Ancienne république soviétique, l'Ouzbékistan cache au cœur de ses étendues désertiques des villes à l'histoire millénaire, de véritables joyaux. Philippe Gougler démarre son voyage au cœur de la magnifique cité de Samarcande. Autrefois carrefour important de la Route de la Soie, entre Chine et Méditerranée, la ville abrite de nombreux monuments historiques. Arrivé à Tachkent, la capitale du pays, Philippe découvre, au détour d'un marché, de curieux berceaux pour bébés. Après avoir emprunté le métro et ses stations impressionnantes datant de la période soviétique, il goûte le Kala Potcha, un ragoût de tête et de pieds de mouton, préparés par une mère et sa fille.
00:00 Ouzbékistan, des trains pas comme les autres 02:00 Samarqand 09:23 Les berceaux ouzbeks Tachkent 21:23 Un plat spécial d’une famille ouzbek 28:35 Le TGV ouzbek 34:00 La mer d’Aral 46:29 La pêche à l’artémie
En Ouzbékistan, avant de prendre le train, il faut bien s'échauffer.
Allez, bats-toi !
C'est impossible.
Avant de déjeuner, il faut bien désinfecter.
Et pour s'émerveiller, il suffit de regarder.
Donc pour aller jusqu'à la mer d'Aral, pour affronter des tempêtes de sel
et parcourir la route de la Soie avec de nouveaux amis, le train, c'est pas mal.
L’Ouzbékistan
pour moi, les pays en Stan, c'est un peu mystérieux, comme un monde à part.
Ça me démangeait depuis un moment d'aller y prendre le train.
L'Ouzbékistan,
c'est une ancienne République soviétique, un des plus grands pays d'Asie centrale.
Essentiellement couverts de déserts.
Des déserts qui cachent des villes
de légende, des villes à l'histoire millénaire, de véritables joyaux.
Il n'y a pas beaucoup d'endroits sur cette
planète qu'on rêve de voir une fois dans sa vie.
Celui- là, ça fait un moment que je l'attendais.
Et il est là.
La place du Régistan.
À Samarqand.
Ce que je n'avais pas imaginé, c'est que c'était aussi vaste ici.
C'est une vaste place.
Donc, ce qui est impressionnant,
c'est les dimensions de l'endroit et en même temps, la finesse des ornements
et l'élégance de l'architecture, évidemment.
Et puis surtout, ce qu'on ressent tout
de suite ici, c'est la forme force de l'histoire.
Ce lieu est fascinant.
C'est un instant d'émerveillement, juste avant d'aller prendre mon train.
Samarqand, c'était une des villes les plus importantes sur la route de la Soie.
Aujourd'hui, sur cette place, tout paraît tout net, tout propre,
mais c'était, j'adis, le centre de la ville,
avec beaucoup de monde, de marchés, de bazar un peu partout.
Et puis, il y a ces trois énormes
monuments qui entourent la place et qui étaient des madrassas.
Construites entre les années 1400 et 1600,
les madrassas étaient des universités islamiques dans lesquelles on enseignait
la religion, mais aussi l'astronomie, les maths, la philo,
des centaines d'étudiants ont vécu là durant des siècles.
Samarqand est une véritable perle
et même la gare se donne un genre majestueux.
Je vais prendre mon premier train
ouzbek et je me demande bien à quoi il peut ressembler.
Bonjour.
Merci.
Place 29. Installez-vous, place 29.
C'est là.
Bonjour.
Bon, c'est confort, c'est très organisé, très carré.
Très calme, très sage.
Chacun à sa place numérotée.
Une petite musique douce.
Je m'attendais pas à cette ambiance.
Bonjour.
On dirait que ça discute, là. Il y a une bonne ambiance.
Je peux venir ?
Can I come ?
Oui, vas-y.
Comment tu t'appelles ? Philippe.
Philippe ? Oui.
Faizallah. Faizallah.
Non, non, non. Faizallah.
Aizumma. Faizumma.
Fa, fa, fa. Faizumma.
Voilà.
Faizumma. Faizulla.
C'est difficile l'ouzbek, c'est pas facile.
Philippe, c'est quoi tes passe- temps ?
My hobby, voyager et les trains.
Moi, ma passion, c'est la lutte.
Oui, vous êtes un lutteur.
Oui, ça se voit.
Je m'entraîne avec des poids très lourds.
Vous soulevez jusqu'à combien ?
Plus de 100 kilos.
Est-ce que les Ouzbeks sont des hommes plus forts ?
J'ai l'impression quand même qu'il y a des grosses carrures par ici.
Oui, c'est dans notre nature et surtout, on mange beaucoup.
Ici, on adore le plov.
Du plov ?
Qu'est-ce que c'est du plov ?
En ouzbek, on dit aussi « osh ».
Le plov, c'est du osh. D'accord.
Et qu'est- ce que c'est du osh ?
Le plov, le osh, c'est à base de riz.
C'est un plat ouzbek.
Mais du riz avec quoi ?
Alors, t'as de l'huile, de l'eau,
de la viande, des carottes et deux oignons.
Ah bon ?
Du riz, de l'huile, des carottes et de l'oignon, ça rend fort, ça.
C'est un plat national et c'est très riche en calories.
C'est vraiment très, très riche.
Ok.
Et c'est vous qui cuisinez le plov à la maison ?
Oui.
Tous les hommes savent préparer le plov ici, en Ouzbékistan.
Et je vais fait de dire, c'est même les hommes qui le préparent le mieux.
Ils sont bien plus forts que les femmes pour le plov.
Le plov, c'est un plat d'homme.
Il est bien meilleur, plus savoureux, préparé par un homme.
Ah bon ?
C'est meilleur et plus fort si c'est un homme qui le fait.
Ouais, c'est vrai.
Vous confirmez que c'est meilleur et plus fort quand c'est les hommes qui les font ?
Oui, je confirme.
Les hommes le font mieux que les femmes. Ah bon ?
Vous confirmez ? Mais qu'est-ce qu'ils font de plus ?
Les hommes ne pensent pas à économiser les produits.
Ils ont la main lourde sur les ingrédients.
Ah d'accord, OK.
Et du coup, vous en faites souvent des plovs ou pas ?
Non, mais moi, je cuisine tous les jours les autres plats.
Ça ne m'amuse pas de cuisiner tout le temps.
Les hommes sont fiers de leurs plovs, mais ils ne cuisinent que ça.
Il faut bien leur laisser quelque chose dont ils peuvent être fiers.
Et ça me fait des vacances.
Ok, j'ai compris. Merci.
Philippe, un bras de fer ?
Je vais mourir. Je vais perdre.
C'est pas dur, regarde.
Un, deux, trois.
Allez, bats-toi !
C'est impossible.
Il faut que je mange un peu de plov.
Faut que tu te mettes au plov.
Je m'incline, faute de plov.
J'arrive à Tashkent, la capitale, à la tombée du jour.
Et là encore, je me demande bien à quoi peut ressembler
une capitale d'Asie centrale qui fut soviétique jusqu'en 1991.
C'est le lendemain matin que je me rends compte que cette cité est assez étonnante.
Un mélange de bâtiments prestigieux, imposants, pimpants.
On sent bien qu'il s'agit de faire de Tashkent la vitrine du pays.
Il y a de larges avenues,
beaucoup de verdure, mais aussi parfois un style plus URSS.
La ville avait été reconstruite
dans les années 60, à la suite d'un tremblement de terre.
À Tashkent, les lieux les plus animés ce sont les marchés.
C'est là que l'expression « au cul du camion » devient lumineuse.
C'est le coin bébé ici, avec tous les berceaux.
Il y a vraiment un style ouzbek
dans le berceau et les petites plumes.
Ce que je me demande, c'est à quoi sert le trou qui est là ?
Salam. Bonjour.
C'est le berceau typique ouzbèque, ça ? Oui.
Quand ils sont petits, qu'ils ont moins de deux ans.
C'est quoi ce trou ?
Pourquoi il y a un trou là ?
Regardez.
Dans ce trou- là, on met un pot comme ça.
C'est tout un système et ça fait des toilettes.
On place le pot ici comme ça.
Des toilettes ?
Oui.
Toilettes ?
On met le matelas.
Ensuite, on place un surmatelas.
Et après, on doit mettre un drap.
Ensuite, on utilise une pipette pour évacuer l'urine du bébé.
Celle-là, c'est pour les garçons.
En fait, c'est très hygiénique comme système.
On le met comme ça, juste au- dessus du pot.
On place le pénis du bébé dedans et l'urine coule directement dans le pot.
Pas besoin de couches. Voilà.
Attendez, mais c'est incroyable.
Vous lui mettez la zigounette là-dedans et le garçon, il est sur le dos, là ?
Oui. Mais c'est impossible.
Mais sur le...
Mais il doit bouger.
Il bouge le bébé.
Ça peut pas tenir.
Mais on a aussi un système pour bien attacher le bébé.
Alors là...
Mais vous voulez dire que vous fixez le bébé ?
Mais vous le fixez ?
Je n'arrive pas à imaginer la situation.
Si vous voulez vraiment comprendre comment on fait, j'habite à côté.
Ma belle fille a un bébé. On va vous montrer.
Ça vous dit ?
Ok. Oui, vraiment !
D'accord.
On y est.
C'est là ?
Oui.
Bienvenue. Dis donc, vous avez une...
C'est une très jolie maison.
C'était la maison de mes parents.
Je vous en prie. Oui ?
J'entends... J'entends le bébé.
Salam. Bonjour.
Bonjour.
Et on dit bonjour.
C'est une choupinette ça.
Bonjour choupinette.
C'est ma petite fille, Amina Khan.
Bonjour Amina Khan.
Elle est contente de me voir.
Je vais la prendre.
Et vous allez venir la coucher avec moi.
Ok.
Venez.
C'est un berceau comme ceux du marché.
Oui.
Va voir maman un instant.
Regardez, c'est le même système.
Il y a le pot ici, comme au marché.
Dessus, il y a les tissus pour emmailloter le bébé et la pipette.
Sur le marché, c'était un instrument pour les garçons.
Là, c'est une petite fille.
C'est sûr qu'ils ne sont pas faits pareils.
Ça, c'est pour les petites filles.
La forme est différente, mais c'est similaire.
Ok.
Et alors, comment vous allez faire ?
Viens un peu avec moi.
Doucement, doucement.
Doucement, ma chérie.
Tout va bien. Doucement.
Calme, calme.
On maintient les jambes comme ça.
Puis les bras bien droits, bien serrés.
Il faut bien serrer.
Du calme bébé, du calme.
On bloque tout avec ce tissu.
Et on fixe en haut.
Vous la bloquez complètement.
Elle est prête pour dormir.
Vous voyez, elle dort.
Alors là, j'en reviens pas.
Ce qui est dingue, c'est que ça marche parce qu'elle est déjà endormie.
Mais c'est pas terrible pour le bébé de le bloquer comme ça ?
Non, c'est très bon.
Sa colonne est bien droite, elle est bien alignée.
Ses jambes sont droites.
Droite, ses bras bien alignés aussi.
Et l'angle de sa tête, de son cou, parfait.
Parce que c'est vrai qu'elle s'est endormie totalement, instantanément.
Parce que je sais pas, pour moi, un bébé, ça bouge les bras, ça bouge les jambes.
Et là, tout bloqué et tout, c'est ça me fait vraiment bizarre.
C'est idéal pour le sommeil du bébé.
Mais le reste du temps, bien sûr qu'elle est libre de ses mouvements.
Elle joue avec ses mains.
Alors là, ça m'épathe.
Et ça, cette façon de faire, c'est une façon ancestrale en Ouzbékistan ?
Pas seulement en Ouzbékistan, mais aussi, par exemple, au Kurdistan.
Ça se fait un peu partout dans la région.
C'est une tradition, oui.
Aujourd'hui, les jeunes le font de moins en moins.
Pourtant, c'est super efficace pour calmer les bébés, les endormir.
En plus, ils se sentent vraiment en sécurité, bien protégés.
C'est vraiment bon pour eux, pour leur équilibre.
Vous dites que
dans les jeunes générations, il y en a qui ne veulent plus faire comme ça.
Pourquoi ils ne veulent plus ?
Les jeunes de maintenant sont devenus fainéants.
Ils pensent que c'est pense que ce genre de berceau, c'est compliqué à utiliser.
Ils trouvent que les couches, c'est plus pratique.
Pour eux, mettre des vêtements à la mode aux bébés, c'est le plus important.
Ils prennent leur bébé pour une poupée.
Ils ne se rendent pas compte des conséquences sur la santé du bébé.
Après, ils consultent des docteurs pour les jambes du bébé.
Parce qu'avec les couches, les bébés ont les jambes arquées.
Écoutez, je ne m'attendais pas à voir ça.
Je suis assez étonné.
Merci.
Ça m'a fait plaisir.
Maintenant, vous connaissez la famille.
Alors, revenez quand vous voulez.
C'est très sympa.
Merci.
Une fois qu'ils ont grandi et qu'on les a
libérés du berceau, les habitants de Tashkent,
lorsqu'ils se déplacent, sont de fervents usagers du métro.
Et c'est vrai que les stations valent le détour.
C'est pas mal, pas mal, pas mal.
Il y a un petit côté métro de Moscou avec
ce côté un peu palais, palais du peuple, palais souterrains.
Ça a été construit par les Soviétiques.
Et là, il y a le train qui arrive plein phare.
Ça, c'est du bon vieux matériel soviétique, ça.
Celle- là,
elle respire l'Union soviétique.
Elle s'appelle « kocmonautlar », ce qui veut dire les cosmonautes.
Effectivement, il y a Gagarine en personne là, devant.
Et puis, juste en face, la première femme soviétique qui est partie dans l'espace,
Valentina Tereshkova, qui, visiblement, est partie dans l'espace
avec un bouquet de fleurs à la main et un joli brushing.
Il y a une question qui reste en suspens.
C'est, à part le plov pour les hommes forts, qu'est-ce qu'on mange ?
Que mangent les ouzbeks ?
Que se font livrer les habitants de Tashkent ?
J'ai rendez-vous dans une petite
entreprise familiale qui livre des plats ouzbeks à domicile.
8 Uzumzor, c'est là.
Uzumzor, c'est le nom de la rue, ça veut dire le vignoble.
8 rues du Vignoble.
Entrez, on est au fond du jardin.
Ok.
Je vais aller dans le jardin.
Hello, Salam.
Bonjour.
Bonjour, bienvenue.
Ça va bien ?
Ça sent le grillé. Ouh là !
Bonjour.
Bonjour.
C'est carrément au chalumeau.
Bonjour.
Vous grillez ça au chalumeau ?
Pourquoi au chalumeau Le chalumeau, c'est pour nettoyer.
Ça fait un bruit d'enfer, ce truc.
Mais ça va avoir le goût de brûlé.
Non, ça ne donne pas de goût.
C'est juste pour enlever la laine et tuer les bactéries.
Parce qu'il ne faut pas qu'il y ait de laine.
Ça me fait rire rien que de le dire.
Il ne faut pas qu'il y ait de laine sur la tête que l'on mange.
Non, surtout pas.
Il faut tout nettoyer.
Qu'est-ce que vous enlevez ?
Je nettoie.
C'est le sabot qui protège le pied du mouton.
C'est mou, ça. C'est marrant, je ne pensais pas qu'il y
avait une partie tendre sur le pied du mouton.
Qu'est-ce qui est bon dans tout ça ?
C'est quoi la meilleure partie là ?
Tout est bon quand c'est bien préparé et bien cuisiné.
Mais moi, ce que je préfère, c'est la langue.
Et tout ça, c'est une commande ?
C'est quelque chose que vous allez livrer quelque part en ville ?
Oui, oui, c'est une commande.
La tête de mouton, c'est très difficile à faire.
Alors les gens préfèrent la commander chez nous.
Et nous, on la prépare pour eux.
Je n'ai pas vu.
C'est la tête entière que vous faites cuire ?
Toutes d'un coup ?
Oui.
Elle cuit longtemps dans des épices, pendant trois heures.
Elle devient très tendre, très moelleuse, savoureuse.
Je peux approcher pour sentir un petit peu ?
C'est bon ?
Je vais goûter le bouillon.
Vous aimez ? Oui, c'est pas mal.
Oui, c'est bon.
Et pourquoi vous la coupez pas en morceaux ?
Ce serait peut-être visuellement plus facile.
C'est la tradition de la servir entière.
Il faut qu'il y ait la tête et les quatre pattes.
C'est comme ça qu'on sert le plat.
Ah bon, on sert la tête comme ça dans le plat ?
Ça, il me tarde de voir ça.
Entière, oui.
Et c'est très bon.
Voilà.
Ça, c'est fini ça.
C'est la présentation.
Oui, c'est prêt.
Ça a une petite odeur de... Je ne sais pas.
De pas facile.
Vous allez envoyer ça aux clients comme ça ?
Oui, c'est comme ça qu'ils la veulent.
Mais celle- là, vous pouvez la goûter.
Il y a le crâne et tout.
Il y a le crâne.
La langue.
Voilà, je vous invite à déguster. Merci.
C'est ce qu'il y a de meilleur.
Ça, c'est le meilleur, ça ?
Oui, la langue.
C'est très bon.
C'est très bon.
J'adore.
C'est parfaitement cuit, c'est fin.
C'est le contraire de ce qu'on voit.
Parce que grande Leçon, c'est pas parce que c'est moche que c'est mauvais.
Toujours dans la nourriture.
Et l'inverse marche aussi.
Prenez ce morceau. Ça, c'est quoi ?
C'est le pied ? Avec la main.
Comme ça ?
Ça va pas être très élégant.
Parfait.
Oui, c'est pas mal.
C'est bon ?
Franchement, ça a l'air tout gélatineux, tout moche et c'est bon.
Normalement, la gélatine, c'est amangeable, c'est dégoûtant et là,
c'est doux, ça fond sous la langue, comme c'est possible ?
Là, c'est fondant en bouche parce que c'est servi bien chaud.
Franchement, je me régale.
C'est un régal. Franchement, bravo.
Et l'œil ?
Vous pouvez tester si vous voulez.
Ah oui ?
Il y a beaucoup de gens qui refusent de manger l'œil ou tout le monde y passe ?
Non, tout le monde n'aime pas, mais c'est à essayer.
Bon.
Est-ce que ceux qui refusent de manger l'œil sont des demi-portions ?
Non, non.
Faites comme comme vous voulez.
Bon, je vais quand même essayer.
Ce n'est pas facile.
Allez.
D'un coup.
Il est un peu gélatineux.
Il aime, tu crois ?
Tenez. Un petit peu d'eau.
Attendez, je vais vous faire un petit bilan.
En fait, c'est gélatineux,
un peu plus que l'autre gélatine, donc c'est un petit peu plus dur.
Donc ça a plus de résistance sous la dent.
Mais au fond, si on oublie que c'est un œil, ça va.
C'est marrant parce qu'avec votre sourire, j'accepterais de manger n'importe quoi.
Merci.
Super.
Après ce bon petit plat et surtout cette
bonne ambiance, je suis assez impatient d'aller goûter au train à grande vitesse
d'Ouzbékistan, car l'Ouzbékistan a son TGV.
Voici la gare de Tashkent, la gare de la capitale.
Un style imposant qui en jette
et sur les quais, la fierté de la compagnie de chemin de fer.
Le voilà.
Voilà le TGV Ouzbék.
Reconnaissable à son nez pointu, son bec de canard.
Les amateurs de train à grande vitesse
reconnaîtront le style espagnol, parce qu'en fait,
ce sont des trains qui sont construits en Espagne par la marque espagnole Talgo.
En Espagne, on appelle souvent ce type de train « el pato », le canard.
On est sur un canard ousbek.
Et ici, le canard,
il s'appelle « l'Afrosiyob », qui est l'ancien nom de la ville de Samarqand.
Et il monte à un petit 250 km/h.
Cinq.
La voiture cinq.
La cinq, c'est là- bas.
J'aime bien les tenues des agents d'accueil.
Bonjour.
Voilà.
Vous avez même la cravate avec le nom du train écrit dessus.
Oui. Ok.
Thank you.
Cinq, six, sept, selam.
Bonjour.
Vous m'attendiez ?
Bon.
Ambiance très TGV, mais ouzbek.
Je vois que la moitié de votre tête,
mais vous avez l'air sympa.
Merci.
Merci.
Merci beaucoup.
Vous parlez Français.
Café ?
Croissants.
Oui.
Ça, c'est difficile.
Samosa.
Nous, on dit « samosa ».
Oui, c'est bien.
Et c'est avec de la viande, ça ?
Oui.
Et de la viande au petit déjeuner, vous aimez bien ça ?
Non, moi, je n'aime pas trop ça au petit déjeuner, mais vous pouvez goûter.
Je goûte le samosa, mais la viande, le matin, j'ai du mal.
Oui, c'est pas mal.
Qu'est-ce qu'on parle en Ouzbékistan exactement ?
Parce que j'ai entendu plusieurs langues dans ce pays.
La langue principale, c'est l'ouzbék.
Mais le russe est très populaire aussi.
Il y a beaucoup d'écoles où on parle le russe.
Parce qu'il y a encore beaucoup de Russes ici.
Est-ce qu'il y a des gens qui ne parlent
que russe ou des gens qui ne parlent qu'ouzbék ?
Oui, certains ne parlent que russe, d'autres seulement ouzbek.
Moi, ma mère est russe et mon père est ouzbek.
Alors, je parle les deux langues.
Les ouzbeks, qui parlent principalement russe,
ce sont des descendants des Russes qui sont venus ici pendant quelle période ?
Pendant l'Union soviétique ?
À l'époque soviétique,
les hommes russes qui épousaient une ouzbek c'était vraiment très rare.
Mais les femmes russes épousaient les hommes ouzbek.
Ça, c'était très commun et populaire. Ok.
Et pourquoi c'était si populaire ?
Je ne sais pas pourquoi c'était comme ça.
Je crois que c'est parce que les hommes ouzbeks étaient dans l'armée.
Ils étaient en Union soviétique.
Ah, OK, c'est que les hommes ouzbèks
étaient au contact des femmes russes, ça, j'ai compris.
Oui, à l'époque, un homme ouzbek avec une femme russe, c'était très bien vu.
Parce que certains enviaient les Russes
pour la grandeur, la profondeur de leurs cultures.
Beaucoup d'ouzbèks rêvaient de faire partie de cette Russie.
Alors, ils épousaient des femmes russes.
Et aujourd'hui, les descendants des Russes
et les descendants des Ouzbèks, ils se regardent de quel œil ?
Aujourd'hui, non.
Il n'y a plus vraiment de différence entre famille ouzbek et famille russe.
Beaucoup d'ouzbèks travaillent en Russie, se marient et vivent là-bas.
Il y a beaucoup d'ouzbeks dans les villes en Russie.
Comme on ne parle pas tous les jours
ouzbek, j'aimerais bien apprendre un ou deux mots.
Par exemple, comment on dit...
Je ne sais pas.
Comment ça va ? En ouzbek ?
Bonjour.
Après cette petite leçon d'Ouzbék,
j'ai très envie de pousser un peu plus loin, plus à l'ouest.
Si l'on regarde une carte,
on constate que l'Ouzbékistan n'a aucune côte, aucun débouché sur la mer.
Et pourtant, il n'y a pas si longtemps,
l'Ouzbékistan avait une mer, la mer d'Aral.
Une mer qui était plus précisément
un immense lac salé, un des plus grands de la planète.
Une mer devenue en quelques décennies un désert.
C'est quand même impressionnant.
Il n'y a plus rien, rien, rien.
Rien du tout.
Que du sable, du vent sec, du silence,
quelques carcasses de bateaux.
C'est incroyable.
Et c'est difficile d'imaginer que là,
juste là, il y avait le quatrième plus grand lac du monde.
Ça faisait deux fois la taille de la Belgique.
Avec toute la fraîcheur qui va avec un grand lac.
Et puis, toute la vie qui va avec. C'était très poissonneux.
On envoyait les poissons d'ici vers toute l'URSS à l'époque.
Dans les années 60,
les Soviétiques ont décidé d'irriguer les vastes steppes du Kazakhstan
et de l'Ouzbékistan pour en faire des champs de coton et de blé.
Ils ont alors détourné une partie des fleuves qui alimentaient la mer d'Aral.
Résultat,
une des plus grandes catastrophes environnementales du 20ème siècle.
La mer d'Aral s'est asséchée.
Le spectacle est saisissant.
Comme ici où j'ai l'impression de voir des bateaux qui n'ont jamais réussi
à atteindre le port, comme cette petite ville qui semble
au milieu du désert, mais qui était juste une île en pleine
mer, gruyante de vie, où s'affairent des centaines de pêcheurs.
Il fait extrêmement chaud.
Le vent est sec.
C'est un paysage à la Mad Max.
On m'a conseillé d'aller retrouver
un des rares pêcheurs toujours présent dans la région.
Je me demande d'ailleurs bien ce qu'ils
pêchent ici et j'ai un rendez- vous au milieu de rien.
Voilà.
Normalement, c'est là.
Sur ce petit chemin- là.
On n'est pas embêté par les voisins ici.
J'entends un moteur.
C'est une moto, mais avec une charrette.
Salam.
Salut.
Salam.
Ça va. Vladimir ?
Oui, c'est moi.
Elle est magnifique votre moto.
Comment ça s'appelle, cette engin moto plus transport de marchandises ?
C'est une moto russe de l'époque soviétique.
Ah bon ? Oui.
Une moto Ural.
C'est une marque très connue en Russie.
Et c'était du costaud ?
C'est toujours du costaud.
Elle a quel âge alors ?
Je ne sais pas.
Tu penses qu'elle a quel âge ?
Comme moi, 50 ans.
Ok, j'aime bien.
C'est pourquoi ces petites brindilles ?
C'est du thym.
Et pourquoi vous en mettez là ?
Ça éloigne le mauvais œil. Ok.
Ça marche avec le thym, ça.
Oui, bien sûr que ça marche.
Mais toi, t'as pas le mauvais œil.
Toi, t'as une bonne tête.
Je le vois dans tes yeux.
Tu es rayonnant comme un soleil.
C'est très gentil.
Mais faites attention, vous allez tomber amoureux.
Moi, j'aime que les femmes. Ok.
En tout cas, vous êtes super sympa.
Donc, on peut aller voir votre boulot ?
Tu es prêt pour l'aventure ?
Ok.
Alors, je m'installe où ? Là ?
Oui, dans le side.
Vous m'avez prévu un petit tapis, c'est gentil.
Ok. Il y a de la poussière.
Prêts ?
Contact.
On dirait pas, mais ça passe
partout, cette moto-là.
Qu'est-ce que ça vous fait, à vous,
de rouler au fond d'une mer disparue comme ça ?
Ça vous...
Je sais bien que c'est votre ordinaire, mais ça vous touche encore ?
Moi, j'aime être ici, mais ça m'énerve qu'il n'y ait plus d'eau,
parce que du coup, on n'a plus le vent frais de la mer.
C'est fini.
Et l'eau, c'est la vie, donc tout est quasiment mort ici.
Il y a de l'eau ?
Oui !
Mais la mer est pas complètement sèche ?
La mer d'Aral, la voilà.
Il y a de l'eau.
C'est tout ce qui reste de la mer d'Aral.
Et ce qui reste là, ça continue à baisser ou c'est à peu près stable ?
Non.
Ici, le niveau continue à descendre, mais la mer a été coupée en deux.
Il y a comme deux mers et côté Kazakhstan, l'eau ne baisse plus.
La première fois qu'on a compris
que le niveau de la mer baissait, c'était dans les années 60.
Des scientifiques russes sont venus étudier la mer.
Ils avaient trois bateaux et ils venaient ici chaque année.
Et c'est là qu'on a compris que ça devenait inévitable.
Et ce blanc qu'on voit là, tout autour de la mer et par taches, c'est quoi ?
C'est du sel que la mer dépose en se retirant ?
Oui, c'est du sel très fin.
Avec les vents forts, on le retrouve partout en Europe, même jusqu'à Paris.
T'imagines ? T'es en haut de Montmartre et le sel
que tu sens sur tes lèvres, c'est celui d'ici, de la mer d'Aral.
J'essaierai. Je passerai à Montmartre.
Et ce sel qui se répand sur les terres aux environs, c'est pas très bon, non ?
Non, c'est un vrai problème pour l'agriculture.
Il n'y a presque rien qui pousse ici.
Tout ça, c'est fini.
C'est là- bas que vous pêchez ?
Oui, je pêche sur cette plage, dans cette zone devant nous.
On n'est pas arrivés. On y va ?
On y va.
Nous roulons en direction de cette improbable
plage, mais tout à coup, un vent fort se lève.
Le ciel devient étrangement blanc.
Le soleil semble s'effacer derrière un voile.
Quelque chose pique les yeux.
L'atmosphère devient irréelle.
Rentre, rentre !
C'est dingue.
Mais qu'est- ce qu'on se prend dans les yeux là ?
C'est quoi ? C'est du sel, c'est du...
C'est du sable, c'est quoi ?
C'est du sel et du sable.
Il faut que tu te rinces les yeux avec de l'eau claire.
Tiens, voilà.
Je vais enlever ça.
C'est bon ?
Encore ? Ça a l'air d'aller.
Et vous, vous avez rien ?
Vous sentez rien ?
Moi, j'ai l'habitude.
Si tu restes ici 20 ans, tu t'y feras.
D'accord ?
Et t'auras même des beaux yeux bleus comme moi.
Allez, on va boire un thé et manger un morceau.
Santé.
Mais c'est dingue comme la météo change vite, ici.
Oui, dans la même journée, tu peux passer d'une grosse tempête à un calme absolu.
Ça arrive souvent, ce genre de tempête de sel et sable ?
Oui, mais ça dépend des saisons.
En ce moment, au printemps, il y en a de plus en plus.
Et ce climat très rude, c'est depuis que la mer d'Aral a été asséchée ?
Oui. Ici, le climat est de plus en plus sec.
Les températures n'étaient pas aussi extrêmes avant.
On sent bien ici que c'est à cause de la disparition de la mer.
Aujourd'hui, on passe de 50 degrés l'été à moins 50 l'hiver.
50 degrés ?
Oui.
Est-ce que la mer vous manque ?
Bien sûr qu'elle me manque.
On espère toujours qu'elle va revenir un jour.
Quand j'étais petit, mon père m'amenait en mer avec son bateau.
On allait loin, jusqu'au milieu.
C'était génial.
Tu vois, rien que d'y repenser, ça me met les larmes aux yeux.
C'est dur quand je vois ce qu'elle est devenu, notre mer.
Aujourd'hui, il n'y a plus rien.
Plus de poissons, plus de pêcheurs.
Donc, il n'y a plus aucun poisson
dans la mer, mais pourquoi il n'y a plus de poisson ?
Non, ici, de ce côté,
en Ouzbékistan, le taux de sel est trop élevé.
Tout est mort.
Les poissons ne peuvent pas vivre dans cet eau.
C'est impossible.
Mais alors, qu'est- ce que vous pêchez, vous ?
Demain, on partira ensemble et tu verras, mon ami.
Ok, OK.
On saura demain.
Tu verras de tes propres yeux.
Donc demain, on va pêcher dans une mer où il n'y a pas de poisson.
Ce n'est pas vraiment un poisson.
On marche sur une sorte de croûte de sel.
C'est incroyable.
C'est du sel, oui.
Du sel, du sel, du sel.
Qu'est-ce que vous cherchez ?
Des œufs, des petits œufs.
Ça, qu'est-ce que c'est ? C'est du sable ?
De l'artémie.
De l'artémie ?
Je vois comme des œufs,
comme des œufs avec des sortes de petits vers au milieu.
Je ne sais pas.
C'est ça que vous pêchez ?
Oui, c'est de l'artémie.
Enfin, ce sont des œufs d'artémie.
Après, ça devient des petites crevettes, une sorte de plancton.
Les poissons d'élevage les mangent,
ils en raffolent et c'est excellent pour leur croissance.
C'est aussi très recherché en cosmétique et en médecine.
On en fait des crèmes de soin.
Des crèmes pour les femmes.
Ça, je ne savais pas.
Et pourquoi l'artémie fait ses œufs ici ?
On pense qu'il y a toujours eu un peu
d'artémie ici, mais qu'elle s'est développée grâce à tout ce sel.
Et donc, tu vois, il y a à nouveau de la vie ici.
C'est incroyable, cette histoire.
Et donc, il n'y a plus de poissons, mais ça, ça vit.
Ça a réussi à vivre ici.
Oui, avec ce taux de sel,
les poissons ont disparu, mais c'est l'environnement idéal pour l'artémie.
Elle vit très bien ici.
C'est incroyable.
La vie se débrouille toujours pour se faufiler partout.
Tiens, le sel.
Regarde, ça vole très bien.
Ça tourbillonne.
Ça monte, ça monte.
Et hop, direction Paris.
Et tu te souviendras sur tes lèvres du sel de la mer d'Aral.
C'est de la poudre, comme de la lessive en poudre.
C'est la même texture.
C'est bon ?
Très bon, très iodé.
En plus, il paraît que c'est bon pour la santé.
C'est pas salé ? C'est pas salé.
Non, pas vraiment.
C'est le secret de la mer.
C'est les mystères de la mer d'Aral.
Il y en a plein, là.
Oui, il y en a plein, là.
Ça vaut cher une petite casserole de ça, comme ça ?
Ça dépend de la qualité des œufs.
Au détail, c'est deux dollars le kilo.
C'est quand même une chance d'avoir l'artémie.
C'est bon pour les jeunes générations.
Même si la récolte est saisonnière, ça leur fait toujours une source de revenus.
Tu vois, la nature et les hommes sont pleins de ressources.
Vous entendre dire ça devant cette catastrophe, c'est une belle leçon.
Vous êtes un philosophe ?
Non.
En tout cas, c'est une super rencontre.
Merci beaucoup.
Une bonne poignée de main de pêcheur, ça.
Oui, ça ne rigole pas.
De pêcheur ouzbék.
L'Ouzbékistan est une terre rude,
puissante, avec une énergie très particulière qui se ressent immédiatement.
Ici l'histoire et la culture sont d'une immense richesse et les épreuves
nombreuses ont forgé des caractères uniques qu'il me sera difficile d'oublier.
Encore plus que l'Ouzbékistan, le vrai voyage, ce sont les Ouzbéks.