Jun 9, 2026 The orca is the ultimate predator of the oceans. It hunts sharks, seals, dolphins, and even the largest whales in the world.
Yet, despite its exceptional power, no fatal attack by a wild orca on a human has ever been documented.
In this video, discover the incredible intelligence of orcas, their cultures, their dialects, their hunting techniques, and the mysteries that still fascinate scientists today.
This video is produced for educational and documentary purposes. The information presented is based on scientific research, field observations, and recognized sources.
On appelle la baleine tueuse. En anglais, killer whale.
Mais c'est un mensonge. Deux mensonges même, en un seul mot.
Première chose, ce n'est pas une baleine.
L'orque est un dauphin. Le plus grand dauphin du monde.
Et deuxième chose, oui, c'est un tueur redoutable.
Le prédateur au sommet de la chaîne alimentaire des océans.
Mais dans toute l'histoire moderne, il n'existe aucune attaque mortelle
Aucune. Zéro.
Un animal de 9 mètres de long, 6 tonnes de muscles, des dents de 8 centimètres,
capable de tuer un grand requin blanc en quelques secondes,
et qui pourrait nous croquer comme un bonbon.
Et pourtant, il ne le fait pas.
Cette créature mange des baleines bleues, le plus gros animal jamais existé sur Terre.
Elle chasse des léopards de mer, des requins, des otaries, des manchots,
des cerfs qui traversent à la nage.
Mais nous, les humains, dans son menu sauvage, on n'y est pas.
Pourquoi ? Personne ne sait vraiment.
Et ça, c'est juste le début du mystère.
Tout le monde croit connaître l'orque.
On a tous vu Free Willy quand on était gamins.
Cette grosse bête noire et blanche qui saute par-dessus la digue.
Le petit garçon qui pleure. La musique de Michael Jackson.
On se dit, voilà, c'est une grosse baleine gentille.
Et les gens confondent tout.
Baleine, dauphin, orque, cachalot.
Dans la tête du grand public, c'est un peu la même chose.
Des gros animaux dans l'eau qui font des bruits bizarres.
Mais non.
La baleine, la vraie, comme la baleine bleue ou la baleine à bosse, ça n'a pas de dents.
Ça filtre du krill avec des fanons.
C'est un autre groupe, les mysticètes.
L'orque, elle, a des dents.
40 à 56 dents coniques.
Elle appartient à la famille des Delphinida, les Delphinidae.
Exactement comme le grand dauphin que vous voyez dans les parcs.
Sauf que là, le dauphin pèse 6 tonnes.
Imaginez un dauphin de la taille d'un bus.
Voilà ce que c'est, une orque.
Et puis, il y a eu SeaWorld.
Pendant des décennies, on a sorti des orques de l'océan.
On les a mises dans des piscines en béton.
On les a forcées à sauter, à danser, à faire des spectacles pour les touristes.
Les gens applaudissaient.
Les enfants riaient.
Et personne ne se posait la question.
Une bête qui parcourt 150 km par jour dans la nature,
on la met dans une piscine de 30 mètres, forcément, ça finit mal.
Et ça a fini mal.
Très mal.
On y reviendra.
Le nom même, Killer Whale, vient d'une erreur de traduction.
Les marins espagnols et basques qui chassaient la baleine
ont vu ces grosses bêtes noires attaquer des baleines en groupe.
Ils ont appelé ça « assassina des balenas » ou « balena assassina »,
« la tueuse de baleines ».
Quand les anglais ont traduit, ils ont inversé.
Au lieu de « killer of whales », « tueuse de baleines »,
ça a donné « killer whale », « baleine tueuse ».
Une faute de traduction qui dure depuis 400 ans.
Le mot orca, lui, vient du romain Pline l'Ancien,
qui parlait dans son histoire naturelle d'une bête monstrueuse aux dents redoutables.
Orca, du grec « oru », qui veut dire « jar », à cause de la forme du corps.
C'est Carl von Linné, le grand naturaliste suédois,
qui en 1758 a officiellement décrit l'espèce dans son livre
« Systema Naturae » sous le nom de Delphinus orca.
Plus tard, on l'a reclassé sous le nom d'Orcinus orca,
qui veut dire à peu près « le démon du royaume des morts venant des enfers ».
Parlons biologie maintenant.
Le mâle adulte mesure entre 6 et 8 mètres,
parfois jusqu'à 9 mètres pour les plus gros.
Il pèse jusqu'à 6 tonnes.
La femelle est plus petite, entre 5 et 7 mètres, pour 3 ou 4 tonnes.
Donc oui, gros dimorphisme sexuel.
C'est le deuxième plus gros dauphin du monde,
juste derrière le globicéphale dans certaines mesures.
L'aileron dorsal du mâle, celui qu'on voit dépasser de l'eau,
peut atteindre 1,80 m, aussi grand qu'un homme adulte.
Chez la femelle, il est plus petit et plus courbé, environ 90 cm.
Cet aileron est tellement unique d'un individu à l'autre
que les scientifiques s'en servent comme d'une empreinte digitale
pour identifier chaque orque.
Le corps de l'orque mâle peut faire jusqu'à 9 tonnes
dans les très grands écotypes antarctiques de type A.
La femelle est plus fine, plus rapide,
et c'est elle qui dirige le clan, toujours.
Sous l'eau, l'orque utilise un sonar.
C'est ce qu'on appelle l'écholocation.
Elle envoie des clics ultrasoniques et écoute les échos qui reviennent.
Avec ce système, elle peut détecter un poisson à plusieurs centaines de mètres,
distinguer un saumon chinook d'un saumon rouge,
rien qu'à la forme de la vessie natatoire.
Les chercheurs ont montré qu'elle peut même percevoir l'intérieur des corps
un peu comme une échographie médicale.
Une orque sait si une otarie est pleine ou maigre,
si un phoque est blessé, juste avec le son.
Son cerveau pèse entre 5 et 7 kg, en moyenne 6,8 kg.
C'est environ 4 fois plus que le cerveau humain.
Bien sûr, taille ne veut pas dire intelligence pure,
mais l'orque possède aussi un cortex extrêmement développé,
en particulier les zones liées aux émotions et à la vie sociale.
Certains neuroscientifiques pensent qu'à ce niveau-là,
elle est même plus développée que nous.
L'espérance de vie est l'un des plus grands mystères de cet animal.
Les femelles peuvent vivre jusqu'à 80 ou 90 ans en bonne santé.
Les mâles, beaucoup moins, en général 30 à 40 ans, rarement plus de 60.
C'est l'un des trois seuls mammifères au monde,
avec les humains et les bélugas et globicéphales,
dont les femelles connaissent une vraie ménopause.
Vers 40 ans, la femelle orque arrête de se reproduire.
Mais elle vit encore 30, 40, 50 ans après ça.
Pourquoi ? Parce que les grand-mères orques jouent un rôle vital dans le groupe.
Elles connaissent les routes de migration, les bons coins à saumon, les caches, les courants.
Elles transmettent le savoir.
C'est ce qu'on appelle l'hypothèse de la grand-mère.
Et chez les orques, c'est très clair.
Une matriarche peut diriger son clan pendant un siècle.
La fameuse Granny, surnommée J2 par les chercheurs du Center for Whale Research dans l'état de Washington,
était estimée à environ 105 ans à sa disparition en 2016.
Cet âge a été contesté depuis.
Certains scientifiques pensent qu'elle avait plutôt 70 ou 80 ans.
Mais même dans la fourchette basse, c'est énorme pour un animal sauvage.
Maintenant, accrochez-vous, parce qu'on entre dans la partie où l'orque devient vraiment hallucinante.
Il n'existe pas une seule espèce d'orque qui se comporte partout pareil.
Il en existe au moins 5 écotypes différents, peut-être plus,
qui ne se mélangent pas, ne se reproduisent pas entre eux,
ne parlent pas la même langue et ne mangent pas la même chose.
Dans le Pacifique Nord, vous avez les orques résidentes,
qui vivent en grands clans matriarcaux et ne mangent que du poisson, surtout du saumon chinook.
Vous avez les transitoires, qu'on appelle aujourd'hui orques de Biggs,
en hommage au biologiste Michael Bigg,
qui se déplacent en petits groupes silencieux et chassent les mammifères marins,
phoques, otaries, dauphins et même de jeunes baleines.
Vous avez les offshores, qu'on connaît mal,
qui vivent loin des côtes et qui mangent essentiellement des requins,
En Antarctique, on identifie au moins 3 autres types.
Le type A, qui chasse la baleine de Minqueux.
Le type B, qui crée des vagues coordonnées pour faire glisser les phoques de la banquise.
Et le type C, qui pêche le poisson des glaces dans la mer de Ross.
5, 6, parfois on parle de 10 écotypes différents.
Et ça veut dire quoi tout ça ?
Ça veut dire que l'orque n'a pas seulement une biologie,
elle a une culture, une vraie.
Au sens scientifique du terme,
des comportements appris, transmis de génération en génération,
qui varient selon les groupes.
Les chercheurs comme Al Whitehead et le généticien Rudiger Hölzel
ont montré dans leurs études que les différences génétiques entre écotypes
sont si marquées qu'on pourrait presque parler de sous-espèces,
voire d'espèces séparées.
Et chaque clan a son propre dialecte.
C'est-à-dire que les orques résidentes du Sud
ne parlent pas la même langue que les résidentes du Nord.
Les chants, les sifflements, les clics, tout est différent.
Un bébé orque apprend de sa mère une combinaison unique d'appels
qui le rattache à son clan pour toute sa vie.
Et leur technique de chasse, on dirait des stratégies militaires.
En Antarctique, le type B fait ce qu'on appelle le wave-washing.
Plusieurs orques nagent côte à côte vers un flot de glace
sur lequel se repose un phoque de Weddell.
Au dernier moment, elles plongent à l'unisson en créant une grosse vague.
La vague passe par-dessus la glace et balaie le phoque dans l'eau
où une autre orque attend.
C'est une chorégraphie millimétrée.
Les orques se transmettent ce comportement entre elles
et il a été filmé pour la première fois en détail
par les équipes de la BBC pour la série Frozen Planet.
En Argentine, sur la péninsule de Valdez,
les orques font autre chose d'encore plus dingue.
Elles s'échouent volontairement sur la plage
pour attraper des bébés otaris.
Elles foncent, sortent de l'eau,
attrapent l'otari dans la zone de ressac
et se laissent retomber dans la vague suivante.
Ce comportement, appelé intentional stranding,
est extrêmement risqué.
Une orque mal calculée reste coincée et meurt.
Alors les mères apprennent à leurs petits pendant des années
exactement comment et où s'échouer.
C'est de la transmission culturelle pure,
observée notamment par les chercheurs Roberto Boubas et Juan Copelo.
En Nouvelle-Zélande, les orques chassent des raies pastenagues.
Elles plongent au fond, soulèvent la raie avec leur rostre,
la retournent ventre en l'air,
ce qui provoque un état de paralysie tonique chez le poisson
et la mangent tranquillement.
La chercheuse néo-zélandaise Ingrid Visser
a documenté ce comportement pendant 30 ans,
identifiant individuellement chacune des 200 orques
de Nouvelle-Zélande, leur donnant des noms
et suivant leur déplacement le long des côtes des deux îles.
Et en Afrique du Sud, depuis 2017,
on observe quelque chose qui a glacé le sang
de tous les biologistes marins.
Deux orques mâles, baptisés porc et starboard,
à cause de leurs ailerons dorsaux qui penchent à gauche et à droite,
traquent et tuent des grands requins blancs.
Pas pour les manger entièrement, non.
Elles ouvrent le ventre du requin avec une précision chirurgicale,
extraient le foie, qui est gros, gras,
plein de squalène et d'énergie,
et laissent le reste.
Le foie et rien d'autre.
L'étude publiée par la chercheuse Alison Towner en 2022
a confirmé que ces deux orques ont fait fuir
une partie significative de la population
de grands requins blancs sud-africains
de la côte de Gansbaai,
autrefois capitale mondiale du shark cage diving.
Le grand requin blanc,
le prédateur que tout le monde croit invincible,
déserte une région entière par peur de deux orques.
Ça vous dit quelque chose sur la place réelle
de l'orque dans l'océan ?
Et le coup de queue stratégique, parlons-en.
Quand une orque veut tuer un dauphin, un phoque
ou même un petit cétacé,
elle ne le mord pas forcément.
Elle frappe avec sa nageoire caudale.
Un coup de queue d'orque peut envoyer
un phoque adulte à 15 mètres en l'air.
Le phoque retombe sauné,
parfois mort sur le coup,
et l'orque n'a plus qu'à le ramasser.
Cette technique économise de l'énergie
et évite les blessures,
parce que mordre un phoque qui se débat
peut casser une dent.
Une dent cassée chez un prédateur sauvage,
ça peut signer son arrêt de mort à long terme.
Qui ose attaquer l'orque ?
Personne.
L'orque n'a aucun prédateur naturel.
Pas un.
Le grand requin blanc fuit,
le cachalot, qui est plus gros encore,
évite les zones où il y a des orques transitoires.
Même les baleines bleues,
les plus grosses créatures de la planète,
peuvent se faire harceler et tuer
par un groupe d'orques bien coordonné.
Il y a, en mars 2019,
un cas filmé au large de l'Australie
où une dizaine d'orques ont chassé
et tué une baleine bleue adulte de 20 mètres.
Imaginez la scène.
Le plus gros animal qui ait jamais existé sur Terre,
plus gros que n'importe quel dinosaure,
abattu par un groupe de cousins du grand dauphin.
Alors, si l'orque n'a pas de prédateur,
quel est son problème ?
L'humain, comme toujours.
Les principales menaces aujourd'hui sur les orques
sont dans l'ordre la pollution chimique,
le bruit sous-marin,
la raréfaction des proies et la captivité.
Les PCB, les polychlorobiphéniles,
sont des produits industriels interdits
depuis les années 1980,
mais qui restent dans la chaîne alimentaire
pendant des décennies.
Comme l'orque est tout en haut de la chaîne,
elle accumule des concentrations énormes
de ces poisons dans sa graisse.
Une étude publiée dans la revue Science en 2018
a montré que la moitié des populations mondiales d'orques
sont menacées d'extinction à cause des PCB,
surtout en mer du Nord, en Méditerranée
et autour du Brésil.
Le bruit des bateaux, des sonars militaires,
des plateformes pétrolières perturbent l'écolocation
et donc la chasse.
La diminution du saumon Chinook dans le Pacifique Nord-Est
affâme les résidentes du Sud,
ce célèbre clan J, K et L
qui ne compte plus que 73 individus en 2024
selon le décompte du Center for Whale Research.
73, c'est tout ce qu'il reste,
sur la planète entière,
pour ce groupe culturel unique.
Et puis il y a la captivité,
c'est là que ça devient sombre.
Pendant les années 60, 70, 80,
des chasseurs ont capturé des dizaines d'orques
pour les vendre à SeaWorld, à Marineland
et à d'autres parcs aquatiques.
Ils visaient les bébés,
parce qu'ils sont plus faciles à dresser.
Pour attraper un bébé,
ils encerclaient un clan, séparaient les jeunes
et les mères suivaient en hurlant.
Les vidéos qui existent encore de ces captures,
notamment à Pencove, état de Washington,
en 1970, sont insoutenables.
Les orques captives ont une espérance de vie réduite.
Leur aileron dorsal s'affaisse,
ce qu'on ne voit presque jamais dans la nature,
mais qu'on observe chez la quasi-totalité des mâles captifs.
Et elles deviennent neurotiques, agressives,
parfois carrément folles.
Le cas le plus tragique, c'est Tilikum,
un mâle capturé en Islande en 1983,
à l'âge d'environ deux ans.
Il a été transféré à Sealand of the Pacific, au Canada,
puis à SeaWorld, à Orlando.
Et Tilikum a tué trois personnes.
Trois.
La première, en 1991,
c'était une dresseuse de 20 ans,
Kelty Byrne,
qui a glissé dans le bassin avec Tilikum
et deux autres orques.
Les animaux l'ont empêchée de sortir
et elle s'est noyée.
La deuxième mort, en 1999,
un homme du nom de Daniel Dukes
qui s'était caché dans le parc à la fermeture
et avait sauté dans le bassin.
On l'a retrouvé le lendemain matin,
mort sur le dos de Tilikum.
La troisième, c'est la plus célèbre.
En 2010, la dresseuse Dawn Brancho,
expérimentée, aimée du public,
en pleine séance,
est attrapée par sa queue de cheval,
traînée au fond du bassin
et tuée devant les visiteurs.
Tilikum a été conservé pour la reproduction malgré tout.
Il est mort en 2017.
C'est cette histoire qui a inspiré
le documentaire Blackfish,
sorti en 2013,
réalisé par Gabriela Cooperswaite.
Le film a montré au monde entier
dans quelles conditions vivaient les orques captives
et l'impact psychologique de cette captivité.
Le résultat a été spectaculaire.
La fréquentation de SeaWorld s'est effondrée.
L'action de l'entreprise a chuté
et en 2016,
SeaWorld a annoncé la fin de son programme
d'élevage d'orques en captivité.
Plus aucune orque n'est née dans ces bassins depuis.
D'autres parcs dans le monde ont suivi.
Certaines orques ont été libérées
dans des sanctuaires marins.
Le combat n'est pas fini.
En Russie et en Chine,
la captivité continue,
mais le tournant est pris.
Et tout ça grâce à un documentaire,
grâce à une caméra
et surtout grâce à une orque,
Tilikum,
qui n'aurait jamais dû quitter l'Islande.
Maintenant, parlons des choses bizarres,
les choses qu'on ne sait pas expliquer.
Depuis 2020,
dans le détroit de Gibraltar,
des orques attaquent des voiliers.
Oui, vous avez bien entendu.
Pas des humains, mais des voiliers.
Elles arrivent par-dessous,
mordent et arrachent le safran,
c'est-à-dire le gouvernail,
et laissent le bateau dériver.
Plusieurs centaines d'incidents
ont été recensés depuis 4 ans
et au moins 4 voiliers ont coulé.
Personne n'a été tué,
mais la communauté scientifique se gratte la tête.
Le chercheur espagnol Alfredo Lopez Fernandez,
qui suit ce groupe d'orques ibériques
en danger critique d'extinction,
estime qu'une orque femelle nommée Gladys Blanca
aurait pu vivre un traumatisme,
peut-être une collision avec un bateau,
et que les autres orques imitent son comportement.
C'est un cas d'apprentissage social en temps réel.
Une mode, presque.
Comme si les orques s'étaient passées le mot.
Et ça continue.
D'ailleurs, ces phénomènes de mode chez les orques
s'est documenté depuis longtemps.
En 1987, dans le Pacifique nord-est,
plusieurs femelles ont commencé à se promener
avec un saumon mort posé en équilibre sur la tête,
sans le manger.
Comme un chapeau.
Pendant quelques semaines,
tout le clan s'est mis à faire ça.
Puis ça a disparu.
Personne ne sait pourquoi.
Une lubie, un jeu,
une mode passagère chez des animaux
qui ont visiblement assez de temps libre et d'intelligence
pour s'inventer des conneries.
Et ce comportement a refait surface en 2024,
observé à nouveau dans le Budget Sound.
Donc, la mode revient.
Comme la mode des pantalons pattes d'éléphant
chez les humains.
Et puis, il y a Crozet et Marion.
Ce sont des îles françaises subantarctiques,
dans le sud de l'océan indien.
Là-bas, les orques ont développé
une technique unique au monde.
Elles chassent les jeunes éléphants de mer Austro
directement sur la plage.
Comme leurs cousines argentines,
elles s'échouent volontairement,
attrapent un jeune et reculent avec la marée.
Mais à Crozet,
les proies sont énormes,
des éléphants de mer qui peuvent peser
plusieurs centaines de kilos.
La technique demande des années d'apprentissage.
Les chercheurs français du CNRS
et de l'IPEV,
l'Institut Paul-Émile-Victor,
qui étudie ces orques depuis les années 70,
ont identifié individuellement
chaque animal de la population
et suivent les lignages
sur plusieurs générations.
Et puis, il y a Talékoa.
Cette histoire, on en parle rarement
sans avoir la gorge serrée.
Talékoa, ou J35 pour les scientifiques,
est une femelle du clan J
des résidentes du sud.
Le 24 juillet 2018,
elle a donné naissance à un bébé
qui est mort au bout d'une demi-heure.
Et là, au lieu de laisser le corps couler,
Talékoa l'a portée.
Sur sa tête, sur son rostre,
pendant 17 jours.
1700 kilomètres.
Elle l'a portée à travers le Pacifique nord-est,
en luttant pour le maintenir à la surface,
en remontant chaque fois qu'il glissait.
Pendant 17 jours.
Les chercheurs du CNRS
n'avaient jamais vu un deuil
aussi long.
Toute la communauté scientifique l'a observée.
Le monde entier en a parlé.
Et puis, Talékoa a fini par laisser partir son bébé.
En 2020,
elle a eu un autre petit qui a survécu.
Et en 2024,
encore un autre.
Mais beaucoup de chercheurs disent qu'elle n'a jamais oublié.
On a longtemps cru que les animaux
ne ressentaient rien.
Que c'était des machines biologiques.
L'orc démolit cette idée d'un coup de queue.
Voilà un animal
capable de stratégies militaires,
de transmissions culturelles,
de dialectes régionaux,
de modes, de jeux gratuits
et de deuils maternels sur des semaines.
Capable de tuer le plus gros
animal du monde.
Et de refuser de toucher à un humain
qui tombe dans son océan.
Un animal qui chasse en équipe,
qui prend soin de ses grands-mères,
qui apprend de ses erreurs,
qui se reproduit selon des règles sociales complexes
et qui développe une vendetta
contre les voiliers.
Et le pire, ou le meilleur,
selon comment vous voyez les choses,
c'est qu'on commence à peine à les comprendre.
Les bio-acousticiens travaillent
à décoder leurs dialectes.
Des projets comme Earth Species
ou les recherches du CETI
sur les cachalots
espèrent un jour ouvrir une vraie communication
entre humains et cétacés.
Pas du dressage,
pas des spectacles, mais une conversation.
Et si l'orque
un jour finit par nous répondre,
qu'est-ce qu'elle aura à nous dire
après tout ce qu'on lui a fait ?
Le mystère est entier.
Encore quelques chiffres pour saisir l'animal.
Le cœur d'une orque adulte pèse environ
12 kilos et bat seulement
30 fois par minute au repos,
contre 70 pour nous.
En plongée profonde, ce rythme tombe
à 10 battements par minute pour économiser
l'oxygène.
Une orque peut tenir sous l'eau 15 à 20 minutes
sans respirer et plonger à plus
de 200 mètres si nécessaire.
Elle nage habituellement à 10
ou 12 km heure,
mais peut accélérer en pointe jusqu'à
55 km heure.
Aucun grand requin ne tient la cadence.
Aucune baleine non plus.
Sa peau noire et blanche
n'est pas juste décorative.
Les taches blanches autour des yeux,
la selle grise derrière l'aileron,
le ventre blanc, le menton clair,
tout ça crée un camouflage rompu.
Vu d'en bas,
le ventre blanc se confond
avec la surface éclairée.
Vu d'en haut, le dos noir se fond
dans les profondeurs sombres.
Les proies ne voient venir
qu'au dernier moment.
Et puis, il faut savoir
que les orques ont des amis.
Pas des partenaires de chasse,
des vrais amis.
Les recherches du biologiste Darren Croft
sur les résidentes du Sud ont montré
que chaque orque a des préférences
sociales claires,
qu'elle passe plus de temps
avec certains individus qu'avec d'autres,
en dehors des liens de parenté.
Des amitiés qui durent des décennies.
On voit aussi des comportements d'aide
entre clans, des partages de nourriture,
des adoptions de petits orphelins
par des tantes ou des grands-mères.
Ce sont des sociétés complexes,
avec des règles, des hiérarchies,
et probablement des conflits politiques
qu'on ne comprend pas encore.
Quelques mots encore sur la répartition mondiale.
L'orque est en réalité
l'un des mammifères les plus largement
distribués de la planète,
juste après l'humain.
On la trouve dans tous les océans du monde,
du Pôle Nord au Pôle Sud,
du Groenland à l'Antarctique,
de la Norvège au Japon,
du Brésil à l'Argentine,
du large de la Bretagne aux côtes californiennes.
Elle vit dans les eaux glacées
comme dans les eaux tempérées,
et parfois même dans des eaux tropicales.
La densité reste plus forte
dans les zones froides et riches en proie,
mais on a observé des orques dans le Golfe Persique,
dans la mer Rouge,
et même remontant des fleuves
comme la Columbia ou le Saint-Laurent.
La population mondiale est estimée
à environ 50 000 individus,
ce qui peut paraître beaucoup,
mais qui reste fragile vu la fragmentation
en écotypes distincts.
Si un écotype disparaît,
c'est toute une culture qui s'éteint avec lui,
irremplaçable, jamais reproductible.
Et un dernier fait
qui dit beaucoup,
quand une orque meurt,
son clan ne l'abandonne pas tout de suite.
Plusieurs cas ont été observés
où des orques restent autour du corps
de leurs congénères pendant des jours,
le poussent, le soulèvent,
tentent de le maintenir en surface.
Comme s'il y avait un refus.
Comme s'il y avait,
encore une fois,
ce mot qu'on n'osait pas utiliser pour un animal.
Le deuil.
Les chercheurs préfèrent parler
de comportement post-mortem affilatif.
Mais quand on regarde les images,
on comprend très bien ce qu'on voit.
Et c'est l'un des spectacles
les plus émouvants que la nature puisse offrir.
Une famille de prédateurs
au sommet, dans le silence de l'océan,
autour d'un corps
qu'elle refuse de laisser partir.
Et il faut parler aussi du chant.
Chaque clan a son répertoire vocal propre,
comme on l'a dit.
Mais à l'intérieur de ce répertoire,
il y a des appels qui sont presque universels
et d'autres qui sont uniques.
Les chercheurs comme John Ford
ont consacré toute leur carrière
à enregistrer, classer,
comparer ces appels.
Ils ont identifié plus de 60 types d'appels,
rien que pour les résidents du Nord.
Certains sont longs,
ondulants, presque mélodiques.
D'autres sont brefs,
métalliques, presque mécaniques.
Et il existe ce qu'on appelle
des appels de clan,
qui sont comme des hymnes,
partagés par toute une lignée matriarcale
et transmis sur plusieurs générations
sans variation significative.
Quand un bébé orque naît,
il met plusieurs mois à apprendre ses appels.
Il babille, il essaie,
il rate, sa mère le corrige,
exactement comme un enfant humain
apprend à parler.
Et plus tard, ce bébé reconnaîtra
n'importe lequel des membres de son clan
à des kilomètres de distance,
simplement à la signature vocale.
Et il y a quelque chose d'autre,
encore plus fou.
Certaines orques captives ont commencé
à imiter des sons humains.
Wiki, une femelle au Marineland d'Antibes
en France, a été enregistrée
en 2018 en train de reproduire
des mots comme bonjour, bye bye,
C'est elle, l'orque,
qui imite l'humain, pas l'inverse.
Les chercheurs n'en revenaient pas.
Imaginez l'inversion symbolique.
Ce gros animal,
noir et blanc, qu'on a capturé,
enfermé, dressé,
qui se met à dire bonjour avec un accent d'orque.
Ça fait réfléchir.
L'orque n'est pas un monstre,
ce n'est pas non plus une grosse peluche.
C'est autre chose.
Un cousin éloigné, intelligent,
social, doté d'une culture,
qui partage notre planète
depuis des millions d'années,
et qui mérite qu'on arrête enfin de la mettre
dans des piscines pour la regarder sauter.
Quand on regarde une orque dans les yeux,
ce n'est pas un animal qui nous regarde,
c'est quelqu'un.
Et c'est peut-être ça, la vraie révolution.
Comprendre que dans l'océan,
depuis toujours, vit une espèce
qui pourrait bien être notre égale
en intelligence émotionnelle.
Et qu'on n'avait juste pas pris le temps d'écouter.
Écrivez dans les commentaires
si vous connaissiez ce fait.