Vidéo intégrant une collaboration commerciale avec la banque Green-Got qui agit pour le climat. Pour en savoir plus sur ses engagements et ouvrir un compte chez eux, RDV ici : https://hugodecry.pt/Green-Got
Immersion au pays qui ne fait plus de bébés… et qui craint « l’extinction ». Avec une moyenne de 0,78 enfants par femme en 2023, la Corée du Sud est touchée par la crise de la natalité la plus intense au monde. Je me suis rendu sur place avec mon équipe pour comprendre ce phénomène alors qu’en France la natalité chute également, au point que le président de la République appelle au « réarmement démographique » — formule qui a fortement fait réagir.
🇫🇷 Sous-titres français disponibles. 🇬🇧 English subtitles available.
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Créé par Hugo Travers Produit par Julien Potié Production éditoriale par Justine Reix
Chef monteur — Stanley Duplan Assistants monteurs — Vanon Borget, Romane Lorrain Étalonnage — Youri Borg, Théodore Sanchez Mixage — Arthaud Versaveaud Miniature — Hugo Prunier
Fixeurs — Ah-Ram Kim, Florian Némard, Sunny Kang Traductrice coréen — Yeseul Kim Sous-titres anglais — Emma Champeley
Chargée de partenariats — Zoé Fouriscot Merci à notre partenaire commercial — Green-Got / @green-got2500
Crédits images — Abaca, INA, Reuters Crédits musiques — Artlist, AudioNetwork Prestataires — New Parallax, Les Films du Périscope
HugoDécrypte / 2024
Le paradis.
Celui d'une population de souris plongées dans le bien-être absolu
par un scientifique américain.
Dans ce laboratoire sans prédateur ni maladie,
la nourriture, l'eau et le confort sont illimités.
Tous leurs besoins sont comblés donc les souris se reproduisent rapidement,
mais leur nombre explose puis se stabilise avant de chuter fatalement.
Répété 25 fois, l'expérience a toujours donné le même résultat,
une chute drastique de la population de souris.
Et si les sociétés humaines suivaient la même trajectoire ?
Parce que oui, les pays développés font de moins en moins d'enfants
malgré des niveaux de richesse sans précédent
et ce constat inquiète nos dirigeants.
En France, Emmanuel Macron appelle à un sursaut.
Un grand plan de lutte contre ce fléau
sera engagé pour permettre justement ce réarmement démographique.
Mais le pays le plus durement frappé par la chute de la natalité se trouve en Asie,
et contrairement à une idée reçue, ce n'est pas le Japon,
mais bien la Corée du Sud.
En 1953, la Corée du Sud sort de la guerre dévastée.
C'est l'un des pays les plus pauvres du monde.
Commence alors une période de développement frénétique
soutenue par l'État, dopée par un boom des naissances,
l'industrialisation et la modernisation
propulsent la Corée du Sud sur la scène mondiale
jusqu'à s'affirmer comme une nation riche et influente,
dont la culture rayonne par la technologie,
la musique ou encore le cinéma.
Comme les souris de l'expérience,
en apparence, les Coréens semblent avoir tout ce qu'il leur faut,
et pourtant la natalité s'effondre,
allant jusqu'à menacer l'existence du pays.
Avec 0.72 enfants par femme en 2023,
la Corée du Sud est bien loin de la moyenne de 2.1 enfants par femme
nécessaire pour que la population reste stable.
Et disons les choses très franchement,
aucun pays passé sous le seuil d'un enfant par femme
n'a réussi à inverser la tendance.
Et si malgré tout le développement économique,
la population coréenne s'effondrait jusqu'à l'extinction ?
Et si la Corée n'était que le premier d'une série de pays développés,
menacés par ce scénario, comme la France ?
D'ailleurs, est-ce réellement un problème si la population chute ?
J'ai décidé de mener l'enquête avec mon équipe
de comprendre pourquoi les Coréens font de moins en moins d'enfants,
comment les pouvoirs publics réagissent,
et d'étudier les leçons à en tirer pour la France.
Aujourd'hui, je vous emmène donc au sein de la capitale coréenne, Séoul.
Et avant d'entamer notre enquête,
on tenait à remercier Green Got
qui a accepté de nous soutenir financièrement sur cette vidéo.
Beaucoup ne le savent pas, mais l'argent qu'on a sur nos comptes
permet à nos banques de financer indirectement des projets ou des entreprises.
Le problème, c'est que le nouveau rapport Banking on Climate Chaos
sorti cette année, à révélé que les banques françaises
financent encore massivement les énergies fossiles qui sont très polluantes,
faisant de la France le 2e plus gros pays à soutenir les géants pétrogaziers.
Alors l'institution financière française Green Got
chez qui vous pouvez ouvrir un compte pour effectuer vos dépenses du quotidien,
a pris un engagement fort depuis sa création,
financer exclusivement des projets de la transition écologique et énergétique.
Concrètement, à chaque fois que vous effectuez un paiement
avec une carte bancaire Green Got,
vous financez des initiatives comme les énergies bas carbone
ou la protection des forêts et ça ne vous coûte rien de plus.
Ils viennent aussi de lancer leur assurance vie,
développée avec des experts climatiques et du GIEC,
et qui se base sur les données du cabinet indépendant Carbone 4 Finance,
pour proposer des fonds d'investissement 100% verts
alignés sur les objectifs de l'Accord de Paris sur le climat.
Alors pour en savoir plus sur Green Got, le lien est en description.
Vous avez en plus deux mois gratuits avec le code Hugo.
À notre arrivée à Séoul, j'ai voulu me faire une idée de l'ambiance.
J'ai demandé à des jeunes comment ils se projettent
et pourquoi ils pensent que les Coréens ne font plus d'enfants.
Dans les rues, on croise plus de chiens que d'enfants.
Et d'ailleurs, au cours de l'année 2023,
plus de poussettes ont été vendues pour les animaux de compagnie que pour les bébés.
On a aussi découvert sur place que les enfants sont parfois jugés
si indésirables que certains lieux,
souvent des cafés ou des restaurants un peu branchés,
interdisent carrément les enfants pour satisfaire les clients qui n'en n'ont pas.
On appelle ça les No Kids Zone.
On le voit, les valeurs de certains Coréens évoluent,
mais tout cela ne doit pas faire oublier les difficultés économiques.
L'essor fulgurant de l'économie coréenne
depuis la fin du XXe siècle ne doit pas masquer une réalité,
les Coréens ne croulent pas toujours sous l'argent ou le confort.
Le pouvoir d'achat a baissé, le taux d'endettement des particuliers
est le plus élevé au monde
et l'achat d'un bien immobilier devient inaccessible.
En parallèle, le temps de travail hebdomadaire
peut atteindre 52 heures et pendant ce temps-là,
la garde des enfants coûte cher.
Faut compter près de trois fois le salaire minimum pour une nounou.
Autrement dit, il faut très très bien gagner sa vie si on veut faire garder ses enfants.
Si l'argent manque aux Coréens pour envisager d'avoir des enfants,
alors pourquoi ne pas leur en donner pour les motiver ?
Alors évidemment, le gouvernement y a pensé,
il le fait depuis des années.
En l'espace de 20 ans,
la Corée du Sud à versé l'équivalent de 300 milliards d'euros
de subventions à la natalité.
Avec quel résultat ? Aucun.
La natalité continue de chuter.
Alors forcément, on a voulu interroger les responsables de cette politique nataliste
et ça a été un petit peu l'ascenseur émotionnel.
Le gouvernement a d'abord accepté l'interview.
Avant d'annuler finalement.
Alors on ne lâche rien, on a approché l'ambassade de Corée en France,
qui a accepté et nous a même proposé une date d'entretien avec l'ambassadeur.
Sauf que... rebelote,
on apprend plus tard que la rencontre est annulée.
On dirait qu'il y a comme un malaise.
Bon, on s'est pas arrêté là, on s'est tourné vers une mairie,
parce que certaines villes offrent des aides financières supplémentaires aux parents,
en plus donc de celles fournies par l'État.
À quelques kilomètres de Séoul, c'est le cas de la ville d'Incheon,
qui considère que l'État ne fait pas assez.
Incheon offre donc l'équivalent de 70 000€
aux parents qui acceptent d'avoir un enfant,
et de rester habiter dans la ville jusqu'à sa majorité.
Mais le manque de moyens des ménages qu'on observe ici
se cumule à d'autres évolutions.
Traditionnellement, en Corée du Sud,
les femmes arrêtaient leur carrière lorsqu'elles avaient des enfants.
Sauf que pour plusieurs raisons, la génération actuelle s'y oppose.
Alors comment faire en sorte que les femmes puissent continuer de travailler,
tout en se sentant à l'aise à l'idée d'avoir des enfants ?
C'est là que la solution des nounous intervient,
solution qui s'avère elle-même coûteuse pour les parents.
C'est justement pour ça que la ville de Séoul
a fait une proposition allant au-delà d'une simple aide financière.
Une proposition, disons-le, qui ne fait vraiment pas l'unanimité.
L'idée, c'est de faire venir des femmes de l'étranger,
notamment des Philippines, pour en faire des nounous à moindre prix,
en les payant sous le SMIC coréen.
Alors dans la foulée de cette annonce,
il y a eu un certain nombre de réactions d'opposition
dénonçant une forme d'esclavage moderne.
Mais malgré tout un essai se fera,
100 nounous seront envoyées dans les prochains mois à Séoul,
avec un salaire qui correspondra au SMIC coréen.
Plus que prévu initialement donc,
mais ça reste bien inférieur à ce que gagnerait une nounou coréenne.
Et si Séoul a imaginé ce système,
c'est parce qu'en réalité c'est une pratique déjà répandue en Corée du Sud.
L'embauche d'une nounou coréenne pèse lourd dans le budget des parents,
donc ils sont nombreux à avoir déjà recours à des femmes étrangères sous payées,
et il y a de nombreuses dérives.
L'une d'entre elles a accepté de nous rencontrer à condition de rester anonyme.
Parmi les familles qui dépendent d'une nounou pour élever leurs enfants,
il y a en fait deux motivations.
Il y a certaines femmes qui n'ont pas le choix
mais qui doivent continuer à travailler
pour toucher un deuxième salaire en plus de celui de leur conjoint,
afin de faire face au coût de la vie.
Mais il y a aussi de plus en plus de femmes
qui veulent simplement continuer à travailler
et qui refusent de mettre leur carrière entre parenthèses
pour élever les enfants.
- C'est intéressant parce qu'il y a aussi un côté un peu paradoxal
où encore une fois on dit, la Corée c'est le miracle économique.
Mais est-ce que derrière ça suit sur ces sujets-là ?
- Et je vois en fait la jeune génération,
les filles qui ont fin vingtaine, début trentaine.
Personne ne veut se marier, personne ne veut avoir d'enfant.
Et si tout cela ne reflétait pas une volonté forte des femmes
de se détacher d'un modèle de couple traditionnel en Corée du Sud.
Par exemple, traditionnellement en Corée du Sud,
on ne fait pas d'enfant sans être marié,
95% des enfants naissent dans le cadre d'un mariage.
Sauf que le nombre d'unions chute, il est à son plus bas depuis 1970,
à l'image du nombre de naissances.
Alors le service militaire porte une part de responsabilité
pour certains jeunes qui le pointent du doigt.
C'est l'un des plus longs au monde, il dure 21 mois,
et concerne tous les hommes de 18 à 30 ans.
Il arrive donc pile à une période où se font les rencontres amoureuses
et crée une forme de rupture dans la progression sociale et professionnelle.
Mais au-delà de ça, une incompréhension croissante
s'exprime entre les jeunes Coréens et les jeunes Coréennes.
Le Financial Times mettait en évidence début 2024
que la Corée du Sud est le pays développé
où les divergences idéologiques se sont creusées le plus
entre les jeunes hommes et les jeunes femmes.
Une forme d'incompréhension mutuelle apparaît,
leurs valeurs et aspirations s'éloignent.
Il y a comme une difficulté pour certains hommes
à accueillir l'émancipation des femmes
au sein d'une société traditionnellement patriarcale.
La rupture entre les hommes et les femmes est telle
que certains hommes abandonnent l'idée d'épouser une coréenne
avec qui fonder une famille.
À la place, ils se tournent vers des femmes étrangères
grâce notamment à des agences matrimoniales spécialisées
qui ont senti la bonne affaire.
Pour s'offrir les services de cette agence
et trouver une femme étrangère à épouser,
un Coréen doit débourser en moyenne 10 000 €.
Et ça, c'est sans parler de la dot versée à la famille de la mariée,
sans parler des quelques voyages dans son pays d'origine pour la rencontrer,
de son déménagement en Corée du Sud.
Et n'oublions pas l'essentiel, de la cérémonie de mariage en tant que telle.
L'agence veut d'ailleurs nous montrer un couple ici
formé entre un Coréen et une Vietnamienne
que l'on s'apprête à rencontrer.
- Et là pareil, on a un profil du mec,
on a la date de naissance,
le nom, numéro de téléphone, l'adresse, etc. - La voiture.
- Non c'est pas la voiture. Tu parles de Ford Lincol ?
Non, en fait c'est son ancien travail,
parce qu'il travaille dans l'automobile, toujours, il est en fait ingénieur.
Il ne fume pas, il peut boire une bouteille de Soju.
Ça, c'est son salaire annuel, et ensuite,
donc, âge du papa, maman, et il a une grande sœur.
Il ne vit pas avec ses parents.
C'est son premier mariage, il a un appartement
et puis, il a, évidemment, pas de casier judiciaire.
Aujourd'hui, Hanul, qui est Coréen, et Thi Ngoc Nhung, qui est Vietnamienne,
sont mariés et installés à quelques kilomètres de Séoul.
Ils ont déjà le projet d'avoir un enfant dans les prochains mois.
Mais l'expression la plus radicale
du souhait d'émancipation des femmes coréennes,
c'est le développement du mouvement féministe 4B,
le "B" signifiant "non" en coréen
et qui implique donc de refuser les rencontres, le mariage, la maternité
et les relations sexuelles avec les hommes.
Lee Min-Kyung s'en revendique
et elle a longtemps travaillé sur la question de la natalité.
Aujourd'hui, seule une Coréenne sur deux souhaite avoir un enfant,
bien loin de la moyenne de 2.1 enfants par femme nécessaire au maintien de la population.
À l'heure actuelle, tous les experts s'accordent à dire
que la Corée du Sud n'inversera jamais la tendance de chute des naissances,
à moins de changements très profonds, des changements dont on reste loin,
surtout du côté de la politique économique.
Alors oui, économiquement, la Corée du Sud s'est développée
de façon exceptionnelle.
En quelques dizaines d'années,
elle a pris une place considérable dans l'économie mondiale.
Mais à quel prix ?
La baisse de la natalité illustre une volonté de nombreuses femmes
de ne pas avoir d'enfant et de pouvoir l'assumer.
Mais elle illustre aussi le renoncement à contrecœur de nombreux couples
écrasés par un cadre qui semble rendre difficile ce projet de vie.
Il y a quelques semaines, Samsung annonçait
pour certains de ses collaborateurs en Corée du Sud
le passage à six jours de travail par semaine.
En parallèle, le prix de l'immobilier continue à grimper
et les exigences sociales liées au mariage, par exemple, demeurent en place.
Pour le gouvernement coréen, ce développement frénétique
semble finir par se retourner contre lui.
La population, qui est déjà vieillissante,
pourrait se voir divisée par deux d'ici à 2100, chamboulant l'équilibre du pays,
avec, à ce moment-là, de nombreuses questions.
Qui pour s'occuper des personnes âgées ? Qui pour travailler ?
Et comment maintenir une telle économie debout ?
En France, la natalité reste bien plus élevée,
1.83 enfant par femme en moyenne,
mais la tendance est à la baisse,
et les mêmes interrogations commencent à émerger.
Le réarmement démographique appelé par Emmanuel Macron
a suscité de très vives réactions,
avec, au fond, les mêmes attentes que la population coréenne,
la qualité de vie, les moyens économiques et la liberté des femmes.
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