Les photons existent-ils ? đĄ
Les photons existent-ils vraiment ? Faudrait-il carrĂ©ment interdire lâusage du mot « photon »
? Câest en tout cas ce que pense le trĂšs respectable physicien Willis Lamb, qui dans
un article violemment intitulĂ© « Anti-photon », affirme carrĂ©ment : « Les photons ça nâexiste
pas », « le concept de photon nâa pas de justification scientifique ».
Et Willis Lamb, câest quand mĂȘme pas nâimporte qui. Il a eu le prix Nobel en 1955 prĂ©cisĂ©ment
pour des travaux fondateurs sur le comportement quantique du rayonnement électromagnétique.
Donc il sait un peu de quoi il parle. Pourquoi tant de haine envers le photon ?
Pourtant, on a tous appris que le photon, câest une particule Ă©lĂ©mentaire, au mĂȘme
titre que lâĂ©lectron, et que la lumiĂšre est composĂ©e de photons. Donc ça doit bien
exister, non ? Eh bien oui, mais vous allez voir que ça ne ressemble pas franchement
Ă une petite boule dâĂ©nergie qui se dĂ©place.
[jingle]
Pour comprendre comment on en est arrivĂ©s Ă parler de photons, un peu dâhistoire.
Dans lâantiquitĂ©, des savants comme Euclide ou PtolĂ©mĂ©e avaient dĂ©jĂ modĂ©lisĂ© la
lumiÚre comme étant formée de rayons.
Et autour de lâan 1000, ce furent les savants arabes qui poursuivirent les efforts de comprĂ©hension,
et notamment Al Hazen qui formalisa la premiĂšre thĂ©orie moderne de lâoptique.
[SNELL Plus tard au XVIIe siĂšcle en Europe, Snell et Descartes publiĂšrent les lois de
la rĂ©flexion et de la rĂ©fraction. Celles que lâon apprend au lycĂ©e et qui fondent
toute lâoptique gĂ©omĂ©trique, toujours autour du concept de rayon lumineux.]
Mais vers la fin du XVIIe, certains ont voulu pousser plus loin et essayer de comprendre
de quoi pouvaient bien ĂȘtre composĂ©s ces rayons lumineux. Et deux thĂ©ories se sont
affrontées.
[NEWTON/HUYGENS Dâun cĂŽtĂ© celle dâIsaac Newton, qui imaginait les rayons lumineux
comme faits de petits corpuscules, des petites particules de lumiÚre qui se déplaceraient
Ă une certaine vitesse. Et de lâautre cĂŽtĂ©, celle de Christian Huygens â alors oui je
sais, on prononce â Huygens, donc qui pensait que la lumiĂšre Ă©tait en fait
une onde qui se propage, comme des vagues Ă la surface de lâeau.
Et prĂ©cisons quâĂ cette Ă©poque, on avait dĂ©jĂ une estimation assez bonne de la vitesse
de la lumiĂšre, grĂące Ă Ole RĆmer qui en observant les lunes de Jupiter lâavait estimĂ©e
Ă 220 000 km/s.]
Alors la lumiÚre, onde ou particule ? Eh bien le débat a fait rage pendant presque
un siĂšcle entre les partisans de Newton-particules et ceux de Huygens-onde. Avant quâen 1802,
Thomas Young ne vienne siffler la fin de la rĂ©crĂ©ation, et mettre tout le monde dâaccord
avec ses expĂ©riences de diffraction et dâinterfĂ©rences.
[YOUNG GĂ©nĂ©ralement, on parle de lâexpĂ©rience de la double fente de Young, mĂȘme sâil
est vraisemblable quâil ait fait quelque chose dâun peu diffĂ©rent. Mais le rĂ©sultat
est le mĂȘme, il a dĂ©montrĂ© que la lumiĂšre pouvait donner lieu Ă des interfĂ©rences,
comme des ondes Ă la surface de lâeau. Ce qui a donnĂ©, a posteriori, raison Ă Huygens,
et tort Ă Newton.]
Soixante ans plus tard, en 1864, Maxwell en rajoute une couche en publiant ses fameuses
Ă©quations sur la thĂ©orie Ă©lectromagnĂ©tique. Or ces Ă©quations impliquent lâexistence
dâondes Ă©lectromagnĂ©tiques, dont Maxwell soupçonne quâelles sont de mĂȘme nature
que les ondes lumineuses.
Et il avait raison. En 1887, Heinrich Hertz prouve expérimentalement que ces ondes électromagnétiques
existent bel et bien. Et Ă ce stade lâidĂ©e de particules de lumiĂšre est vraiment morte
et enterrĂ©e. Absolument tout, montre que la lumiĂšre est vĂ©ritablement une onde. Jusquâen
1905 et un certainâŠAlbert Einstein.
A cette Ă©poque, Einstein sâintĂ©resse, en autres, Ă lâeffet photo-Ă©lectrique,
et en propose une interprétation audacieuse, qui semble ressusciter la théorie corpusculaire
de Newton. Voyons dâabord ce quâest cet effet photo-Ă©lectrique.
[PHOTOELECTRIQUE Imaginez que vous ayez un morceau de métal, que vous illuminez avec
une lampe. Imaginons que cette lampe ait deux réglages : un pour la puissance, et un pour
la fréquence de la lumiÚre, sa couleur si vous voulez.
Et le but de lâexpĂ©rience, câest de balancer de la lumiĂšre sur le mĂ©tal dans le but de
lui arracher des Ă©lectrons. On imagine quâon a un petit dĂ©tecteur Ă Ă©lectrons au-dessus
qui nous dit sâil y en a qui ont effectivement Ă©tĂ© expulsĂ©s du mĂ©tal.
Intuitivement, on se dit que pour arracher des électrons, il suffit de taper suffisamment
fort. Donc on monte la puissance de la lampe. Mais lĂ , rien ne se passe rien, aussi puissante
que soit la lampe, aucun Ă©lectron nâest arrachĂ© au mĂ©tal.
Par contre, de façon Ă©tonnante, en jouant sur la frĂ©quence, en lâaugmentant, on se
rend compte quâau delĂ dâun certain seuil on arrive Ă arracher des Ă©lectrons.]
Et si on admet que la lumiĂšre est juste une onde, câest assez contre-intuitif. Si je
veux vous Ă©clater les tympans avec du son, et que jâai le choix de jouer sur la frĂ©quence
et sur la puissanceâŠje vais clairement mettre le son Ă fond, peu importe la frĂ©quence
finalement.
Alors pourquoi, pour arracher des électrons, monter la puissance de la lampe ne marche
pas. Pourquoi est-ce quâil faut franchir dâabord un seuil minimum de frĂ©quence ?
[PHOTONS Eh bien Einstein a son idée sur la question : il propose que la lumiÚre se
comporte comme si elle Ă©tait faite de particules, les photons, et que lâĂ©nergie E de chaque
photon soit proportionnelle à sa fréquence f. Et la constante de proportionnalité étant
h, la fameuse constante de Planck, introduite quelques années plus tÎt.
Avec cette interprĂ©tation, pour Ă©jecter un Ă©lectron du mĂ©tal, il faut quâil se
fasse taper dedans par un photon suffisamment énergétique, donc de fréquence suffisamment
Ă©levĂ©e. Et si ça nâest pas le cas, peu importe la quantitĂ© de photons quâon balance,
ça ne fera pas bouger les électrons.]
Vous le savez peut-ĂȘtre, cette idĂ©e dâEinstein a Ă©tĂ© un des concepts clĂ©s dans la construction
de la mécanique quantique. Et son interprétation prouve manifestement que Newton avait finalement
un peu raison : la lumiĂšre serait, dâune façon ou dâune autre, quand mĂȘme faite
de particules.
[CONSTITUANTS Mais est-ce que câest vraiment le cas ? Si jâai une source de lumiĂšre
et que je fige dans le temps ses rayon lumineux, est-ce que je peux vĂ©ritablement dire quâils
sont constituĂ©s dâun flux de photons, tout comme on dit que la matiĂšre est constituĂ©e
dâatomes, dâĂ©lectrons, de protons ? Est-ce que le rayon est vraiment composĂ©
de petits machins bien localisĂ©s, qui sont en nombre dĂ©terminĂ©s, et se dĂ©placent Ă
la vitesse de la lumiĂšre quand le temps sâĂ©coule ?]
Câest important comme question, parce que câest quand mĂȘme une reprĂ©sentation quâon
voit partout, que jâai probablement dĂ©jĂ utilisĂ©e plein de fois. Et qui peut amener
des questions lĂ©gitimes du genre : OĂč sont les photons ? Quelle taille font-ils ? Est-ce
quâils ralentissent dans le verre, etc ?
Pour savoir si ces questions ont un sens, il faut dâabord savoir si on peut vraiment
dire que la lumiĂšre est dâune façon ou dâune autre constituĂ©e de petites boules
qui avancent, comme lâimaginait Newton ?
Eh bien, pas vraiment. On va voir que dans les théories modernes du rayonnement électromagnétique,
on est assez loin de cette vision « newtonienne » de la lumiĂšre. Dâailleurs, contrairement
Ă ce quâon pense souvent, Einstein, dans ce fameux article sur lâeffet photoĂ©lectrique,
ne parle pas vraiment de particules, et encore moins de photons.
Il parle de paquets dâĂ©nergie, de quantas, et il insiste surtout sur le fait que câest
lâopĂ©ration dâĂ©change, de transfert dâĂ©nergie entre la lumiĂšre et les Ă©lectrons
du mĂ©tal qui est quantifiĂ©e. Les quantitĂ©s dâĂ©nergie qui passent de lâun Ă lâautre
ne peuvent prendre que certaines valeurs, qui sont liées à la fréquence de la lumiÚre.
Alors on pourrait dire que ça suggĂšre quand mĂȘme fortement quâil existe dans la lumiĂšre
un machin quantifiĂ©, discret, qui interagit avec la matiĂšre. Eh bien en fait mĂȘme pas.
[WENTZEL BECK Câest un rĂ©sultat trop peu connu, mais il a Ă©tĂ© dĂ©couvert plus tard
quâil est parfaitement possible dâexpliquer lâeffet photoĂ©lectrique avec une simple
onde Ă©lectromagnĂ©tique, complĂštement classique. Il suffit que les niveaux dâĂ©nergie des
Ă©lectrons, eux, soient quantifiĂ©s. Et ça suffit Ă expliquer le phĂ©nomĂšne, sans quâil
y ait besoin de changer la nature de la lumiĂšre.]
Pour bien saisir la diffĂ©rence, voici une analogie que jâai trouvĂ©e dans un article
: quand on achÚte du beurre au supermarché, on ne peut le faire que par plaquettes de
mettons 250g. La transaction se fait par paquets quantifiĂ©s. Mais câest juste le transfert,
lâĂ©change, ça nâempĂȘche pas le beurre dâexister en nâimporte quelle quantitĂ©.
Et on ne dit pas que le beurre est constitué de plaquettes de 250g.
Donc finalement, lâeffet photoĂ©lectrique ne prouve pas du tout que les photons existent.
Et dâailleurs lâorigine de ce mot est vraiment Ă©trange. Ca nâest pas Einstein
qui a proposĂ© le terme de « photon », mais câest Lewis, le chimiste, 21 ans plus
tard en 1926. Et il lâa proposĂ© pour dĂ©signer un nouveau type dâatome quâil avait imaginĂ©,
et il insistait justement pour dire que ça nâĂ©tait pas des quantas de lumiĂšre !
Comment, à partir de là , on en est venus à utiliser le mot « photon » pour désigner
justement une particule de lumiÚre, aucune idée.
Alors lĂ , vous vous dites peut-ĂȘtre que je sonne un peu comme un conspirationniste
: on vous ment, le photon nâa jamais existĂ©. Câest le gouvernement illuminati qui vous
cache que la lumiĂšre, câest en fait juste des ondes Ă©lectromagnĂ©tiques. Alors non,
je ne dis pas ça.
Il existe bien quelques phĂ©nomĂšnes dont on sait quâil ne sont pas explicables avec
une simple thĂ©orie ondulatoire. Mais je vous lâai dit, lâeffet photoĂ©lectrique nâen
fait pas partie. Parmi ces phénomÚnes inexplicables avec juste la théorie de Maxwell, il y a
lâĂ©mission spontanĂ©e de la lumiĂšre par les atomes, et on va en reparler.
Et il y a aussi ce quâon appelle le dĂ©calage de Lamb. Câest un dĂ©calage quâon observe
entre certains niveaux dâĂ©nergie atomiques, qui ne peut sâexpliquer quâen invoquant
la thĂ©orie quantique du vide Ă©lectromagnĂ©tique. Et dâailleurs ce dĂ©calage porte le nom
de Lamb qui lâa dĂ©couvert, et qui est bien le chercheur dont je parlais au dĂ©but de
la vidĂ©o, celui qui pense quâon devrait arrĂȘter de parler de photons.
Ce que je suis en train de vous dire, câest que Lamb a contribuĂ© Ă dĂ©montrer que la
thĂ©orie purement ondulatoire ne suffit pas, et en mĂȘme temps il refuse lâidĂ©e de photon
comme une particule de lumiĂšre. Est-ce quâon peut essayer de comprendre pourquoi ?
Eh bien oui, mais pour ça, il va falloir plonger dans ce que dit vraiment la théorie
quantique de la lumiĂšre et de lâĂ©lectromagnĂ©tisme, ce quâon appelle lâĂ©lectrodynamique quantique.
On va voir que le concept de photon y existe bel et bien, mais quâil ne dĂ©signe pas
forcément ce que notre intuition voudrait y voir. Et donc dans la suite, on va se demander
: de quoi le photon est-il le nom ?
[jingle]
Pour comprendre la thĂ©orie quantique de lâĂ©lectromagnĂ©tisme, il va falloir parler de thĂ©orie quantique
des champs. Câest un terme un peu effrayant qui dĂ©signe en gros la mĂ©canique quantique
2.0, telle quâelle est utilisĂ©e aujourdâhui pour fonder toute la physiques des particules.
Mais avant de plonger dans le vif du sujet, je voudrais rappeler quelques principes de
la mĂ©canique quantique qui vont nous ĂȘtre utile pour comprendre cette thĂ©orie quantique
des champs.
Prenons une simple particule, disons un Ă©lectron. Pour complĂštement caractĂ©riser lâĂ©tat
de cet Ă©lectron Ă un instant t, jâai besoin de deux informations : sa position, on va
la noter x, et son vecteur vitesse v. Pour nous faciliter la tĂąche, on va imaginer que
notre Ă©lectron ne se dĂ©place quâen une dimension, comme ça on oublie les vecteurs.
Si je connais ces deux quantitĂ©s, position et vitesse, je sais tout ce quâil y a Ă
savoir sur lâĂ©tat de cet Ă©lectron Ă lâinstant t. Et si je connais les forces qui agissent
sur lui, avec ça je peux calculer sa trajectoire.
[PHASE Puisque lâĂ©tat de lâĂ©lectron est reprĂ©sentĂ© par deux nombres, je peux
les placer dans un diagramme. En abscisses, la position, en ordonnées, la vitesse, et
donc Ă un instant donnĂ©, lâĂ©tat de lâĂ©lectron câest un point dans ce diagramme. Et un
peu plus tard, quand le temps se sera Ă©coulĂ©, il sera peut-ĂȘtre dans une autre position,
et possédera une autre vitesse. Et ainsi de suite.
La position et la vitesse, câest ce quâon appelle lâĂ©tat classique de lâĂ©lectron.
Et puisque cet Ă©tat est un point dans ce diagramme, vous voyez quâil y a une infinitĂ©
dâĂ©tat classiques possibles, autant que de points dans le plan.]
Maintenant quand on passe en mĂ©canique quantique, les choses changent. Vous connaissez peut-ĂȘtre
le principe de superposition, qui nous dit que si un Ă©lectron peut ĂȘtre dans un Ă©tat
A, et dans un Ă©tat B, alors il peut aussi ĂȘtre dans une superposition de ces deux possibilitĂ©s.
Et on peut superposer comme ça autant dâĂ©tats quâon veut, mĂȘme une infinitĂ©.
[WIGNER Graphiquement, si on peut mĂ©langer plein de possibilitĂ©s dâĂ©tats, et avec
diffĂ©rents degrĂ©s, ça veut dire quâau lieu de reprĂ©senter un Ă©tat par simplement
un point dans mon diagramme position/vitesse, je vais devoir considérer des situations
de ce genre. Une sorte de mélange de plein de possibilités, avec des proportions plus
ou moins importante en chaque point.
Ca câest un Ă©tat quantique possible, ça aussi, ça aussi, etc. Et vous comprenez probablement
quâil y a infiniment plus dâĂ©tat quantiques que dâĂ©tats classiques. LĂ oĂč avant on
donnait juste deux quantitĂ©s : position et vitesse, lĂ il semble quâon puisse avoir
toutes les nuances et toutes les superpositions possibles. Il y avait déjà une infinité
dâĂ©tat classiques, mais lĂ on a une infinitĂ© dâinfinitĂ©s dâĂ©tats quantiques.]
En regardant tous ces états quantiques possibles, on peut se demander : est-ce que les états
classiques font partie des états quantiques ? Est-ce que je peux avoir un état quantique
qui soit juste un point, avec une vitesse et une position parfaitement bien déterminée.
[HEISENBERG Eh bien non, vous connaissez sans doute le principe de Heisenberg. Il nous dit
quâon ne peut pas avoir un Ă©tat quantique qui soit parfaitement dĂ©fini Ă la fois pour
la position et la vitesse. Il y a donc une sorte de taille minimale que doit avoir la
tĂąche dans le diagramme.
Les valeurs de position et de vitesse ne peuvent jamais ĂȘtre parfaitement bien dĂ©finies en
mĂȘme temps. Et plus lâune est dĂ©finie, moins lâautre lâest. Si je veux faire
un tùche trÚs fine en position, je me retrouve avec une tùche trÚs étalée en vitesse,
et réciproquement.]
Voilà pour les éléments essentiels de mécanique quantique dont on va avoir besoin. Mais je
vous lâai dit, pour comprendre la lumiĂšre et les ondes Ă©lectromagnĂ©tiques, ça ne
va pas ĂȘtre suffisant. Il va falloir passer au niveau supĂ©rieur, avec la mĂ©canique quantique
2.0, quâon appelle la thĂ©orie quantique des champs.
La thĂ©orie quantique des champs câest le formalisme qui est derriĂšre toute la physique
des particules modernes. Depuis les Ă©lectrons jusquâau boson de Higgs, ce quâon appelle
le modÚle standard de la physique des particules est une combinaison de théories quantiques
des champs.
Dans notre comprĂ©hension actuelle du monde, au niveau fondamental, tout nâest que champ
quantique. Mais quâest-ce que câest un champ quantique ? Eh bien câest ce quâon
obtient quand on applique les principes de la mécanique quantique non pas à une simple
particule, comme on lâa fait avec lâĂ©lectron, mais Ă un champ classique.
[CHAMP CLASSIQUE Le champ électromagnétique, celui que nous décrivent les équations de
Maxwell, est un champ classique. En fait ce sont mĂȘme deux champs, Ă©lectrique et magnĂ©tique,
mais comme ils sont trÚs liés on va se simplifier la vie en ne considérant par exemple que
le champ électrique.
SI vous considĂ©rez un champ Ă©lectrique qui remplit potentiellement tout lâespace, pour
le décrire complÚtement il faut donner sa valeur partout. Donc une infinité de flÚches
de ce genre. Vous voyez que câest beaucoup plus compliquĂ© que de dĂ©crire une simple
particule pour laquelle il fallait simplement donner deux valeurs : position et vitesse.]
[CHAMP QUANTIQUE Et vous vous souvenez quâavec lâĂ©lectron, quand on voulait passer aux
états quantiques, on se retrouvait avec infiniment plus de possibilités. Eh bien avec le champ
Ă©lectrique câest pareil, mais encore pire. Pour dĂ©crire complĂštement un Ă©tat quantique
du champ, il faut faire une superposition de toutes les possibilités classiques.
Câest un espace des Ă©tats monstrueusement grand, câest trĂšs difficile Ă se reprĂ©senter
et je vais mĂȘme pas tenter dâen faire un dessin, câest un truc Ă©norme.]
La thĂ©orie quâon obtient en faisant ça pour le champ Ă©lectromagnĂ©tique sâappelle
lâĂ©lectrodynamique quantique. Et Ă cause de cet espace des Ă©tats monstrueux, elle
semble bien difficile à appréhender.
Heureusement en 1932, un physicien russe, Vladimir Fock, a trouvé un moyen de décrire
cet espace monstrueux dâune façon un peu plus intelligible. Il sâest rendu compte
quâon pouvait le dĂ©couper en sous-espaces plus petits, qui seraient classĂ©s par « nombres
dâexcitations », et plus un Ă©tat possĂšde de niveaux dâexcitations, plus il a dâĂ©nergie.
Si le champ est dans un certain état quantique, il peut posséder par exemple 1 excitation,
2 excitations, 47 excitations etc. Et ces fameuses excitations du champ électromagnétique
quantique, câest ça quâon appelle officiellement « des photons ». Un champ qui est dans
un Ă©tat Ă 47 excitations, on dit quâil contient 47 photons.
Avec quand mĂȘme une nuance trĂšs importante qui est comme toujours en mĂ©canique quantique,
ce nombre dâexcitations, tout comme lâĂ©nergie, nâest pas forcĂ©ment toujours bien dĂ©fini.
Un champ quantique peut parfois ĂȘtre dans un Ă©tat qui soit une superposition de plein
de possibilitĂ©s dâexcitations.
Mais malgré tout, en théorie quantique des champs, on a vraiment une définition claire
de ce que câest quâun photon. Câest un niveau dâexcitation de lâĂ©tat quantique
du champ Ă©lectromagnĂ©tique. Mais, est-ce que câest la mĂȘme chose que des particules
de lumiĂšre telles que se les imaginait Newton ?
Est-ce quâune excitation du champ quantique, câest un petit paquet dâĂ©nergie qui se
déplace, ce qui nous permettrait de dire que la lumiÚre est effectivement « composée »
de ces photons, comme la matiĂšre est composĂ©e dâatomes ?
Eh bien pour rĂ©pondre Ă cette question, on va essayer dâexaminer en dĂ©tail lâĂ©tat
du champ quantique qui décrit la lumiÚre, pour des situations de la vie de tous les
jours, enfin de presque tous les jours.
[jingle]
Commençons avec le laser. Une des spĂ©cificitĂ©s dâun laser, câest de produire de la lumiĂšre,
une onde électromagnétique, qui soit en quelque sorte trÚs stable, trÚs réguliÚre,
Ă la fois dans lâespace et dans le temps.
[TRAINS A notre Ă©chelle on pourrait sâimaginer quâun laser Ă©met de la lumiĂšre de façon
totalement continue, ininterrompue. Mais il faut sâimaginer quâelle est plutĂŽt faite
de ce quâon appelle des trains dâondes, qui sont des sortes de longues vagues de champ
électrique.
Chacune de ces vagues nâa quâune longueur donnĂ©e, mais câest comme si elles se relayaient
les unes les autres, donnant lâimpression de continuitĂ©. Un train dâonde de laser,
ça peut faire de quelques centimÚtres à quelques mÚtres, voire plusieurs kilomÚtres
pour certains lasers ultra-stables, comme ceux quâon utilise pour dĂ©tecter les ondes
gravitationnelles.
Une autre caractĂ©ristique importante des lasers, câest leur puretĂ© du point de vue
de la frĂ©quence et donc de la longueur dâonde du champ Ă©lectromagnĂ©tique. Et câest dâailleurs
reliĂ© Ă la longueur du train dâonde, plus celui-ci est long, plus la frĂ©quence sera
pure.]
Ce que je viens de vous dĂ©crire comme Ă©tant ce que nous fournit un laser, câest un Ă©tat
classique du champ Ă©lectromagnĂ©tique. Mais on peut se demander quel est lâĂ©tat quantique
qui lui correspond, et est-ce quâon peut le comprendre comme Ă©tant « composĂ© »
dâun certain nombre dâexcitations, de photons.
Eh bien oui, on peut le faire : si je prend un train dâondes de mon laser, il existe
un état quantique qui le décrit assez bien, on appelle ça un état cohérent. Et alors,
Ă quoi il ressemble cet Ă©tat, combien dâexcitations, de photons, il contient ?
Eh bien la rĂ©ponse nâest pas prĂ©cisĂ©ment dĂ©finie. Un Ă©tat cohĂ©rent nâa jamais
un nombre fixe dâexcitations. Il est toujours dans une superposition dâune infinitĂ© de
possibilitĂ©s diffĂ©rentes. Et mĂȘme si on peut donner une valeur moyenne, un ordre de
grandeur, la lumiĂšre dâun laser si on la fige dans le temps, on ne peut pas dire quâelle
soit composĂ©e dâun nombre fixe et bien dĂ©fini dâexcitations, de photons.
Lâautre problĂšme, câest que mĂȘme si on oublie cette difficultĂ©, ces excitations
superposĂ©es qui composent lâĂ©tat quantique, elles ne sont pas du tout rĂ©parties dans
le faisceau comme on pourrait se lâimaginer.
[DELOCALISATION Ca nâest pas une excitation ici, lâautre ici, lâautre lĂ , etc. Non,
elles sont toutes en quelque sorte dĂ©localisĂ©es sur lâensemble du train dâonde. Elles
sont partout Ă la fois. Et comme le train dâonde peut faire plusieurs mĂštres de long,
ça veut dire que les photons ne sont nulle part en particulier sur une telle distance.]
Ce quâon voit en regardant ces Ă©tats quantiques de la lumiĂšre laser, câest quâon est
assez conforme Ă lâintuition quâavait Einstein. Il y a bien une quantification dans
lâĂ©nergie quâon Ă©change, en nombre dâexcitations, mais on est trĂšs loin de lâimage du « petit
grain de lumiÚre qui se déplace », à la Newton.
[NIVEAUX Si on veut vraiment trouver une image moins mauvaise, on peut faire comme si le
nombre dâexcitation reflĂ©tait lâintensitĂ© du champ Ă©lectromagnĂ©tique. Comme si ça
câĂ©tait le champ Ă 1 excitation, 2 excitations, 3 excitations, etc.
Alors attention, câest une image, en vrai ce que je dis est faux, câest pas comme
ça, mais câest une image probablement beaucoup moins mauvaise que des petites boules qui
se déplacent dans le faisceau.]
Une consĂ©quence de cette structure de lâĂ©tat quantique de la lumiĂšre laser, câest que
si vous prenez un laser et que vous en atténuez le faisceau, par exemple avec des filtres,
vous nâobtiendrez jamais vraiment des photons uniques.
[ATTENUATION Si le laser Ă©tait un flux de photons, on pourrait sâimaginer que si on
arrĂȘte la majoritĂ©, il ne restera quâun photon unique de temps en temps. Mais ce quâil
se passe plutĂŽt, câest quâon rĂ©duit Ă©normĂ©ment lâintensitĂ© du champ, et donc
le nombre moyen dâexcitations qui sont en superposition dans le faisceau. Mais elles
sont toujours dĂ©localisĂ©es. Un laser nâest pas une mitraillette Ă photons.]
Et pourtant, vous savez peut-ĂȘtre quâaujourdâhui, on sait faire des sources de photons uniques,
des « vraies », et câest mĂȘme trĂšs important pour certaines expĂ©riences. Alors
Ă quoi ressemblent ces photons uniques, est-ce que cette fois on a un truc qui sâapparente
à des petits grains de lumiÚre qui se déplacent ? Eh bien voyons ça.
[jingle]
Pour faire des sources de photons uniques, on va utiliser les transitions dâĂ©nergie
des atomes. Il existe plein de mĂ©thodes mais, sur le principe, lâidĂ©e est toujours la
mĂȘme.
[EMISSION SPONTANEE Imaginez quâon prenne un atome unique, quâil soit dans le vide
Ă©lectromagnĂ©tique total, et quâon le mette dans un Ă©tat excitĂ©, par exemple parce quâun
de ses Ă©lectrons passe dans un niveau dâĂ©nergie supĂ©rieur.
Et puis on attend quâil se dĂ©sexcite spontanĂ©ment. Et en faisant ça, il va Ă©mettre un photon.
Câest ce quâon appelle le phĂ©nomĂšne de lâĂ©mission spontanĂ©e. Et ben voilĂ ,
on lâa notre photon unique. Vous allez pas me dire que lĂ câest pas un petit grain
de lumiĂšre qui se dĂ©place, ça. Exactement ce quâimaginait Newton ? Eh ben non, pas
exactement.]
Avec le formalisme de lâĂ©lectrodynamique quantique, on peut calculer exactement ce
quâil se passe dans cette situation, et donc estimer Ă quoi ressemble lâĂ©tat quantique
du champ qui correspond Ă ce photon unique, et surtout, oĂč est-ce quâil se localise
!
[CAVITĂ La façon la plus simple, câest dâimaginer que notre atome est dans une
cavité, une boite, qui est isolée du reste du monde, surtout du point de vue des rayonnements
Ă©lectromagnĂ©tiques extĂ©rieurs. On met lâatome au centre, on lâexcite, et on attend.
Il existe un modĂšle qui permet de calculer ce quâil va se passer, ça sâappelle le
modĂšle de Jaynes-Cummings. Et il nous dit que quand lâatome se dĂ©sexcite, il va effectivement
mettre le champ électromagnétique dans un état quantique à une seule excitation, un
seul photon.
Sauf que si on calcule oĂč se trouve ce photon, il est partout Ă la fois dans la cavitĂ©.
Il est complĂštement dĂ©localisĂ©. Et comme lâatome dĂ©sexcitĂ© baigne complĂštement
lĂ -dedans, on peut montrer quâau bout dâun certain temps, il va pouvoir rĂ©absorber le
photon et revenir dans un Ă©tat excitĂ©. Et mĂȘme osciller entre les deux.]
Et tout ça, câest pas juste une expĂ©rience de pensĂ©e, le physicien français Serge Haroche
a eu le prix Nobel de physique en 2012 pour des expĂ©riences magnifiques de ce genre quâil
a fait avec son Ă©quipe, et qui ont permis dâapprendre plein de choses notamment sur
les phénomÚnes de décohérence quantique.
Alors vous allez me dire, ok le photon est nulle part en particulier, mais câest Ă
cause de cette histoire de cavitĂ©. Si on refait la mĂȘme expĂ©rience Ă lâair libre
si jâose dire, lâatome va se dĂ©sexciter, le photon va se barrer, et lĂ on aura vraiment
une petite boule de lumiĂšre qui avance en ligne droite.
Eh bien là aussi, il existe un modÚle pour calculer ça, le modÚle de Wigner-Weisskopf,
et ce quâil nous montre ne correspond pas tout Ă fait Ă cette intuition. Ce quâil
faut voir, câest que la dĂ©sexcitation dâun atome nâest pas un phĂ©nomĂšne qui se produit
à un instant précis de façon prédictible.
A partir du moment oĂč on excite lâatome, il a une certaine probabilitĂ© de se dĂ©sexciter
à chaque instant qui passe. Et il existe un temps typique moyen de désexcitation.
Par exemple pour un atome de nĂ©on, pour lâĂ©tat excitĂ© qui correspond Ă la transition rouge
du laser, ce temps typique de désexcitation est de quelques dizaines de nanosecondes.
[PROBA Ca veut dire que si vous excitez votre atome Ă lâinstant t=0, la dĂ©sexcitation
va se produire peut-ĂȘtre au tout dĂ©but, peut-ĂȘtre au bout de quelques nanosecondes,
peut-ĂȘtre plus tard, au bout dâune dizaine ou dâune centaine de nanosecondes. On ne
sait pas. Mais plus on avance dans le temps, plus il est probable que la désexcitation
ait dĂ©jĂ eu lieu, la courbe de probabilitĂ© a une tĂȘte de ce genre.
Mais attention, on parle dâun phĂ©nomĂšne quantique, donc ce quâon obtient en fait
dans cette situation, ça nâest pas lâune de ces possibilitĂ©s et on ne sait pas laquelle.
On obtient une superposition de toutes ces possibilités. Notre photon émis est dans
un Ă©tat superposĂ©, qui mĂ©lange tous les cas qui vont dâune dĂ©sexcitation immĂ©diate,
Ă une dĂ©sexcitation au bout dâune centaine nanosecondes.
Et si on essaye de se demander oĂč se trouve le photon disons 100 nanosecondes aprĂšs lâexcitation,
eh bien il se trouve dĂ©localisĂ© sur lâensemble de ces possibilitĂ©s, assez concentrĂ© ici,
qui correspond à une émission rapide, un peu ici pour une émission un peu plus tard,
et un tout petit peu lĂ si lâĂ©mission a pris beaucoup de temps.]
On a dit que typiquement, la désexcitation prenait quelques dizaines de nanosecondes.
Or Ă la vitesse de la lumiĂšre, câest le temps quâil faut pour parcourir une dizaine
de mÚtres. Donc notre photon unique, émis par desexcitation, est dans un état qui est
délocalisé sur 10 mÚtres de longueur. A nouveau, on est assez loin de la petite boule
de lumiÚre qui se déplace.
Pour essayer de faire des photons plus localisés, on pourrait chercher des transitions atomiques
qui se dĂ©sexcitent beaucoup plus rapidement, ou mĂȘme dâautres phĂ©nomĂšnes dâĂ©mission.
Mais on sera difficilement au niveau dâune localisation de lâordre de la longueur dâonde
de la lumiĂšre, donc dâun truc qui ressemblerait à ça.
Et mĂȘme si câĂ©tait le cas. Prenez la transition hyperfine de lâatome dâhydrogĂšne, câest
une transition entre deux niveaux trĂšs proches, qui implique trĂšs peu dâĂ©nergie, et dont
la longueur dâonde associĂ©e est 21cm. Donc mĂȘme si le photon Ă©tait confinĂ© sur quelques
longueurs dâonde, il serait quand mĂȘme gros comme ça.
Et je vous parle mĂȘme pas des ondes Ă©lectromagnĂ©tiques comme les ondes radios. Certaines ont des
longueurs dâonde de plusieurs milliers de kilomĂštres. Jâai du mal Ă me dire quâun
photon serait conforme Ă notre vision traditionnelle dâune particule, sachant quâil est partout
Ă la fois et nulle part en particulier dans une grande vague de plusieurs milliers de
kilomĂštres.
En conclusion, vous voyez quâil nây a pas beaucoup de situation concrĂšte qui soit
véritablement conforme à notre intuition du photon comme petite particule qui compose
les faisceaux lumineux. Dâune part le nombre de photons est assez indĂ©terminĂ© Ă cause
de la superposition. Dâautre part si on essaye de leur attribuer une taille, on est
trĂšs trĂšs loin de lâimage des petits constituants Ă©lĂ©mentaires bien localisĂ©s.
Lâimage la plus sĂ»re, câest de se dire quâun photon, ça nâest ni plus ni moins
quâune excitation Ă©lĂ©mentaire du champ Ă©lectromagnĂ©tique quantique, et cette excitation
nâa pas forcĂ©ment une tĂȘte de « particule » au sens oĂč on a envie de se lâimaginer.
[REFRACTION Et je trouve que réaliser ça, ça évite de se poser des mauvaises questions
sur le photon. Par exemple est-ce quâun photon ralentit quand il arrive dans du verre,
ou encore, comment il fait pour prendre un virage qui soit conforme aux lois de Snell-Descartes.
A partir du moment oĂč on arrĂȘte de penser au photon comme un petit paquet qui se dĂ©place,
la question nâa plus vraiment de sens.]
Dans le mĂȘme genre, on dit souvent que le photon est le mĂ©diateur des forces Ă©lectromagnĂ©tiques.
Et je me suis longtemps demandĂ© jusquâĂ quel point il fallait prendre ça littĂ©ralement.
Par exemple quand un Ă©lectron est dĂ©viĂ© par la force Ă©lectrostatique dâune plaque
chargĂ©e, est-ce que câest lĂ©gitime de se les imaginer tous les deux comme se balançant
des petites boules.
Eh bien non, ça veut pas dire grand chose. Quand on a un champ classique, on lâa vu,
cela correspond Ă toute une superposition immense dâĂ©tats Ă diffĂ©rents niveaux
dâexcitations, et ces Ă©tats sont trĂšs dĂ©localisĂ©s. Donc non, il nây a pas dâĂ©change
de petites boules, et il faut que jâarrĂȘte dâutiliser cette analogie.
VoilĂ jâespĂšre que ce petit voyage vous aura permis dây voir plus clair sur ce quâest
vraiment un photon, et pourquoi Willis Lamb nâa pas complĂštement tort dâappeler Ă
son bannissement. Je voudrais pour conclure saluer 3Blue1Brown, Looking Glass Universe
et Huygens Optics, trois chaines dont les sĂ©ries mâont inspirĂ© Ă creuser cette
question, et jâespĂšre que cela rĂ©pond en partie Ă leurs interrogations.
Merci dâavoir suivi la vidĂ©o, nâoubliez pas de vous abonner si câest pas dĂ©jĂ
fait, et de rejoindre toute la communauté sur le serveur Discord de Science étonnante,
on est dĂ©jĂ plus de 15000 et lâambiance est excellente, le lien est en description.
Et moi je vous dit à trÚs vite pour une nouvelle vidéo, à bientÎt.
MINIATURE