« Les Russes ont retourné le gouvernement » — Révélations d'un officier suisse sur le terrain

Jean-Baptiste Bless est officier suisse, spécialiste du renseignement et de la sécurité, et analyste géopolitique. Il a travaillé pendant plusieurs années en Afrique de l’Ouest, notamment au sein de la MINUSMA au Mali, puis comme conseiller en sécurité et gestion de crise pour les représentations suisses dans la région. Il a notamment été actif au Niger et au Sénégal, au plus près des bouleversements politiques et sécuritaires qui ont traversé le Sahel.
Dans cet entretien, il revient sur le recul de l’influence française en Afrique et sur la manière dont la Russie a progressivement occupé l’espace laissé vacant. Selon son expérience de terrain, une partie de l’aide et du développement occidentaux a été perçue comme une forme d’ingérence, notamment lorsqu’elle cherchait à modifier les normes sociales et culturelles locales. Il estime que ce décalage a contribué au rejet croissant de la France et, plus largement, de l’Occident.
Il analyse ensuite l’échec stratégique français au Sahel. Après le succès initial de l’opération Serval en 2013, la France a élargi son dispositif avec Barkhane sans parvenir à stabiliser durablement la région. Malgré sa supériorité militaire et technologique, elle n’a pas réussi à contrôler le terrain ni à enrayer l’expansion des groupes armés.
Jean-Baptiste Bless revient également sur la montée d’un courant panafricaniste, anti-français et anti-occidental, qui a accompagné plusieurs coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Il explique que la Russie a su profiter de cette dynamique et avancer progressivement, pays par pays, en proposant une approche différente : protéger les régimes en place et renforcer leurs armées.
Il souligne cependant que cette présence russe répond aussi à des intérêts économiques et géopolitiques, notamment à travers l’exploitation de ressources minières et la recherche d’un soutien diplomatique des États africains.
Enfin, l’entretien s’élargit à la guerre en Ukraine et à la perception de la Russie en Europe. Jean-Baptiste Bless raconte avoir été évincé de l’administration suisse après un repas avec un diplomate russe et dénonce ce qu’il considère comme une polarisation excessive du débat occidental sur la Russie.
00:00 : Introduction : Rencontre avec l'officier Jean-Baptiste Bless
4:27 : Aide occidentale et ingérence culturelle
14:55 : Rejet du progressisme : le recul de l'influence française
20:13 : L’échec stratégique et militaire français au Sahel
Coups d’État, panafricanisme et départ des forces françaises
30:30 : Coups d’État, panafricanisme et départ des forces françaises
39:00 : La Russie remplace la France : Wagner, protection des régimes et ressources africaines
Guerre en Ukraine, éviction de l’administration suisse et critique du discours occidental
47:00 : Guerre en Ukraine, éviction de l’administration suisse et critique du discours occidental
57:52 : Europe : risque de guerre, sanctions et conséquences économiques
Pour aller plus loin :
Emmanuel au Sahel - Itinéraire d'une défaite : https://l.ntdtv.fr/EmmanuelSahel
Neutre : La Suisse à l'ère de la guerre hybride : https://www.ligue-vaudoise.ch/cahiers/81
Résumé vidéo
Généré par IAJean-Baptiste Oblesse, a former Swiss intelligence officer, analyzes the collapse of French influence in the Sahel and the strategic ascent of Russia. He argues that Western failures stem from a disconnect between progressive ideologies and African realities, combined with military hubris and a lack of diplomatic nuance, ultimately benefiting Russian geopolitical interests.
