The worst place to lose a ski…

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Résumé vidéo
Généré par IAA skier recounts the perils of high-altitude navigation, detailing the dangers of wind slabs and unstable snow. After abandoning one objective due to fog, a subsequent solo descent leads to a near-fatal accident when a ski detaches on hard-packed snow. The experience highlights the necessity of mental composure and humility when facing the unpredictable nature of the mountains.
Il y a toujours une part d'impondérable en montagne
et cette sortie allait me le rappeler sérieusement.
La neige était tombée en abondance.
Les condis étaient vraiment incroyables.
Oh c'est trop beau !
Regarde ça quoi !
Regarde ça !
Mais en haute montagne, c'était une autre histoire.
Le problème c'est que c'est en train d'être soufflé actuellement.
Un vent violent avait transporté la neige un peu partout.
Certains couloirs étaient en neige béton ou croutée.
Et le problème principal c'était que la présence de plaques à vent était totalement aléatoire.
La veille, on avait profité à basse altitude dans des zones où il y avait moins de risques.
Du coup en partant ce matin, on craignait deux choses.
Le risque d'avalanche forcément, mais aussi le mauvais temps qui devait arriver en fin d'après-midi.
C'est stylé hein ?
Je crois que de la monter ça va pas être si tranquille pour ça.
Là ça craint un peu de traverser quand même.
On aurait pas intérêt à faire deux petites pointes et descendre sur l'arrête.
Sur le replat là, on va voir ce que ça donne.
En vrai on savait pas du tout ce qu'on allait faire.
C'était impossible d'anticiper correctement les conditions.
Donc on voulait voir sur place.
Là il est très chargé quoi.
Il y avait des formations de corniches sur plusieurs orientations, parfois de façon contradictoire.
Ça sentait la plaque à vent un peu partout.
On télémarque avec les pots.
Parce que lui là, il a plus de dénives quoi.
Qu'est-ce que tu te dis là ?
Lors de la montée, on a changé au moins trois fois de plan, sans parvenir à en fixer un.
Mais je pensais faire avec l'autre couloir qui est plus loin en vrai.
La décision c'est maintenant, parce qu'on s'y rend pas mieux là-bas.
Et finalement on choisit un des couloirs, qui se trouvait sur une face qu'on avait pourtant pas du tout envisagé à la base.
C'est là que ça semblait le plus safe.
Tu vas tout droit toi ?
Je la voyais plus simple cette crête, c'est pour ça.
C'est lui qui a fait la trace.
Oh c'est beau, j'adore.
C'est classe.
On hésitait parce qu'on craignait la formation de plaque à vent en entrée de couloir.
On avait bien pris une corde et des baudoyers dans le sac.
Du coup comme ça on pouvait analyser en toute sécurité les entrées.
Mais le mauvais temps est arrivé beaucoup plus vite que prévu.
Il était annoncé pour la fin de journée, et là en fait il nous est tombé dessus alors qu'il était à peine midi.
Tu vois là-bas c'est déjà dans le brouillard, à mon avis il ne faut pas trop traîner.
C'était pas prévu que ça se blanche comme ça.
Le problème c'est qu'on ne voulait pas s'engager dans la précipitation sans avoir le temps de tester correctement les plaques à vent en entrée de couloir.
Qu'est-ce qu'on fait, j'envoie un coup de drone ?
Sinon on fait celui-là, celui qui est derrière, tant pis.
Et on ne voulait pas non plus risquer de se retrouver dans le brouillard sur une face qu'on n'avait pas remontée.
Parce que là, en même pas de 10 minutes, les sommets d'en face, qui étaient à la même altitude que nous,
ils se retrouvaient plongés dans les nuages.
Comme toujours, dans ce genre de cas de figure, quand tu es déjà en train d'hésiter,
et que les conditions sont en plus en train de changer en temps réel,
en fait on a pris la solution la plus safe.
C'est-à-dire qu'on a décidé de descendre par l'autre versant, qui est beaucoup plus facile,
et sur lequel les conditions d'avalanche étaient quand même beaucoup plus safe.
En plus, on était protégés du vent de ce côté-là, donc c'était parfait.
Donc voilà, on a changé encore une fois de plan pour faire pas du tout ce qui était prévu.
Putain, on a été trouver le seul endroit où il n'y a pas de poudre BPO en ce moment.
Ça a de l'ampleur, c'est joli.
Elle est très tresse hein !
Alors regarde là !
Oh putain !
Oh stylé !
Le lendemain, on décide de profiter encore de la poudre à plus basse altitude sur les faces sonores,
qui sont protégées parce qu'elles se retrouvent à l'ombre.
C'est parfait pour se changer les idées avant de repartir en vraie zone de montagne.
Quelques jours après, les conditions sont stabilisées,
le risque d'avalanche est sérieusement retombé.
Par contre, les conditions de neige sont complètement chaotiques.
On trouve vraiment de tout.
De la poudreuse encore par endroits,
mais surtout de la neige croutée avec de la croûte mince,
de la neige croutée avec de la croûte très épaisse,
de la neige bétonne quasiment dure comme de la glace,
de la neige de printemps sur certaines orientations.
Enfin, c'est le chaos complet.
Et surtout, ces changements de neige sont complètement imprévisibles,
et parfois, ça change en quelques mètres seulement.
Impossible de prédire comment seront les couloirs.
Et maintenant, on finit à pied.
Ce jour-là, aucun de mes coéquipiers était dispo.
Du coup, je pars seul.
Après, le risque d'avalanche était vraiment très modéré à ce moment-là.
De toute façon, il faut se dire les choses.
En pente raide, la présence d'un coéquipier,
elle change le niveau de sécurité de façon très, très relative.
Il faut surtout compter sur soi et ne pas faire d'erreurs, tout simplement.
C'est la règle de base.
Et du coup, j'avais repéré un couloir intéressant dans ce secteur,
un couloir assez long et raide,
et qui semblait être en bonne conduite.
En arrivant au pied de la face,
je me rends compte qu'il y a déjà une trace.
Alors, d'une certaine façon, c'est cool,
parce que ça permet de monter sans se fatiguer,
sans avoir à ramer dans la neige.
Mais d'un autre côté, je me dis,
merde, le gars, il va peut-être être parti
faire le couloir que je voulais.
On va sortir de ce couloir
et enchaîner sur la gauche
pour en rattraper un autre,
beaucoup plus engagé.
Parce qu'en fait, oui, la montée ne se fait pas
par l'étinéra de descente.
Ce n'est pas classique. D'habitude, en pentraide,
on monte et on redescend au même endroit.
Ça permet de voir exactement les conditions.
Mais là, cette montagne-ci, elle se fait de cette façon-là.
C'est la classe par ici.
C'est trop beau.
D'être tout seul ici,
franchement,
c'est pas ça l'entrée.
Je ne m'approche pas à cause des corniches.
Là, il ne faut pas déplacer
les rochers.
Je crois qu'elle est là.
Mais finalement, le gars qui a fait la trace,
il n'est pas descendu par ce couloir.
Vu la quantité de marques de piétinement
au niveau de la corniche,
il a dû hésiter longuement.
Les mecs n'ont pas osé le faire.
Ça n'a pas l'air trop mal.
Et tant mieux, je peux prendre
ce couloir que j'avais en tête.
Le problème, c'est l'entrée avec la corniche.
J'ai fait clairement une erreur à ce moment-là.
C'est que je n'ai pas verrouillé
les fixes de ski.
Je vais vous expliquer, pour ceux qui ne sont pas habitués
du matériel de ski de rando.
Pour monter, on met la chaussure comme ça
et on est verrouillé que sur les deux pointes avant.
On bloque complètement pour empêcher de déchausser.
Là, en rabattant cette petite languette,
ça verrouille tout.
C'est impossible de sortir la chaussure
même en faisant des efforts, quelle que soit la direction.
Le principe, c'est qu'en montée,
normalement, tu n'es pas censé déchausser.
Enfin, tu n'es pas censé tomber et devoir déchausser.
Il faut que la chaussure soit parfaitement verrouillée
parce qu'elle fait des mouvements de pivot,
notamment sur les conversions.
Ça bloque complètement la chaussure.
Ensuite, quand on descend, on met la chaussure
en position ski, c'est-à-dire que
on l'enclique sur l'arrière et là, on a la chaussure
qui est fixée devant et derrière.
Normalement, on ne rabat pas ce petit levier
parce que ça permet d'avoir une sécurité,
d'avoir sa chaussure qui peut déchausser
comme sur une fixation de ski de piste.
Mais il est toujours possible de rabattre
quand même cette petite languette pour empêcher
complètement le déchaussage, c'est-à-dire
on la met en position montée. Normalement, bien sûr,
on ne fait pas ça parce que ce n'est pas bon pour la sécurité
puisque ça veut dire que si tu fais une erreur,
tu te fais directement à genoux,
ce qui n'est pas souvent conseillé
en ski de randonnée dans des endroits sauvages.
Mais il y a quand même une exception,
c'est qu'en ski de pente raide, il y a des endroits
où dépendent des lignes, des couloirs
où il ne faut surtout pas que l'on ski déchausse
sous aucun prétexte. Dans ce cas-là,
on se dit d'une certaine façon, perdu pour perdu,
on empêche complètement le déchaussage.
Et de toute façon, il ne faut pas tomber.
Alors attention, ce n'est pas une pratique
obligatoire en pente raide. Chacun choisit
la façon dont il règle et il configure ses fixations.
Mais il y a pas mal de pratiquants
qui font ça. Et moi,
je ne l'avais pas fait. En fait, j'aurais dû le faire.
Il n'y avait aucune raison que je ne le fasse pas.
C'est simplement que je n'y ai pas pensé à ce moment-là.
Je l'ai laissé en position de descente normale.
Et comme on va le voir,
j'aurais dû
verrouiller.
Surtout que même à ce moment-là, je le dis.
Il ne faut pas que les skis déchaussent.
Et comble du truc, je teste mes skis.
Je les tape par terre pour bien vérifier qu'ils tiennent bien.
Comme quoi,
même si tu es super concentré et que tu te dis
qu'il ne faut pas déchausser les skis, tu oublies quand même
un des éléments qui fait que tes skis peuvent déchausser.
Le départ était vraiment
très très délicat.
A première vue, j'ai eu l'impression que
la neige était en poudre.
C'est vraiment la sensation que ça donnait visuellement.
Quand tu regardes, elle avait cette texture
parfaitement blanche, immaculée et lisse.
Et notamment cette sorte de crête qui part
de la corniche et qui tombe quasiment
à la verticale. J'avais l'impression
qu'il suffisait d'y mettre les skis
et que ça allait s'enfoncer. Et en fait, non.
En m'approchant, je vois bien que la neige n'est pas du tout
comme je pouvais l'imaginer.
Elle est dure. Elle est en béton.
Elle a une bonne accroche,
mais elle est quand même extrêmement dure.
Il faut visualiser cette forme avec
cette sorte d'épaulement, sachant que
dessus, la neige est dure
et tu ne peux t'accrocher que sur l'écart.
Tu ne peux pas descendre en dérapage.
Tu es obligé de rentrer avec une petite cinétique,
c'est-à-dire de se laisser aller sur une courbe de niveau
et ensuite d'enchaîner un virage,
un premier virage qui permet de ralentir.
Ce genre d'entrée, c'est quand même chaud.
La vraie problématique aussi, c'est que la neige,
au niveau de l'entrée où je trouvais les skis,
il n'y avait aucune raison que j'imagine
qu'elle était pareille juste 3 mètres plus loin dans l'entonnoir.
Elle pouvait très bien d'un coup se transformer en grosse poudreuse
ou alors être croutée.
Et dans ce cas-là, il ne faut pas
se positionner du tout de la même façon sur les skis.
Les appuis ne sont pas du tout identiques
selon que tu vas devoir faire un virage
sur une neige béton ou sur une neige
en poudre ou en croûte. Donc franchement,
là, je n'étais pas serein.
Mais en fait, le problème n'est pas du tout venu
de là d'où je pensais.
Sur le moment, je n'ai pas du tout compris pourquoi mon ski avait
déchaussé parce que je n'ai pas fait d'erreur.
Je n'ai pas compris pourquoi mon ski avait déchaussé
mais j'ai compris qu'il avait déchaussé en fait. Je l'ai compris dans la seconde.
Et je me suis rien de me dire, merde,
merde, s'il y a vraiment un truc qui ne doit pas se produire
à cet endroit-là, c'est ça.
En fait, ce que je pense, c'est que
la neige n'était vraiment pas homogène.
Contrairement à ce qu'on a l'impression.
On a l'impression qu'elle est pareille partout.
Elle est magnifique, toute blanche, toute lisse.
Mais en fait, elle était très différente d'un mètre à l'autre.
Et sur le départ, elle était très dure.
En fait, ça devait être une croûte
très épaisse et très dure.
Et j'ai le ski amont
qui a dû passer un moment sur la croûte et se bloquer.
Alors que le ski aval est resté dessus.
Et c'est une supposition. Je ne suis même pas sûr à 100%
que ce soit ce qui s'est passé.
Et du coup, mon ski décroche.
Par contre, je pense qu'intuitivement, au moment où mon ski a décroché,
j'ai fait ce qu'il fallait.
C'est-à-dire que je me suis tout de suite
claqué contre la paroi.
Et avec mon pied qui était libre,
je l'ai enfoncé le plus possible
pour freiner sur une pente comme ça.
Normalement, enrayer un des visages,
c'est très difficile. C'est quasi impossible.
Surtout en neige dure. Et là, elle était dure.
Et en fait, 10 mètres plus bas, il y avait une plaque
de neige plus molle qu'on ne voyait pas
à l'œil nu et sur laquelle, en fait,
je me suis arrêté. Tout simplement.
En fait, c'était un endroit où la croûte devait être plus mince.
Mon pied est rentré dedans et j'ai réussi à enrayer
la chute à m'arrêter.
J'ai jamais vécu
de vrais accidents en montagne.
Je me suis déjà blessé en vélo
et je me suis déjà démerdé pour rentrer tout seul
en étant blessé. Ça m'est arrivé plusieurs fois.
Mais là, je parle du vrai accident
où tu dévises et où tu pars dans la pente
et normalement, c'est fini.
Et bien sûr, ce genre
d'accident, je ne le connaissais pas.
Et là, c'était assez étrange la sensation parce qu'à aucun moment
j'ai eu peur. C'est-à-dire
que je me suis plutôt vu quasiment avec du recul.
Comme si j'étais extérieur
à moi-même, en train de me dire
de façon très lucide
« Bon, il est en train d'arriver ça. Il se passe ci.
Tu risques ça. »
Mais de façon analytique.
C'était froid et lucide. Et quand je me suis
arrêté et redressé, je me suis dit « Cool.
Très bien.
Maintenant, il faut faire les choses correctement, pas déconner. »
Et je n'ai pas eu de contre-coups non plus
parce que ça arrive aussi souvent que
sur le moment, tu n'es pas peur et puis après, d'un coup,
tu te mets à trembler, tu as les jambes
qui ne te portent plus. J'ai vu beaucoup de gens
sur lesquels ce genre de choses arrivent.
Et là, non, pas du tout. Je ne me suis même pas
posé la question de remonter
parce qu'à ce moment-là, je peux très bien te dire
« On arrête les conneries.
C'est tout pour aujourd'hui. On remonte et on descend
par la face facile de l'autre côté. »
J'aurais pu facilement remonter. J'avais un piolet
et tout. Et non, même pas.
J'ai juste repris mon ski.
Je l'ai positionné.
Je l'ai mis.
Et cette fois-ci,
par contre, j'ai verrouillé la fixation
avant.
Je vais les mettre pour ne pas déchausser.
En fait, j'ai fait la suite de la descente
complètement normalement comme si il ne s'était rien passé.
Ce qu'on ne voit pas vraiment sur les images,
c'est qu'en plus, la descente était très complexe.
La neige était vraiment technique à skier
parce qu'elle changeait tous les deux mètres.
À la fois, elle changeait côté gauche
et côté droit du couloir. C'est-à-dire côté gauche,
elle était plutôt très dure.
Côté droit, elle était croutée. Et puis plus bas,
ça s'inversait. Donc, dans le fond, ce n'était pas
une descente vraiment plaisante.
Elle est reloue, la neige.
Elle est dangereuse.
C'est vrai que ça m'a donné aussi une sorte d'avertissement.
Parce que rétrospectivement, si j'avais
continué à dévisser et que j'avais dévalé
les 400 ou 500 mètres du couloir,
je n'aurais pas été dans
un bel état en bas.
La leçon principale que j'en tire,
c'est qu'en montagne, il faut vraiment toujours
rester humble parce qu'il suffit de rien.
Il suffit d'une fraction de seconde pour que
une situation où on maîtrise
ou du moins où on a l'impression de maîtriser,
pour que cette situation se transforme en cauchemar.
Et à l'inverse, il suffit aussi d'un rien
pour que le cauchemar ne devienne pas
et pour qu'on ait l'impression que
tout se passe bien et que c'était facile
alors qu'on est passé à deux doigts
une situation horrible.
Et donc, quel que soit le niveau du pratiquant,
parce que surtout en ski, j'ai un niveau
qui est plutôt modeste,
il faut toujours que la montagne reste
une école de l'humilité.
