A travers les aventures mouvementées de Michel Strogoff, Jules Verne décrit dans son roman l'immensité de la Russie que son héros traverse notamment en train. ✋ Les meilleures destinations, c’est ici 👉 https://bit.ly/3LrG7OP 👈 Abonnez vous ! 🙏
L'écrivain, qui n'a jamais visité le pays des tsars, dessine le portrait de villes et de paysages lointains et mystérieux au coeur de la Sibérie. En suivant les pas de Michel Strogoff, on se lance dans un périple long de 5 523 km, des bords de la Volga aux rives du lac Baïkal, le plus grand réservoir d'eau douce de la planète. L'occasion, un siècle et demi plus tard, de découvrir la taïga, les montagnes de l'Oural, la steppe et ses inhospitaliers marais de la Baraba, les grands fleuves sibériens comme l'Ob, l'Ienisseï, le Tom et l'Angara.
Quand j'ai ouvert pour la première fois le roman de Michel Strogoff,
c'était bien sûr pendant la guerre froide.
La Russie telle que décrite par Jules Verne qui avait tant excité la curiosité de nos grands-parents
ne correspondait en rien à la réalité du moment.
Le royaume des Tsars me semblait désuet face aux intrigues d'espionnage de l'URSS.
J'avais tort, Michel Strogoff n'est pas seulement un livre d'aventure,
mais un formidable témoin de son époque.
Je vais le découvrir en suivant ses pas qui vont m'emmener jusqu'au lac Baïkal,
au cœur de la lointaine Sibérie.
Presque un siècle et demi s'est écoulé depuis la sortie du roman en 1876.
A l'époque, la Russie n'est connue que de quelques érudits.
Mais le pays des Tsars fait rêver.
Michel Strogoff remporte un très vif succès.
Pourtant, Jules Verne n'a jamais visité ce pays.
Il s'est inspiré des descriptions et des récits laissés par les voyageurs.
Même si Jules Verne est célèbre en Russie,
personne ou presque ne connaît l'existence de son roman Michel Strogoff.
À cheval entre deux époques, de la Russie tsariste à nos jours,
70 années de soviétisme sont passées par là.
Que restent-ils des palais, des églises et des villes qui ont servi de décor à notre héros ?
C'est au Kremlin de Moscou que débute notre histoire.
Je me plais à imaginer le Tsar à sa fenêtre,
faire les 100 pas, soucieux de l'invasion Tartare.
Tandis que chevauche fièrement sur la grande place le maréchal Youkov,
le nouvel héros de la Grande Guerre,
j'arrive à Voskronenskye Vrotra, littéralement les portes de la résurrection.
Détruites par Staline en 1932 pour libérer le passage aux chars lors des défilés militaires,
elles affichent de nouveau fièrement les saints protecteurs de l'accès à la place rouge.
La Russie est en pleine reconstruction de son histoire.
Les grands travaux ont commencé depuis maintenant une vingtaine d'années.
Mais décidément, les plus grands criminels ont la peau dure.
Dans la Russie contemporaine,
ce ne sont plus les qualités morales des gens qui les motivent pour travailler,
mais plutôt les choses matérielles, comme gagner de l'argent, se construire une maison.
À l'époque soviétique, on s'adressait surtout aux qualités morales des gens.
On vantait ses avantages.
C'était l'idéologie qui était au premier plan.
Quand j'ai commencé à me faire photographier déguisé en Lénine,
je pensais d'abord à résoudre mes problèmes financiers.
Mais au fur et à mesure, j'ai commencé à me rendre compte
que mon activité prouvait à l'humanité entière que Lénine restait toujours vivant,
que c'est grâce à lui que j'ai pu m'acheter trois appartements.
C'est l'amour, l'amitié et l'internationalisme
entre les gens qui est resté dans la mémoire du peuple.
Et pas toutes ces horreurs que les démocrates décrivent.
Au fait, même dans les camps, on éduquait les gens toutes les deux heures.
Il y avait une réunion pour enseigner l'idéologie, on créait un homme nouveau.
Ce n'étaient pas des camps d'horreur, mais des camps de rééducation.
Tout cela servait à créer un homme nouveau.
Je n'ai rien à y ajouter, car Lénine est mon professeur.
Je n'ai pas le droit de dire quelque chose de travers.
Tout ce qu'il a dit est vrai.
Je pense que tout doit être comme il le décrit.
A quelques mètres de là, comme le veut la tradition,
je vais lancer quelques copecs sur le kilomètre zéro,
comme se doit tout voyageur qui s'apprête à quitter Moscou.
Comme Michel Strogoff, je me lance sur le Trak,
cette route longue de 5523 kilomètres.
La même que celle qu'ont tracé les premiers conquérants cosaques au XVIe siècle,
l'apparcement de fortins qui deviendront les grandes villes d'aujourd'hui.
Nizhny Novgorod, Yekaterinburg, Omsk, Tomsk, Krasnoyarsk, Irkutsk.
Gare de Jaroslav, Michel Strogoff déguisé en marchand
prend le train à destination de Nizhny Novgorod.
Il emporte avec lui un courrier du tsar qui avertit qu'un traître
s'apprête à livrer la ville d'Irkutsk à l'ennemi.
Comme dans une bonne vingtaine de ses romans,
Jules Verne fait voyager son héros en train.
Et pour cause, il a été le spectateur enthousiaste de l'expansion du chemin de fer.
Ici, tous les peuples de l'Ancien Empire se recroisent encore 150 ans plus tard.
Même si les costumes appartiennent désormais au folklore,
les faciès demeurent.
Tatars, Slaves, Mongols me rappellent que la Russie,
c'est aussi une multitude d'ethnies.
C'est sur un petit air enlevé de haut-parleurs
que je tente de m'effrayer un chemin jusqu'au train
en partance pour Vladimir, puis Suzdal,
des villes-trésors, m'a-t-on dit, à quelques heures de Moscou.
Suzdal, le centre de l'anneau d'or, une bande de terre noire particulièrement fertile
qui s'étale sur les plaines de l'est de Moscou.
Rostov, Jaroslav, Kostroma et Vladimir
sont les anciennes places fortes où battait le cœur de la Russie médiévale.
Épargnée par le développement industriel,
Suzdal a pu conserver son aspect d'antan,
tel que Michel Strogoff aurait pu l'apercevoir s'il n'avait été si pressé.
Une petite ville comme je n'imaginais pas qu'il en existe encore en Russie.
Suzdal champignonne d'églises et de maisons de bois.
Au détour d'une rue, j'ai la surprise de rencontrer Vitaly Choutikov,
une des rares personnes à avoir lu Michel Strogoff.
J'ai commencé à peindre ce panorama en hiver.
Il faisait très froid.
Les couleurs étaient très intenses, tout était givré, très joli.
On n'a pas à chercher des combinaisons, on n'a pas à inventer des choses.
Il suffit de regarder autour de soi et cela donne du repos à l'âme et aux yeux.
Dans les années 90, cela a été une découverte pour moi.
Quand il est paru après la perestroïka, j'ai découvert un nouvel aspect de Jules Verne
quand j'ai lu son roman Michel Strogoff.
Il est très intéressant parce que Jules Verne est considéré comme un auteur de romans d'aventure.
Mais ce roman-ci n'est pas pareil.
Moi, je dirais que c'est plutôt un roman philosophique sur la Russie.
Il m'a beaucoup intéressé.
C'est une troïka russe qui galope.
C'est Michel Strogoff ?
Merci.
Michel Strogoff s'en va au pays de Jules Verne.
Michel Strogoff, un roman philosophique ?
Voilà une question à mûrir durant les 5000 kilomètres jusqu'à Irkoutsk.
Tandis que hurle à tue-tête la nouvelle technologie audiovisuelle de mon compartiment,
je laisse derrière moi Souzdal, accompagné maintenant d'un Michel Strogoff philosophe.
429 kilomètres depuis Moscou, j'arrive à Nizhny Novgorod.
Anciennement nommé Gorki, interdite aux étrangers pendant la période soviétique.
On y fabriquait tout un concentré de la puissance russe.
Cuir assaisé blindé, sans oublier les fameux lances-fusées Katyusha et avions de chasse MiG.
20 ans après l'effondrement de l'ancien modèle économique, la ville est de nouveau en plein essor.
La belle Nizhny se réveille de son coma politico-traumatique s'ouvrant au commerce international.
C'est le nouveau visage de la Russie qui s'affiche ici.
4x4 flambant neuf, façade vitrée, boutique aux enseignes européennes et américaines.
Témoin et gardien de toute cette surprenante révolution d'opulence,
ce n'est pas un hasard si la statue d'un Cossack me fait penser à Michel Strogoff en personne.
Dans le roman, il aime à se perdre dans la ville pour glaner quelques informations sur l'invasion Tartare.
Nous allons encore passer par Moscou, Ryazan et Perme pour rentrer chez nous.
Et nous démontrons à tous que faire l'idiot c'est en fait cool, contrairement à ce que pensent les étrangers notamment.
En Russie il y a deux malheurs, c'est les idiots et les routes.
Nous nous battons avec les routes et faire l'idiot c'est plutôt cool.
Donc faites les idiots avec nous.
Notre clown fait référence à la citation de l'écrivain Pushkin.
Il y a deux malheurs en Russie, les routes et les imbéciles.
Justement sur la route nous y allons, quant aux imbéciles on verra bien.
A proximité de Nizhny Novgorod, l'ingénieur et chef d'entreprise Alexander m'emmène voir son laboratoire du coeur comme il l'appelle.
L'alcoolisme en Russie est encore ses ravages tandis que les enfants trinquent comme on dit.
En ce moment nous allons à la ferme du père Oleg qui dirige un orphelinat privé au village Nucha du district d'Ordatovo.
Le père Oleg s'occupe de 12 enfants, ils habitent au village et ils vivent par leur propre travail.
Nous ne les aidons qu'un petit peu.
Je n'aime pas qu'on nous appelle orphelinat parce que nous ne sommes pas un orphelinat mais une famille.
Par exemple Lena et Maxime nourrissent les vaches, moi je les traie.
Alyosha verse le lait dans les récipients et Dima va vendre le lait.
Nous sommes donc inséparables.
En même temps ils apprennent à travailler dans une collectivité et vivre dans la société.
Et je suis tout à fait sûr que quand ils seront majeurs, ils pourront vivre en autonomie sans être aidés par personne.
Et on ne les appellera plus avec mépris orphelin, ils seront des membres de la société égaux à tous les autres.
Le père Oleg m'a dit qu'à quelques kilomètres de là se trouve une ville sainte, un lieu de pèlerinage à l'image de Notre-Dame de Lourdes en France.
Un Lourdes russe ? Des miraculés ?
Nous sommes à Diveyevo.
C'est un endroit particulier où il y a plusieurs sources sacrées et où beaucoup de gens viennent pour chercher de la bonne santé,
soigner leurs maladies, retrouver la force d'âme, pour se consoler, pour se débarrasser de mauvaises idées.
Les histoires de guérison sont nombreuses ici,
mais j'ai surtout retenu celle amusante de cet homme grossier guéri de sa vulgarité dans l'eau miraculeuse.
Même si l'eau est à 4 degrés, je tente ma chance.
Diveyevo est un des quatre principaux lieux saints orthodoxes.
Saint Séraphin y aurait vu la Vierge tracer un chemin en lui révélant « cette terre est ma terre qui sera préservée de l'Apocalypse ».
L'Apocalypse ?
Les soviétiques ont bien essayé de raser toute cette mauvaise foi et d'enterrer les sources miraculeuses, mais la Vierge s'est défendue.
En apparaissant aux conducteurs de bulldozers qui n'ont pas voulu continuer le travail.
C'est ici que je croise pour la première fois la dramatique destinée du tout dernier tsar de la Russie, tué avec toute sa famille par les bolcheviks.
Désespérant de donner un héritier à Nicolas II, la tsarine Alexandra vint y prier en 1903, espérant la naissance d'un garçon.
Ce mélèze a été planté par des sœurs du monastère pour célébrer la naissance du dauphin Alexei, fils de Nicolas II.
Ce mélèze a exactement le même âge qu'aurait pu avoir le dauphin maintenant.
Certains ont vu des traces de sang apparaître sur le tronc.
Moi je n'en ai pas vu personnellement, je ne peux pas vous le confirmer.
C'est devenu l'endroit où les gens viennent prier pour les martyrs de la famille du tsar.
Voilà, c'est tout ce que je peux dire.
Je vous prie de m'excuser.
Depuis moins d'une vingtaine d'années, Saint Serafin Sarovski a été rendu au monastère.
Sa dépouille anonyme reposait dans quelques recoins du musée d'histoire de Saint-Pétersbourg.
Comble du paradoxe, on a pu l'identifier grâce aux archives du NKVD.
Les agents avaient laissé des descriptions minutieuses du corps.
Le charme opère. On ne peut qu'être ébloui par des vieillots.
Où que se pose l'œil, une kyrielle de chefs-d'œuvre s'envole jusqu'au ciel, dans une volute d'or et d'argent.
En même temps que ses dévots, les églises orthodoxes se réveillent de soixante-dix ans de léthargie forcée.
De retour à Nizhny-Novgorod, derrière le port fluvial, trois marins staliniens me rappellent que j'ai rendez-vous avec une légende.
Les bateliers de la Volga.
En route pour Kazan.
Il y a presque un siècle et demi, c'est à bord d'un bateau à aube que Michel Strogoff embarque sur la Volga.
Mon fier navire, lui, date de l'époque soviétique.
Le César, il y a encore peu, faisait la joie des touristes de la nomenclatura ou des syndicalistes.
Il est temps de faire un dernier adieu à Nizhny-Novgorod, qui m'offre une vue imprenable de ses remparts.
Nouvelle étape dans mon voyage.
Ayant quitté Nizhny-Novgorod, je descends le fleuve de la Volga jusqu'à Kazan, puis un train me bercera toute la nuit jusqu'à Ekaterinbourg.
Chers amis français, amateurs des voyages, ceux qui vont regarder cette émission.
Sachez qu'en Russie, il y a des endroits appelés à la mémoire des événements en France.
Comme ce chantier naval et cette baie qui porte le nom Honneur à la Commune de Paris.
La période navigable pendant laquelle nous travaillons avec les touristes est très courte.
Du début de l'été et jusqu'au milieu de l'automne, les bateaux peuvent naviguer sur la Volga.
Ensuite, le fleuve est pris par la glace et il n'y a donc plus de navigation possible.
Maintenant, j'aimerais surtout vous expliquer pourquoi il y a ici ces icônes dans ma cabine et ce fer à cheval.
Bon, le fer à cheval, ça porte bonheur.
Les deux icônes, chez nous, les chrétiens, on croit traditionnellement que l'homme qui est dans l'autre monde et nous protège, c'est Saint Nicolas.
Et l'autre, c'est Notre-Dame de Kazan.
Ce sont nos compagnons de route, ils nous guident.
Je profite d'une courte escale au monastère de Makariev pour rendre visite aux mécaniciens qui obéissent à l'aveugle aux manœuvres du capitaine.
Dans la cale, trois hommes bichonnent quatre moteurs diesel dans une étuve assourdissante.
Nous sommes dans le compartiment à moteurs où il y a quatre moteurs principaux.
Ça fait longtemps que vous travaillez sur la Volga ?
30 ans déjà. J'étais aussi sur la mer Caspiane, en Turquie, mais c'était comme ça en passant. Je suis allé aussi en Baltique.
Kolya, montre-leur Macha, la masse avec quoi nous travaillons.
On va vous montrer notre outil le plus important. Elle ne fait que 15 kilos. Elle est donc toute menue. On l'appelle Macha.
Lui, c'est Che Guevara, le neveu de Castro de Cuba. Lui, c'est le petit-fils seulement. C'est sa deuxième année.
Il me reste une année de travail et je peux aller en retraite, mais je vais continuer à travailler.
Est-ce que j'ai le choix ? On ne peut pas vivre en Russie avec sa retraite. C'est à l'étranger qu'on peut sans doute vivre comme ça.
Ici, mon cul, il faut que j'aide mes enfants. Allez bon, on arrête. J'ai déjà trop parlé.
Nazdarovia trinque les Russes qui ne manquent jamais une occasion de boire à l'amitié au pays.
Le troisième toast sera comme de tradition pour les femmes. Bref, la croisière s'amuse.
Au petit matin, le passage d'une écluse me rappelle que la Volga, ce ne fait pas que du bonheur.
Après la guerre, Staline ordonna des travaux pharaoniques qui durèrent 35 ans.
Neuf barrages furent construits, 700 villages engloutis et 300 000 personnes déplacées.
La Volga est aujourd'hui un chapelet de lac, tandis que sur ses rives s'est implanté le tiers du parc industriel du pays.
Mais c'est au prix d'une pollution catastrophique.
La faune, touchée de plein fouet, déserte ses eaux à tel point que le gouvernement a dû lancer en 1998 un vaste programme écologique nommé Renaissance de la Volga.
Matryosha Volga, petite maman Volga, s'étend sur 3531 kilomètres.
C'est le plus long fleuve d'Europe, une frontière naturelle qui protégeait la Russie encore au XVIe siècle de la convoitise des Tatars.
La Volga, chargée d'histoire, s'est nourrie de légendes et de mystères.
C'est autant de raisons invitant les voyageurs à suivre son cours.
Pourtant, de ses rives, Jules Verne dira qu'elle n'offrait aucun point de vue remarquable.
Qu'à cela ne tienne, le bateau affiche complet et les touristes se prélassent tel une colonie de phoques replets.
Après 24 heures de navigation, Kazan est en vue.
Reconnaissable entre toutes la mosquée du Kremlin pointant vers le ciel, ces minarets me rappellent que nous entrons en pays tatar.
J'ai rendez-vous avec Sergei, chef d'entreprise dans le tourisme. C'est une personnalité notable ici.
Salut !
Il est à l'image du nouveau russe, enfant prodigue de la perestroïka.
Vous voyez, c'est le jeune Volodya Lenin qui vous accueille.
Ulyanov Lenin qui a fait ses études à l'université de Kazan.
Donc nous allons au cirque maintenant, c'est ça ?
Bon, sur le chemin, je peux vous montrer aussi d'autres endroits.
Ces 20 dernières années, Kazan a beaucoup changé.
Moi, je vais souvent dans différentes villes en Russie et en Europe et je peux dire que le développement de Kazan est spectaculaire.
Pendant les années de la perestroïka, les gens qui étaient prêts à prendre des risques et à utiliser leur savoir-faire ont saisi leur chance.
Et plusieurs ont réussi à monter leur affaire.
Certains se sont fait beaucoup d'argent.
Bien sûr, c'était des années de troubles.
Les gens ne savaient pas comment payer leurs impôts.
Personne n'avait envie de les payer.
Moi non plus, il y avait une période où je ne payais pas mes impôts.
Cela a favorisé la mafia.
Il y avait les gens qui venaient, qui menaçaient de fermer la société.
Et bon gré, mal gré, chacun devait choisir.
Soit de se battre contre eux, soit leur payer une sorte de tribu.
Moi aussi, par exemple, j'ai dû collaborer avec un groupe criminel pendant 5 ans.
Jusqu'à ce que je passe à un travail, disons, tout à fait blanc.
Pendant ces dernières années, je me suis acheté 2 bureaux, 2 voitures, je me suis fait construire une maison.
Mais je me considère comme un businessman de la classe moyenne.
Parce que le tourisme n'apporte pas de dividendes gigantesques.
En revanche, j'ai un travail très intéressant.
Je connais sans doute la moitié des habitants de la ville et toute la ville me connaît.
Je connais très bien le directeur de ce cirque, c'est l'un des meilleurs de Russie.
Voilà la piste principale où ont lieu tous les spectacles de notre cirque.
Le cirque russe, je suis au cœur d'un monument.
Jules Verne aurait sans nul doute payé son billet d'entrée,
ayant lui-même supervisé la construction du cirque d'Amiens en tant que conseiller municipal.
C'est dans sa loge que je rencontre Tigran Akopyan, c'est à la fois le directeur et le dresseur de la troupe.
Du bout de sa badine, chameaux, chiens, hippopotames et singes font leur petit tour et puis s'en vont.
Tigran sait bien que pour les occidentaux, le regard des animaux en captivité est de plus en plus difficile à soutenir.
Moi, ils me considèrent comme leur père.
Ils m'aiment comme si j'étais de leur famille.
Et moi aussi, j'ai l'habitude de les considérer comme mes enfants.
Je viens ici le matin et je reste jusqu'au soir.
C'est à cause de ça que je ne me sens pas très bien.
J'ai de l'hypertension comme aujourd'hui parce que toute mon âme et tout mon cœur, je les donne à mes animaux.
Certains vont sans doute me juger, me reprocher de dresser les animaux.
Mais je ne les dresse pas vraiment, je les éduque plutôt.
Quand ils sont éduqués, ils font tout le bon gré.
Vous avez vu, je ne les attache pas, ils sont libres, ils roulent à patinette.
Vous avez vu quelle joie et quel plaisir ça leur fait de rouler à patinette ou à bicyclette.
Il n'y a presque pas de zoos avec des animaux comme ça.
Il y en a à Moscou, à Saint-Pétersbourg et c'est tout.
Les chimpanzés, il y en a nulle part ailleurs en Russie.
Pourquoi ne peut-on pas le faire ? On a bien le droit de garder les chiens dans un appartement.
Pourquoi n'a-t-on pas le droit de vivre avec des chimpanzés ?
Michel Strogoff n'est pas descendu du bateau pour voir Kazan.
Hommage pour lui.
La ville est sans conteste un des joyaux de la Russie comme on le disait déjà à l'époque de Jules Verne.
Je profite d'être à Kazan pour rendre visite à la dame la plus célèbre de Russie, Notre-Dame de Kazan.
Icône vénérée entre toutes, elle a rejoint son berceau dans le monastère du même nom.
Cette copie inestimable de 1730, seul exemplaire connu,
ornait il y a encore peu les appartements de Jean-Paul II avant qu'il ne l'offre au patriarche de Moscou en 2004.
Direction Ekaterinbourg, ma prochaine étape est à 1130 kilomètres.
Le train est à quai, les voyageurs se pressent déjà aux portes du wagon.
Heureusement, l'air un peu martial, la provonitza, l'hôtesse du wagon, est là pour mettre un peu d'ordre.
Je laisse derrière moi la Volga et ses rives nostalgiques pour m'élancer à travers les monts Urals.
Les portes de la Sibérie, une frontière naturelle que les Russes ne franchiront finalement qu'à la fin du XVIe siècle en partant à la conquête de l'Est.
Dans le roman, Michel Strogoff y affronte bouffres et défilés, mais rien de tout cela ici.
On me rappellera très justement que la véritable frontière de la Sibérie est l'immensité.
La Russie, c'est aussi près de 100 000 kilomètres de rail.
Les distances qui séparent les villes se comptent par milliers de kilomètres, me faisant perdre mes repères.
Les habitants ont trouvé leur solution, le train couchette.
Se partageant en différentes classes, c'est ainsi qu'ils voyagent, et c'est ainsi que je voyagerai dorénavant.
Demain matin, je poserai le pied en Sibérie.
Sur le quai de la gare d'Ekaterinbourg, je suis attendu par Vladimir Bikhodorov du musée d'histoire de la ville.
Michel Strogoff va devoir patienter. Il m'entraîne dans un autre roman, mais bien noir celui-ci.
La cathédrale sur le sang versé n'est vieille que d'une dizaine d'années.
Autrefois, à cet emplacement se tenait la maison Hippatieff, où en 1918 fut exécutée la famille du dernier tsar, Nicolas II.
Devenue aux grandes dames du gouvernement bret-genève un lieu de pèlerinage,
la maison Hippatieff fut rasée avant qu'on y construise cette spectaculaire cathédrale.
Hier une exécution héroïque, aujourd'hui un crime. Le vent a tourné.
Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, toute la famille et les domestiques sont réveillés et amenés dans ce lieu-même.
L'officier bolchevique leur lit l'ordre de condamnation à mort, exécutable immédiatement.
Essayez de vous imaginer. La pièce était encore plus petite que maintenant.
D'un côté, il y avait 11 personnes, les membres de la famille du tsar et les domestiques les accompagnant.
De l'autre côté, une quinzaine de soldats armés qui firent feu tout de suite.
Mais même en tirant à bout portant, les soldats ne réussirent pas à les tuer tous par balles.
Les soldats examinèrent les corps et s'aperçurent que quelques jeunes filles vivaient encore.
Ils les achevèrent à coups de baïonnettes et de crosse. Un vrai massacre.
300 coups furent tirés.
Après l'exécution, il importait expressément de cacher toute trace du crime, l'armée du tsar multipliant ses offensives.
Les bolcheviques entreprirent de faire disparaître les corps.
Ils les transportèrent à cet endroit, autrefois une mine profonde de plusieurs dizaines de mètres.
C'est là que ce groupe de criminels a entrepris d'effacer les traces du crime.
Ils versèrent de l'acide sur les corps de la famille du tsar et sur ceux des personnes qui avaient été tuées avec eux.
Ensuite, ils essayaient de les brûler, mais ils ne réussirent pas.
Alors, découragés, ils jetèrent les cadavres au fond de la mine en espérant que l'eau engloutirait les traces du crime.
Mais au matin, ils virent que les corps flottaient à la surface de l'eau.
Ils furent obligés de descendre dans la mine à une profondeur de 50 ou 60 mètres pour remonter les 11 corps.
On les remit dans le camion pour les cacher ailleurs.
C'était tôt le matin.
Il n'avait plus la nuit.
Et comme c'était un endroit marécageux, le camion s'enlisa précisément à cet endroit.
Les assassins essayaient de trouver une solution.
Ils tentèrent de pousser le camion, mais ils n'avançaient pas.
Alors, ils décidèrent de brûler les corps.
Les assassins cherchèrent un endroit plus ou moins sec.
Ils n'arrivaient pas à en trouver un.
Ils remontèrent sur cette petite hauteur en emportant deux corps.
Et finalement, ils crurent que là, ils pourraient brûler les corps.
Ils firent un feu, mirent les corps dessus, mais le bois, humide après la pluie, refusait de brûler.
Ils en avaient marre et prirent la décision de laisser là les corps.
Ils creusèrent un petit trou peu profond.
Ils mirent dedans les deux corps d'Alexei et Maria.
Et ils retournèrent au camion où il restait neuf autres corps à cacher.
Au lever du jour, les soldats paniquèrent.
Ils décidèrent alors de creuser un trou sur le chemin et d'y abandonner les corps.
Ils recouvrirent cette sépulture de fortune avec des traverses de chemin de fer, puis une petite couche de terre.
Pendant 70 ans, personne ne se douta que c'était là, sous ces traverses, que reposait le dernier Tsar Nicolas II et sa famille.
Jusqu'à ce jour de 1977 où un géologue, Alexandre Avdounine, passionné par cette histoire, retrouva l'endroit.
La cathédrale sur le Saint-Verser témoigne aujourd'hui de la ferveur que voulaient russes à la famille Romanov,
canonisés martyrs et déclarés victimes du bolchevisme par la cour suprême.
Histoire de prendre un peu l'air, je m'éloigne des Katerinbourg à la rencontre de la steppe sibérienne.
Jules Verne décrit une plaine sans limite, une sorte de vaste désert herbeux,
à la circonférence duquel venait se confondre la terre et le ciel.
Un paysage vraiment hostile pendant le long hiver, mais au sous-sol farci de richesses en minerais,
qui déjà il y a trois siècles, fit la fortune de quelques audacieux industriels comme les Demidov Périfis,
dont la tour du domaine perce encore le ciel.
Je suis Akhenfi Demidov, fils du commissaire Nikita Demidov.
Noble par la grâce du Tsar, je suis le maître des usines Demidov et je vous invite dans ma belle tour.
En 1725, j'ai fait construire la célèbre tour de Neviansk,
plus penchée que la tour de Pise et un peu plus haute que la tour Spasskaya, au Kremlin.
Et au sommet de cette tour, j'ai fait mettre ce paratonnerre,
qui est resté pendant 280 ans.
Ce Demidov aurait donc inventé le paratonnerre un quart de siècle avant le célèbre Benjamin Franklin.
Mais je ne suis pas au bout de mes surprises, car la réincarnation de Demidov tient à me montrer le secret du clocher.
En 1730, à Saint-Pétersbourg, j'ai vu ce drôle de mécanisme d'horlogerie anglaise et j'ai décidé de l'acheter.
Il m'a d'ailleurs coûté plus cher que la tour. Je l'ai payé 5000 roubles en or,
tandis que la construction de la tour ne m'en a coûté que 4500.
Néanmoins, c'est un mécanisme très intéressant.
Sur son rouleau sont programmés 18 chansons populaires anglaises.
Il est temps de reprendre ma route qui doit m'emmener pour une prochaine étape à Omsk,
capitale de la Sibérie occidentale, puis Krasnoyarsk, situé à 4096 km de Moscou.
Omsk a mis chemin entre Moscou et Irkoutsk.
Lénine est là pour nous accueillir, comme toujours,
mais je décline encore une fois son invitation pour finalement me faire enlever par un Cosaque,
le sous-ataman Nikolai Afanasyev.
Traditionnellement, les Cosaques gardaient les frontières de l'état russe.
Il y avait des lois, des ordonnances qui précisaient leur rôle.
Tout était clair et net.
Pendant l'époque socialiste, tout cela a été détruit.
En fait, nous voulons nous organiser de la même façon qu'avant la Révolution,
pour qu'on puisse, tout en labourant nos terres, en travaillant,
s'occuper en même temps de l'éducation patriotique de la jeunesse
pour que les jeunes soient prêts à défendre leur pays plus tard.
Tout comme c'était autrefois.
C'était ça le rôle des Cosaques.
Nous allons là-bas pour voir l'exemple de Generalovska.
Nos Cosaques vivent là-bas en communauté.
Ils travaillent en même temps qu'ils préparent les jeunes à défendre leur patrie.
Grigory Ostapchenko est ataman de Generalovska.
Uniforme, salut militaire, allure impérieuse.
Des amis m'ont parlé de folklore.
Mais il me semble à moi qu'on en est loin.
C'est en Allemagne que Grigory a pu retrouver
la trace de ce chien disparu de Russie depuis 1917, le barzoï.
Ici, les chiens côtoient les loups.
Mais avant qu'il ne m'explique tout ça,
il y a d'autres traditions auxquelles on ne coupe pas.
Passionné, Grigory tente de faire revivre
une tradition réservée à la noblesse, la chasse du tsar.
Une chasse à cheval armée d'une meute de barzoï,
des chiens de vieilles souches russes taillés pour la course
et dotés d'un féroce instinct de chasseur.
Il faut faire en sorte que le lapin ne se laisse pas attraper.
Comme ça on développe leur intérêt et ils ne se lassent pas.
Ils voient le but à atteindre, leur cible, mais ils ne l'atteignent jamais.
On travaille ainsi chaque jour, chaque jour, par petites étapes,
mais toujours en progression.
Ensuite, on les entraîne aux lièvres, aux renards
et à l'âge d'un an, on passe aux loups.
D'après Lataman, c'est en sélectionnant de façon drastique la race
que les chiens seront capables d'en découdre un jour avec les loups.
Mais c'est au prix d'un dressage à la Cossack.
Très bien, c'est comme ça.
Les loups courent d'un bout à l'autre, ainsi ils ne peuvent pas les blesser
car ce sont de jeunes chiens qui n'ont pas d'expérience.
Plus tard, avec l'habitude, ils seront les capturés.
Il n'y a pas que les chiens ou les loups qu'on élève à la dure chez les Cossacks.
La jeunesse, elle aussi, apprend un bris d'abattu les valeurs de la vieille Russie.
Je m'attarde un peu à Krasnoyarsk, histoire de remonter sur quelques kilomètres
le fleuve Yenisei, long de plus de 4093 kilomètres,
d'une largeur considérable et dotée de violents rapides,
nous dit à juste titre Jules Verne.
La brume épaisse qui le drape me rappelle que dans le roman,
Michel Strogoff le découvre ainsi dans ses airs mystérieux.
Capricieux, le fleuve s'accorde avec le caractère de la Sibérie,
toujours prêt à abattre les foudres de son climat continental.
Son principal affluent, l'Angara, prend sa source dans le Baïkal.
Je touche au but.
Environ 900 kilomètres me séparent encore d'Irkoutsk,
un point infime flanqué sur les bords du grandiose lac Baïkal,
si grand que ses riverains l'appellent la mer.
Si je me suis fait embaucher sur le chemin de fer,
c'est parce que j'avais d'abord travaillé sur un bateau qui naviguait sur Yenisei.
Mais le bateau a coulé.
Il y a eu un accident sur la Nizhnaya Tunguska.
Il y a un livre qui s'appelle La rivière Ougryum.
Il s'agit justement de cette rivière-là.
C'est une rivière très rapide avec beaucoup de hauts fonds.
Le bateau a heurté un écueil et il a coulé, comme le Titanic.
Après cet accident, j'ai fait une crise de nerfs
et je n'ai pas pu retourner travailler sur un bateau.
J'ai demandé ma mutation sur le chemin de fer et depuis je ne travaille qu'ici.
Ça fait déjà 26 ans.
Maintenant, les wagons-restaurants dépendent de la société André.
Je voudrais vous montrer la carte.
Il y a une carte en couleur.
Elle est là. Passez-la moi, s'il vous plaît.
Non, pas celle-là, la verte, la carte d'été.
Oui, il faut la filmer.
Voilà la société André.
Son responsable, celui qui a élaboré cette carte,
il avait fait un stage en France.
Et tous les plats que vous voyez sur la carte sont préparés d'après la technique française.
Voilà, elle est bien jolie.
Je déroge à la règle que je m'étais fixée,
de suivre scrupuleusement les pas de Michel Strockhoff.
Mon héros entrait dans Irkoutsk assiégé par les Tartars
en descendant le fleuve de Langara depuis le Baïkal.
Mais puisque les Tartars ont levé leur siège depuis longtemps,
Irkoutsk m'est ouvert.
Une fois de plus, Lénine m'accueille.
Plutôt content de lui, apparemment.
Sous les traits d'un bourriat, d'un homme d'ici.
De Moscou à Irkoutsk,
en prenant les apparences locales,
il triomphe encore aujourd'hui sur son piédestal.
Dernier survivant du socialisme,
il rappelle à la nouvelle génération qu'on a eu un jour
l'idée d'une autre société.
Au 20e siècle, on appelait Irkoutsk le petit Paris.
Les façades luxueuses d'antan se sont offertes,
comme partout en Russie,
un lifting à coups d'enseignes publicitaires.
Spontanément, mon chauffeur Igor
veut m'emmener dans un lieu pour le moins insolite.
Dans la forêt qui borde la ville,
se trouvent des cicatrices du stalinisme.
Son terrain de jeu quand il était petit, m'explique Igor.
L'herbe a poussé,
mais en dessous, les plaies ne sont pas tout à fait refermées.
Les corps qui ont été retrouvés dans les tombes individuelles,
on les a enterrés plus tard,
avec les autres qui étaient dans les fosses communes.
Mais il y en a encore sans doute beaucoup dans la forêt
et qui n'ont pas été déterrés.
On a ouvert que les tombes
qui étaient à côté des fosses communes.
C'est une plaque commémorative,
mais tous les noms des victimes
n'y sont pas inscrits, évidemment.
Les fosses communes ont 5 m de profondeur,
15 m de longueur
et 3,5 m de largeur.
Vous pouvez imaginer combien de corps elles contenaient.
Il n'y a pas de place pour tous sur cette plaque.
Les vieux racontent
que les gens du NKVD venaient la nuit,
sans prévenir.
Comment on les appelait déjà ?
Les tchekistes ?
Les NKVD.
Prends tes affaires.
Article 56.
Tu es un ennemi du peuple.
Pourquoi ?
Pas d'explication.
Ils emmenaient les gens avec eux,
ils les torturaient en prison.
Ensuite, ils les ramenaient ici pour les fusiller.
Mais on apportait aussi des gens
qui étaient morts en prison.
Voici la 2e fosse.
Celle-ci n'est pas la plus grande.
Quand on a retrouvé ce site,
en septembre 1980,
j'avais 10 ans.
Je suis venu ici,
il neigeait,
il y avait les 2 premières fosses ouvertes.
Celle-là et celle-ci.
Et j'ai vu comment ils y mettaient les ossements.
Il y en avait des tas et des tas
qu'ils portaient sur des brancards.
Ensuite, ils remettaient
une couche de terre par-dessus.
Quand j'étais seul,
parmi tous ces morts,
et qu'il y avait un avion
qui volait à basse altitude
pendant le décollage ou l'atterrissage,
les cargos font énormément de bruit.
J'entendais ce bruit.
Et c'était comme s'il y avait
quelqu'un qui marchait dans mon dos,
un fusil dans les mains.
Et j'avais l'impression
que tout le monde
était là pour m'aider.
Et j'ai eu la chance
de voir les morts
qui sont en colère
pour ce qui est de se protéger
C'était très intéressant.
J'ai été un peu sérieux,
que les gens m'entendent.
J'ai été un peu sérieux
pour qu'il y ait une autre vie.
rentre à peine de campagne contre Napoléon.
Ils en reviennent pétris de culture française,
avec une idée en tête,
abolir le servage et accorder aux peuples russes
des droits fondamentaux.
Leur insurrection se solde pourtant par un échec
durement réprimé par la pendaison,
l'exil ou le bagne.
Le tsar se montrera clément seulement
envers les épouses, les déclarant
veuves par Houkaz, leur permettant
ainsi de se remarier.
Une dame seulement décida de profiter
de la possibilité donnée par Houkaz
du tsar et de se remarier.
Toutes les autres préféraient rester fidèles à leur mari
et douze d'entre elles sont allées en Sibérie.
C'est Ekaterina Tvetskaya
qui est la première à y aller.
Ensuite Maria Volkonskaya la suit,
qui sera plus tard la propriétaire de cette maison.
Le climat hostile
et des conditions de vie extrêmement pénibles
ont beaucoup nuit à leur état physique.
Certaines d'entre elles
ont terminé leur existence sur la terre sibérienne.
La première femme décembriste
Ekaterina Tvetskaya
mourra ici à Irkutsk.
Ensuite en 1856
un décret d'amnistie est promulgué
et tous ceux qui désiraient quitter la Sibérie le purent.
Les épouses des décembristes
et les décembristes eux-mêmes.
Ce sont ces événements qui inspirent Jules Verne
quand il imagine les personnages de Nadia
et de son père exilés.
Quand sort le roman de Michel Strogoff
beaucoup d'entre eux ont déjà succombé
aux rigueurs de l'hiver
tandis que les autres, amnistiés, ont rejoint Saint-Pétersbourg.
Mais ils auront laissé
une empreinte vivace de leur passage
en reconstituant dans la lointaine Sibérie
un microcosme intellectuel
toujours aux fêtes de la mode
et des dernières idées en vogue à Paris.
C'est au musée d'histoire de la ville d'Irkutsk
que Jules Verne m'offre un ultime clin d'œil.
Dans une des vitrines trône à mon grand étonnement
un exemplaire original de Michel Strogoff en français.
Un vestige qui témoigne
que Jules Verne avait des adeptes
jusqu'au fin fond de la Russie.
Voici Michel Strogoff.
Il a été publié à Paris.
Pour ce qui est des éléments qu'il renferme
l'angara, le lac Baïkal,
Irkutsk,
tout cela existe.
Mais l'histoire racontée par Jules Verne
l'invasion des Tartars
ou le courrier qui sauve le frère de l'Empereur
cela n'a jamais eu lieu.
Le tract depuis Moscou
par lequel il était possible
de faire ce voyage en voiture existe toujours.
Evidemment, il n'est plus comme avant
mais il est toujours là.
Le 2 octobre, à 6 heures du soir
une immense nappe d'eau se déroulait
au pied de Michel Strogoff, écrit Jules Verne.
Je suis à 5523 km de Moscou.
Comme pour mon héros,
le lac Baïkal tant attendu tient ses promesses.
Ce géant, alimenté par plus de 300 rivières
descendant des montagnes qui l'entourent
est le plus grand réservoir d'eau douce de la planète.
On dit que son eau, exceptionnellement pure
pourrait alimenter la population mondiale
durant 40 ans.
J'arrive au bout de mon voyage.
Quoi de mieux que ces paysages somptueux
de la mer Baïkal pour philosopher enfin ?
La Russie décrite par Jules Verne,
ma première rencontre avec ce pays
n'a pas été entièrement engloutie
par les mains tumultes
qui l'ont secouée depuis presque un siècle et demi.
L'âme russe est bien là.
Cet élan de générosité et de profondeur
qui marque tout voyageur capable d'arriver jusqu'ici.
Je suis maintenant convaincu que c'est de cette âme
que voulait me parler ce peintre de Souzdal
au début de mon voyage
quand il me confiait que Michel Strogoff
est un roman philosophique.