Olivia Ronen était l'avocate de Salah Abdeslam, seul terr*riste encore en vie des att*ntats du 13 novembre 2015. Comment s'est déroulé le "procès du siècle", comment perçoit-elle son rôle ?
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00:00 : Intro 02:10 : Comment défendre un terroriste 04:28 : Le rôle de l’avocat de la défense 06:41 : Comment choisir une affaire 08:51 : Le métier d’avocat est-il mal vu et mal compris ? 14:20 : La lettre de Salah Abdeslam 16:09 : Les conditions de la rencontre avec Salah Abdeslam 18:37 : La réaction de ses proches 20:21 : La préparation du procès 25:55 : Le procès du siècle 32:25 : Le témoignage des victimes 34:39 : L’enjeu autour du gilet explosif de Salah Abdeslam 37:46 : Un terroriste est-il humain ? 39:28 : Les excuses de Salah Abdeslam 41:02 : La plaidoirie : l’heure du verdict 43:53 : La perpétuité réelle est-elle une peine de mort morale ? 47:52 : Comment mesurer la dangerosité d’un individu 51:47 : Ses regrets et son retour à la vie normale 54:04 : Pourquoi plutôt défendre les accusés que les victimes 55:22 : L’impact des attentats 57:45 : Outro
Directeur de production — Julien Potié Responsable de production — Romane Meissonnier Chargé de production — Clement Chaulet Assistant de production — Noé Périquet
HugoDécrypte / 2024
nous sommes le 13 novembre 2015 dans les
rues de Paris quelques instants avant
que ne se produise l'attentat terroriste
le plus meurtrier sur le sol français un
homme Salah Abdeslam dépose un kamikaz
devant le Stade de France où il se fait
exploser au même moment son frère Brahim
Abdeslam participe à des fusillades sur
des terrasses parisiennes avant de se
faire exploser dans un bar proche de la
place de la Nation en tout six attaques
ont lieu dans la nuit dont une au
Bataclan le bilan officiel des victimes
est de 130 morts et des centaines de
blessés depuis trois riscapés se sont
suicidés portant le bilan à 133
personnes tuées ce soir du 13 novembre
2015 salabdeslam aurait dû lui aussi
commettre un attentat suicide mais
finalement il ne passe pas à l'acte il
abandonne alors son véhicule jette sa
ceinture explosive et s'enfuit en
Belgique où il sera retrouvé et arrêté
125 jours plus tard alors en 2022 salab
deseslam en tant que membre de ce
commando des terroriste du 13 novembre
s'est retrouvé au cœur d'un procès
surnommé le procès du siècle et comme
pour tout procès en France Salah
Abdeslam est représenté par un avocat
ici il s'agit de l'avocate Olivia Ronen
mais alors comment devient-on l'avocate
d'un membre de commando terroriste son
rôle dans un tel procès était-il compris
par ses proches était-il compris aussi
par les proches des victimes des
attaques et comment se prépare-t-on à un
tel procès je lui ai posé toutes vos
questions dans cette nouvelle interview
pensez à vous abonner je mais céit pas
encore le cas pour nous soutenir don
travail et je vous laisse donc avec
l'entretien bonjour Maître Olivier Ren
bonjour Merci beaucoup de prendre le
temps d'échanger aujourd'hui tu es
avocate pénaliste tu es notamment connu
pour avoir défendu salab deslam le seul
membre encore en vie des commandos du 13
novembre 2015 lors de son procès alors
on va parler de ce procès on va parler
des coulisses aussi de ton métier parce
qu'il y a énormément de questions qui
reviennne souvent mais j'aimerais qu'on
débute avec deux trois questions qui je
pense reviennent très souvent moi je
l'ai vu dans mon entourage quand je leur
expliqué qu'on allait faire cette
interview là c'est des questions assez
larges sur les grands principes du droit
et de la justice des question larg du
coup mais qui sont importantes je pense
à à aborder y compris parce que c'est
peut-être la première fois que certaines
personnes avec cette interview verront
une interview d'une avocate ou se
plongeront un peu sur ces sur ces
thématiqu là la première question qui
revient très souvent et je pense que tu
as l'habitude de de de l'entendre
comment est-ce qu'on peut défendre lors
d'un procès un terroriste qui a
participé à des atrocités qui nous ont
tous je pense profondément marqué
comment on peut défendre un terroriste
alors moi je défends pas un terroriste
ou je défends pas le TER
je défends un homme donc c'est un homme
à qui on reproche des choses extrêmement
graves et en fait c'est c'est quasiment
l'essence de mon métier de d'avocate
pénaliste on a toujours des charges qui
sont très graves très sérieuses et
pourtant il est nécessaire que quelqu'un
soit là pour à la fois défendre la
dignité de cette personne qui est jugée
parce que c'est encore quelque chose qui
est garanti dans notre démocratie et
défendre aussi bah le les règles qui
s'appliquent à tous y compris à ceux qui
sont jugés pour les crimes les plus
graves surtout j'ai envie de dire pour
ceux qui sont jugés pour les crimes les
plus graves parce que parce que si on a
fait des règles de procédure c'est
justement pour les moments où on aurait
pas trop envie de les
appliquer donc c'est ça mon rôle c'est
de préserver la dignité et de de de
veiller à ce que tout se passe le plus
régulièrement possible on va dire tout
le monde a le droit d'être défendu et
c'est comme ça que ça fonctionne que la
justice fonctionne pour pouvoir être
bien rendu il faut que la justice puisse
entendre à la fois les déclarations de
la personne qui se dit victime d'une
infraction et à la fois les déclarations
de celle qui s'en défend parce que on
défend des personnes qui sont présumés
innocentes jusqu'à ce que leur
culpabilité soit déclarée hein par le
tribunal ou par une cour on défend des
personnes présumées innocentes ce qui
fait que bah soit on va continuer de
défendre cette innocence soit au
contraire ça arrive aussi on va essayer
de comprendre pourquoi ces personnes ont
commis l'infraction qui leur a reproché
pourquoi ils en sont arrivé là et
comprendre c'est extrêmement important
parce que bah déjà ça fait partie du
travail judiciaire pour euh
conceptualiser un peu le crime et aussi
ensuite pour pouvoir refaire société
pour pouvoir bien juger pour pouvoir
faire que la condamnation soit admise
d'un côté comme de l'autre et pour
pouvoir imaginer à un moment donné que
la société soit à nouveau en paix avec
elle-même c'est que c'est une question
là aussi qui revient qui revient souvent
tu as tu as parlé de la question de
l'innocence h est-ce que défendre euh
c'est forcément essayer de prouver une
innocence ou est-ce que c'est pas
forcément ça c'est c'est une question
qui rent souvent là aussi ouais c'est
vrai parce que parce qu'on imagine
souvent l'avocat en train de dire un peu
n'importe quoi euh au mépris de tout ce
qui serait par exemple sorti dans la
presse euh être avocat en défense c'est
pas toujours soutenir une innocence euh
euh parce que on peut avoir des moments
où effectivement celui qu'on assiste va
nous dire bah non mais j'ai pas commis
les faits qui me sont reprochés et donc
il va falloir qu'on arrive à à démontrer
que l'accusation en face ne tient pas et
à d'autres moments bah les faits sont
avoués ou ils sont assumés ou assumés en
tout cas ils sont reconnus euh et bah
dans ce cas-là ça c'est à nous qui
l'appartient de savoir comment on en est
arrivé jusque là donc vraiment notre
rôle il peut être il peut être très
divers il peut être très divers et après
il faut bien avoir en tête que l'avocat
il est pas là pour pour démontrer
l'innocence non plus euh c'est c'est un
principe inverse qui guide notre
procédure pénale c'est le principe de la
présomption d'innocence dont je parlais
tout à l'heure et la présomption
d'innocence c'est quoi c'est considérer
que quelqu'un est innocent jusqu'à ce
que le parquet c'est-à-dire le procureur
ou l'avocat général et réussi à
démontrer la culpabilité de quelqu'un et
en fait c'est pas à nous de démontrer
notre innocence on se verrait accusé de
certains faits non non c'est au parquet
procureur de dire bah il y a
suffisamment d'éléments selon moi moi
pour caractériser une infraction et pour
faire que on retienne la culpabilité de
quelqu'un et ça c'est extrêmement
important et c'est un principe cardinal
parce que parce que ça nous empêche de
de sombrer dans l'arbitraire quand je
dis ça c'est que ça nous empêche de
sombrer dans un système où une simple
accusation qui serait pas étayée
c'est-à-dire qui n'aurait pas d'autres
élément qui pourrait venir corroborer
cette parole là bah puisse aboutir à une
culpabilité non il faut plusieurs choses
pour pouvoir condamner quelqu'un déjà il
faut respecter les procédures et puis
ensuite il faut au moins un faisceau
d'indice si ce n'est des preuve pour
pouvoir ensuite considérer que quelqu'un
est coupable donc voilà c'est tout ça le
travail de l'avocat et on on va parler
du procès des des attentats dans un
instant et de cabdeslam mais d'un point
de vue plus général aussi comment est-ce
que de ton côté tu choisis de prendre ou
de refuser une affaire est-ce que il y a
des affaires que tu refuserais de
prendre pour certaines raisons comment
est-ce que tu fais ce choix-là alors il
y a des affaires que je refuse de
prendre après c'est pas je pense que
c'est pas exactement les raisons pour
lesquelles on pourrait imaginer que je
les refuse en gros moi mon idée c'est
pas de dire telle qualification je
touche pas euh pas du tout il y en a qui
disent tel type de crime ouel voilà la
pédophilie je prends pas les dossiers de
terroristes je prends pas la grande
criminalité je prends pas moi je je n'ai
de de tabou sur rien je je peux imaginer
je peux conceptualiser d'intervenir dans
n'importe quel dossier euh par contre la
limite que j'ai c'est euh d'arriver à
avoir un contact correct avec la
personne que j'assiste c'est-à-dire à
euh déjà faire admettre mon indépendance
d'esprit à moi
euh on va pas me dicter une défense
après on pourra être sur la même
longueur d'onde hein sur en terme
d'arguments et cetera mais euh on me
dicte pas ce que je dois faire donc ça
il faut que les personnes l'admettent
mais quand tu dis les personnes c'est
les personnes que tu tirais
potentiellement défendre ex euh il faut
euh qu'on me respecte h euh il faut
aussi que on lâche un peu prise alors ça
n'arrive pas dès le premier rendez-vous
que ce soit au parloir ou au cabinet
c'est pas immédiat mais il faut au moins
que je puisse avoir l'impression que je
vais réussir à à travailler euh et à
faire que ben il y a un lien de
confiance qui se crée avec la personne
que j'assiste donc c'est c'est ça mon
critère c'est de savoir si je vais
réussir à créer un lien de confiance
suffisant avec la personne que j'assiste
et puis il faut que j'ai envie d'y aller
parce que c'est toujours j'ais dire une
mise en danger on s'entend mais c'est
prendre position quand même lorsqu'on
est avocat en défense c'est prendre
position souvent à contre-courant et il
faut avoir envie de se
battre contre les juges contre l'opinion
publicique contre le parquet contre tout
un tas de monde pour quelqu'un donc il
faut que ça envaille le coup est-ce que
tu penses que la société comprend ce
rôle d'avocat notamment sur des sujets
et sur des dossiers aussi sensibles
je suis
partagé et c'est aussi ce qui fait que
je vous enfin je parle aujourd'hui et
que je te parle aujourd'hui c'est parce
que je pense qu'il y a quelque chose qui
est enfin qu'on connaît et qu'on a
l'habitude d'entendre et en fait on le
questionne pas beaucoup donc on se dit
bah oui il y a des avocats de la défense
d'accord c'est une démocratie et cetera
et on on imagine l'avocat de la défense
on veut bien admettre qu'il existe par
contre on a un petit peu plus de mal
avec le côté très pratique en fait un
avocat de la défense c'est pour exercer
la défense donc forcément que dans un
procès il va intervenir forcément que
dans un procès il va avoir des arguments
de défense une stratégie il va
questionner certains points de la
procédure il va questionner certains
témoignages voilà il faut il faut j'ai
l'impression qu'on a une espèce de
d'acception on accepte la théorie
parfois un peu moins la pratique et
pourtant il faut continuer d'avoir des
avocats de la défense c'est
indispensable dans une système et même
sur la théorie on enfin j'ai j'ai le
sentiment même en préparant cette
interview que
tout le monde ne le conçoit pas
forcément ou ne le voit pas forcément
c'estàdire que même je me permets d'en
parler parce que t en enfin c'est
évoquer dans dans un podcast qui a été
diffusé par europin où on t'entend
évoquer justement ce ce procès là il y a
notamment un témoignage de de ta mère à
un moment qui en fait explique qu'au
début elle ne comprend pas ce choix de
de d'être l'avocat de salabdesla mais
çaa ouais on sent que ça la heurte d'une
certaine façon quoi oui c'était pas ça
lui a pas fait extrêmement plaisir he de
pr au début en tout cas il ouais bah oui
parce que parce que en fait c'est pas
naturel euh et et c'est ça aussi que moi
j'aime bien dans la justice c'est que on
va un peu à l'encontre de nos penchants
naturels naturellement on a plus
d'empathie vers les victimes on va dire
les parties civiles ceux qui se plainent
d'avoir subi quelque chose et moi et
compris hein parfois j'entends des
confrères dire nous on est blindé euh un
peu comme si on était des pierres bon
tout ça nous aime pas moi je conçois les
choses un peu différemment moi je suis
émue en fait généralement je suis émue
parce que j'entends que ce soit dans une
cours d'assise là pendant le 13 novembre
Procé du 13 novembre j'étais très ému
aussi ça bouleverse après il n'empêche
que je sais pourquoi je suis là j'ai une
mission et ça remet pas en cause ma
mission et dans le prolongement de tout
ça mais ça ça ça ça rejoint ces
questions là h est-ce que quand tu
défends un profil comme celui-ci tu as
cette crainte plus personnelle parfois
de d'être perçu par certains comme
complice je dis ça des grosses
guillemets mais comme complice de ses
actes ou complice de ses agissements
euh je sais que parfois le le travail de
réflexion est pas forcément extrêmement
poussé va pas jusqu'au bout donc donc il
y a des gens qui vont dire bah l'avocate
terroriste il y a des gens qui vont dire
que je suis l'avocate de daesh j'en sais
rien euh c'est pas c'est pas l'idée et
donc c'est pour ça que que je saisis les
diverses occasions pour rappeler que je
suis pas l'avocate d'un crime moi je
suis pas l'avocate d'un crime je suis
pas complice de quoi que ce soit je fais
pas l'apologie du terrorisme je suis pas
enfin voilà je été affecté comme tout le
monde des attentats du 13 novembre par
exemple donc donc c'est il faut réussir
à faire la distinction entre porter une
cause ce qui est pas mon cas est ce qui
est pas le cas des avocats en défense
généralement et défendre quelqu'un voilà
moi ce que je défends c'est une humanité
et dernière question pe-être avant
d'entrer dans le détail de de ce procès
là est-ce que tu as pu changé lors de ce
procès avec la partie civile avec les
victimes ou les proches de de victimes
qu'est-ce que vous vous êtes dit ou en
tout cas comment est-ce que eux
perçoivent peut-être ton rôle dans le
cadre d'un procès comme comme
celui-ci on a échangé avec avec les
partis civil on a échangé alors au
départ c'était des rapports peut-être un
peu distants et que je comprends tout à
fait alors moi non plus j'étais pas en
train de taper dans le dos de tout le
monde chacun est dans son rôle et
c'était des rapports un peu distant
parce que bah je assiste donc j'aide
j'apporte mon aide à quelqu'un qui a eu
un impact dévastateur dans leur vie que
ce soit dans leur chair dans leur âme et
cetera donc on n pas forcément une
sympathie pour le coup naturel envers
moi mais au fur et à mesure je pense
qu'on a on a pu voir quel était mon
positionnement moi je suis pas dans une
rupture alors je suis pas dans une
conivence non plus hein je crois que on
dépasse peut-être un peu ces concepts là
euh pour se dire je je je je défends de
manière respectueuse de la peine de
l'autre ce qui ne m'empêche pas de le
faire à fond je je je j'y vais s'il y a
des choses que je trouve pas normales je
m'élève s'il faut élever la voix je le
fais aussi donc je je défends à 100 % je
défends pas moins que dans un autre
dossier je défends mais je je sais qu'il
y a il y a certaines oreilles qui
m'écoutent et donc je fais mon possible
pour être entendu au mieux et j'ai
l'impression que ça a plutôt fonctionné
alors pas envers tout le monde hein je
suis pas repartie ami avec toutes les
toutes les parties civiles qui étaient
qui étaient présentes au procès mais je
crois malgré tout des conversations que
j'ai pu avoir que que ça a été compris
que ça a été saisi voir que que certains
arguments que je portais ont pu être
adoptés par certains et c'était
particulièrement touchant euh de de voir
que on arrive à se parler au-delà de
tout ça que ce soit moi ou que ce soit
ce celui que j'assiste alors avant ce
procès il y a forcément une une
rencontre en tout cas un lien qui qui
est fait pour que tu te retrouves à être
l'avocate de de salahabdeslam est-ce que
tu peux nous raconter déjà cette prise
de contact comment ça s'est déroulé
euh alors ce qui arrive souvent quand
euh quand on avocat et du coup pénalise
c'est queon va recevoir des courriers de
détenus euh qui vont nous expliquer qui
souhaitent soit nous désigner soit au
moins nous rencontrer pour qu'on puisse
voir si on a la possibilité de
travailler ensemble euh et là en
l'occurrence ben je reçois un courrier
alors je c'est il est inscrit hein que
c'est euh que c'est salab d'lam qui
m'envoie ce courrier évidemment vous ne
saurez pas ce qu'il y a dans ce courrier
euh parce que parce que ça s'est couvert
par la confidentialité des échanges donc
c'est voilà ce qu'il a bien voulu
m'écrire euh et je vous le dirai pas euh
mais je je suis d'abord un peu incrédule
parce que parce que ben c'est quand même
le détenu le plus célèbre à l'époque de
de France et je suis incrédule et en
même temps il y a il y a quelque chose
qui me dit peut-être
que peut-être que c'est un dossier qui
va vraiment m'intéresser voilà donc donc
je reçois ce courrier euh lorsque je le
reçois euh j'essaie aussi de de garder
un peu mon sang froid parce que il faut
pas non plus commencer déjà à se dire
que c'est gagné je me doute que ça va
pas forcément être très simple bah de
d'arriver euh à se positionner
correctement d'arriver à lier quelque
chose avec la personne euh je n'en sais
que ce que je lis dans la presse et
c'est pas forcément euh c'est pas
forcément le meilleur portrait qui est
fait de lui hein clairement
donc je me fais pas trop d'illusion sur
la suite je garde les pieds sur terre
par contre je me dis il va falloir du
coup que ça se concrétise par une
rencontre et que j'aille au paraloir
pour pouvoir discuter avec lui je pense
que beaucoup de gens peuvent se poser la
question de comment est-ce qu'on se
retrouve à rencontrer salab deselam et
donc y compris d'un point de vue
technique ou de sécurité on imagine que
enin c'était à l'époque un des détenu
cétait le détenu le plus surveillé en
France comment ça se passe une rencontre
y compris pour la prem première fois
avec salab des slam il a eu un régime
spécial et en terme de condition de
détention ça a vraiment été un régime
spécialement créé pour salab des slam
c'est-à-dire il y a eu les conditions de
l'isolement qui ça existe pour pour
d'autres détenus c'est-à-dire le fait
d'être enfermé 22 ou 23 heur sur 24 dans
une cellule sans contact avec les autres
détenu sans contact avec quasiment qui
que ce soit ça ça existe pour d'autres
mais alors le le régime sal des slam
c'est avait la particularité de prévoir
deux caméras qui étaient figé sur lui et
ça ça a vraiment été créé pour lui alors
au départ c'était même pas prévu par la
loi euh et ça ensuite été ensuite été
inséré dans la législation deux caméras
qui vous scrutent tout le temps et ça
c'est spécial c'est spécial en terme de
de de dignité euh donc c'est c'est on
imagine de caméras qui vous regarde que
vous leviez que vous dormiez que vous
laviez que vous soyez aux toilettes que
vous voilà on estcoutait pourquoi faire
est-ce que c'était un enjeu de sécurité
est-ce que c'est un enjeu de
euh crainte c'est bizarre dit comme ça
mais qui mettent fin à séjour avant le
procès c'était ça ouais oui de sécurité
je pense que il y avait pas non plus
même si bien sûr que je je ne remets pas
en cause le caractère très organisé des
attentat je remets pas en cause le le le
côté réseau je remets pas en cause
toutes ces chosesl après en terme de car
isation d'un risque quelconque au moment
où il est en détention et avec la
sécurité par contre par contre oui on
voulait pas qu'il mette fin à séjour on
voulait que le le le dernière dernier
dernière personne du commando qui reste
en vie bah reste en vie jusqu'au procès
voilà et et on a beaucoup de procès en
matière terroriste dans lesquels on a
souvent on entend dire les seconds
couteau ceux qui ont un lien extrêmement
indirect avec la personne qui a perpétré
les fait là on avait quelqu'un qui a
participé direct
c'était suffisamment rare pour qu'on
puisse qu'on veuille faire tout ce qu'il
était possible de faire pour qu'il évite
de mettre fin séjour oui donc au moment
où tu tu fais le choix de prendre ce
dossier donc de défendre C
Abdeslam est-ce que tu as redouté le
moment on parlait de ta mère à l'instant
mais même plus largement d'en parler à
tes proches quelles ont été leurs
réaction alors j'imagine que ceux qui
sont eux-mêmes dans ce domaine se
reconnaisse un peu le le fonctionnement
les rouages de tout ça mais son
entourage qui n'est pas forcément
Connaisseur de ce milieu-là comment
est-ce qu'il voit cette ce sujet-là bah
dans ma famille je je suis la première à
faire du droit et donc la première à
être avocate et avocate dans cette
branche particulière donc donc forcément
c'est c'est une chose avec laquelle on
est enfin on était pas très familier euh
mais là en
l'occurrence je crois que mes proches
mes sœurs ma mère ont pu comprendre ce
qu'il en était ont pu comprendre les
enjeux que ça représentait pour moi ont
pu comprendre l'envie que j'avais d'y
aller euh déjà parce que j'ai pris le
temps d'expliquer et qu'ensuite comme ça
faisait alors au moment où c'est devenu
officiel ça faisait ben 4 ou 5 ans que
j'exerçais que j'exerçais dans le droit
pénal et je traitais vraiment les
dossiers les plus
sérieux j'ai déjà eu l'occasion
d'intervenir pour des gens qui tuent
leurs femmes des gens qui sont accusés
d'avoir violé des gens qui sont accusés
de des pires choses et donc tout le
travail de oua tout travail de pédagogie
il avait déjà été plutôt fait en amont
donc donc là ça surprend peut-être que
ça inquiète aussi un peu pas
tellement pas tellement en terme de
réception mais surtout en terme de de
enfin je pense que les mes proches ét
inquié pour moi en fait que j'ai des des
soucis eu mais mais j'ai été plutôt
porté j'ai été plutôt porté et ça je
pense que c'est une chance parce que
parce que ça m'a permis aussi de tenir
sur la durée ouais surt ça parce que
c'est forcément un procès qui est long
on va on va en parler dans un instant
c'est aussi une préparation qui est
alors pas si long que ça parce que c'est
2 mois il me semble de préparation pour
pe un peu plus alors moi c'était plus en
gros j'ai été moi j'étais pas sûr d'en
être je je savais que c'était possible
mais j'étais pas sûr d'en être et la
certitude je l'ai eu lorsque le Greff
des assises m'a confirmé ma désignation
et c'était le 30 novembre 2020 c'est lui
c'est salam de slam qui me désigne qui
en voilà qui dit qui me désine pour se
procès et c'est 9 mois avant le début de
de l'audience donc donc moi je je
conçois ça un peu comme une espèce de
défense pénale d'urgence parce qu'on se
dit 9 mois C'est long en fait 9 mois
C'est c'est pas long du tout le procès a
duré plus longtemps que ma préparation
euh donc ça il faut quand même l'avoir
en tête et on arrive alors que le
dossier est fait h euh autant pendant
l'instruction donc pendant la phase
d'enquête euh on a la possibilité de
demander des actes de c'est pas énorme
mais on peut quand même essayer de
façonner un peu le dossier on peut
commencer à s'avancer à avoir certaines
positions là euh c'est le le un terrain
vague c'est la broussaille donc il va
falloir déjà tout débroussailler pour
prendre connaissance de tout donc un
million de pages de dossier euh et puis
euh et puis bah le voilà c'est en l'état
il faut le prendre comme ça on peut pas
demander des expertises supplémentaire
on peut pas demander des confrontations
on peut pas demander tout ça il faut le
prendre comme ça et puis c'est tout et
donc il y a un dossier c'est que ça ça
peut pas être un peu abstrait pour les
gens quand on dit un dossier ou mais
c'est euh des éléments qui ressortent de
l'enquête auxquels tu as accès oui euh
pour et donc c'est tout un tas de récits
de témoignages de d'éléments de la
police
j'imagine et tu peux te plonger
là-dessus pour voir s'il y a des des
éléments qui peuvent être intéressants
il faut que je me plonge dedans il faut
il faut c'est pas c'est pas optionnel
hein il faut il faut que je lise tout et
c'est c'est un peu angoissant d'ailleurs
il faut tout lire alors on a
effectivement tu le disais on a des
déclarations de de personnes qui qui
constituent partie civile dans
l'instruction on a des investigations
alors que ce soit des investigations
téléphoniques parfois un peu compliqué à
à tout bien analyser mais bon on le fait
euh on a des expertises techniques on a
des expertises ADN enfin bref il y a il
y a plein de choses dans un dossier euh
et c'est passionnant c'est passionnant
alors moi j'aurais bien aimé avoir 3 ans
de plus pour pouvoir mais euh il faut y
aller et donc et donc ça a été
relativement euh ça a été rapide euh tu
parlais de 2 mois tout à l'heure ça
c'est euh ça c'est mon confrère c'est
Martin vett h qui est arrivé euh qui est
arrivé tard que j'ai demandé euh euh à
qui j'ai demandé euh de de d'intervenir
aussi sur cette défense alors j'avais le
choix hein euh entre plusieurs
possibilités mais j'ai voulu qu'il soit
avec moi euh c'est un ami un confrère
euh et avec lequel je j'arrive à
partager plein de réflexions et je me
suis dit qu'avec lui on allait réussir
je l'espérais en tout cas à à élever un
peu le débat eu et à prendre de la
hauteur sur tout ça euh voilà et qu'on
avait une espèce de complémentarité qui
allait faire que ça se déroule le mieux
possible voilà et je regrette pas ce
choix et je suis heureuse queil a
accepté qu'il a aussi l'inconscience
nécessaire de m'accompagner sur ce
procès parce que parce que c'était
indispensable d'être deux pour pouvoir
confronter les idées pour pouvoir
confronter les émotions savoir si on y
va ou pas parfois on peut se poser
beaucoup de questions en tant qu'avocat
savoir est-ce qu'il faut réagir ou pas
est-ce que c'est pas de la surréaction
est-ce que si on si on reste là est-ce
que c'est pas une faute donc donc avoir
un un partenaire pour discuter de tout
ça c'était hyper important et quand on
est avocate qui défend un profil comme
comme celui-ci mais même plus largement
avec ce rôle d'avocate on se plonge dans
un dossier comme celui-ci qu'est-ce
qu'on vient chercher est-ce que c'est
des failles dans un dossier est-ce que
c'est des éléments qu'est-ce qu'on
essaie de repérer dans un dossier aussi
aussi lourd et puis aussi aussi long et
aussi fourni que celui-ci lorsqu'on
accède à un dossier notre rôle c'est
vraiment de toutr
euh et notamment pour le dossier du 13
novembre vu que ça avait été très relayé
par la presse qu'il y avait énormément
de choses qui étaient sorties le secret
de l'instruction était complètement
mort il fallait essayer de se départir
donc de mettre de côté toutes ces ces
idées reçues et tous les les préjugés
qu'on pouvait avoir sur ce dossier pour
voir ce qui avait été démontré ou pas
soit il peut y avoir des manques dans
les investigations soit il peut y avoir
des conclusions attives où en fait on va
avoir deux éléments et d'un coup on va
créer un lien de causalité entre les
deux alors que bah ça n'a pas forcément
lieu d'être euh parfois on va avoir des
affirmations qui sont éteillées par rien
donc ça c'est c'est c'est intéressant
parce que bah on va condamner quelqu'un
peut-être je je en tout cas en l'espace
je savais qu'il y aurait une
condamnation donc ça c'était pas une
grande surprise par contre ce qu'on
voulait avec mon cfère c'est qu'il soit
condamné pour ce qu'il a vraiment fait
on va pas tout lui mettre sur le dos
parce que c'est salab d'eslam par
exemple et on se dit bah finalement
écoutez on va pas pinailler est-ce que
tel trajet a été effectué bah si on
pinaille parce que en fait c'est c'est
ça aussi qui va fonder sa culpabilité
aussi oui mais aussi c'est grâce à ça
qu'on va décider du quantum c'estàdire
du nombre d'années de de prison euh donc
donc là aussi on se faisait pas beaucoup
de doute on savait que ce serait
extrêmement lourd hein ça il y a
vraiment pas de de doute par rapport à
ça mais par contre est-ce que on mérite
le max du max ça ça se questionne sur le
procès en question c'est un procès hors
norme qui a été parfois été qui a
parfois été surnommé le procès du siècle
en tout cas c'est c'est l'un des termes
qui avait été utilisé euh pour le
contexte et pour tout le monde en tête
c'était une salle d'audience qui avait
été construite sur mesure pour ce
procès-là c'était 1880 partis civil il
me semble face aux 14 accusés présents
sur sur 20 les débats aussi qui étaient
enregistrés ce qui est ce qui est assez
rare et et ce qui ajoute peut-être une
dimension
additionnelle c'est un procès qui est
hors norme est-ce que ça ajoute à ce
moment-là une pression supplémentaire de
ton côté dans un tel un tel dossier oui
la pression elle est très forte déjà
parce que c'était enfin ce sont des
attentats qui ont
bouleversé la France eu et et voilà
chacun l'a ressenti en soi ça c'est sûr
h parce qu'il y a eu un nombre de
victimes très important
eu parce que c'était long parce que donc
c'est sûr que c'est c'est hornor mais ça
met une pression il y a aussi beaucoup
de médias euh et la place des médias
elle est importante alors elle est
évidente elle est évidente parce que ça
nous concerne tous ça nous intéresse
tous et qu'il est important de de
montrer ce qui se passe à l'intérieur de
la salle d'audience ça vraiment je
reviens pas dessus après c'est sûr que
de notre côté avec Martin on sait que
chaque mot qui sera prononcé par nous va
être euh euh scruté
analysé donc donc oui on a la pression
sur
sur ne serait-ce que les les voilà les
les phrases que l'on dit et puis bah euh
on a quelqu'un qui nous confie sa
défense aussi euh qui veut être défendu
h euh et et il faut qu'on soit à la
hauteur de cette attente et donc bah là
en l'occurrence Ctait salab d'Islam
c'est la même pression pour le coup
qu'on ressent euh bah de la part de
chaque personne que l'on assiste euh on
veut que sa parole soit portée au mieux
euh on veut qu'il se sente moi c'est une
des choses qui peut faire que je
considère mon intervention dans un
procès comme réussi ou pas c'est est-ce
que la personne que j'assiste s'est
senti bien défendue et ça c'est une
pression forte dans n'importe quel
procès mais c'est une pression qui est
très forte çaab deslam au début du du
procès se présente et et déclare je suis
un combattant de de l'État
islamique ça c'est une phrase qui a
provoqué un choc dans la salle
d'audience où des victimes et leurs
proches étaient présents lors de ce
procès évidemment
est-ce que vous vous attendiez à une
telle déclaration est-ce que ça vous a
inquiété pour la suite du procès comment
est-ce que vous avez réagi
euh alors cette phrase oui c'est vrai
que c'est le premier jour lorsque le
président lui demande à quelle est sa
profession il répond combattant de
l'État islamique tu l'a dit
euh je pense qu'on on peut difficilement
imaginer que Martin et moi lui avons
conseillé ça donc je je n'entre pas dans
le détail mais là ça me paraît juste de
de la logique euh nous on conseille pas
ça donc euh ce qui se passe dans dans
nos têtes à l'un et à l'autre c'est euh
bah de se demander
eu de se demander pourquoi il y a ces
déclarations là euh ce qu'on va devoir
en faire ce qu'on va pouvoir en faire
euh ça fait pas plaisir en soi euh
franchement ça fait pas plaisir aussi
parce qu'on ressent un peu le le l'OND
de choc qui se qui se enfin qui se
propage dans la salle j'aime pas ce qui
est dit H mais il est là il participe et
ça va être maintenant mon rôle
d'expliquer pourquoi ça se passe comme
ça ce qui fait que si au départ et je le
confie il y a un truc de presque de
panique un peu de se dire bah est-ce que
je me suis pas mis dans une galère
finalement bah il y a une espèce de de
moment où il faut réagir vite aussi
reprendre le contrôle de la situation et
se dire pourquoi ça pourquoi pourquoi il
se passe ça euh et et quand on réfléchit
un tout petit peu et qu'on essaie de de
garder un peu la tête froide bah on se
rend compte qu'en fait il y a il y a
quelqu'un qui a passé 6 années en
détention provisoire à l'isolement le
plus complet dans des conditions que des
experts psychiatres ont pu ont pu
décrire comme délirogènes c'est-à-dire
qui rentre fou euh ça c'est aussi
quelque chose qui est important qu'il
faut avoir en tête et donc on a
quelqu'un qui a été à l'isolement
complet pendant 5 ans et demi qui d'un
coup se retrouve confronté à bah à toute
cette tension à à tous ces yeux à tous
et et je pense qu'il y a eu une espèce
de choc thermique voilà donc donc non ça
me fait pas plaisir mais je peux
l'expliquer et ça illustre aussi quelque
chose c'est que tu parlais d'un procès
plus long que la préparation ou ou aussi
long plus ou moins aussi long eu ça
montre aussi que tu peux te préparer
pendant 9 mois ce qui est court mais
arriver le jour d'un procès soit lui un
autre d'ailleurs et en fait voir toute
ta préparation chamboulé je sais pas
mais j'imagine que ça ça amène à des
interrogations sur la façon dont la
suite du procès dérouler sur une
stratégie éventuelle à adopter euh
disons que ça ramène à la réalité de de
l'ALA c'estàdire effectivement on n'est
pas dein on sait jamais comment ça va se
passer et alors c'est une chose que pour
le coup j'aime bien dans les procès
d'assise c'est on ne sait jamais comment
les choses vont se passer on sait jamais
de quel côté le vent va tourner vu qu'il
y a un principe de l'oralité
c'est-à-dire il faut que chaque élément
du dossier soit discuté il faut que l'on
demande des explications aux uns et aux
autres il faut que l'on fasse parler la
accusé toutes ces choseslà font que
c'est très vivant et alors bah tout
n'est pas voilà c'est pas justement
c'est pas réglé au corp d'au c'est pas
comme sur du papier à musique même si
évidemment qu'on a discuté de la manière
dont on aimerait que les choses se
passent bah il n'empêche que c'est
vivant et donc tout ce qui est vivant
bah nous échappe un
peu mais moi ça en soi ça me plaît
plutôt après c'est vrai que cette phrase
là elle nous ramène à cette réalité et
elle nous ramène aussi à la difficulté
que ça peut être voilà à la difficulté
que ça peut être que ça va être donc il
va falloir gérer tout ça gérer toute
cette pression la nôtre mais aussi celle
de celui qu'on assiste il va falloir
qu'on arrive à gérer ça et à reprendre
la main sur tout ça et et à
l'appréhender sur la durée quoi sur 10
mois donc ça
ça je pense qu'on arrive avec Martin on
était déjà assez humble quand on arrivé
là ça nous ramène encore un peu plus ça
nous remet encore un peu plus les pieds
sur terre le le 13 novembre je pense que
c'est enfin
une une soirée qui nous a une soirée une
nuit qui nous a tous profondément marqué
et on a été nombreux je pense à suivre
et vivre cette soirée là avoir des
proches ou des gens qui étaient qui
étaient concernés à avoir entendu
ensuite je pense pour beaucoup des
témoignages que ce soit dans les médias
dans des documentaires et cetera eu mais
lors d'un procès comme celui-ci ça prend
une autre dimension parce que évidemment
il y a b c'estes victimes ou c'estes
proches de victimes qui sont présentes
qui prennent la parole qui ont des
témoignages parfois qui sont très durs à
entendre lors de ce lors de ce procès-là
h comment est-ce que tu appréhendes ces
ces ces témoignages là de ton côté avec
aussi le rôle qui est le tient lors de
ce procès-là parce que j'imagine que tu
as été aussi toi-même touché par des
témoignages que que tu as pu entendre
pendant ce ce procès ouais absolument
euh alors le le l'audience a commencé on
a fait un point un peu sur le dossier et
puis très vite on est arrivé au
témoignage des parties civiles euh au
départ on savait pas exactement combien
de de partie civile voudrait témoigner
voudrait venir à la barre pour déposer
et en fait il y en a eu plusieurs
centaines ce qui fait que au début du
procès sur environ 6 semaines on a eu
peut-être 8 10 ou
plus témoignages par jour ce qui est
énorme c'est beaucoup et alors je les
appréhendais vraiment dans les deux sens
du terme c'està dire j'ai réfléchi un
peu avant et en même temps je les ai un
peu craint parce que je savais que ça
allait être compliqué euh et si on peut
lire les dépositions avant parce que
c'est dans le dossier he les témoignages
des uns et des
autres les lire et les entendre ça n'a
rien à voir et donc là on voit les gens
qui incarnent toutes toutes ces
déclarations on voit leur peine on voit
qu'ils ont pu être brisés euh pour
certains on les voit même physiquement
atteints
euh donc donc c'est c'est dur à
appréhender humainement parce que parce
que
à partir du moment où on a un minimum
d'empathie forcément que ça ça nous
imprègne en fait et donc voilà au bout
de 8h de de déclaration de partie civile
on est imprégné lors de ce procès-l donc
cabdeslam va prendre la parole va
affirmer avoir fait marche arrière d'une
certaine façon et avoir renoncé à faire
exploser sa ceinture sa ceinture
explosive il explique que ce n'est pas
par peur mais parce qu'il ne voulait pas
tuer c'est ce qu'il dit il me semble
lors du lors du procès euh il y a des
expertises qui ont montré que son gilet
était défectueux et que salabdlam
n'aurait pas pu faire exploser sa
ceinture selon l'accusation votre client
aurait voulu réécrire d'une certaine
façon l'histoire dans ce genre de
situation comment savoir qui croire ou
que croire et comment est-ce qu'on se
place là aussi en tant qu'avocate sur un
sujet comme celui-ci ben c'est très
simple euh moi ce qui fonde mon
positionnement c'est le dossier vraiment
c'est que le dossier donc si le dossier
me permet de croire ce qui m'est dit à
l'audience en tout cas ce qui m'était
dit évidemment avant mais me permet de
croire ça j'ai pas de difficulté et et
bah ça rappelle à nouveau le
principe que la charge incombe à
l'accusation voilà la la démonstration
de la culpabilité elle incombe à
l'accusation et alors là sur ce point
précis euh alors on a une expertise
c'est l'accusation qui doit prouver qui
doit prouver exactement qui doit priver
la la culpabilité de quelqu'un et là en
l'occurrence c'est accusation qui devait
prouver que bah salab des slam avait
bien actionné son gilet et en fait
l'expertise conclu que le gilet est
défectueux c'est vrai c'est-à-dire
défectueux en ce que la pression du
bouton poussoir n'aurait pas pu
permettre
l'explosion ça c'est une chose euh mais
l'expertise elle vient pas nous dire que
le bouton poussoir a effectivement été
actionné h surtout et ça c'est ce qui me
semble le plus important c'est que il
est dit dans le dossier par cab des slam
mais surtout par d'autres qu'il y a des
consignes en fait qui sont donné en
terme de de gilet explosif il y a des
consignes très claires qui sont donné et
on sait que comme c'est un peu du
homemade c'est vraiment fait la maison
donc c'est pas une science exacte par
contre ce qu'on sait c'est que c'est une
matière qui est très instable très très
très instable c'est le TATP c'est un
explosif voilà facile à fabriquer mais
qui est très instable ce qui fait que
même sans euh sans actionner ce ce
bouton poussoir il y a des moyens
d'actionner le gilet malgré tout et donc
l'une des consignes qui avait été donné
au sein de la cellule c'était en cas de
défectuosité du gilet il suffit
d'approcher un briquet et un briquet ou
une pression suffisamment forte suffit à
actionner la charge explosive ce qui
nous fait dire que lorsqu'on a l'expert
à la BAR est-ce que vous avez pu
remarquer peut-être des traces de
tentative d'inflammation quelque chose
ben non il y a pas euh et donc bah vu
qu'on a une impossibilité de démontrer
que ce bouton a été effectivement
actionné et que par ailleurs les
consignes qui avait été donné par l'État
islamique en cas de défectuosité n'ont
pas été suivis ben on a pas suffisamment
d'éléments pour démontrer que c
deslamement donc on peut croire ça
deslam sur ce procès là lors du cétait à
l'époque il me semble sur le plateau de
de quotidien vous aviez déclaré que
salab deslam était alors je reprends la
citation mais après je contexte
nécessaire quelqu'un je cite de très
humains avec qui on peut discuter c'est
quelque chose qui avait fait beaucoup
réagir à
l'époque parce que on avait le contexte
évidemment de de ce procèslà est-ce que
tu comprends que c'est quelque chose qui
avait pu choquer ou interloquer pas mal
de de personnes alors je comprends même
si je te confie que j'imaginais pas que
ça allait créer ça allait créer une
espèce d'ombre de choc parce que lorsque
je dis que ça des mais humain pour moi
c'est à peu près la même chose que de
dire il a une tête de jambes et cetera
euh et et humain ça confère pas une
qualité morale à quelqu'un on est tous
en fait un humaniste c'est pas le oui ça
c'est pas alors peut-être que
aujourd'hui je j'enlèverai très humain
parce que du coup ça sonne mal à
l'oreille et moi ce que je veux
simplement dire c'est c'est un humain
comme tout le monde et là en
l'occurrence B c'est quelqu'un avec qui
j'arrive à discuter j'arrive à discuter
j'arrive à avancer et j'arrive à mettre
des pions pour sa défense donc c'est ça
que j'aiessayaé de signifier je pensais
pas que ça allait faire un tolé pareil
après je maintiens je maintiens et c'est
pas parce que on reproche à quelqu'un
des actes terribles qu'il est pas humain
et je pense qu'on se trompe en essayant
de qualifier des gens de monstres en
essayant de dire bah il est pas humain
c'est pas possible qu' si si le les
atrocités font partie de de l'âme
humaine et font partie du genre humain
et il faut pas se voler la face quoi
lors du procè salabdlam ira même jusqu'à
dire que le sort des victimes et le sien
sont liés à jamais avant de leur
demander pardon est-ce que tu
t'attendais à une telle prise de parole
euh non je m'attendais pas à une prise
de parole comme celle-là
eu et je suis heureuse qu'elle ait eu
lieu parce que c'était important mais je
m'y attendais pas parce que je sais que
ça demandait un effort important euh et
on vait dire merci l'effort de Sal non
non c'est important parce que pour
quelqu'un qui a été aussi loin dans un
projet
criminel soutendu par une idéologie hein
mais pour quelqu'un qui a été aussi loin
arrivé à admettre qu'on s'est trompé
arriver à admettre qu'on n pas fait ce
qu'il fallait et que bah avec les
conséquences qu'on connaît pour que ce
soit enfin que ce soit pour le le la vie
des des 133 personnes maintenant qui ont
qui ont trouvé la mort que ce soit so
pour tous leurs proches que ce soit pour
tous ceux qui étaient là que ce soit
pour lui
aussi arrivrié à admettre qu'on s'est
trompé à ce point-là je savais que ça
pouvait être très difficile voilà donc
c'est une chose que j'espérais les les
excuses mais là aussi je les aurais pas
forcé parce que parce que ça relève de
de l'intime et je suis heureuse que ça
ait eu lieu parce que je crois que
c'était important à la fois so pour les
partis civiles qui avait besoin
d'entendre ça et aussi pour lui et ce
procès donc très long c'est 9 mois tu tu
m'as dit dis-moi 10 10 extrêmement long
et et quand il touche à sa fin il y a ce
qu'on appelle une
pldoirie question très simple maisjà
pareil pour que tout le monde comprenne
un peu en quoi ça consiste qu'est-ce que
c'est une une ploirie combien de temps
ça dure et comment est-ce qu'on se
prépare un moment qui est quand même
assez assez important pour un procès
ouais alors euh une plidoirie c'est
alors il y a des pladoiries pour les
avocats en parti civil ça ça a eu lieu
et alors là en l'occurrence en défense
c'est le moment où on va à la fois
récapituler tout ce qui a pu se passer
au cours de l'audience parce que
lorsqu'on arrive aux assises on a un
dossier écrit un dossier papier on a des
éléments d'investigation et alors ce qui
est agréable aux assises et et moi ce
que j'aime particulièrement c'est que on
refait toute l'enquête donc on a des
policiers des enquêteurs qui viennent
vous expliquer pourquoi ils ont fait
telle investigation et pas une autre qui
viennent vousous expliquer tout ça donc
on requestionne tout ce qui fait que on
arrive en bout de course avec une
procédure qui est tout à fait différente
de celle qu'on avait pu lire
initialement donc il nous appartient de
récapituler les points qui ont pu être
gagnés et là il y en avait en
l'occurrence il nous appartient aussi
d'expliquer certaines zones d'ombre qui
peuvent perdurer il nous appartient
d'expliquer bah le le POS inement de
celui qu'on assiste et bah on a tout le
travail de droit aussi parce que parce
qu'il y a eu plein de questions
juridiques qui se sont posées une des
questions juridiques qui qui m'a le plus
interpellé sur ce procès là c'est le la
question juridique de la coaction
c'estàd être considéré comme auteur d'un
fait alors qu'on sait pertinemment que
vous n'étiez pas sur le lieu des faits
donc là en l'occurrence on a pu
considérer par exemple que salab deslam
en tout cas c'était ce qui était requis
et ce qui a finalement été adopté par la
Cour même si on l'a combattu avec Martin
vet que Salah Abdeslam était coauteur de
la tuerie au Bataclan et notamment la
tentative d'homicide tentative de
meurtre sur les policiers qui sont
intervenus au Bataclan c'est ça qui
permet d'accrocher la perpétuité réelle
et peut-être qu'on y reviendra après
perpétuité réelle c'est la perpétuité
qui fait que pour faire simple on a
quasiment pas d'espoir de sortir de de
détention c'est pas les 130 morts qui
font que que salabdeslam en couré cette
peine c'est le fait d'avoir
potentiellement essayé de tirer sur des
policiers le problème c'est queon sait
qu'il était pas au Bataclan on sait
qu'il était pas au Bataclan et donc on
va nous dire bon bah il était au Stade
de France puis après dans le 18e mais
finalement ils sont interchangeables
donc il aurait pu être ailleurs et puis
c'est une grande scène unique
d'infraction et alors c'est un souci
parce que là aussi en terme de de
principe juridique on se peur et et
c'est pour ça que j'en ressors avec avec
une certaine déception c'est la question
que j'allais te te poser sur ce sur ce
verdict oui quel est ton regard
aujourd'hui et même avec pas un peu de
recul mais aujourd'hui parce que ça ça
fait un peu plus de temps comment est-ce
que tu perçois aujourd'hui ce ce verdict
là euh alors le verdict ça a été pour
salab d'Islam la perpétuité réelle ça
veut dire aussi perpétuité enfin ça
s'appelle aussi perpétuité
incompressible c'est en fait le fait de
se voir condamné à une perpétuité
c'est-à-dire on vous dit vous allez
passer votre vie entière en prison et en
plus à sortir ça d'une période de sûreté
c'est-à-dire en fait une période durant
laquelle on peut rien demander euh ni
permission ni aménagement ni quoi que ce
soit donc ça ça existe euh sauf que là
c'est une période de sûreté jusqu'à la
fin donc on lui dit en gros jusqu'à la
fin vous pourrez rien demander peut-être
que à un moment donné vous pourrez
demander de demander mais vous pourrez
jamais demander tout court donc en fait
c'est une espèce de double verou donc un
jour peut-être qu'il pourra demander
avoir cette période de sûreté relevée on
pourra lui dire oui on pourra lui dire
non si dans un cas exceptionnel on lui
dit oui ça veut pas dire qu'il sort du
tout ça veut juste dire qu'il aura le
droit de demander à sortir donc c'est un
double verou
euh c'est infime c'est un trou de souris
la possibilité de de libération donc je
je sais que c'est pas toujours bien
compris mais de mon côté
philosophiquement
parlant vraiment sur le plan de la
théorie j'ai beaucoup de mal avec cette
peine parce que ça veut dire que on
condamne quelqu'un à une peine de mort
morale donc on ne tue plus depuis 1991
euh c'est bon il y a plus de guillotine
et on s'en félicite c'est très bien je
dirais pas le contraire par contre on
s'autorise à à dire à quelqu'un qui va
mourir à petit feu et qu'on le
conservera entre nos murs bah jusqu'à ce
qu' Meur donc à vie ou à mort je sais
pas exactement comment dire ça je trouve
ça presque un peu hypocrite en fait
d'avoir d'avoir supprimé la peine de
mort parce qu' on est en train de la
remettre un peu avec avec cette
perpéuité réelle donc ce verdict moi
j'ai du mal que ce soit sur la peine h
et que ce soit sur la motivation parce
que je considère que les juges ont pas
tenu compte de 10 mois d'audience et ça
c'est dommage quand même parce qu'on
s'est tous investi tous les jours
pendant 10 mois pour essayer de refaire
l'enquête pour requestionner plein de
choses et tout ça ça a été balayé d'un
revers de main par par les juges de la
Cour d'assise pour finalement adopter
les choses comme elles étaient dans le
dossier avant alors à quoi ça sert qu'on
se soit investi autant qu'est-ce qui
fait selon toi que ce cette peine de
mort morale est aussi problématique ou
pose question selon
[Musique]
toi parce que lorsqu'on on donne cette
cette espèce de peine de mort lente on
dit à quelqu'un qui a aucun espoir à
avoir et alors ça dire à quelqu'un qui a
aucun espoir de libération aucun espoir
d'aprè
c'est dur parce qu'en fait c'est c'est
enfin à quoi ça sert de vivre en fait et
c'est
difficile lorsque je dis ça je remets
pas en cause ni la gravité des faits qui
sont en l'occurrence reprochés à salab
d'lam ni la gravité de certains faits en
général je je remets pas du tout en ca
ça je relativise pas c'est pas l'idée
par contre dire à quelqu'un qu'on lui
enlève l'espoir à la fois de devenir
meilleur et de d'avoir un après
je je pense qu'il y a une
dimension philosophique et humaine qui
est très compliqué à appréhender et je
le
redis ce qu'on avait en tête c'était pas
une sortie immédiate ou dans 10 ans 20
ans c'est pas ça qu'on avait en tête
mais c'est simplement la possibilité
voilà que conceptuellement on arrive à
se dire peut-être qu'il y aura il y aura
une possibilité de sortir voilà donc
c'est que cette condamnation elle pose à
la fois la question question de la peine
de mort mais au sens large si je peux me
permettre ce terme là comme tu le dis
ici mais il y a une autre dimension
aussi j'imagine c'est la question de la
sécurité quand on parle de terrorisme
c'est vrai qu'il y a souvent cette
question de oui mais si sort est-ce
qu'il y a pas un risque en fait il y a
un nel attentat ouok a d'autres choses
et
cetera c'est une question que les gens
peuvent se poser dans quelle mesure
est-ce que cette question là a un impact
donc de la sécurité du pays des Français
des des personnes qui vivent ici a un
impact sur une condamn nation de cet
ordre
euh bah c'est à ça que c'eston pourrait
se dire il est tellement il est
tellement dangereux qu'on en fait on
veut absolument pas qu'il puisse sortir
c'est une question qui peut revenir oui
oui je comprends et alors le souci c'est
que en en droit français et dans notre
procédure pénale pour estimer un peu la
dangerosité de quelqu'un et pour savoir
du coup s'il y a un risque quelconque en
cas de sorti s'il faut prévoir des
mesures supplémentaires s'il faut
imposer une période de sûreté comme je
le disais tout à l'heure il y a
l'intervention d'experts d'experts
psychiatres notamment et alors là pour
pour salade des slam on a eu la crème de
la
crème des experts psychiatres qui l'ont
entendu et qui ont eu le temps de
discuter avec lui et de se faire une
idée sur la potentielle dangerosité
alors c'est très difficile moi je me
mets à la place de l'expert psychiatre
très difficile de s'avancer dangereux
pas dangereux et cetera ça j'entends
tout à fait parce que c'est pas ils sont
pas devin en fait par contre en
l'occurrence on n'a pas eu de
dangerosité particulière caractérisée
concernant salab d'eslam par les experts
psychiatres et on a eu autant parfois
dans certains dossiers on met en
évidence des perversions des
personnalités sociopathes des gens qui
sont vraiment inquiétant aant là en
l'espèce on a eu des experts qui nous
expliquent il y a pas une dangerosité
particulière alors bien sûr qu'on va pas
le faire sortir demain et c'était pas ce
qu'on demandait nous avec avec Martin
Vette on demandait pas à ce qu'il sorte
d'un coup non non non non beaucoup
pourraent dire il y a une alors il a
évidemment une dangerosité au moment
attentag on la niit pas il a porté un
gilet explosif voilà il a ni pas on ni
pas ça après il s'en est départi il l'a
enlevé et ça il expliquait et bah on a
pas de de possibilité de de comprendre
autre chose de de du dossier et et
surtout une dangerosité à un instanté
ninduit pas une dangerosité perpétuelle
jusqu'à la mort et en fait
conceptuellement moi ce qui me gêne
c'est d'imaginer que si on peut dire je
peux l'entendre que voilà quelques
années après l'effit bah on on se pose
des questions en terme je l'entend c'est
pas ce qui était déposé ce qui était dit
à la barre par les experts mais je peux
l'entendre que l'on s'avance d'ors et
déjà sur une dangerosité quand il aura
80 85 ans ça j'ai beaucoup plus de mal
beaucoup plus de mal à le concevoir donc
si mon rôle d'avocat de la défense c'est
de de concevoir les les places de chacun
et de d'imaginer les les les états
d'esprit de chacun donc de me dire il y
a aussi des enjeux de sécurité publique
je je les méconnais pas euh je les
imagine et je sais qu'on doit tous
composer avec ça bah il n'empêche que il
faut aussi à un moment donné se poser
avec un dossier se poser avec les
expertises qu'on a tout ce qui nous
permett d'évaluer la dangerosité de
quelqu'un euh et que là en l'occurrence
bah on a un peu méconnu ces éléments-là
on a choisi de pas les considérer et je
pense pour en faire un symbole voilà et
et ce verdict pour moi euh c'est un
verdict symbolique ça a d'ailleurs été
admis hein par le le président des
assises qui n a dit bah oui c'est vrai
qu'il y a une part de symbole B le
problème c'est que la justice c'est pas
un symbole la justice c'est juger un
homme à partir de charge à partir d'un
dossier et c'est pas jugé symboliquement
et à partir du moment où on juge
symboliquement on se
trompe sur ce procèslà est-ce que tu
as des regrets alors soit sur sur
l'issue on en a un petit peu parlé là
mais plus largement sur ce ce procès là
euh c'est pas simple mais oui enfin j'en
ai plein en fait et en même temps j'en
ai pas enfin c'est très très étrange
mais je je ne cesse depuis de me
questionner et de me dire est-ce que
j'ai bien fait telle chose est-ce que
j'ai bien fait d'intervenir à tel moment
est-ce que j'aurais pas dû plus en faire
sur telle question est-ce que vraiment
je je ne cesse de me questionner euh et
en même temps je me souviens de l'état
d'esprit dans lequel on était dans cette
défense que ce soit avec Abdeslam que ce
soit avec Martin Martin vett je me
souviens de la pression qui que on
endurait je me souviens de bah de toutes
les les raisons qui nous ont fait monter
au front un certain moment et je me dis
qu'on pouvait pas faire différemment
après est-ce que est-ce qu'on pouvait
arriver à autre chose vraiment et ça
aussi c'est quelque chose qui qui me
pose question c'est est-ce que on aurait
pu déployer tout ce qu'on tout ce qu'on
veut hein comme comme stratégie de
défense finalement est-ce que le le
verdict était pas un peu écrit d'avance
comment ça se passe le retour à une vie
normale après un une préparation puis un
procès aussi long et ben c'est
c'est c'est pas simple c'est pas simple
parce que c'était très éprouvant à tous
les niveaux c'était éprouvant sur le
plan personnel c'était éprouvant c'était
fatigant physiquement euh c'était et
puis on investit beaucoup
émotionnellement aussi on s'investi on a
envie d'avoir des résultats là en
l'occurrence ben on en a pas eu donc ça
affecte
euh et puis on se pose enfin en tout cas
de mon côté moi je me suis posée aussi
je me pose toujours beaucoup de
questions sur le la justice en soi parce
que
j'ai moi je fais ce métier aussi par
idéal en me disant je vais porter la
voix de quelqu'un dont on ne veut plus
entendre les paroles mais pourtant mon
rôle ça va être de de les rendre
audibles c'est ce qui te pousse
d'ailleurs à à défendre ce ce type de
profil parce qu'on pourrait se dire ça
ah bah si je suis avocat ou je suis
avocate je vais plutôt défendre bah des
des des des victimes dans le cadre de de
procès toi c'est ce qui te pousse à
aller plutôt vers ce genre de oui alors
après je défends aussi des personnes qui
se disent victime d'infraction et il y a
aussi de l'enjeu il y a aussi de
l'intérêt mais mais comme c'est un peu
moins naturel de de tourner le regard
vers vers la personne qui accusé des des
pires mots de la société bah c'est vrai
que ça m'intéresse un peu différemment
en ce que j'y vois oui vraiment le défi
de de rendre audible certains certains
mots de rendre audible certaines
situations et et de faire aussi qu'on en
ressorte un peu tous grandit en fait
voilà c'est c'est c'est comme ça que je
conçois mon rôle et lorsque je vois que
bah la justice ne suit pas parce que on
a des règles du jeu qui sont prévu à
l'avance et moi mon idée c'est de
respectter les règles du jeu et quand je
vois qu'elles sont pas forcément
respecté par par l'institution
judiciaire ça me déçoit ça me déçoit
parce que ben oui j'ai de l'espoir à la
fois dans nos principes je crois à nos
règles je crois à tout ça et et quand
c'est pas appliqué ben je peut me
demander à quoi bon et c'est vrai que
c'est un procès donc qui a été long euh
sur sur un encore une fois des des
attentats qui nous ont tous marqué
évidemment en premier lieu ça a été ça
été dur pour les victimes ou les proches
des victimes de témoigner de prendre ce
temps-là de de il y a quelque chose on
on sera jamais à leur place mais on peut
l'imaginer qu' a été très dur à à à à
exprimer à et à vivre pendant ces ces
ces longs mois
eu est-ce que même du côté de alors de
ton côté ou je sais pas si tu as pu en
parler à des journalistes ou à des
personnes aussi qui au quotidien ont
suivi ce ce ce ce ce procès là on
imagine qu'on entend des choses qu'on
aimerait pas forcément entendre parce
que c'est dur à entendre ou voir qu'on
aimerait pas forcément voir on peut
imaginer que ça laisse aussi des traces
sur le long terme je sais pas si des
choses que tu as pu évoquer soit des
journalistes soit à des proches qui
étaient à des personnes qui étaient
présentes aussi au au procès oui je je
pense que ça nous a tous euh tous
affecté ça nous a tous affecté parce
qu'eectivement on n' pas forcément envie
d'entendre ces récits parce qu'ils sont
douloureux à écouter parce que c'est ce
confronté à la fois à la violence et et
et au désespoir donc vraiment c'est
c'est pas simple ça transforme
ça
mais mais c'est ça aussi que qui fait
que que la société arrive à avancer donc
c'est il y a un côté presque un peu
sacrificiel de se dire bah on s'est tous
confrontés à ça voilà peut-être qu'en
voyant cette violence en face ben on on
arrive à essayer de de comprendre la
situation ça veut pas dire justifier
hein ça veut dire juste comprendre la
situation pour ensuite pouvoir pouvoir
avancer voilà et et il y a aussi une
chose qu'on me dit enfin que que je lis
beaucoup c'est on voit qu'elle a pas
subi ses attentats on voit qu'elle est
pas victime elle-même on voit qu'elle
oui mais parce que si j'avais subi
moi-même ces attentats je pourrais pas
être je pourrais pas soutenir cette
positionl parce que parce que je Seris
pas un des pendante parce que je serais
en conflit parce que je voudrais pas non
plus et et je revendique en fait le fait
d'avoir bah l'indépendance qui me permet
ça voilà et j'en suis
heureuse je sais je mesure la chance qui
est la mienne mais mais c'est logique en
fait que je n'ai pas subi ça moi-même et
que je puisse du coup assurer cette
défense merci beaucoup pour cet échange
j'espère que ça aura permis de mieux
comprendre ton rôle et mieux comprendre
aussi les les les coulisses d'un procès
comme comme celui-ci donc merci beaucoup
d'avoir pris le temps d'échanger ben
merci à toi de m'avoir posé toutes ces
questions et on mettra d'ailleurs en
description tout un tas de de liens
peut-être pour ceux qui veulent en
savoir plus y compris d'ailleurs un un
podcast que tu as pu faire qui a été
diffusé par Europ 1 où tu reviens aussi
peut-être encore plus en détail sur les
coulisses de ce de ce procès là et
c'était intéressant je pense pour ceux
qui veulent comprendre encore davantage
tout ça on mettra le lien directement en
description merci encore pour pour ce
temps et merci à vous d'avoir suivi
cette cette interview euh vous commencez
à le savoir mais je met ce format vous
plaît on a d'autres interviews qui sont
disponibles directement sur cette chaîne
Youtube donc n'hésitez pas à vous
abonner je mais c'est pas encore le cas
pour ne pas louper les interview suivant
on fait d'autres formats d'actualité
notamment sur Instagram donc n'hésitez
pas aussi à suivre tout ça si vous avez
des questions ou autres n'hésitez pas à
les mettre directement dans les
commentaires et on se dit à très vite
[Musique]