unité de la culture Lapita
se fissure rapidement et laisse la place à des traditions plus locales sur chacun des
archipels colonisés. S’en suit 1600 ans de pause. Comme lors de la première colonisation de Taïwan,
un long moment de stagnation fait suite à une phase d’avancée galopante. Et encore une
fois cette longue pause va déboucher sur une expansion rapide. Cette fois-ci elle va mener
les marins jusqu’aux plus lointains confins du Pacifique. A partir de 800 après J.-C.,
le mouvement reprend, et il est fulgurant. Si la première fois, c’était sans doute la
maîtrise de la navigation à voile qui avait poussé les Austronésiens à sortir de Taïwan, en 800 après
J.-C., il semble que ce soit la construction de plus grands bateaux à deux coques, de véritables
catamarans, qui ont rendu possibles des voyages à plus longue distance. Depuis les Samoa, les marins
se lancent vers l’est à destination des îles Cook puis de Tahiti et de tout l’archipel polynésien.
En plus de leurs nouveaux bateaux qui transportent plus d’équipage et de ravitaillement, les marins
austronésiens ont appris à estimer leur latitude en regardant la hauteur des étoiles sur l’horizon.
Ils développent aussi une grande connaissance des nuages qui se forment au-dessus des îles et du vol
des oiseaux, et ils parviennent à se repérer efficacement dans l’immense océan Pacifique.
En quelques générations une nouvelle fois, ces pionniers atteignent les îles les plus
lointaines. Depuis Tahiti, ils peuplent l’archipel des Marquises vers 1150 après
J.-C. Puis les choses s’accélèrent encore. En moins d’un siècle, ils colonisent Hawaï,
l’île de Pâques et la Nouvelle-Zélande, pourtant toutes distantes de plus de 4000 kilomètres. Dans
ces trois îles, les fouilles récentes montrent toute une arrivée entre l’an 1200 et 1250. C’est
l’âge d’or de la navigation polynésienne. Je précise que ce qu’on place sur la carte
ce sont les dates des peuplements et pas des premières découvertes. Les dates de peuplement,
qui font souvent débat d’ailleurs et qui ont pas mal été rajeunies ces dernières années, ça ne veut
pas dire qu’il s’agit du premier contact humain avec ces îles. Des voyages à longue distance ont
sans doute permis d’explorer les archipels auparavant et de faire des escales qui n’ont
pas forcément laissé de traces archéologiques. Mais bon, c’est comme ça, les archéologues sont
toujours tributaires des traces disponibles. On ne pourra sans doute jamais le prouver, mais on peut
imaginer que ces colonisations ont été précédées d’un siècle ou deux par des voyages d’exploration.
Histoire d’acquérir des connaissances sur les vents et les courants de la région, et de repérer
s’il y avait du poisson et de l’eau douce avant d’aller s’installer avec toute la petite famille.
D’ailleurs, je reviens à mon histoire de patate douce, mais on en a déjà parlé, les Polynésiens
sont allés à cette époque jusqu’à la côte de l’Amérique du Sud sans s’y établir de manière
durable, donc ils n’avaient pas peur d’aller très, très loin, sans le projet de forcément coloniser
les territoires qu’ils découvraient. Des études génétiques récentes montrent tout de même qu’il
y a eu un petit mélange entre les populations de l’île de Pâques et de l’Amérique du Sud,
donc les contacts ont pu durer quelque temps et entraîner quelques mariages.
Mais ce qui est étonnant, c’est que quelques siècles après cette immense expansion,
la plus grande dans l’histoire humaine, les contacts entre ces lointains archipels ont
complètement cessé. Quand les navigateurs européens sont venus dans le coin,
ça faisait déjà longtemps que les Hawaïens, les Maoris de Nouvelle-Zélande ou les habitants de
l’île de Pâques étaient coupés de tout contact avec le reste de la Polynésie. Etrange parce
qu’aucune régression technique ou aucune crise démographique n’est détectée par les archéologues,
donc a priori les Polynésiens auraient pu continuer leurs longues traversées.
D’après une étude publiée il y a une dizaine d’années, la fin des voyages à longue distance
est une conséquence d’un changement climatique. Les auteurs de cet article reconstituent en fait
le climat à partir de nombreuses données paléoclimatiques telles que les sédiments,
les stalactites, les carottes glaciaires, les cernes de croissance des arbres, ou encore le
corail. Ces éléments, qui ont enregistré chimiquement des données de température,
de précipitations ou de pression à la surface de l’océan servent ensuite à alimenter une simulation
informatique du climat. Résultat, il apparaît que le grand élan de colonisation de la Polynésie a
sans doute profité d’une fenêtre climatique très particulière qui aurait bouleversé le
sens des vents dans le Pacifique. Cette période de changement, c’est l’optimum climatique médiéval,
un léger réchauffement qui était lié à une plus forte intensité du rayonnement solaire
pendant quelques siècles. Ce phénomène aurait inversé le fonctionnement normal des grands
vents saisonniers et aurait permis de naviguer tout droit jusqu’à Hawaï, l’île de Pâques et la
Nouvelle-Zélande en ayant confortablement le vent dans le dos. La fin de cette parenthèse,
à la fin du XIIIe siècle aurait ensuite complètement coupé ces archipels du reste du
monde austronésien car les bateaux n’avaient pas la possibilité de remonter au vent efficacement.
Pas mal hein ? Si vous voulez en savoir plus sur les changements climatiques du passé et les
conséquences qu’ils ont pu avoir sur les sociétés humaines, vous savez qu’il y a un livre pour vous.
Ça s’appelle La Grande histoire du climat, je vous en ai déjà parlé, on a publié ça avec Lucas
y’a quelques semaines, y’a tout pour comprendre les grandes variations du climat et on croise
ça avec les découvertes archéologiques les plus récentes. Vous avez un lien là pour le commander.
Bon, bin voilà, je crois qu’on a terminé ! Euh.. non ! Y’a un truc que vous avez oublié…
Quoi ? Qu’est-ce que j’ai oublié ? Et bin ! Madagascar ! Hein parce qu’on
parle du Pacifique, de la Polynésie, mais on oublie un peu qu’il y a des Austronésiens qui
sont carrément partis dans l’autre sens ! Oui bah ça va, c’est pas grave je vais le
faire maintenant. C’est vrai que c’est une histoire assez dingue en plus…
Aujourd’hui les archéologues estiment que Madagascar a été peuplée vers 650 ou 700
après J.-C. depuis l’Indonésie, soit plus de 3000 ans après l’arrivée des Austronésiens dans la
région. Et ce qui est particulièrement étonnant c’est que les langues parlées à Madagascar sont
apparentées à celles de l’est de Bornéo, donc pas l’île la plus proche. Mais surtout,
il se trouve que ces langues sont parlées par des populations de l’intérieur des terres,
qui habitent dans les forêts et donc qui ne naviguent pas. C’est pas vraiment le genre de
personnes qu’on imagine tout à coup traverser 7000 kilomètres d’océan… L’une des hypothèses
plausibles pour expliquer ce mystère est que ces habitants de Bornéo aient été des esclaves
capturés par des marchands de Malaisie qui eux, naviguaient sur l’océan Indien au Moyen-âge. On
peut donc penser que le peuplement de Madagascar est né d’une mutinerie à bord d’un navire ou d’un
naufrage dont les survivants étaient des habitants des forêts de Bornéo captifs. Portés par les
courants jusqu’à la côte Est de Madagascar, on connaît d’ailleurs des fragments d’épaves qui
ont dérivé de la même manière, ils auraient peuplé l’île et imposé leur langue tout en se
mélangeant aux populations d’origine africaine. Ce serait en somme un peuplement involontaire
contrairement aux grandes traversées de Polynésie. Bon, c’est bon cette fois, on a terminé ?
Voilà, cette fois c’est bon. Merci à tous d’avoir regardé cette vidéo. N’oubliez pas que vous pouvez
soutenir la chaîne, même un don minuscule c’est pour nous la possibilité de continuer
ce travail qu’on publie gratuitement, et c’est une aide très précieuse ! Demain,
le Soleil se lèvera à 6 heures 19 à Tahiti et se couchera à 17 h 33. Nous fêterons les David.