Normandie, terre d'abondance - Documentaire Voyage en France - Horizons - AMP

Le Pays préféré des Français
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100 Vues de vidéo·5 sept. 2024
Pays du cheval et domaine des vaches laitières, région pétrie d’histoire et de traditions, la Normandie promet un voyage plein de découvertes. 🐄🌲
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Rares sont les régions qui peuvent, comme la Normandie, évoquer tant d’images : des chaumières, des basiliques, la modernité du Havre, la quiétude du bocage, la fureur du débarquement allié, des fromages célèbres, les pommes à cidre, d’interminables plages de sable et des stations balnéaires chics.
Réalisé par Eric Bacos
© ANANDA - AMPERSAND
Du Cotentin au pays d’Auge, de Deauville au Perche, la Normandie est une région
encore rurale qui sait toutefois se montrer moderne. Sa fameuse façade
maritime n'est pas le moindre de ses charmes. Rares sont les régions qui peuvent se targuer
d’évoquer tant d’images : les chaumières, les basiliques, la quiétude du bocage ou la fureur
du débarquement allié, les fromages célèbres, les pommes à cidre et les longues plages de sable.
Pays du cheval et domaine des vaches laitières, région verte comme la campagne ou blanche comme
les falaises de la côte d’Opale, la Normandie nous promet un voyage plein de découvertes.
Le Mont-Saint-Michel s’ancre dans la baie qui marque la frontière avec la Bretagne. Citadelle
dressée en pleine mer, ce cône de granit est rattaché au continent par un isthme étroit,
immergé lors des grandes marées. Longtemps préservée grâce aux sables
mouvants qui l’entourent et aux marées qui l’isolent, l’île a été reliée aux terres
par une chaussée construite en 1878. Cette route a eu l’effet inattendu d’accumuler les
sédiments . En 2005, d’importants travaux de désensablement ont été effectués dans la baie.
« Que le Mont soit une île, c’est à la fois une singularité géologique, une curiosité
historique, un site touristique de renommée mondiale et un lieu d’une infinie beauté »
L’unique rue pavée, qui conduit des remparts à l’abbaye, est bordée d’une soixantaine de
boutiques, restaurants et hôtels. Ces bâtiments classés sont les lointains héritiers des auberges,
tavernes et échoppes d’objets religieux qui avaient pignon sur rue au Moyen Âge.
« la position même du Mt St Michel lui a toujours conféré et ça depuis le moyen âge une position
stratégique, cette position stratégique alliée à sa dimension spirituelle oh combien célèbre et
importante et là aussi depuis le moyen âge, fait que le Mt St Michel, architecturalement,
historiquement, c’est cette combinaison entre une architecture religieuse venue
du Moyen Age et une architecture militaire dont le Mt St Michel a gardé la silhouette
avec ses fortifications et ses défenses ». Construite en 1023 et longue de 80 mètres,
l’église romane est le fruit d’un véritable déploiement d’ingéniosité architecturale.
Son cloitre unique au monde est composé de 4 galeries. Les colonnettes en calcaire
coquillées sont venues d’Angleterre. Le couvrement est en bois et la charpente
est soutenue par d’épais murs de granit . Le centre de l’église coïncide avec la
pointe du rocher. La façade sud de la nef est la plus ancienne. Le choeur gothique,
qui a remplacé le choeur roman original en 1421, est au contraire la construction la plus tardive.
Foyer intellectuel très actif, l’abbaye a largement participé au rayonnement de l’île.
La statue de l'archange Saint-Michel terrassant le dragon s’érige sur la pointe
de la flèche de l'église abbatiale. Elle n’y a été placée qu’en 1897.
A quelques dizaines de kilomètres vers l’est, nous changeons complètement d’environnement
pour rejoindre la ferme du Champ secret à la Novère, qui perpétue la fabrication du
camembert au lait cru moulé à la louche. Nous sommes bien loin des produits
industriels. Ici, les vaches passent 9 mois de l’année à gambader dans une immense prairie.
Le vrai camembert demande un travail sans relâche qui commence dès 6 heures du matin par
la traite des quelques 100 vaches du troupeau. Ce sont ces fleurs natives qui viennent des
prairies qui, par le biais des vaches vont être transmis au lait et ça avec le moins
de stress possible. alors que l’industrie à force de conserver le lait à 3 ° à force d’utiliser des
ensilages dans les fermes finalement a été obligé de trouver des artifices pour
réaliser le fromage et ces artifices font que tout est devenu standard.
Agriculture biologique et modernité ne sont pas incompatibles. Patrick est équipé d’engins récents
comme ce pont circulaire roulant, et s’appuie sur le contrôle automatique de la traite.
Produit délicat, le lait ne voyage pas. À peine recueilli,
il est transféré dans une cuve d’un bâtiment voisin et maintenu pendant 24 heures à 16°.
Le lait va ensuite être porté à 35°, et enrichi de présure. Une heure après,
il aura complètement caillé. Tous les arguments de l’appellation
d’origine alors bien sur c’est vache normande, l’herbe le lait cru et le moulage à la louche
sont vraiment les quatre arguments indissociables du camembert d’exception. Alors c’est vrai qu’on
pourrait mouler le fromage beaucoup plus vite mais que si on veut que la pâte s’oxygène,
si on veut qu’elle respire, comme on est sur un égouttage spontané, on est sur un des fromages
les plus difficiles à réaliser, c’est à dire c’est bien la matière qui va se contracter qui va
faire le deuxième égouttage. Donc il faut un lait d’exception et puis il fallait ce temps du moulage
pour que la matière s’égoutte progressivement, et en fait le fromage il est 23 heures sur la table,
avant de trouver sa forme définitive. Après cinq passages successifs de louche et
23 heures d’égouttage, le fromage est légèrement salé. On peut alors entamer un premier affinage.
Ce processus va durer 21 jours, contre 7 seulement en agriculture industrielle.
Aujourd’hui certains éleveurs se réinterrogent sur comment exister demain autour de cet élevage,
ils sont prêts à s’intéresser à la transformation, bien sur le produit de camembert de Normandie a
une notoriété extraordinaire donc ça intéresse quand même pas mal de gens,
ici on forme des gens régulièrement et puis c’est un plaisir aussi d’essayer de travailler
à plusieurs sur cette notion de vérité. C’est une stimulation, il y a une vraie demande de
consommateurs ça intéresse forcement, à être nombreux à essayer d’être nombreux à faire ça.
Non loin de là, Thierry Olivier produit du cidre,
du calva, mais aussi du poiré, un cidre de poire. Donc là on est dans le Domfronté donc la petite
région naturelle au sud de la Normandie, vraiment sa particularité ce sont justement les poires,
cette poire elle est produite grâce à des poiriers hautes tiges. Il faut s’imaginer que ce sont des
arbres majestueux qui font 20m de hauteur. Donc les fruits ici sont ramassés à la main,
donc ramassés pas cueillis c’est à dire qu’en fait on attend qu’ils tombent au sol le fait
de les ramasser à la main on garde l’intégrité du fruit, et les fruits continuent de murir en cave.
La poire elle est naturellement ce qu’on appelle astringente et elle devient blette, c’est à dire
de l’intérieur vers l’extérieur progressivement, elle va justement murir et elle va perdre son
astringence et puis va y avoir un développement de précurseur d’arôme et pour obtenir justement
un poiré d’une finesse assez extraordinaire. Voilà le précieux breuvage obtenu après.
Moi j’essaye de faire un poiré très rond justement qui est donc voilà mon
process c’est on prend le temps de la nature, on prend le temps du fruit, et du coup on arrive à
avoir des poirés qui ont des notes vraiment un peu de chardonnay, de grillé, euh un peu de miel.
Notre voyage se poursuit dans l’est de l’Orne, pour aller découvrir le Haras National du Pin.
En 1714, Le roi Soleil confia à son grand Écuyer, François Gédéon de Garsault, la tâche de créer le
Versailles du cheval. Le Haras royal répondrait tant à un besoin réel qu’à une volonté de
grandeur : élever les chevaux les plus performants pour le travail agricole, les transports,
la cavalerie militaire et la cour du roi. Le domaine s’étend sur 1000 hectares. Il héberge
aujourd’hui plus de 200 chevaux et une centaine de passionnés. Parmi eux, des artistes en résidence
comme Toma Chaput de la compagnie Atao. Chaque matin, Toma répète avec ses
fidèles compagnons avant de présenter un extrait de son spectacle aux visiteurs.
Venu au théâtre par les chevaux, inspiré par Bartabas, cet écuyer passé par les plus
grandes compagnies équestres s’est finalement spécialisé dans le travail du cheval en liberté.
Le Haras accueille également un centre de valorisation de la race Percheronne.
Ses agents forment des chevaux qui leur sont confiés dès leur plus jeune âge.
Les Percherons dressés intègreront des fermes
ou des vignobles où ils sont de plus en plus recherchés.
Le maréchal-ferrant dispose d’une
salle entièrement dédiée au travail du fer et des sabots.
Toma Chaput fait ce matin une démonstration au public venu explorer le domaine.
Nous prenons maintenant la direction de Rouen, la capitale de la Normandie.
Encore aujourd’hui connue pour sa riche période médiévale,
Rouen a été entre 911 et 1204 le chef-lieu du duché de Normandie. Mais c’est à partir
du 13e siècle que la ville connaît une remarquable expansion économique,
grâce à la Seine qui permet une jonction entre les commerces maritime et fluvial.
Convoitée et disputée par les Français et les Anglais tout au long de la guerre de cent ans,
c'est sur son sol que Jeanne d’Arc y a été jugée puis brûlée vive, le 30 mai 1431.
Les façades du centre historique évoquent toutes les époques qui ont fait la renommée de la ville.
Rouen ne vit cependant pas à travers son passé. C’est aussi une
importante capitale culturelle qui abrite de nombreux musées et une université.
Mais c’est toujours la Seine qui crée l’essentiel des richesses de la ville.
Le port est peu à peu devenu le plus grand exportateur européen de céréales.
Un terminal container s’y est développé pour faciliter les liaisons avec le port du Havre.
Les quais de Seine ont aussi été rénovés et réhabilités, pour abriter de nouvelles
zones commerciales et culturelles. Les anciens bâtiments industriels
ont été transformés en restaurants. En prenant la route du nord, nous
allons à la découverte des Boucles de la Seine. L’Abbaye de Jumièges crée toujours la surprise.
Ses tours blanches, qui s’élèvent à presque 50 mètres au fond d’une boucle du fleuve,
sont source d’admiration des visiteurs. La destruction du bâtiment à la Révolution
française lui a valu le fameux nom de « plus belle ruine de France », et l’image d’un site
à ciel ouvert fortement marqué de romantisme. Il s’agit d’un des plus anciens et des plus
importants monastères bénédictins de la région. S’il ne reste aucun vestige de l’époque de sa
fondation au VIIe siècle, sa visite permet tout de même la traversée de 9 siècles d’architecture,
du IXe au XVIIe siècle. L’abbatiale Notre-Dame, principale église de l’abbaye, en est le fleuron,
et un exemple exceptionnel d’architecture romane normande.
Sur ces terres particulières, la Seine fait de nombreuses boucles,
obligeant les riverains à jongler avec les quelques ponts. Heureusement, les habitants
peuvent aussi emprunter un de ces nombreux bacs qui naviguent inlassablement d’un bord à l’autre.
Sur la même rive que l’Abbaye, à Mesnil sous Jumièges, les vergers occupent depuis toujours
la majeure partie des berges. La culture fruitière s’est développée dans la vallée
grâce à un climat océanique propice, et à l’influence des moines de Jumièges.
Dès le VIIe siècle, les moines y ont en effet cultivé la vigne, toutefois remplacée au 17ème
siècle par des pommiers et des poiriers. « On a d’abord de la chance d’avoir un micro
climat, d’avoir un temps plutôt tempéré, avec quelques degrés de plus par rapport à ce que
l’on appelle le plateau, des Hautes terres où il y a souvent du vent là nous sommes protégés
des vents avec des falaises tout autour, il y aussi le brouillard du matin plus propice
à la coloration des fruits et aussi les terres qui sont réputées pour les arbres fruitiers. »
suite « Là nous avons plus de 15 variétés de pommes,
on a des variétés qui commencent au mois d’aout des variétés avec des petites quantités mais qui
commencent au mois d’aout pour les premières ventes et puis après des variétés qui suivent
comme la reine des reinettes , la cox orange, après des variétés comme la Bénédictin, Boscop
qui sont des variétés un peu plus tardives en saison, et après des variétés encore plus tardives
comme la Melrose, la Jauna Gold et d’autres variétés qui se gardent encore plus longtemps. »
Plus bas sur la berge, l’Abbaye Saint Georges de Boscherville offre un nouveau
décor de style roman. Construites au XIIe siècle, l’église abbatiale et la salle
capitulaire sont parfaitement conservées. Les jardins en étage faisant face à la
Seine confèrent au site une singularité qui attire les curieux. Au 17e siècle,
les moines les restaurèrent pour y cultiver un verger, un potager, ainsi
qu’un parc de fleurs et de plantes médicinales. Deux méandres plus loin, nous parcourons l’une
des dernières zones humides en France, logée à 30 km de l’estuaire de la Seine.
La réserve naturelle nationale du Marais Vernier prend soin de préserver cette micro
région qui constitue l’une des plus importantes tourbières françaises.
Les étangs comme la Grande Mare abritent des oiseaux nicheurs et migrateurs.
Tout autour du marais, des fermes profitent de cet environnement et de la richesse de ses sols.
Depuis 1979, l’équilibre biologique du site a été
restauré grâce au pâturage de chevaux de Carmargue et de bovins d’Écosse.
Les gardes et les biologistes de la réserve surveillent régulièrement l’évolution du marais.
« Ce grand marais est en fait une ancienne boucle de la Seine,
c’est à dire qu’il y a plusieurs milliers d’années la Seine a changé son lit et il
y a ce grand secteur que l’on peut voir dernière nous, qui a été abandonné, donc
ça fait plusieurs milliers d’années que c’est un marais tourbeux maintenant. Les zones humides sont
très rares en France notamment , ça couvre à peine 2% du territoire donc ça nécessite des
protections. Et là nous sommes sur la réserve naturelle du Marais Vernier avec des animaux
derrière qui nous aident à gérer le site » « Parmi nos plus grandes réussites on a
la présence de plantes carnivores sur certains de nos terrains en tourbière,
le retour d’une population de cigognes et encore le travail par exemple avec des partenaires
locaux pour améliorer la gestion du niveau d’eau et ainsi bien protéger la tourbière. »
Les chaumières qui bordent cet ancien méandre sont les gardiennes de l’âme normande. Autrefois
considérées comme des abris de misère, ces maisons rurales à colombage hébergent encore des fermes.
Mais beaucoup d’entre elles ont aussi été rénovées en de confortables habitations, ou même en
chambre d’hôtes qui connaissent un franc succès. À Triqueville, un peu plus à l’ouest de la Seine,
le travail ne manque pas pour l’équipe de Morgan Gruel, spécialiste de la couverture en chaume.
L’artisan refait la toiture d’une résidence secondaire. Le chantier va durer un mois environ,
suivant les conditions météo. Morgan utilise du roseau coupé
au ras de l’eau l’hiver, puis mis à sécher pendant plusieurs semaines.
« le mien il vient de Camargue parce que c’est le seul fournisseur qui m’offre une traçabilité avec
des analyses qui sont faites sur les roseaux donc c’est le producteur qui est le plus sérieux. »
« Déjà il faut qu’il soit livré avec un pourcentage d’humidité inférieur à 15% parce
que sinon on enferme l’humidité dans la toiture et on peut avoir des problèmes de pourrissement. »
« Il y a eu une grosse mode des chaumières dans les années 70, il y a eu beaucoup de
chaumières qui ont été faites, le toit dure entre 40 et 50 ans, donc il y en a beaucoup
qui sont à refaire actuellement, le carnet de commande est plein, c’est tant mieux. »
Nous remontons vers l’embouchure de la Seine pour visiter Le Havre. Éprouvée par d’intenses
bombardements durant la guerre, la ville est rasée en septembre 1944.
Elle figure parmi les plus sinistrées d’Europe. Après l’Armistice, Le Havre et son port,
primordiaux pour la vie économique du pays, doivent impérativement resurgir de leurs
ruines encore fumantes. L’État français confie alors la reconstruction de la ville à l'un des
plus grands architectes de l’époque : Auguste Perret, maître de Le Corbusier.
Le chantier se poursuit jusqu’au milieu des années 50, puis salué comme une réussite.
Le Havre a récemment fêté ses 500 ans. Pour l’occasion, les plus grands voiliers
du monde ont amarré aux quais de la ville L’événement est un véritable festival de
voiliers hors normes, comme le Cisne Branco, un des derniers Clippers du 19ème siècle.
À bord du Mir, voilier de l’Académie maritime de Saint-Petersbourg, on enseigne les sciences
de la mer, l’océanographie et la navigation. L’église Saint-Joseph accueille un temps fort
du week-end : la traditionnelle messe des marins, qui rend hommage aux navigateurs disparus en mer.
Au nord du Havre, nous découvrons Etretat, nichée sur la Côte d’Albatre. Modeste village
de pêcheurs parmi tant d’autres, la cité devient au 19e siècle une station balnéaire réputée , où
Guy de Maupassant organise des fêtes qui font date. Des peintres comme Gustave Courbet ou
Claude Monet en subliment les paysages et entretiennent ainsi l’attrait de la ville.
L’aspect monumental de ses falaises de craie participeront bien sûr au renom de la baie.
Au 18e siècle, les pêcheurs d’Etretat élèvent et affinent des huitres pour Marie-Antoinette. Les
bourriches sont livrées en une nuit à Versailles pour y être consommées fraîches au matin.
Sur les hauteurs à flanc de coteau, le jardinier des oligarques russes Alexander Grivko a créé
de toutes pièces un étonnant jardin. Cette composition fascinante a représenté deux ans
de travaux sur 7000 mètres carré de terrain et la plantation de 10 pieds d’arbres persistants.
Le jeu des perspectives est saisissant. Les oeuvres les plus impressionnantes sont
les têtes géantes en résine élastomère de Samuel Salcedo, posées dans des ellipses de verdure.
Plus haut sur la Côte d’Albatre, les falaises de Veule-les-Roses s’imposent dans le paysage.
Bordé de km de plages et fondé au 4e siècle, il s’agit d’un des plus anciens
villages du pays de Caux. En pleine saison,
les champs de lin tapissent les sommets. La cité est traversée par la plus petite
rivière de France, La Veule. Ce nom anglo-saxon viendrait de « Well », c’est-à-dire« point
d’eau ». Le village connaît une histoire mouvementé jusqu’en ce qu’en 1826, une artiste
de la comédie Française, Anaïs Aubert, tombe sous son charme et y fait venir le tout Paris.
D’anciens moulins côtoient les rives de Veules-les-Roses ; certains sont encore
en activité. Durant la Renaissance, le bourg tire encore ses richesses de la pêche. À partir du 18e
siècle, les moulins permettent la production d’huile de colza, tandis qu’une autre partie
des villageois se spécialise dans le tissage des toiles de coton à destination de Rouen.
Le long de la rivière, cressonnières, lavoirs, chaumières et maisons de pêcheurs témoignent
de ce passé riche en activité. Ce charme particulier a séduit
bien des peintres et des écrivains, comme Victor Hugo, que l’endroit inspirait.
En s’enfonçant dans les terres, le chemin mène au château de Mesnil Geoffroy, un lieu étonnant
situé en pleine campagne du pays de Caux. Depuis sa construction au 17e siècle, il n’a subi aucune
modification. Façades et ornements sont restés dans leur jus. Aujourd’hui, le château est habité
par la princesse et le prince Kayali. Princesse Anne Marie Kayali :
« Je pense que si on n’était pas passionnés par ça, c’est très simple on craquerait, parce que ce
sont de telles contraintes, évidemment à la fois financière bien sûr et à la fois parce
que l’on est classé monument historique, on ne peut pas faire ce que l’on veut. »
« Le côté difficile c’est que tout évidemment est pour le château et que l’on a rien à côté,
par exemple prendre des vacances, ça, on ne connait pas ça, c’est pas possible,
c’est un choix, c’est le château ou les vacances, ce n’est pas les deux. »
23 Entouré d’un parc à la française dessiné par Collinot, jardinier de Le Nôtre, le domaine est
réputé pour sa roseraie privée, la plus importante de Normandie. Elle compte en effet 2900 rosiers,
dont 2000 variétés différentes toutes étiquetées. « Au départ, c’était la roseraie parce que c’est
la passion de mon mari, c’est lui qui a tout créé, c’est vrai que c’est une merveille cette roseraie,
que l’on ne s’en lasse pas et que comme tout jardin ça évolue continuellement,
et ça c’est sensationnel. Et puis le potager, c’est un nouveau bébé, quand vous avez un
nouveau bébé vous êtes complètement attaché à la chose ou plutôt à l’être, si vous voulez,
c’est difficile de séparer les deux. » « Le potager a obtenu en décembre 2017 le prix
du plus beau potager de France, dont nous sommes très très fiers. Je pense que c’est justement à
cause de son dessin qui est assez original et puis, bien sûr, le côté écologique, avec
ce mariage légumes-fleurs qui permet de ne pas avoir de produits chimiques, c’était justement un
des atouts de notre potager. » Cultivé dès le 13ème siècle en Haute-Normandie
pour une utilisation domestique, le lin trouve en Pays de Caux des conditions de culture idéales
pour cette plante exigeante : climat humide et qualité des sols. Aujourd’hui encore,
la région est la première productrice de lin. Alexis Ménager et son épouse sont des
spécialistes du lin, qu’ils cultivent et transforment pour créer des textiles.
« Le lin est arraché au mois de juillet, début juillet il est posé sur le sol quand il est
encore vert pour entamer ce que l’on appelle la phase de rouissage et donc le rouissage c’est
l’action naturelle des micros organismes qui permet de séparer la paille donc la tige de la
fibre destinée à faire du textile ce que l’on va appeler la filasse, la filasse elle-même
destinée à faire du fil pour le textile. » 47 Les graines de ce lin n’ont rien à voir
avec celles du lin alimentaire qui sert à produire de l’huile.
« Donc ça c’est la filasse de lin, c’est un lin qui a été plusieurs fois peigné en fait, c’est mis
bout à bout en bandeau et c’est envoyé comme ça dans les filatures. Et l’étape de filature c’est
une étape qui demande beaucoup de main d’oeuvre pour des raisons économiques c’est parti en
chine ou en Europe de l’est. On a fait le choix de travailler avec une filature qui est en Italie. »
« Le lin ici il est cultivé dans la famille depuis plusieurs générations c’est actuellement
mon frère et mon oncle qui s’occupe de la partie production et on a eu envie d’aller un petit peu
plus loin dans la transformation produit et dans l’aval de la filière en fait on a créé
notre propre marque de linge de maison en lin. » « Les propriétés physique de la fibre de lin font
que ça donne plein de vertus au linge de maison en lin , notamment que c’est thermo régulateur,
c’est frais l’été et c’est chaud l’hiver, c’est lié à la fibre qui est creuse et qui laisse
Région pleine de surprise, le pays de Caux regorge d’églises au toit torsadé,
et de châtelets soigneusement dissimulés dans la nature.
Le manoir d’Ango a été construit à Varengeville entre 1530 et 1544 par Jehan Ango, un riche
armateur dieppois. La demeure est inspirée de l’architecture de la Renaissance italienne,
pays avec lequel l’armateur faisait souvent affaire. Cette influence certaine se mêle au style
cauchois, composé de mosaïques de briques, silex des falaises et grès des carrières normandes.
Privilège de la noblesse et signe de pouvoir, le colombier date de 1532. Il pouvait héberger
jusqu’à 3200 pigeons, ce qui donne une idée de la puissance du maître des lieux.
Varengeville abrite aussi un cimetière marin où reposent de nombreux artistes.
Les lieux sont aujourd’hui menacés par l’érosion progressive des falaises
En contrebas de l’église, des vaches semblent indifférentes à l’installation
provisoire d’art contemporain, trop occupées à savourer un pâturage de grande qualité.
Que ce soit dans les haras, dans les clubs ou les boxes de particuliers,
le cheval fait partie intégrante de la vie en Normandie. À Pont-L’Évêque, Laura Dumesnil peut
en témoigner. Cavalière émérite, elle est surtout l’une des dernières bourrelières.
On vient la voir pour commander des selles sur mesure, les réparer,
tailler des sangles ou des brides, parmi bien d’autres ouvrages.
« J’ai très vite travaillé avec les chevaux, mais c’est un domaine où il faut investir beaucoup donc
très vite j’ai essayé de trouver un palliatif qui était intéressant parce que à l’époque quand je me
suis installé il n’ y avait pas de réparation de matériel de sellerie donc ça a rendu service un
peu à tout le monde quand même parce que les Les chevaux se sentent bien en Normandie,
plus qu’ailleurs. « Principalement je pense la qualité de l’herbe
et aussi cette proximité avec l’Angleterre, les Etats Unis. Le profil effectivement depuis 35
ans que je pratique la sellerie a beaucoup changé au départ je n’avais que de l’élevage
pratiquement, c’est à dire que les personnes n’avaient pas spécialement un cheval chez eux,
alors qu’actuellement beaucoup de personnes pratique l’équitation dans la région c’est
devenu facile, il y a des écuries un peu partout, un peu à tous les prix avec différents services. »
Laura et les cavaliers de la région espèrent que ce métier passionnant mais harassant ne
disparaîtra pas, et qu’une nouvelle génération saura prendre la relève.
À quelques dizaines de kilomètres de là, sur la plage de Deauville, les promeneurs du matin
laissent place aux amateurs de bain de soleil. Station balnéaire de la bonne société,
Deauville est célèbre pour ses parasols colorés, et ses 653 mètres de planche
qui font le lien entre la rue et la plage. La ville prend une toute autre dimension
quand s’y installe le Festival du Film américain. Ses bords de mer attirent chaque année des
milliers de touristes, pour beaucoup parisiens. La capitale n’est qu’à 200 km.
Deauville et ses marais ont à peine marqué l’Histoire avant qu’au 19e siècle,
la cité ne devienne une destination de luxe : casinos, palaces, yachtings, courses de chevaux,
résidences secondaires typiques… les ingrédients du succès sont réunis.
Même les galeries commerciales sont déguisées en maisons normandes.
En longeant la côte vers l’Ouest, nous arrivons à Cabourg, une autre
station balnéaire réputée. Son style architectural est caractéristique de
la région. Marcel Proust en avait fait son refuge favori. Dans les années 1920,
Cabourg était le lieu de rendez-vous par excellence de la grande bourgeoisie européenne.
Le front de mer se couvre alors d’hôtels, la ville s’agrandit.
Aujourd’hui, dès le début de la belle saison, les plages fourmillent de vacanciers.
A marée basse, les plages enrobant l’embouchure de la Dive forment un petit delta magnifique.
Les estuaires sont une source perpétuelle de beauté. Après avoir traversé Caen,
l’embouchure de l’Orne s’éparpille à Ouistreham dans un saisissant spectacle naturel.
La Normandie est aussi une terre de mémoires. Le débarquement de juin
1944 a profondément marqué les plages et les villes de la côte. Arromanches
est connue pour avoir été choisi par les troupes alliées pour installer un port
artificiel qui a servi à approvisionner les troupes débarquées en armes et en munitions.
De nombreux vestiges jonchent encore de leurs formes mystérieuses les plages de la région,
La plus célèbre d’entre elles est sans doute Omaha Beach, située un peu plus à l’ouest.
Le matin, lorsque la marée est encore basse, les cavaliers croisent les
pêcheurs qui sortent pour la journée. Certaines familles américaines se sont
installées le long de ce littoral historique. Implanté sur le site même du débarquement
américain du 6 Juin 1944, à 200m de la plage , le Musée Mémorial d'Omaha Beach, a été
fondé afin de perpétuer la mémoire de tous les soldats alliés morts en 1944.
C’est à Omaha Beach que l’on compte les plus lourdes pertes : 3881 soldats américains
furent tués, blessés ou portés disparus. À l’occasion du 60ème anniversaire du D-Day en
2004, la sculptrice Anilore Banon a réalisé « Les braves », une oeuvre composée de 3 trois monuments
: « Les ailes de la fraternité », « Debout la liberté » et « Les ailes de l’espoir ».
A proximité, Port-en-Bessin a également joué un rôle actif dans
le ravitaillement des troupes alliées en 1944. Il s’agit du 7e port français et du premier
de Basse Normandie. Ses écluses le protègent des effets de la marée.
En pleine saison des coquilles Saint Jacques, les bateaux accostent tard dans la soirée,
les cales pleines du corail convoité. Les coquilles seront traitées quelques
heures plus tard à la criée, avant d’être envoyées partout en Europe.
La halle à marée accueille 0 tonnes de poisson par an,
dont plus de 40% sont destinés à l’exportation. Installé à l’entrée du port, le marché propose
la pêche de la nuit. Pêcheur.
« Elle est différente de la coquille bretonne déjà; c’est quand même différent,
les deux sont très bonnes, la coquille Normande est beaucoup plus coraillée,
elle est beaucoup plus grosse aussi, moi j’aime bien en brochette
avec des poivrons et des petites tomates cerises et j’aime bien aussi juste un aller retour à la
poêle avec du sel et du poivre là on retrouve vraiment le gout de la coquille, regardez ça. »
Capitale du Bessin située à quelques kilomètres des plages du débarquement, Bayeux est la première
ville que les Alliés ont libérée, et une des seules survivantes des combats de la bataille de
Normandie. Elle conserve donc un riche patrimoine. Siège d’un évêché depuis le 4ème siècle,
la ville s’est enrichie de nombreuses institutions religieuses à travers le
temps. A certaines époques, on y a compté 1 religieux pour 5 habitants.
La « tapisserie de Bayeux », aussi connue sous le nom de « Tapisserie de la reine Mathilde »,
est une broderie spectaculaire de 68 m de long datant du 11e siècle, et inscrite depuis 2007
au registre « Mémoire du monde » de l’Unesco. Elle illustre la période allant de la fin du
règne du roi d’Angleterre Edouard le Confesseur en 1064, à la bataille d’Hasting en 1066.
La tapisserie reprend les moments clefs du conflit, dont l’issue donna à Guillaume le
Conquérant, Duc de Normandie, accès au trône et inaugura la conquête normande de l’Angleterre.
Aujourd’hui encore, les débats concernant l’origine de l’oeuvre sont très animés.
Certains misent sur les dames de compagnie de la Reine Mathilde,
quand d’autres affirment qu’elle est l’ouvrage d’artisans anglais.
En poursuivant vers l’ouest, le Bessin dévoilent des paysages inattendus, regorgeant de marais.
Autour de la vallée de l’Aure, le partage du bocage suit le tracée de zones humides.
Cet écosystème riche de milieux différents offre une faune et une flore exceptionnelles.
Délaissons le Bessin pour découvrir le Cotentin, pays des baies et des îles insolites.
On accède à l’île de Tatihou en prenant un bateau amphibie. Ce véhicule particulier s’adapte à
l’amplitude des marées. Il est capable de remonter et se déplacer sur les berges.
Le site a été occupé dès la Préhistoire par l’homme de Néanderthal. Mais ce sont les Vikings,
au 9e siècle, qui lui ont donné son nom. Au 17e siècle, après des batailles
navales désastreuses, Benjamin de Combes, un ingénieur de Vauban,
fait construire deux tours de défense, sur l’île et sur la côte, afin de protéger la baie.
En 1720, le roi cherche à contenir la propagation de la peste de Marseille. Il
commande donc la création d’un lazaret à Tatihou. Durant les quarantaines,
marchandises et équipages bénéficient de fumigations de bruyères et de baies de genièvre.
Au 19e siècle, le Muséum d’histoire naturelle y installera un laboratoire maritime.
Il faut toutefois attendre 1990 pour que le Conservatoire du littoral et le Conseil
départemental de la Manche s’unissent pour sortir l’île de l’abandon et en faire un musée.
Des vestiges de la Bataille de la Hougue de 1692 y sont exposés.
Implantée sur la plaine, la réserve ornithologique de l’île compte 150
espèces d’oiseaux. Leur présence ne gêne en rien les moutons qui profitent d’un pré-salé sans égal.
Sur la côte, la pêche occupe le village de Saint Vaast de la Hougue.
La tour Vauban fait face à sa jumelle de Tatihou. Remontons le littoral vers le nord pour jeter
l’ancre à Barfleur, dont le port magnifique marque en 1066 le point
de départ de la bataille d’Hastings, et de la conquête normande de l’Angleterre.
Ce passé mouvementé est toutefois bien lointain ; Barfleur est aujourd’hui un
paisible port de pêche, et un village classé parmi les plus beaux de France.
Autrefois située au milieu de la ville, l’église est désormais perchée en bord
de mer : une conséquence de la montée des eaux qui a peu à peu rongé la côte.
Érigé en 1835 sur la pointe de Barfleur, le phare de Gatteville long de 75 mètres
est le deuxième plus haut d’Europe. Bastion napoléonien situé à quelques
kilomètres, le fort du Cap Levi se visite au cœur d’un vaste espace naturel protégé par le
Conservatoire du littoral. Il était au 19e siècle
destiné à protéger la rade de Cherbourg. L’édifice militaire a depuis été repensé en
chambres d’hôtes, qui offrent une vue imprenable. Logée à l’extrémité du Cotentin, Cherbourg s’est
transformée en forteresse au plus fort des nombreuses guerres franco-britanniques. En 1944,
la ville abrite le premier port du monde : tout l’effort de guerre des Alliés se
concentre sur ses quais, protégés par la digue du large construite sous Louis XVI.
Sur la pointe des Grouins et le cap de la Hague s’étendent les dernières terres,
balayées par le vent. La péninsule est réputée pour la dureté de son climat.
A l’extrême ouest, La Hague est particulièrement exposée aux vents du large. Elle offre un paysage
contrasté et presque hostile au terrain torturé, aux vastes landes de bruyères
et d'ajoncs cernées de murets de pierre, aux côtes découpées et hautes falaises.
Les rares maisons se blottissent entre elles. La côte ouest offre elle aussi un paysage sauvage.
De grandes plages vierges se succèdent. Nous terminons notre périple normand
dans l’Eure, à Ivry la Bataille, une ville dotée d’un golf remarquable. Son arboretum
et la végétation qui l’entoure lui confèrent un cadre d’exception, surtout à l’automne.
« La particularité du site, c’est le seul golf en France construit au sein
d’un arboretum. Monsieur Hersant était un passionné d’arbres et un passionné de golf,
il a voulu créer ce projet qui était relativement unique de mélanger,
de concilier les 2 passions. » « On a
amené 0 arbres différents de 80 variétés différentes, directement
sur le golfe des séquoias géants, des tulipiers de virginie, des Lichidambard, des Glédischia. »
C’est ainsi que se conclut cette promenade normande. L’architecture,
la culture et les paysages que la région nous a offerts, mais aussi les hommes et les traditions
qui l’animent, sont autant d’invitations à revenir et poursuivre la découverte.
