Sibérie - Des trains pas comme les autres - Iakoutsk - lac Baïkal - Documentaire voyage - SBS

Voyages du bout du monde
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11 Vues de vidéo·16 nov. 2024
Philippe Gougler va réaliser l'un de ses rêves : découvrir les profondeurs de la Sibérie, en plein hiver, à bord du Transsibérien. Mais ce voyage n'offre pas le luxe auquel on peut s'attendre puisque le globe-trotter a choisi le Transsibérien de tous les jours, celui qu'empruntent les Russes et qui permet de traverser la Sibérie pour le prix d'un billet Paris-Lyon. Au programme de ce long périple : Iakoutsk, qui est la ville la plus froide au monde, le mythique lac Baïkal et Vladivostok, la ville la plus à l'est de la Russie.✋Les plus belles destinations, c’est ici 👉 https://bit.ly/2Vlfz9o 👈 Abonnez vous ! 🙏
Un film de Alex Badin
Droits réservés Step by Step Productions
En Sibérie, il est parfois difficile de trouver un endroit pour se mettre au chaud.
Heureusement, pour traverser ces terres glacées, où il peut faire moins 60, il y a le train.
Le Transsibérien.
Il y fait chaud, on y trouve de quoi survivre.
Qu'est-ce que vous mangez là ?
C'est du gras.
Ça se mange ?
Et des Sibériens résistants au froid.
Mais vous n'avez pas froid ?
Ici, dans la ville la plus froide du monde, quand on est bouché, il faut d'abord savoir scier.
Et sur le lac Baïkal, avancer sur la pointe des pieds.
C'est l'impression de marcher sur un énorme glaçon.
Ça fait vraiment peur.
Donc, pour rejouer l'épisode de Casimir sur la banquise...
Je ne peux pas me redresser.
Mais je ne peux pas, je suis comme un ballon.
Pour aller tout au bout, non pas au phare ouest, mais jusqu'au phare est, en Sibérie...
Le train c'est pas mal !
On rêve à moi, mon Graal.
C'était d'aller dans les profondeurs de la Sibérie, en plein hiver, pour prendre le train.
Pour prendre le transsibérien.
Mais pas la version luxe.
Le transsibérien de tous les jours, sans chichi.
Celui qui peut vous faire traverser la Sibérie, pour le prix d'un Paris Lyon.
Ça, c'est ma trousse de toilette.
Merci, c'est bon.
L'accueil est plutôt sobre.
Il est 7h du matin.
Et il fait moins 20 degrés.
C'est un peu rude comme premier contact.
Ça fait pas début de vacances.
Pour trouver le bon quai, il faut observer, tâtonner un peu, traverser les voies...
Et faire bien attention à laisser passer les trains.
Il est long.
Il est très très long.
Je suis obligé d'attendre au milieu d'une voie.
Ils étaient très réglementaires.
Les gens sont tranquilles, ils attendent sur le quai comme ça.
Alors qu'il fait quand même un petit moins 20.
Ça a pas l'air de les gêner.
Je me suis dit qu'avec une bonne doudoune, ça suffirait.
Mais en fait, la faute, c'est le jean.
Parce que tout de suite, en deux minutes, ça glace les jambes.
Ça c'est quand même...
C'est quand même rien, c'est la ligne du Transsibérien.
Celle-là aussi d'ailleurs.
Ah bah c'est celui-là en fait, j'en regardais du mauvais côté.
Le Transsibérien, c'est pas rien.
On est sur la ligne qui va de Moscou à Vladivostok.
Mais sur cette ligne, il y a plein de sortes de trains.
Il y a des trains qui font des toutes petites distances, des trains régionaux.
Des trains qui font pas toute la ligne.
Des trains qui font toute la ligne.
Et celui-là, c'est un long courrier.
Il fait Moscou, Tchita.
Tchita qui est une ville de 300 000 habitants, à peu près au milieu de la Sibérie.
Je prends mon sac.
Je suis Transsibérien quand même.
Il fait loin.
Le mec, il dorme bien.
C'est une drôle d'ambiance, là, direct.
Alors, première impression, c'est quand même que...
On sent qu'il y a beaucoup de gens qui ont dormi au même endroit.
Je veux dire, une petite senteur.
Un petit fumet.
Là, je...
Un petit fumet.
Vous avez bien dormi ?
Oui, très bien, merci.
Et vous, comment ça va ? Vous venez d'où ?
Eh bien, de France.
Je viens découvrir un petit peu la Sibérie.
Il fait frais, hein, chez vous.
J'adore la France. Bienvenue en Sibérie.
Ce qui est bien ici, c'est les gens.
Ah oui ? Les gens plus que la température ?
Oui, c'est ça.
Et alors, tout le monde dort, là. Il y a une drôle d'ambiance.
Vous arrivez de loin, là ? Vous avez fait combien d'heures de train, vous ?
Moi, je viens de Omsk. Je suis dans le train depuis deux jours.
Ça fait deux jours que vous y êtes.
Et vous en avez pour encore combien de temps ?
J'arrive dans une heure et je vais direct au travail.
Ah, c'est pour ça que vous avez l'air joyeux. C'est la libération, là.
Exact.
Et pourquoi vous avez pris le train pour venir ? Parce que c'est long, c'est long, c'est long.
Je trouve ça plus pratique.
Avec l'avion, il y a des correspondances.
On est bien, là.
Et toi, comment tu trouves l'ambiance dans ce train ?
Les gens sont sympas avec toi ?
Je ne sais pas encore. Je viens d'arriver. Vous, vous avez l'air sympa, en tout cas.
Tout le monde sera sympa.
Ah oui ? Tout le monde va être gentil ?
Parce que la Sibérie, vu d'extérieur, on imagine une terre un peu rude comme ça,
où le climat est très dur, où les gens sont peut-être un peu durs aussi.
Ce n'est pas le cas ?
C'est vrai qu'on paraît un peu rude au premier abord.
Mais en fait, on est un peuple très accueillant, hospitalier.
Notre âme est immense, comme notre pays.
C'est vaste, la Sibérie. Il y a tant de choses à voir ici.
C'est vrai, il a raison.
Les Sibériens ont une façade rude, mais ont un grand cœur.
Ah oui ?
Vous avez de très belles femmes en France, en tout cas.
Ah ben, je transmettrai. Je transmettrai, ça leur fera plaisir.
Merci beaucoup.
Bon, voyons, vous avez l'air en pleine forte, vous, pour votre journée de boulot.
Les premières lueurs du jour.
On se réveille doucement.
Les paysages de Sibérie s'allument.
Il fait chaud.
Il y a une sorte de langueur.
Mais toujours de petits événements.
Des petits riens qui rythment le voyage.
C'est vrai que tout le monde descend, mais sans bagage.
Et là, c'est la pause pour prendre un peu l'air.
Gabrielle, bonjour.
Bonjour.
Mais vous n'avez pas froid ?
Il fait chaud.
Il fait chaud, mais il fait chaud dans le train, et glacé dehors, vous allez attraper quelque chose.
Non, non.
Il suffit simplement de se détendre, ne pas y penser, et surtout d'étendre ses muscles.
Il faut remonter, s'il vous plaît.
Remontez.
Ah, ok, ok, ok.
C'est pas long, trois minutes seulement ?
Oui, quelques minutes d'arrêt seulement.
Allez vite, on part.
Le voyage reprend, et mon objectif, c'est de rejoindre la ville de tous les records.
La ville la plus froide du monde.
C'est Yakutsk.
300 000 habitants qui vivent, loin de tout, comme dans un immense congélateur.
Ici, les températures peuvent facilement descendre en dessous de moins 50 degrés.
Yakutsk est perdu quelque part au milieu de la Sibérie.
La grande ville la plus proche est à 1300 kilomètres.
Ici, tout est glacé, givré.
Le froid intense façonne la ville, pétrifie le décor.
Alors, la ville la plus froide du monde, c'est Frisquet.
C'est Frisquet.
Il y a un truc, c'est que tout ce qui est humide sur vous gèle.
On ne le sait pas, mais dans le nez, c'est un peu humide,
donc vous avez de la glace dans le nez, ça craque quand vous pressez là,
et les cils gèlent.
Voilà.
Le deuxième truc, c'est que vous cherchez la température partout sur les bâtiments.
Et en fait, là.
Voilà, moins 27.
Bon, dans une ville où le record, c'est moins 58,
ça demande si ce n'est pas la canicule, en fait, ici.
Dobryden, bonjour.
Et est-ce que... Vous allez où, là, comme ça, par ce froid ?
On va travailler.
Au travail, ok.
Alors, moi, je remarque un truc, c'est que vous n'avez pas de gants.
Ça me paraît dingue.
Dingue, pas de gants.
Oui, mais en fait, regardez.
J'ai des moufles, quand même.
Au cas où.
Je les mets quand il fait froid.
Aujourd'hui, ce n'est pas la peine, il fait chaud.
Il fait chaud, aujourd'hui ?
Vous trouvez vraiment qu'il fait chaud ?
Oui, pour nous, c'est un hiver très chaud.
Cette année, depuis le début de l'hiver, il fait très doux.
Ça, c'est votre tenue pour les jours de chaleur.
Oui, quand il fait très froid, je mets mes bottes de fourrure et ma chapka.
Mais là, franchement, je suis habillée plutôt léger.
Vous savez que ça me fait rire ?
Parce que, pour un Français,
moins 30°C, c'est juste l'horreur absolue.
C'est inimaginable.
C'est le froid total.
Ah oui ?
Nous, quand on regarde la météo le matin
et que l'on voit moins 35°C,
on se dit, mais quelle belle journée.
On va en profiter pour se balader avec les enfants
ou aller faire du toboggan au parc.
Alors, moi, j'ai besoin d'un petit conseil
parce que je vois que vous avez des lunettes comme moi.
Parce que j'ai remarqué, la buée qui sort de la bouche,
elle gèle sur les lunettes.
Après, on ne peut plus l'enlever.
Comment vous faites ?
Je fais comme toi.
Comme tout le monde, en fait.
Quand c'est glacé, je frotte avec mes doigts.
Comme ça.
Que veux-tu faire d'autre ?
Pas le choix.
Ça, ça me fait rire.
Et alors, il fait froid à partir de quelle température, pour vous ?
Je dirais...
Moins 50°C, moins 55°C.
Là, c'est vraiment l'hiver.
Là, on commence à avoir froid.
Eh bien, merci beaucoup.
Je ne vais pas vous mettre en retard pour votre travail.
Bonne journée.
Spasiba.
Bonne journée.
Dans le vieux Yakutsk,
chaque matin, on sort avec sa luge
et son bidon.
Dans ces antiques maisons sibériennes en bois,
il n'y a pas l'eau courante.
Et tous les jours,
il faut affronter les températures polaires
pour aller au point d'eau.
Dans la ville plus moderne,
on s'est adapté.
Alors, autre caractéristique de la ville du Grand Froid,
les immeubles, comme ça, ils sont sur des pilotis.
Alors, ce n'est pas parce qu'il y a des inondations,
c'est parce que le sol sur lequel ils sont bâtis est complètement gelé.
Il est tout le temps gelé.
Ça ne dégèle jamais.
Et il est gelé jusqu'à 250 m de profondeur.
Donc, construire sur du gelé, ça va, c'est dur.
Sauf qu'il y a du chauffage dans l'immeuble.
Et si vous mettez un immeuble chaud sur un sol gelé,
ça fait fondre le sol.
Et ça, ce n'est pas bon.
Pas bon du tout pour l'immeuble.
Donc, il faut laisser un espace
qui isole l'immeuble du sol
pour protéger le sol, donc l'immeuble.
Et pour les canalisations du chauffage de la ville,
même chose.
Impossible de faire passer des tuyaux chauds
dans un sol gelé.
Ils passent donc en hauteur
avec une esthétique, disons, fonctionnelle.
Il y a quand même un truc très marrant dans cette ville,
c'est que là, la voiture,
elle tourne parce qu'on voit le coup d'échavement qui fume.
Et si on regarde bien dedans,
il n'y a personne.
Donc, une voiture, ça paraît bizarre,
mais la suivante, pareil, ça fume.
Et il n'y a personne.
Bonjour.
Et pourquoi les voitures, là,
elles restent allumées tout le temps ?
Les propriétaires ne coupent pas leur moteur.
Il fait trop froid.
Il faut que le moteur continue de tourner.
Sinon, avec ces températures,
l'huile pourrait geler.
Et là, impossible de redémarrer.
Mais ce n'est pas très écologique.
Vous savez, ici,
on ne peut pas toujours penser à l'écologie.
On pense surtout à comment survivre.
Je vois ça.
Et alors, vous, vous faites pareil avec votre camion ?
Vous le laissez tourner
et vous mettez une couverture en plus ?
Comment vous faites ?
Oui.
Si on met cette couverture,
on peut au moins couper le moteur quelques heures par jour.
Ça permet aussi de faire des économies.
Ah, ok.
Merci beaucoup.
Un marché.
Alors ça, c'est très marrant, ça.
Ça, c'est dingue.
Les poissons,
ils sont gelés, en fait.
Et ils sont présentés comme des baguettes de pain.
Et c'est vos poissons ?
Oui, ce sont de vrais poissons du Nord.
Et alors, ils sont tous gelés,
tous figés, là, comme des baguettes de pain ?
Eh oui.
Aussitôt pêché, aussitôt congelé.
Parce que dès qu'on le sort de l'eau,
ici, il claque, il est immédiatement congelé.
Exact.
À peine sorti de l'eau,
il gèle très rapidement
et il devient dur comme du bois.
Regarde.
C'est le poisson le plus frais de toute la Yakoutie.
Parce que votre poisson, il est congelé.
Ça, c'est bien.
C'est un signe de fraîcheur.
C'est clair.
Mais vous, là, dehors, toute la journée,
comment vous faites pour ne pas avoir froid
en restant quand même immobile devant votre stand,
dehors, par moins 30°C ?
Détrompe-toi.
On bouge.
On est actifs.
Et surtout, on est très bien couverts.
J'ai de très bonnes chaussures.
Des valenki, bien chaudes.
Qu'est-ce que c'est, les valenki ?
Est-ce que vous avez raison ?
Moi, j'ai un peu froid au pied.
C'est indispensable, ici.
Elles sont faites avec de la laine de mouton,
bien compacte.
Ça sent un peu fort,
mais c'est ce qu'il y a de plus chaud.
Je recommande.
Merci.
Apparemment, c'est le rayon boucherie.
C'est quoi, ça ?
On dirait du foie.
Ça, c'est du foie.
Et ça, c'est de la langue.
Ah, du foie et de la langue.
Et comment est-ce que...
Ça doit être tout dur, tout gelé.
Comment vous le coupez,
si j'en veux un morceau ?
Il suffit de me dire le morceau que tu veux.
Je prends ma scie et je te le coupe.
Ah bon ?
Je vais vous en prendre un bout,
rien que pour voir.
Je voudrais un bout de foie.
Ah oui, bah oui.
Ah oui, oui.
C'est coriace.
Celui-là.
Celui-là, il est bien.
C'est dur comme bois.
Et c'est plus dur que du bois.
C'est de la pierre.
Et vous le mangez comment, ça ?
Tu peux le manger en tranches fines
ou déguster directement avec du sel.
Et vous n'avez pas un peu de sel, là, qu'on essaye ?
Du foie congelé au sel.
Ça, j'ai jamais mangé ça.
Servi sur une côte de bœuf.
J'adore.
J'essaie de trouver le goût.
C'est vraiment bizarre.
Mais c'est pas mauvais.
C'est une sensation étrange.
Venu du Grand Nord.
Parce que le foie fond dans la bouche, en fait.
Ah, mais c'est bon.
C'est super bon.
Ah, ça y est, j'ai trouvé ce que ça rappelle.
Ça rappelle le foie gras.
Sauf que ce serait un foie gras
qui apparaît dans la bouche
au moment où ça décongèle.
Donc ça fait un goût qui fait ouf.
Ah, c'est pas mauvais.
C'est bon, hein ?
C'est bon.
Ah, j'aime bien.
Mais c'est du foie de quoi ?
C'est du foie de poulain.
Du foie de poulain ?
C'est ça.
C'est du poulain.
On ne mange pas le foie de cheval.
Ce n'est pas un bon morceau.
Et encore moins cru.
Alors on prend celui des petits.
Et là, oui, c'est excellent.
Ah bon ?
Si vous m'aviez dit ça avant,
je ne suis pas sûr que j'en aurais mangé.
Parce que manger du poulain,
c'est un peu...
C'est dur de manger des poulains.
Tout le monde mange ça ici.
Sans exception.
Femmes, enfants, jeunes, vieux.
C'est notre friandise.
La friandise Yakout.
Merci beaucoup.
Ah, un dernier petit truc pour la route.
Ça.
Ce truc blanc tout dur.
A votre avis, qu'est-ce que c'est ?
Réfléchissez bien.
C'est le lait.
Le lait congelé.
Yakoutsk est une ville incroyable.
Ici, l'ordinaire est extraordinaire.
C'est l'extrême au quotidien.
Après Yakoutsk,
je me demande bien comment je pourrais être encore surpris
par la Sibérie.
Je vais reprendre le train,
le transsibérien.
Ce jour-là, c'est presque le printemps.
Il ne fait que moins 18 degrés.
Ce qui m'impressionne, c'est les gars qui bossent
dehors, sur les trains, dans les gares.
C'est froid.
Il y a de la musique sur le train.
Bonjour.
Qu'est-ce que vous faites avec votre bâton ?
Je me sers de ce marteau pour vérifier l'état des roues sur ce train.
C'est le son qui me guide.
C'est aussi simple que ça.
Et donc vous connaissez le bon son, la bonne note
que doit émettre chaque pièce ?
Le boulon, c'est le do dièse.
La roue, c'est le fa majeure.
Vous connaissez tout par cœur ?
Oui.
Avec l'expérience, j'arrive à différencier les sons.
Question d'habitude.
Tu vois, ça ne fait pas le même bruit.
Il faut vérifier chaque pièce,
une par une.
Celle-là,
celle-ci, celle-là.
Si tu entends un son bizarre,
inhabituel,
un son qui grésille, par exemple,
eh bien tu regardes de plus près
pour voir ce qui cloche.
Ah, c'est le signal de départ.
Le train va partir.
Ah, il part ?
Vous avez eu le temps de tout faire ou je vous ai interrompu, là ?
Pas de soucis.
Rien à signaler sur ce train.
C'est une vérification de routine.
Pas de pièces à changer.
Il fonctionne parfaitement et les wagons aussi.
Pas de réparation en vue.
Moi, un truc qui m'impressionne, c'est que
moi, je suis gelé, alors vous, vous êtes là
un peu débraillé, le cou à l'air,
rien sur les joues.
Il fait moins 15, moins 20, j'en sais rien.
Et ça va.
Et vous travaillez comme ça, avec le sourire, dans le froid.
Comment vous faites ?
Moi, je ne sens rien.
Je suis un enfant du froid.
Tout est normal.
Et puis, ce n'est pas la température le problème.
Le problème, c'est le temps que tu passes dehors.
Une heure ou deux heures, c'est tenable.
Je ne les sens pas passer.
Ah oui, j'avais jamais pensé comme ça.
Effectivement, ce n'est pas la température qui compte,
c'est le temps qu'on reste dehors.
C'est vrai.
Bon, écoutez, bravo, félicitations.
J'ose enlever mon gant pour vous féliciter.
Voilà.
Merci.
Je file en direction d'un des plus grands lacs au monde.
Un des lieux les plus emblématiques de la Sibérie.
Le lac Baïkal.
Les paysages changent.
Ils sont de plus en plus beaux.
Le Baïkal est couvert de glace.
Ce n'est pas assez bas.
Un petit café noir devant le Baïkal tout blanc.
Bien au chaud dans le wagon-restaurant, là, c'est pas mal.
Alors là, je suis avec Slava, qui est chef de train dans le Transsibérien,
ce qui n'est pas rien,
parce que ça doit être une sacrée responsabilité quand même,
parce que c'est un train qui part pour une longue aventure,
qui fait des milliers de kilomètres dans des froids terribles.
Oui.
C'est une grosse responsabilité.
Ça peut parfois être un peu stressant.
Il faut savoir tout faire.
Être polyvalent.
Par exemple, je connais des chefs de train comme moi
qui ont accouché des femmes à bord du train.
Parce qu'il n'y avait pas de médecin dans le train.
Vous imaginez ?
Il faut être médecin, psychologue,
ou même mécanicien,
et connaître la loi en cas de besoin.
Chef de train sur le Transsibérien,
c'est avoir cinq ou six métiers, en fait.
Moi, il y a un truc auquel je pense,
je ne sais pas, il y en a qui ont peur dans l'avion,
mais moi, je pense à ça quand je prends le Transsibérien,
et que dehors, il fait moins 20 ou moins 30,
c'est si jamais le train tombe en panne,
et qu'il n'y a plus de chauffage,
et qu'on est au milieu de rien,
qu'est-ce qui se passe pour les passagers ?
Non.
Même sans électricité, il ne faut pas s'inquiéter.
On a anticipé ce genre de situation.
On a avec nous dans le train
des réserves qui permettraient de tenir et de se chauffer.
C'est l'essentiel.
Pour la lumière,
on pourrait s'éclairer avec les téléphones portables.
Non, plus sérieusement,
on pourrait tenir facilement 24 heures,
en toute autonomie,
en se chauffant avec nos réserves de charbon et de bois.
On peut se chauffer au bois et au charbon, c'est marrant.
Jusqu'à quelle température négative
les trains peuvent circuler en Russie ?
C'est quoi la limite ?
Il n'y a pas vraiment de température minimum.
En fait,
on n'a jamais été confronté à des températures extrêmes,
comme moins 80 degrés.
Mais même si ça se produisait,
je suis sûr qu'on y arriverait sans problème.
On roulerait moins vite,
mais on roulerait quand même.
Et donc, qu'est-ce qui arrêterait les trains russes ?
Rien.
Rien du tout.
Moi, ce qui m'est arrivé de pire dans ma carrière à bord de ce train,
c'est d'arriver une heure en retard.
Oui, c'est ça.
Ce n'est vraiment pas grand-chose.
Ce n'est qu'un petit retard quand on y pense.
Mais c'est vraiment la seule chose qui me vient à l'esprit.
Je me demande
si mon contrôleur n'a pas un petit peu de sang marseillais.
La seule chose dont je suis sûr,
c'est qu'il est très très fier
de son train sibérien.
Me voilà
à Irkoutsk,
connecté aux transsibériens
depuis le 19e siècle.
Irkoutsk est l'une des villes les plus peuplées de Sibérie.
Elle est baignée par la large rivière Angara.
L'Angara qui irrigue, entre autres,
le lac Baïkal.
Le lac Baïkal est immense.
Une immense étendue de glace,
grande comme la Belgique.
Et pour s'y déplacer en hiver,
l'engin le plus conseillé,
c'est l'aéroglisseur.
Bonjour.
Vous avez un bel engin.
Oui.
L'aéroglisseur,
c'est le plus sûr pour se déplacer sur le lac.
Il peut aller partout, sur l'eau et sur la glace.
Ah bon ?
Pourquoi c'est le moins dangereux ?
Sur le lac Baïkal,
on trouve partout des fissures
ou des couches de glace trop fines
pour qu'une voiture puisse passer en toute sécurité.
L'aéroglisseur,
c'est l'engin le plus sûr parce qu'il ne coule pas.
Il passe partout,
il flotte sur l'eau et glisse sur la glace.
Bon, j'aurais préféré que vous me disiez
vous inquiétez pas, il fait tellement froid que la glace ne craque pas.
Mais bon, on y va ?
Oui, pas de soucis.
C'est marrant, c'est doux.
On a l'impression de décoller mais on décolle pas.
Oui, c'est normal.
En fait,
on est sur un tapis d'air.
Il y a de l'air entre l'aéroglisseur et la glace.
C'est pour ça que tu as l'impression de flotter.
En voiture, c'est plus rapide,
mais c'est aussi plus dangereux.
Comme je te l'ai dit,
il suffit de passer sur un endroit
où la glace est plus fine
et tu coules d'un coup avec ta voiture.
Je préfère l'aéroglisseur.
Moi, moi, c'est plus sûr.
Là où on passe,
il y a environ 40 à 50 cm de glace.
Mais ne t'inquiète pas, c'est stable.
En revanche,
il y a des endroits où le courant est plus fort.
Alors ça fragilise la glace
qui, du coup, est moins épaisse.
Rira bien qui rira le dernier.
Surtout s'il tombe sur une fissure.
Là, on arrive sur une partie du lac
où le vent a chassé la neige.
Du coup, il n'y a que de la glace.
C'est la patinoire, là.
C'est magnifique,
parce que la glace est bleue, bleue profond.
C'est un endroit incroyable, quand même.
Oui, c'est très beau.
Il faut voir ça au lever ou au coucher du soleil.
Les reflets sur la glace,
c'est vraiment magique.
On peut s'arrêter un peu ?
Je peux descendre, aller...
marcher, je ne suis pas sûr, mais glisser ?
Oui, pas de problème.
Ah oui, c'est extrêmement glissant.
C'est l'impression de marcher sur un énorme glaçon.
C'est fou d'imaginer que, là-dessous,
il y a jusqu'à 1 600 mètres,
1,6 km vertical d'eau.
C'est le lac le plus profond du monde.
En fait, il contient 260 fois le lac Léman.
Et il y a des sons.
C'est flippant.
C'est la glace qui craque.
C'est la glace qui craque ?
Oui, c'est la glace que tu entends.
Ici, on dit que le Baïkal est vivant.
Ce sont les différences de niveau d'eau qui font ça.
Le lac respire. Il est vivant.
Il respire ?
On dirait des coups de tonnerre.
Vous m'auriez pas dit que ce n'était pas dangereux de partir en courant, en glissant ?
C'est impressionnant, hein ?
Ça prend aux tripes quand tu entends ça.
Et en même temps, c'est magnifique.
Et franchement, l'émotion du Baïkal, elle est là.
C'est seul.
On se paysage incroyable avec les craquements.
C'est une grosse grotte. Il y a de la beauté, il y a de la peur.
La Sibérie, c'est ça.
Des émotions fortes.
Et pas forcément celles auxquelles on s'attend.
Je crois que je me souviendrai toute ma vie de la respiration du Baïkal.
Je vais reprendre le Transsibérien, à Irkoutsk,
pour un voyage de nuit en direction du Terminus Vladivostok.
On est toujours en train de monter dans le train ici parce qu'il fait chaud.
Chaud dedans.
Et là, ça c'est une petite complication russe.
15h, alors que il fait nuit noire dehors.
C'est en fait parce que tous les trains sont à l'heure de Moscou.
Donc il faut tout le temps faire la petite gymnastique, heure de Moscou, heure locale.
15h à Moscou, 20h ici.
On s'acclime.
8h, c'est là que ça se passe.
Et c'est parti pour 70 heures de voyage.
3 jours pour atteindre Vladivostok.
Quand on prend le Transsibérien, il ne vaut mieux pas trop réfléchir à la durée des trajets.
J'irais bien voir les gens, mais à cette heure-là, j'ose plus frapper.
Donc c'est calme.
Il est 16h20, tout le monde dort.
Alors le sas, on est en Sibérie, donc le sas, c'est l'enfer.
Il fait, attention, moins 20 de l'autre côté.
Vite, vite, vite.
Regardez, il y a de la glace partout.
Il fait froid, il fait froid.
Et alors là, regardez, même dans la voiture, il y a de la glace.
C'est tout gelé.
Je ferme.
On sent que l'heure du repas approche parce que ça sent la soupe.
Salut.
Bon appétit.
Allez, assieds-toi.
Je m'assois là ? D'accord.
Sarah ?
Qu'est-ce que vous mangez, là ?
C'est du gras.
Ça se mange ?
Je doute, c'est bon.
Comme ça ?
Ça va te donner des forces.
C'est du gras, donc c'est pas très light, mais c'est du bon gras.
Du bon gras, un peu salé, un petit peu pimenté.
Pour nous, les peuples du Nord, le gras, c'est la vie.
C'est très important.
Ça fait circuler le sang et ça nous permet de survivre dans le grand froid.
Ça remplace les vitamines.
Tu sais, ici, on n'a pas grand-chose.
Pas de fruits, pas de légumes.
Ce gras est très riche.
Le porc survit grâce à tout ce gras et nous, on en profite.
Et c'est bon.
En plus, c'est bio.
Très bio.
C'est bio.
Et c'est bien salé.
C'est bon, le sel.
Lui, c'est un bourriat.
Il ne s'exprime pas très bien.
Moi, je suis russe.
J'ai des racines yakoutes, mais je suis russe.
Donc, si tu as des questions,
demande-moi plus tôt.
Et j'essaierai d'y répondre.
Donc, on différencie beaucoup les origines en Russie.
Vous vous dites, il est bourriat, moi, je suis russe.
Mais lui aussi, il est russe parce que ça fait partie de la Russie.
Oui, oui, c'est vrai.
Tu as raison.
En Russie, il y a plusieurs ethnies.
Il y a des sangs différents.
Beaucoup de sangs différents.
Mais en fait, nous sommes tous russes.
Et on vit très bien ensemble.
Il n'y a aucune différence entre nous.
Aucune.
Voilà, un nouvel ami.
Alors, j'ai aperçu quelque chose que vous cachez.
On ne le dira à personne, je vous promets.
Mais c'est interdit de boire dans le train.
Montrez ce qu'il y a sous le coussin, là.
Et voilà.
Et ça, c'est quoi, ça ?
Non, on ne montre pas.
On ne montre pas.
Vous n'avez rien vu.
Nous roulons tranquillement.
50 km heure en moyenne.
Vladivostok est encore loin.
Je ne m'inquiète pas trop.
Il est très difficile de s'ennuyer dans le Transsibérien.
Les rencontres sont infinies.
Et la langueur ambiante vous incite à dormir.
Dormir beaucoup.
Trois longues nuits.
Trois longues journées.
Je ne vous cache pas que lorsque la ville approche,
lorsque je commence à apercevoir le port de Vladivostok,
c'est un soulagement.
Je suis très, très content.
Ça fait du bien de respirer de l'air frais, quand même.
J'ai l'impression de sortir d'un sous-marin.
Vladivostok, quand même, c'est pas rien.
La capitale du, si on ne dit pas le Far West, on dit le Far East.
L'extrême Est.
On l'a marqué.
Ici se termine la grande magistrale transsibérienne des chemins de fer.
C'est beau.
La distance avec Moscou est 9 288 km.
C'est énorme.
Ce qui se dit, c'est que les habitants de Vladivostok
ne sont pas tout à fait d'accord avec cette idée.
Parce qu'ils ne disent pas que c'est ici se termine.
C'est qu'ici commence.
Ça, c'est un débat.
Vladivostok, c'est plus qu'une bouffée d'oxygène.
Il fait un peu plus chaud.
Moins 12 degrés.
Il y a la mer.
Et comme un goût d'ailleurs.
Ici, on est plus proche de Séoul et de Tokyo que de Moscou.
Vladivostok est le plus grand port de Russie côté Pacifique.
J'ai rendez-vous dans une école de la marine marchande.
On y apprend à respecter l'ordre.
À faire des nœuds.
Des nœuds bien serrés.
On y apprend à se sortir d'un mauvais pas lors d'un naufrage.
Et même à survivre dans l'eau glacée.
Ils sont courageux.
Quand on voit la banquise, on a plus envie d'un bon téchon que d'aller se baigner.
Mais vous les torturez là.
C'est horrible ce que vous leur faites faire.
Comment tu te sens ?
Ça va.
Ça va ? Vous avez chaud ? Vous avez froid ? Vous ressentez quoi là ?
Ni froid ni chaud. Tout va bien.
Bon d'accord. Ni froid ni chaud.
Très bien. Par moins 12 dans la banquise.
Et évidemment, j'ai dû m'y coller.
Pas le choix.
Les marins de Vladivostok tenaient absolument à tester ma résistance à la banquise.
Est-ce que je suis suffisamment russe pour faire ça ?
C'est justement ce qu'on va vérifier.
On va vérifier ma russité.
Ça fait pas envie.
C'est frais.
Ça appuie sur les jambes. La pression appuie sur les jambes.
Je te l'ai dit, c'est frais mais pas froid. Je confirme.
Il y a l'air qui sort de la combi d'un coup comme un ballon qui se dégonfle.
En fait, on flotte avec l'air qui est dans la combi.
Ouais, c'est marrant.
Je sais pas si c'est moi qui rame ou si c'est lui qui me frappe.
Mais c'est pas mal.
Alors, tu y arrives ? Tu te sens bien ?
Comment on fait pour se redresser ? Parce que comme je suis tout gonflé,
je peux pas remettre les jambes dedans.
L'air me pousse vers le haut.
Redresse-toi ! Redresse-toi !
Mais je ne peux pas. Je suis comme un ballon qui flotte.
Je ne peux pas me redresser.
Philippe ! Donne-moi ton bras !
Je vais l'attraper pour t'aider.
On va te retourner pour que tu puisses te stabiliser.
Allez, viens !
Redresse-toi !
C'est bien ! Voilà !
C'est bien, bravo !
C'est normal que tu n'y arrives pas.
C'est une première pour toi.
Mes élèves, eux, ils jouent à la balle avec leur combinaison.
Alors, il y a un truc qui me paraît horrible.
C'est l'idée de tomber dans un trou d'eau au milieu de la banquise en étant tout seul.
Parce que pour sortir, c'est extrêmement difficile, voire impossible.
Parce qu'on n'a rien pour s'accrocher.
Ça glisse.
Et on doit passer par là.
C'est vrai.
Ici, ça peut arriver.
Les gens sortent sur la banquise pour se balader à pied ou en voiture et tombent dans l'eau.
Et comme ils ne connaissent pas les gestes de survie, il arrive qu'il y ait des accidents mortels.
Il faut s'entraîner et connaître les gestes qui sauvent.
On incite les pêcheurs et les promeneurs à prendre avec eux cet outil tout simple.
Une corde avec deux clous.
Ça peut te sauver si tu tombes dans l'eau gelée.
C'est facile à utiliser et ça sauve des vies.
Ça va ?
Félicitations !
Ça va être vraiment horrible de se retrouver dans cette situation.
Parce que si on n'a pas ça là, pour s'extraire, comment on fait ?
Ce qu'il faut retenir, et c'est le principal,
être préparé.
Avoir cet outil sur soi, avec si possible un sifflet.
Avec ça, tu seras tranquille.
Tu pourras toujours alerter les gens autour.
Merci beaucoup.
Je ne regardais rien parce que je n'ai pas envie de retourner.
Merci, c'était super.
C'est vrai, il ne fait ni chaud ni froid.
On est plutôt bien.
C'était vrai, vous disiez la vérité.
Ce voyage en Sibérie au cœur de l'hiver, je tenais à le faire depuis longtemps.
Comme un voyage aux extrêmes.
Dans l'extrêmement froid.
Dans l'extrêmement loin.
Et là où la vie des hommes semble extrêmement rude.
La Sibérie, c'est tout cela.
Mais c'est aussi une drôle de sensation.
Une irrésistible envie d'y revenir.
Car la Sibérie vous emmène au bout de vous-même.
Elle vous fait tester vos limites.
Dans des paysages sublimes et auprès de Sibériens qui ne sont pas du genre à tricher.
Bref, la Sibérie vous fait vous sentir vivant.
Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
