4 minutes pour comprendre les Tégénaires

Terrapodia
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11 janv. 2025
Votre ombre glisse lentement sur la baignoire
tandis que la tégénaire prise au piège
se demande pourquoi la nuit tombe aussi vite.
Vous levez votre claquette en espérant de tout cœur ne pas la louper
parce que ce que vous détestez encore plus
que de voir chez vous une énorme araignée aux pas de poilus
c'est de la savoir en cavale.
Vous ajustez votre tir et prenez de l'élan
mais attendez, parce qu'elle est paniquée là
et qu'elle a vraiment pas envie de mourir.
Alors laissez-lui 4 minutes pour vous expliquer.
Déjà on l'appelle tégénaire mais c'est peut-être même pas son vrai nom.
Tégénaire c'est censé désigner les espèces du genre
mais on utilise un peu ce nom à tout va.
Par exemple pour nommer les araignées du genre
Elles se ressemblent beaucoup et historiquement
on pensait qu'elles étaient semblables
donc on utilise le même nom.
C'est un mot qui vient du latin
qui veut dire fabricant de couverture
parce que les araignées de cette famille
font des grandes toiles horizontales pour attraper leurs proies.
Les tégénaires, surtout les mâles, ont de très longues pattes poilues
bien plus longues que leur corps
et c'est en général ça qui nous fait grimacer.
Celles qu'on retrouve le plus fréquemment dans nos maisons
ce sont les araignées du complexe Heratigena Atrica
C'est un groupe d'espèces qu'on ne peut pas différencier à l'œil nu.
Le corps fait plus d'un centimètre
jusqu'à environ 1,6 centimètre pour les femelles
et avec les pattes ça fait une envergure
d'environ 6 à 10 centimètres
parfois plus en fonction de l'âge.
Elles sont brunes avec des motifs en chevron sur l'abdomen
et leurs pattes sont unicolores, dépourvues de tâches
contrairement aux araignées du genre
Tégénaria comme Tégénaria domestica
La tégénaire domestique, ça c'en est une autre
qu'on peut aussi trouver régulièrement.
Elle est plus petite avec un corps d'environ 1 centimètre
et des pattes de 4 à 7 centimètres
ce qui la rend un peu moins impressionnante
un peu...
Elle a deux bandes sombres sur le thorax
qui sont en général assez régulières et pas brisées
comme chez Heratigena Atrica
et ses pattes sont marquées d'anneaux, plus ou moins visibles.
On peut aussi trouver chez nous la tégénaire des murs
Tégénaria parietina
qui pour le coup a vraiment des pattes très longues et très poilues
même pour une tégénaire.
Là aussi les pattes sont annelées mais les anneaux peuvent disparaître
chez les vieux mâles donc elle n'est pas toujours facile à reconnaître.
Et beaucoup plus rarement vous pourrez croiser
la tégénaire rouillée, Tégénaria ferruginea
mais c'est une araignée qui vit plutôt en extérieur.
Elle est vraiment très belle avec son marquage contrasté
et sa bande roussâtre et elle est classée
en danger sur la liste rouge des araignées de France.
Alors que font ces fabricantes de couvertures
chez nous ? Bah en fait avant que l'humain construise des maisons
elles vivaient dans des cavités naturelles
comme des troncs ou derrière des pierres.
Mais depuis elles trouvent que nos logements c'est quand même vachement mieux
et certaines s'y installent. En général on les trouve
derrière des meubles, dans un trou de mur
ou dans le recoin d'une pièce peu fréquentée comme
les greniers et les caves. Et c'est là qu'elles tissent
leur fameuse couverture. C'est une grande toile
horizontale en nappe à l'allure désordonnée
et qui se termine en entonnoir par une loge
où elle se repose pendant la journée. La nuit
elle sort et se met à l'affût pour capturer les petites
bêtes qui s'approchent un peu trop près. Ça peut être des
blades, des punaises, des cloportes, des
mouches ou d'autres araignées, enfin tout ce qui vit
à peu près au même endroit qu'elles. Mais il arrive
que les tégénaires se baladent, par exemple si elles ont besoin
de déménager. Et c'est souvent lors de ces
escapades nocturnes qu'elles peuvent malencontreusement
tomber dans nos baignoires et nos lavabos.
Le problème c'est que ces surfaces parfaitement lisses
l'empêchent de remonter. Les mâles qui doivent se balader
pour trouver une femelle sont particulièrement
exposés à ce genre de mésaventure. Ils ne
vivent que quelques mois seulement après avoir atteint
la maturité, donc pendant la période de reproduction
ils prennent tous les risques. Ils s'exposent
à la merci des prédateurs, de nos tongs,
de nos aspirateurs, de nos chats, du
folk qui n'hésite pas à attaquer beaucoup plus gros que lui.
Ils prennent le risque de tomber dans les baignoires
ou de mourir d'épuisement sans jamais avoir trouvé
ce qu'ils cherchaient. Mais pour ceux qui y arrivent,
c'est la chance de leur vie. Ils vont pouvoir se reproduire.
Le mâle est habituellement bien toléré
sauf si la femelle est non réceptive
ou affamée. Si elle est fécondée,
elle tissera un cocon de soie pour protéger les oeufs
qu'elle a pendus et généralement elle veillera dessus
jusqu'à l'éclosion. Les jeunes se disperseront
en quelques jours à quelques semaines
et la mère continuera sa vie qui dure en moyenne
2 ans, parfois 3.
En ce qui concerne les morsures, on trouve des informations
un peu contradictoires. La théorie veut
qu'elle soit physiquement capable de nous mordre
en raison de leur taille et certains cas le prouvent.
Mais d'autres nuances, qu'elle parvienne rarement
à percer le derme, voire qu'elle n'essaye même pas
même sous la contrainte. Dans tous les cas,
leur venin n'est pas dangereux pour nous.
Pour se faire mordre, il faudrait la coincer contre notre peau
mais sinon il n'y a aucune raison que ça arrive.
Lorsqu'on s'approche, leur sens les alertes de la présence
d'une menace imminente, ce qui entraîne
une réaction instinctive de fuite ou d'immobilité
un peu comme nous en les voyant.
Sauf que contrairement à elles, nous
on peut effectivement leur faire du mal
ou bien leur sauver la vie et leur permettre
de retourner exister discrètement sur leur couverture
qui avec un peu de chance se sera garnie
de petites bêtes en tout genre. Bisous !
