En 2015, L’Equipe Explore venait scruter la concurrence et la compétition entre deux des meilleurs pistards du monde, Grégory Baugé et François Pervis, les rois du cyclisme sur piste. Un film d’Anthony Thomas-Commin, Stéphane Cassier, Stéphane Mantey.
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La vitesse, le sprint individuel, c'est 100 mètres en athlétisme,
c'est vraiment des disciplines phares,
c'est vraiment des combats d'homme à homme.
Généralement, ça va vite aussi.
Je dirais plutôt la boxe.
La boxe, plutôt qu'un 500 mètres en athlét.
Un match de boxe, c'est face à face, tu rends coup pour coup.
La vitesse individuelle, c'est parfois ça aussi, tu rends coup pour coup.
Beaucoup de fantasmes autour de cette épreuve,
parce que c'est la vitesse absolue, les sprinters les plus rapides.
La vitesse, c'est le sprint pur,
c'est l'épreuve où on atteint les vitesses les plus élevées,
aux alentours de 80 km heure, sur trois tours de piste,
et avec un aspect stratégique, tactique important.
C'est très tactique, c'est physique,
et c'est très dur dans la tête,
parce que ton adversaire, tu le regardes directement dans les yeux,
et puis tu ne lâches pas du regard.
Tiger, c'est l'œil du tigre, c'est mon petit surnom sur la piste.
C'est comme ça que je me vois aussi,
je me vois aussi comme une bête, comme un tigre,
et que, voilà, un tigre quand il a faim,
il va tout faire pour dévorer sa plante.
François Pérusse s'est hissé au sommet,
mais cela dit, Grégory Bauger,
qui est précédemment trois fois champion du monde de vitesse,
est en reconquête.
Alors si je devais faire un sprint sur route
face à un Cavendish ou un Kittel,
si je n'ai qu'un kilomètre à faire,
je les battrais, je pense, sans aucun mal.
C'est un peu différent, mais en tout cas,
s'ils viennent sur la piste pour faire des sprints contre moi
ou contre d'autres sprinters,
ils perdront, c'est sûr.
La plus grosse différence qui peut se faire
entre quelqu'un qui vient de la route, un sprinter long,
et un sprinter sur piste,
c'est la différence d'accélération,
cette puissance qui va faire que le changement de rythme
va être monstrueux avec quelqu'un qui fait du sprint sur piste,
contrairement à quelqu'un qui fait des gros sprints
en peloton, arrivé à 70 à l'heure
sur une étape du tour, par exemple,
mais qui est déjà lancé.
C'est vraiment cette différence de vitesse.
Il suffira que Grégory décide
ou que quelqu'un décide d'accélérer
pour le passer assez facilement.
On peut faire le parallèle entre l'athlétisme,
le sprinter sur piste,
c'est comme le 100 m,
Usain Bolt, avec une masse musculaire importante,
beaucoup de force, beaucoup de puissance,
et puis le coureur sur route,
c'est le marathonien,
si on peut faire le parallèle.
On a besoin de travailler toutes les qualités d'un sprinter,
c'est d'être explosif,
endurant, résistant,
fort aussi.
C'est des choses que, bien sûr,
on travaille naturellement sur le vélo,
mais aussi en musculation,
donc il y a une grande part de travail
de ce côté-là.
Sur piste, c'est beaucoup de musculation,
bien sûr des jambes,
puisqu'on se propulse avec les jambes.
Musculation des jambes.
Et puis aussi sur le haut du corps,
il est important de travailler tout le haut du corps,
puisque c'est ce qui permet de tenir son guidon,
d'être gainé, et de bien transmettre
toute la force des jambes, en tout cas,
sur son matériel, sur le vélo, pour être efficace.
Donc effectivement, il va y avoir
à peu près 50% de l'entraînement
qui va se passer en musculation.
Alors moi, je n'aimais pas la musculation.
Quand je suis arrivé,
je n'en avais jamais fait,
mais quand j'avais vu mes aînés,
les rousseaux, les tournants,
avec des jambes
énormes,
un fessier assez développé,
je me disais non,
je n'ai pas envie de passer par là.
Une fois que j'ai intégré Paul à l'INSEP,
j'ai dû passer comme tout le monde,
donc j'ai découvert la musculation.
Je sais très bien que j'étais obligé
de passer par là pour devenir fort,
très très fort.
Si on devait faire la comparaison
entre un Grégory Bauger
et un François Pervis,
Greg est plutôt un sprinter court,
un sprinter moins résistant,
un peu plus puncher,
un peu meilleur démarreur.
François, un sprinter qui va très vite
aussi comme Greg,
mais qui arrive à maintenir sa vitesse
un petit peu plus longtemps.
Moi, quand on me regarde comme ça,
ça fait 12 ans que je fais de la musculation,
je ne suis pas bodybuildé,
j'ai des grosses cuisses,
je n'ai pas des gros bras,
je n'ai pas des gros pecs,
mais c'est vrai que forcément
par rapport à d'autres sports,
oui, je suis, on va dire,
tanqué.
François Pervis le dit lui-même,
sans doute un peu moins doué
que Grégory Bauger,
moins de classe pure,
moins de classe intrinsèque peut-être,
mais la valeur travail fondamentale,
un autodidacte de l'entraînement
qui ajoute même de la route
à l'entraînement spécifique,
il est sans doute le seul sprinter
au monde à le faire.
Son entraînement sur route lui permet
de faire du foncier, un foncier important
qui lui permet ensuite d'enchaîner
les épreuves sur la piste,
ça lui permet d'accumuler des charges
de travail considérables à l'entraînement.
Les gens de l'équipe de France,
dans un pôle, ils vont tous être
en concurrence quand on va arriver
sur les grandes compétitions
et ils n'ont aucunement envie
de se dévoiler les jours d'entraînement.
Aucun va se livrer, il n'y aura rien
à travailler, il n'y aura pas de matière à travailler.
Il n'y a pas de confrontation à l'entraînement,
il faut attendre les tournois de compétition
pour par exemple s'opposer en tête à tête
à un Pervis et un Bogé.
C'est un moment fort dans les qualifications
de montrer sa force physique,
déjà on est seul en piste
et puis on va montrer un signe à ses adversaires
si on est meilleur temps et qu'on réalise
un gros chrono et qu'on marque
une petite distance de quelques centièmes,
ça peut être un signe au fort
de dire physiquement je suis déjà là,
je suis présent, je suis fort, j'ai l'équipe.
Les qualifications c'est une chose
parce que c'est un 200m lancé et tu te bats contre le chrono,
après le match de tournoi
c'est totalement une autre épreuve quasiment
parce que là c'est du 1 contre 1
et il y a du combat.
J'aime bien me concentrer sur moi,
je m'échauffe sans penser à mon adversaire
et puis on va dire
je ne sais pas peut-être
10 minutes, un quart d'heure avant,
des petits jeux de regard dans le camp de mon adversaire
et puis après arriver sur la chambre d'appel
Pour moi ça commence 5 minutes
avant de monter en piste,
quand je me mets sur la chaise, chambre d'appel.
Ça peut être assez proche de l'adversaire,
le toucher,
tout dans les règles,
moi tout ce que je fais c'est dans les règles.
Chacun se met dans sa phase
de concentration sur le vélo
avec son entraîneur,
on a quand même plus de temps de respiration,
de motivation,
on entend l'autre sportif se préparer,
des fois commencer à être un peu menaçant
au niveau de la respiration,
au niveau des claques qu'il peut se donner
pour se motiver,
on aura toujours l'image de Florian qui sortait les yeux
mais finalement l'adversaire ne voit pas forcément ça.
Forcément,
quand un coureur
prend un beau jeu
en match sur une série de vitesse,
déjà on se dit, il va vite,
il est fort physiquement,
il a une grande intelligence de course,
c'est un compétiteur,
donc naturellement en compétition
il impressionne parce qu'il dégage physiquement
et même en dehors de
l'aspect physique,
il aura sa prestance.
Généralement, tu as un petit ascendant
sur tes adversaires, il y a des coureurs
tu sais, tu vas tomber face à eux, c'est mort.
J'ai plus qu'à lâcher, c'est tout.
Généralement,
le premier tour et demi,
les deux premiers tours,
c'est de l'observation.
Ce qu'il faut faire, c'est ne pas se faire surprendre
par son adversaire,
mais justement essayer de le surprendre lui.
Chez Grégory, il y a quelque chose
d'inné, sa particularité à lui,
c'est vraiment d'être très explosif,
de toujours être au contact de l'adversaire.
François, c'est quelqu'un qui
s'est construit au fur et à mesure
et qui a eu besoin d'attendre une certaine
maturité physique et
un esprit combatif jusqu'au bout
pour aujourd'hui être un des
meilleurs du monde.
C'est à toi d'imposer ta course,
ton sprint,
l'allure
de la course.
Il faut courir à l'instinct, ça se passe tellement vite
qu'il faut réfléchir quasiment du tac au tac.
Grégory Boger a cette
grande capacité d'analyse,
de mémorisation et d'adaptation
à ses adversaires.
François Pervis, lui, est issu du kilomètre,
c'est un sprinter long,
il affectionne de lancer
plutôt de loin ses sprints, mais il a fait
tel progrès que maintenant, il est capable
de s'adapter également et de venir sauter
l'adversaire au dernier moment.
On l'a vu sur les matchs précédents,
c'était difficile de sauter, on va voir si Grégory
peut venir sauter.
François aime les sprints en tête aussi.
Dernier tour, il n'y a pas de
questions à se poser, si vous êtes devant,
vous devez lancer votre sprint
à fond, sans en garder,
jusqu'au bout, jusqu'à l'île d'arrivée.
On sent son adversaire, même si on ne le voit pas,
qui va remonter, on sent sa roue
qui remonte à côté de vous,
donc on résiste, on a mal aux jambes.
Moi, à partir du moment là, ce que je pense,
c'est biomécanique,
on va dire. Pas me crisper,
essayer de rester fluide.
François Pervis y a placé
une première accélération.
Grégory a la prise à partir,
il produit maintenant son effort pour venir
déborder, venir sauter sur la ligne.
Généralement, dans le dernier virage,
quasiment tous les coureurs baissent un peu la tête.
Il faut essayer de voir si l'adversaire
remonte à sa hauteur, tout en continuant
d'accélérer. Il y a l'aspect
tactique, les puristes
qui disent je vais passer comme il faut,
en utilisant bien
l'aspiration, sans trop faire de vagues
et puis il y a un petit peu
les fous fleurieux qui disent
ça passe ou ça casse en fait.
Je peux faire un petit mouvement
comme ça, de va-et-vient, juste pour
le gêner, mais ça on le fait tous,
c'est de bonne guerre, si tu le fais pas,
tu te donnes pas toutes les chances.
Juste pour casser un peu l'allure
de ton adversaire, pour le gêner un petit peu.
Ça, ça fait partie du sprint, le fait de se toucher,
de se mettre des coups de casque.
Moi, ce que j'ai énormément amélioré
ces dernières années, c'est la confiance en moi.
Avant, je me mettais des barrières,
des limites, et puis aussi physiquement,
je me suis aguerri, j'ai pris
de la caisse, mais c'est surtout la confiance en moi
qui fait que maintenant,
je monte en piste, j'ai plus peur de personne.
Cette année, j'étais en finale des championnats du monde,
je savais que j'allais peut-être faire un triplé
historique, j'avais jamais été champion du monde
de vitesse individuelle, je suis monté
en piste, je savais que j'allais le battre.
Après les Jeux, j'ai observé
longues coupures,
pour la déception.
C'est moi, je me suis mis en retrait.
J'ai vu,
c'était un Allemand qui est devenu champion du monde
en 2013,
cette année, en 2014,
c'était François qui a été champion du monde,
donc, je me suis mis en retrait.
Ça me pousse justement à redevenir
le numéro un de mon sport.
Il n'y a pas un calendrier aussi fourni sur la piste
que sur la route, par exemple, donc les rendez-vous
sont rares, et d'où
leur importance.
Ce sont bien sûr les Jeux Olympiques, tous les 4 ans,
et les championnats du monde.
Je me sens pas un peu un challenger
parce que, comme je dis, j'ai déjà été
plusieurs fois champion du monde,
et que je redevienne champion du monde ou pas,
je reste champion du monde.
Ça crée une émulation certaine
sur l'envie, certainement, de Greg
de retrouver ce maillot.
C'est un Français qui le porte,
il le voit au quotidien,
donc ça crée une rivalité et une émulation
dans le quotidien.
Non, non, je ne suis pas plus tendu que ça.
Comme je dis, je me prépare.
On s'y va vouloir défendre son titre au mieux,
donc il se prépare aussi,
et si on doit s'affronter, on s'affrontera
pour voir qui est le meilleur, tout simplement.