Jean Yves Leloup : Le Logos, la Faim et la Soif

silouane1054
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19 oct. 2024
Le mot « Logos » en grec, le texte du Prologue de Saint-Jean, qui est le texte originel de l'Évangile,
est traduit en latin par « verbum ».
Ce mot « verbum » est traduit par « verbe » ou par « parole ».
Certains diront « au commencement était le verbe » ou « au commencement était la parole ».
Dans la traduction que je vous ai proposée, je n'ai pas traduit.
J'ai gardé ce mot « Logos ».
Parce que ça me semble être un mot qu'on ne peut pas traduire.
Et que le mot « parole » le traduit assez mal.
Parce que pour nous la parole c'est le bruit qu'on fait avec notre bouche.
Alors que le « Logos » c'est l'information créatrice.
Comme on le disait ce matin, une des traductions peut-être les plus contemporaines du mot « Logos » c'est l'information.
Au sens génétique du terme, ce qui nous informe.
Mais au sens aussi de la communication.
Des informations nous sont communiquées qui peuvent nous transformer.
Mais au sens le plus profond que l'on a évoqué, le « Logos » c'est le silence qui nous parle.
C'est le Deus Absconditus qui devient Revelatus.
C'est le non-manifesté qui se manifeste.
C'est pour ça que la première parole c'est « Je suis ».
Et de ce « Je suis », je suis la lumière, je suis la vie, je suis la vérité, je suis l'amour.
Mais le premier « Logos », la première manifestation c'est l'être.
L'être qui nous fait être.
Donc du silence naît le « Logos ».
Naît la présence de l'être qui nous informe.
Qui nous informe dans ce plan subtil, intermédiaire.
Le monde de Revelatus, avec le monde des archétypes et puis ce monde de l'incarnation.
Le « Logos » se fait chair.
Donc l'information qui manifeste le silence, l'innommable, l'irreprésentable, le Deus Absconditus,
descend vers nous, jusqu'à nous.
Ou plutôt forme un corps où elle peut se révéler.
Où elle peut être vécue dans l'espace-temps.
Le verbe se fait chair.
Mais vous avez raison de rappeler qu'on peut traduire par verbe ou par parole de Dieu.
Il s'agit bien de la même réalité, mais de traductions différentes.
Quelqu'un me faisait aussi remarquer à propos de la faim et la soie,
que je n'avais pas cité le texte de la Samaritaine.
Et là vous avez raison.
Eh bien on aura toujours soie.
Notre désir est comblé à un moment, mais il va se renouveler et se creuser encore.
Quelle est cette eau qui fait qu'on n'aura plus jamais soie ?
Donne-moi de cette eau que je n'ai plus jamais soie.
Il s'agit de découvrir la source.
Ce que le Christ nous promet, ce n'est pas de l'eau en bouteille, d'une citerne,
mais c'est la source même.
La source même de la vie.
La source même de la conscience.
Et là, je faisais la réflexion, je ne sais pas ce que vous en pensez,
mais celui qui est bien nourri spirituellement, nourri de ce silence,
nourri de cette présence qui se médiatise à travers l'eucharistie,
nourri de silence, nourri de cette présence,
eh bien celui-là a moins de faim intellectuel ou affectif.
Il était nourri dans son être essentiel.
Sa quête intellectuelle et affective va être, je dirais, comme apaisée.
De la même façon que celui qui est bien nourri intellectuellement et affectivement
a moins de faim émotive ou charnelle, on peut dire.
C'est curieux, quand on est bien nourri, je dirais,
au niveau de notre intelligence et de notre affectivité profonde,
on a moins de faim, moins de désir, je dirais, qui cherche à être comblé ici ou là.
De la même façon, quand on est comblé, je dirais, au niveau de nos faims,
je dirais, émotionnelles, on a moins de faim pulsionnelle ou matérielle.
C'est quelque chose d'assez étonnant,
comme si ce problème de la faim et de la soif,
il s'agissait de chercher à la résoudre peut-être par en haut.
C'est pour ça que Jésus dit chercher d'abord le royaume de Dieu.
Tout le reste nous sera donné par ce croix.
Chercher d'abord la nourriture essentielle, ce qui nourrit votre être éternel.
Et le reste nous sera donné par ce croix.
La nourriture intellectuelle, affective, pulsionnelle, émotionnelle et matérielle.
Je dirais que celui qui est bien nourri matériellement
a moins de faim, de destruction ou de violence.
Je le vois quand on vit avec des gens qui ont cette faim matérielle
et qu'on leur donne à manger, effectivement,
et qu'ils sont prêts à tout casser.
Je ne sais pas si vous savez ce que c'est que d'avoir faim.
C'est terrible, c'est vrai qu'on pourrait tout casser.
Il y a une espèce d'angoisse, qu'on est prêt à tout.
Et nourrir matériellement peut diminuer la violence.
Quand on a le ventre plein, qu'on digère, on est moins méchant.
Ça dépend, il ne faut pas généraliser.
Il y en a qui ont l'alcool mauvais quand même.
Ça ne faut pas trop généraliser.
Mais cette espèce de vision qu'on peut avoir,
si on est nourri spirituellement profondément au niveau de l'être,
au niveau de la source de notre être,
si on sent la source qui est en nous,
intellectuellement, affectivement, on a peut-être moins de besoin.
Si on est nourri affectivement, intellectuellement,
on a peut-être, au niveau émotif, au niveau pulsionnel,
on a moins d'exigences.
Si on est nourri à ces niveaux-là, ça se calme aussi aux autres niveaux.
Peut-être que c'est par en haut qu'il faut se soigner.
Là, on est dans une forme de thérapie.
Effectivement, c'est la sagesse qui guérit.
C'est le silence qui guérit.
C'est la présence qui guérit.
Cette présence va se donner de différentes façons.
