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#sommaire 00:00 Intro 00:40 La récession « attendue » interviendra-t-elle aux États-Unis en 2024 ? 06:39 Tous les voyants économiques sont-ils réellement au vert ? 07:25 Le recul de la consommation sera-t-il le déclencheur de la récession U.S. ? 11:26 La synthèse de Vincent
## Vidéo enregistrée le 20 décembre 2023 par @SynapsesYT
Dès le début de l'année 2023, de nombreux économistes estimaient qu'en raison de la hausse des taux de la Réserve fédérale (Fed) et, par conséquent, des coûts du crédit, une récession était inévitable aux États-Unis. Force est de constater qu’ils se sont trompés. Au lieu de flancher, l'économie américaine a connu une résilience remarquable, affichant un stupéfiant 4,9 % au troisième trimestre 2023, principalement attribuable à la robustesse du marché du travail et à l'ampleur du soutien financier de l'administration Biden. Les regards se tournent désormais vers 2024. Est-ce que la récession tant attendue frappera la première puissance économique ? Patrick Artus, Conseiller économique auprès de Natixis, n’y croit pas. D’après Patrick Artus, les voyants sont au vert et offrent de solides fondements à l'économie américaine, rendant peu crédibles les risques de récession. Plusieurs éléments plaident selon lui en faveur de la poursuite de la croissance économique et renforce l'idée que l'économie américaine sera résiliente encore cette année. Quels sont ces arguments qui militent en faveur d'une croissance plutôt que d'une récession imminente ?
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Bonjour à tous et bienvenue sur Synapses. Nous avons le plaisir d'accueillir aujourd'hui Patrick
Artus, conseiller économique auprès de Natixis. Nous allons discuter du devenir de la croissance
américaine. La récession américaine aura-t-elle lieu en 2024 ou devrais-je dire, la récession
américaine aura-t-elle enfin lieu en 2024, tellement on l'a attendu en 2023 ? Mais avant,
rappel rituel pour nous soutenir. Abonnez-vous, c'est très important. Commentez les émissions, ça
l'est tout autant. Partagez-les, c'est également décisif et mettez un pouce vers le haut si vous
appréciez nos contenus. Patrick, bonjour. Bonjour Vincent. Alors cette récession, est-ce qu'elle va
se produire en 2024 aux Etats-Unis ou pas selon vous ? Beaucoup de gens attendaient une récession
à la fin de l'année 2023. À la place, il y a eu une croissance forte qui sera honorable aussi au
quatrième trimestre. Et donc, ils ont repoussé leur espoir de récession, si on peut dire ça,
sur le début de 2024. Je crois qu'il n'y a aucun argument qui plaide pour que les États-Unis
entrent en récession au début de 2024. Alors quels sont les arguments qui militent pour, justement,
une poursuite de la croissance ? Un, la politique budgétaire reste extrêmement expansionniste. On a
un déficit public qui va être de pratiquement 7% du PIB en 2024, qui a été de 6,8% du PIB en
2023. Et ce déficit est utilisé assez largement. Alors d'abord pour faire des dépenses militaires.
Il y a eu une grosse hausse des dépenses militaires liées au conflit en Ukraine,
liées aux différents risques géopolitiques. Et on sait que les dépenses militaires aux États-Unis
sont associées à des gains de productivité. C'est des dépenses de recherches. Il y a beaucoup de
recherches sur les technologies nouvelles, etc. Et deuxièmement, ces déficits publics ont financé
les Inflation Reduction Act, ont financé le Chips Act, c'est-à-dire des dépenses d'investissement
d'entreprises, y compris d'entreprises étrangères qui investissent aux États-Unis, dans les
nouvelles technologies, dans les semi-conducteurs, dans les équipements pour la transition
énergétique. Et puis il y a la crise énergétique européenne qui favorise aussi les délocalisations
d'entreprises européennes aux États-Unis. Ça compte aussi. Le prix du gaz naturel, par exemple,
aux États-Unis, reste 4 fois ou 5 fois plus bas que le prix du gaz naturel en Europe.
Puis il y a vraiment une attraction des États-Unis pour les capitaux à long terme, aussi bien des
capitaux à long terme sur la dette publique des États-Unis, mais des capitaux à long terme en
actions américaines, des capitaux à long terme en investissements d'entreprises aux États-Unis. Le
total de ces entrées de capitaux à long terme, ça fait six points de PIB en rythme annuel,
c'est absolument considérable. Et ça permet de financer d'ailleurs ces déficits publics
et le déficit de la balance courante qui résulte des importants déficits publics. Donc, politique
budgétaire très stimulante aboutit. à un dynamisme de l'investissement des entreprises, y compris
étrangères, avec beaucoup d'investissements d'entreprises aux États-Unis. Et d'ailleurs,
c'est bien documenté que ces décisions du gouverneur américain, de Joe Biden, ont un effet
très positif sur les implantations d'entreprises américaines. Donc, premier argument le lien entre
la politique budgétaire expansionniste et l'investissement des entreprises. Et puis,
le fait que les États-Unis sont attractifs pour les capitaux. Donc, les États-Unis peuvent
dépenser 6 points de PIB de plus que l'Europe, puisqu'il n'y a aucun investissement à long terme
qui va du reste du monde à l'Europe. Donc, ça fait 6 points de PIB de capacité d'investissement
aux États-Unis de plus que l'Europe. Donc, voilà le premier argument. Second argument,
il y aura aux États-Unis un redressement de l'investissement résidentiel en logement en 2024,
dont on a les signes avant-coureurs. Le signe avant-coureur important, c'est le passage d'une
dynamique de baisse des prix de l'immobilier résidentiel à une dynamique de hausse des prix de
l'immobilier résidentiel. Les prix de l'immobilier résidentiel aux États-Unis ont remonté de 5% en un
an et ils accélèrent. Et ça a comme conséquence que les taux d'intérêt réels sur les crédits
hypothécaires. Les crédits hypothécaires se font à peu près à 6,5% aux États-Unis. 6,5 moins 5,
ça fait 1,5% de taux d'intérêt réel. Quand les prix de l'immobilier résidentiel chutaient, vous
aviez des taux d'intérêt réels calculés avec les bons prix, qui étaient beaucoup plus importants.
Dit autrement, de façon plus littéraire, tant que les prix baissent, on n'a pas d'intérêt à
acheter des biens immobiliers. Quand les prix de l'immobilier recommencent à remonter, il faut se
dépêcher pour acheter de l'immobilier à des prix qui ne sont pas encore très élevés. Et d'ailleurs,
ça se voit, si vous regardez les ventes de maisons neuves, par exemple, aux États-Unis,
elles sont passées de 600 000 à 750 000 sur un an. Donc, il y a vraiment une remontée. Et puis,
ça va aboutir à un redressement de la construction résidentielle en 2024 et qui aura une contribution
assez positive à la croissance du PIB, parce que l'immobilier, c'est une composante très volatile
de la demande, qui a des contributions très négatives et très positives à la croissance du
pays. Et puis le troisième mécanisme, c'est la consommation des ménages. Et puis le troisième
mécanisme, il est lié à la consommation des ménages. Les ménages américains ont soutenu
leur consommation en 2022 par la baisse du taux d'épargne. En 2023, la baisse du taux d'épargne
des ménages joue encore un rôle positif. Mais dès 2023, le relais est pris par la progression
des revenus des ménages. Quand vous ajoutez deux points de hausse du taux d'épargne, du salaire
réel par tête, du salaire par tête corrigé de l'inflation, et puis à plus d'un point
de hausse de l'emploi aux États-Unis, vous avez trois points de hausse du revenu disponible réel
des ménages, c'est à peu près ce qu'on a, et donc même si le taux d'épargne ne baisse plus,
qui va provoquer une hausse de la consommation de 3% par an. Et donc vous avez une consommation
des ménages qui est soutenue par les revenus, un investissement des entreprises qui est soutenu par
les programmes publics, et puis par le besoin d'investir. des dépenses publiques extrêmement
importantes et le redressement de l'immobilier résidentiel. Je ne vois pas comment vous faites
une récession dans tout ça, d'autant plus que les exportations des États-Unis sont plus dynamiques
que le commerce mondial. Donc pour vous tous les voyants sont au vert ? Je ne vois pas quel est le
voyant qui est au rouge. Alors le voyant qui est au rouge c'est le PMI industriel qui est toujours
en dessous de 50, mais compte tenu de l'énormité des investissements industriels aux États-Unis,
vous savez, il y a des consultants qui ont montré que les États-Unis faisaient aujourd'hui
pratiquement 40% d'investissement industriel du monde. L'industrie américaine va retrouver de la
croissance. Donc, je n'arrive pas à justifier un scénario même de croissance très faible aux
États-Unis. Donc je pense que les États-Unis vont avoir une croissance 2024 qui va être à
peu près probablement autour de 2%, c'est-à-dire à peu près autour de la croissance potentielle.
Alors en effet, il y a des arguments, ceux que vous évoquez, qui sont plutôt imposants,
puisque les dépenses d'investissement sont colossales, grâce à la politique budgétaire qui
reste très expansionniste, plus l'immobilier qui va finalement n'a pas craqué vraiment. En fait,
il y a eu un gel des transactions, mais on n'a pas eu un effondrement comme on l'avait connu lors des
précédentes crises. Bon, très bien. Mais revenons à la consommation, parce que c'est vrai que là,
on a une consommation qui tient. Mais quand on regarde les enquêtes auprès des consommateurs,
des ménages, ce qu'on constate tout de même, c'est qu'eux ont un moral qui n'est pas flamboyant.
Alors, quand on va un peu dans le détail, on se rend compte que les chiffres macro sont plutôt
positifs. En revanche, ce qu'on constate aussi, c'est que les catégories les moins aisées qui
avaient bénéficié des plus fortes augmentations salariales, et vous connaissez très bien le sujet,
vous disiez même sur cette scène que pendant 40 ans, les salariés américains, on ne leur
avait rien donné. Donc, il y a eu un rattrapage, et on voit que la décélération de l'inflation
salariale est plus sensible de leur côté, et par ailleurs, ils commencent à être un peu confrontés
aux réalités du crédit, c'est-à-dire qu'ils ont tiré sur leur carte de crédit, ils ont
également tiré sur leur épargne, d'ailleurs c'est peut-être eux qui ont dépensé le plus d'épargne,
les plus aisés, finalement, ils placent leur épargne, et puis ils ne vont pas la consommer,
et aujourd'hui, ils ont tout de même des taux de carte de crédit qui sont très élevés, on voit les,
alors ce n'est pas encore catastrophique, mais on voit les défaillances sur les cartes de crédit qui
repartent à la hausse, Est-ce que, je ne dis pas qu'on va avoir une récession aux États-Unis, mais
est-ce qu'on ne va pas jouer, et en tout cas là je me parle du point de vue des investisseurs, avec
cette idée d'une possible récession, parce qu'on aurait un trou d'air sur la consommation, trou
d'air, je dis bien, provoqué par les catégories les moins aisées Oui, mais ces catégories vont
bénéficier de baisses rapides des taux de la réserve fédérale, donc les taux du crédit à la
consommation, et puis bénéficient quand même du maintien d'une hausse du taux d'emploi et de la
poursuite des créations d'emplois. Les États-Unis continuent à créer pratiquement 200 000 emplois
par mois. Et donc, il y a un effet revenu. Donc, je ne dis pas qu'on ne pourra plus tirer sur le
crédit. Si on continue à tirer sur le crédit aux États-Unis, ça voudrait dire que le taux
de départ de déménage continue à baisser. Donc, je ne crois pas que le taux de départ de déménage va
continuer à baisser. Mais je crois qu'il y aura un relais qui sera pris par les revenus. Le pouvoir
d'achat des revenus des ménages augmente à nouveau pratiquement de 3% chaque année et va augmenter de
3% l'année prochaine. Donc la conjonction de la progression des salaires et de la désinflation.
C'est ça, c'est ça. Il y a le relais, il y a eu une très forte baisse du taux d'épargne des
ménages, qui est liée à la dépense de l'épargne accumulée pendant la Covid, mais qui était quand
même une épargne plutôt des plus riches. Mais aussi d'un mouvement d'endettement très rapide des
plus modestes et puis il y a un relais qui va être pris par les gains de pouvoir d'achat qui vont
concerner tous les ménages américains à nouveau si vous enlevez la composante bizarre de l'indice des
prix qui n'a aucune réalité en termes de pouvoir d'achat qui sont les loyers fictifs payés par
les propriétaires vous avez 2,5% d'inflation aux États-Unis et les salaires augmentent même pour
les plus pauvres de 3,5 à 4% donc il y a un gain de pouvoir d'achat, il y a un gain d'emploi. Et
je ne dis pas que la croissance va être très forte aux États-Unis. Je pense que la croissance peut
atteindre 2% l'année prochaine. Elle sera de 3% cette année. Donc c'est un ralentissement,
mais ce n'est pas du tout une récession. Bon, je vais résumer. Politique budgétaire
expansionniste et intelligente, selon vous, qui a ciblé l'investissement. Donc un investissement
qui reste très soutenu. Ça, ça va doper, en tout cas soutenir, étayer la croissance.
Voilà. un redressement de l'investissement dans le résidentiel aussi, je parle de l'immobilier,
on voit que les prix repartent à la hausse, pour vous c'est un bon indicateur, c'est le fait que
c'est le moment et que les gens vont y aller. Et puis du côté de la consommation, on a tout même
une progression du revenu des ménages, on a un mouvement des inflations qui va aider aussi le
pouvoir d'achat et vous considérez que tout ça va tenir même si ça ne sera pas forcément mirifique,
mais on n'aura pas de récession, selon vous, en 2024 aux États-Unis. C'est correctement
résumé ? Oui. Patrick, merci beaucoup. Merci à vous de nous avoir suivis. Abonnez-vous,
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