Le Procès de l'Araignée, Ernest d'Hervilly (Conte Fantastique)

Les entretiens secrets
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Images générées par Midjourney, Beatrix Potter,
Lecture, musique et montage : @Mojoon
Ernest d'Hervilly, Le Procès de l'Araignée, Jack-le-Gel et ses Contes, Paris, Nouvelle librairie pour la jeunesse, 1890.
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NB : Pour une meilleure lecture, je vous incite à vous nimber d'un casque :)
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The spider's trial.
A very long time ago,
it was the time when the beasts spoke,
and you see that this does not date from yesterday.
A very long time ago, therefore,
a little girl, the child of the director of a castle,
was in the process of putting everything in order in the paternal kitchen.
As for her surprise life,
she suddenly saw appearing on the threshold of the door that was open,
because we were in summer,
a singular little character all in black,
with a white rabbit under the chin,
and dressed in a really weird cap.
The little girl first took him at first sight
for a very young and very blond priest,
but she quickly recognized her mistake,
because the little black character had a golden back
and superb butterfly wings.
— Bonjour, mademoiselle, dit-il.
— Mademoiselle, comment?
— Je m'appelle Marie-Tornette.
— Oh, très bien. Mademoiselle Marie-Tornette, je vous salue.
Marie-Tornette lui fit une belle révérence,
et comme elle était fort polie et prévenante,
elle dit à l'étranger,
— Et que puis-je faire pour votre service, monsieur... monsieur comment?
— Je m'appelle Capricorninski.
Je suis un papillon polonais, mon nom vous l'indique,
et ma coiffure aussi qui est un chapsko,
noir, parce que j'exerce les fonctions de grand juge parmi les papillons.
C'est vous qui jugez et qui faites pendre les gens,
non, je veux dire, les bêtes innocentes.
Je ne les fais pas toujours pendre,
et ce sont presque toujours des coupables que je condamne.
— Mais voyons, répéta Marie-Tornette avec une nouvelle belle révérence,
en quoi puis-je vous être agréable?
Le petit juge noir fit un nouveau beau salut et dit,
— Oh, je désirerais boire une goutte d'eau.
L'été est très sec cette année,
et les fleurs n'ont rien dans leur calice.
Tout a été pompé par mes confrères ce matin.
Or j'ai très soif,
car je viens de parler pendant une heure et demie.
— Une heure?
— Ah, mon Dieu!
Oh, mon Dieu, oui!
Je voulais faire condamner à mort une araignée,
une horrible araignée,
qui, ces jours-ci,
avait fait grand peur à une ravissante jeune fille
pendant qu'elle mangeait,
assise sur l'herbe du café au lait,
dans un bol.
— Une jeune fille?
Quelle jeune fille?
s'écria Marie-Tornette.
Ce n'est pas moi toujours,
car je ne suis pas ravissante d'abord,
et je ne mange jamais de café au lait.
J'aime mieux le lait tout seul.
— Oh, ce n'est pas de vous qu'il s'agit, ma chère enfant,
bien que vous soyez chardante aussi.
Il s'agit d'une très petite demoiselle à ruban bleu,
coiffée d'un bonnet,
j'oserais dire monumental,
qui a l'air, au respect que je lui dois,
d'être sa propre bise aïeule.
— Ah, je devine.
Je sais ce que vous voulez dire.
Vous voulez parler de Mademoiselle Nini Croquet,
la fille de notre maître.
Ah, bonbonbon!
Oui, avec son grand bonnet, c'est bien ça.
Et alors?
Et alors, elle avait donc eu peur d'une araignée?
Oh, quel enfant!
Oh, mais je vous demande pardon, monsieur Kaprikorninski,
je bavarde, je bavarde,
et j'oublie de vous donner à boire.
Tenez, voici une goutte d'eau sucrée.
Oh, que vous êtes bonne!
C'est délicieux, c'est frais.
Merci.
Je... je vous disais donc...
Vous vouliez faire condamner à mort une araignée, disiez-vous?
Oui, c'est cela.
Le garde champêtre,
un vieux hibou qui y voit très clair,
surtout la nuit,
avait amené cette araignée devant mon tribunal.
Il l'avait arrêtée au moment où elle s'enfuyait
devant les cris d'effroi de Mademoiselle Nini Croquet.
Mais l'araignée n'avait pas fait de mal à Nini.
C'est ce que prétend un monsieur écureuil.
Cet écureuil rongeait près de là la tige de la coupe d'un gland,
ce qui lui donnait l'air de fumer une pipe.
Il avait vu la scène,
et comme témoin,
il jurait que l'araignée était innocente.
Je l'aime bien, moi, cette écureuil-là,
murmura Marie-Tornette.
Oui, mais le hibou assurait le contraire.
Une araignée est toujours coupable, disait-il.
Il avait tort de dire cela à ce hibou.
C'est un méchant !
C'est ce que proclamait aussi l'écureuil.
On calomnie les araignées !
criait-il.
On calomnie les araignées !
Elles rendent les plus grands services à l'homme et aux bêtes,
sauf aux mouches et aux moucherons.
Sans les araignées dans les étables et dans les écuries,
les bestiaux et les chevaux,
tourmentés le jour et surtout la nuit par les insectes,
ne pourraient reposer tranquillement,
et ils maigriraient,
en proie à une véritable fièvre.
Et les hommes qui tuent les araignées
dès qu'ils les aperçoivent sont ignorants et cruels.
On peut les chasser si leur vue déplait,
mais sachez bien qu'il faut les laisser vivre,
car elles nous débarrassent de ce qui nous pique,
nous gratte,
nos oreilles nous chatouillent,
nous empêchent de dormir enfin.
Les cousins, les moustiques et les mouches,
si les araignées viennent près des hommes
et essayent de tendre leurs toiles dans les habitations,
c'est que la transpiration des êtres humains attire les mouches.
Elles viennent pour chasser les insectes,
et non pour nuire aux hommes.
On les trouve laides à cause de leur couleur et de leurs longues pattes.
Tout le monde n'est pas joli.
Et s'il fallait tuer tous ceux qui ne sont pas beaux,
uniquement parce qu'ils ne sont pas beaux,
la terre serait bientôt déserte.
L'écureuil a raison, monsieur le juge.
L'écureuil disait encore des choses folles, ma chère,
continua Capricorninski.
Et par exemple, que l'araignée a des yeux admirables,
des véritables lorniettes de spectacle,
délicates, brillantes et excellentes.
Il disait encore que si on observe attentivement
les inoffensives araignées de près,
on verra avec quelle intelligence étonnante
elles construisent et disposent leurs pièges à mouches.
Et il paraît, toujours au dire de l'écureuil,
que ce sont de parfaits baromètres.
Elles indiquent les changements de temps sans se tromper.
Mais il faut les observer attentivement,
en domptant d'absurdes répugnances.
Enfin, monsieur le juge,
vous n'avez pas condamné à mort l'araignée.
Ce n'était pas le désir qui me manquait,
car les papillons et les araignées ne s'entendent guère.
Mais pendant que le procès suivait son cours,
une taupe est venue à son tour devant le tribunal,
accompagnée d'une fauvette, excellente chanteuse,
et qui entrera à l'opéra des oiseaux avant peu.
Et qu'a dit la taupe ?
La taupe a dit que, tous les jours,
grâce au progrès de l'éducation générale,
des vieilles erreurs étaient reconnues et effacées,
et qu'il était temps de revenir sur le compte des araignées.
Ainsi, moi, dit la taupe,
on m'a longtemps chassé et torturé,
mais on n'a découvert qu'en définitive,
je draine les terres lourdes, que je les laboure,
et y fais circuler l'air et pénétrer les pluies.
Je ronge quelques racines, mais,
et je fais en somme plus de bien que,
que de dégâts.
Qu'on étudie l'araignée, et on ne la maudira plus.
Et qu'a dit la fauvette ?
La fauvette, elle s'est mise à chanter.
Oh, ce n'était peut-être pas le moment.
Il n'y a pas de moment pour les chanteurs.
Ils chantent n'importe où et n'importe quand,
mais ils ont souvent bon cœur et chantent pour les pauvres.
La fauvette, après avoir chanté,
m'a demandé si elle m'avait fait plaisir.
Je lui ai adressé des compliments.
Eh bien, pour me remercier, a-t-elle ajouté,
accordez-moi la grâce de cette araignée.
Vous l'avez accordée ?
Ma foi, oui.
Oh, vous voyez que les araignées servent à quelque chose.
Parfois.
Donc j'ai fait grâce à la coupable.
Mais avant de la mettre en liberté,
je lui ai adressé un discours.
Et c'est ce discours qui m'avait si fort altéré.
Ah, maintenant, mademoiselle Marie-Tornette,
j'ai bien l'honneur de vous saluer.
Il faut que je retourne à mon tribunal.
Mais laissez-moi vous remercier encore une fois.
Et en parlant ainsi,
M. Kaprikorninski fit un beau salut et s'en alla,
et Mlle Marie-Tornette lui fit une belle révérence.
Le soir, Mlle Marie-Tornette raconta à ses petites amies
le procès de l'araignée tel qu'il lui avait été dit.
Et son récit parvint de bouche en bouche,
jusqu'aux oreilles des jeunes gens et des jeunes filles
qui passaient leurs vacances au château de Nini Croquet.
On résolut d'en faire une comédie
et de la jouer devant des grandes personnes invitées au château.
La pièce fut en effet représentée avec un grand succès.
Nini Croquet joua le rôle de la petite fille qui a peur.
Les rôles de l'écureuil, du hibou,
de la taupe et du grand juge
furent très convenablement tenus.
Mais ce fut Marie-Tornette en personne,
déguisée en araignée,
qui reçut les plus vifs applaudissements.
Elle fit pleurer tout le monde quand elle se montra victime et martyre de l'ignorance et de la routine.
Quand elle se retira en disant
« Araignée du soir ! »
on la rappela à grands cris.
Et elle revint saluer modestement le public.
Mais elle avait joli manchot dans son costume d'araignée.
C'était « Le procès de l'araignée »
de Ernest Dervilliers.
En espérant vous avoir diverti le temps d'un conte,
je vous dis à très bientôt.
