Il y a 2 types de séries qui font fureur depuis quelques années.
Les séries sur les tueurs en série - et les séries sur les entrepreneurs corrompus.
C’est pas difficile de comprendre l’attrait pour les tueurs en série, et ça a déjà été analysé sur YouTube.
Mais pourquoi est-ce qu’Hollywood aime autant rencontrer des histoires d’entrepreneurs détestables ?
Ce qui est bizarre, c’est que Hollywood ça n’est pas exactement une coopérative artistique hippie. Et pourtant, ils nous racontent des histoires où les entrepreneurs, les riches et les conglomérats sont toujours méchants. C’est quand même bizarre…
Pourquoi c’est aussi difficile de trouver un exemple de bon entrepreneur au cinéma ?
Écriture : Stan LELOUP et Mira T. Montage, visuels : Baptiste BOLGARI
***
*Timecodes*
00:00 : Le trope de l’entrepreneur détestable, expliqué 02:14 : 1 - La formule Hollywood 09:42 : 2 - Pourquoi les gens détestent les entrepreneurs 10:30 : Devenir copywriter professionnel 11:27 : 2 - Pourquoi les gens détestent les entrepreneurs 16:50 : 3 - Comment faire un film sur un entrepreneur
Dans la série Reacher, le héros enquête sur des meurtres dans une petite ville américaine
quand il rencontre ce personnage.
On sait deux choses sur ce businessman.
Numéro 1, il a sauvé l'économie de la ville en choisissant d'y implanter son entreprise.
Numéro 2, c'est un riche entrepreneur.
A votre avis, qui est responsable de la série de meurtres ?
Vous ne gagnez pas de points pour avoir deviné correctement
Heureusement, Reacher a lui aussi lu le manuel du petit scénariste hollywoodien
et suspecte immédiatement le mec d'avoir commandité de multiples assassinats
pour la simple raison qu'il est riche.
D'ailleurs, cette vidéo va contenir des spoilers pour tous ces films et ces séries.
Il y a deux types de séries qui font fureur depuis quelques années.
Les séries sur les tueurs en série et les séries sur les entrepreneurs corrompus.
C'est pas difficile de comprendre l'attrait pour les tueurs en série
et ça a déjà été analysé sur YouTube.
Mais pourquoi est-ce que Hollywood aime autant raconter des histoires d'entrepreneurs détestables ?
Rien qu'en 2022, on a eu la série Super Pump
qui raconte comment le fondateur de Uber a été dégagé de sa propre boîte,
We Crashed sur le délire de grandeur et la chute de Adam Neumann, le fondateur de WeWork
et The Dropout sur Elizabeth Holmes, l'inventeuse d'un test sanguin révolutionnaire mais bidon.
Et Hollywood n'a pas attendu 2022 pour nous raconter des histoires de méchants entrepreneurs.
Des films comme The Social Network ou même Citizen Kane
mettent en scène des businessmen malheureux ou corrompus par le succès ou les deux.
Alors, si c'était les films d'art et d'essai qui crachaient sur les méchants entrepreneurs capitalistes,
personne ne serait surpris.
Ce qui est bizarre, c'est que Hollywood, ça n'est pas exactement une coopérative artistique hippie.
Hollywood, c'est des riches producteurs qui payent des acteurs millionnaires
pour faire des films pour des énormes conglomérats.
Et pourtant, ils nous racontent des histoires où les entrepreneurs,
les riches et les conglomérats sont toujours méchants.
C'est quand même bizarre.
Et ce n'est pas le cas pour d'autres professions.
Il y a des séries sur les flics corrompus parce que ça fait du bon drama,
mais il y a aussi des séries sur des bons flics qui résolvent des affaires.
Il y a des personnages de maris infidèles à la Dawn Draper,
mais il y a aussi des pères de famille dévoués.
Alors, pourquoi est-ce que c'est aussi difficile de trouver un bon entrepreneur au cinéma ?
Succession est une série où les personnages principaux sont des sociopathes
qui se battent pour savoir qui va récupérer l'empire de papa.
Et pourtant, les scénaristes ont réservé au seul entrepreneur tech du casting
un traitement particulièrement détestable.
Il nous est présenté comme ça.
Alors, pourquoi est-ce qu'au milieu de tous les gosses de riches,
ils ont fait du seul self-made man le gars le plus tordu
qui harcèle une de ses employées en lui envoyant des litres de son sang ?
Mon premier instinct était de me dire que raconter l'histoire d'un gentil entrepreneur,
ça serait chiant.
Un gars qui bosse dur et qui réussit, ça fait pas vibrer les gens.
Ils veulent du sale, du sang, de la trahison.
Ils veulent que le FBI se pointe et que quelqu'un finisse en tôle.
Selon cette hypothèse, l'entrepreneuriat, ce n'est pas assez sexy pour faire un film.
Mais alors, comment est-ce que vous expliquez une série comme Suits ?
Ce sont juste des avocats en costard qui blablatent dans leur bureau,
et pourtant, les scénaristes en ont tiré des retournements de situation
dignes des meilleurs soap opéras.
En 2023, Suits était la série la plus regardée au monde alors qu'elle s'est terminée en 2019.
On peut se dire que regarder des avocats, ça reste plus glamour que suivre un gars
qui monte un business de dropshipping en slibard depuis la table de sa cuisine.
Et c'est vrai, mais si vous êtes scénariste,
vous pouvez choisir de raconter l'histoire d'un entrepreneur qui monte un business cool.
Le meilleur exemple de ça, c'est la série Killing It.
Dans la saison 1, le personnage principal a un business
où il tue des serpents dans les marécages de Floride.
C'est une série sur le rêve américain,
l'histoire d'un garde de sécurité qui veut monter son propre business.
Mais quand la banque refuse de lui prêter de l'argent,
il décide de prendre les choses en main et de se procurer le capital dont il a besoin
en chassant des serpents.
J'avais bon espoir d'avoir trouvé le seul bon entrepreneur d'Hollywood, mais non.
A la fin de la saison 2, il atteint son rêve et devient riche.
Mais pour ça, il doit trahir son associé qui est devenu sa meilleure amie.
Et il doit mentir, tricher et mettre en danger la santé de milliers de personnes.
Jusque là, la série vous raconte l'histoire d'un gars qui a un bon cœur
et qui travaille dur pour réussir.
Mais au dernier épisode, les scénaristes décident que ce n'est pas acceptable
de montrer un personnage qui réussit par le mérite.
Au final, il réussit parce qu'il accepte ce corrompre.
Donc oui, ça semble dur de faire un film excitant sur le fondateur de Pinterest
ou même franchement sur un youtuber qui fait des vidéos sur le marketing.
Mais on pourrait dire la même chose sur votre médecin généraliste.
Et pourtant, un scénariste talentueux peut vous scotcher devant Doctor House.
Donc ça devrait être possible de raconter une histoire excitante sur un entrepreneur.
Il suit de choisir un personnage avec une grosse personnalité
qui s'attaque à un projet avec un gros enjeu.
Mais Hollywood choisit de ne pas le faire et il doit y avoir une bonne raison pour ça.
Ce n'est pas un complot, Hollywood n'est clairement pas anti-capitaliste
ni anti-ambition et encore moins anti-argent.
Et pourtant, il nous raconte toujours la même histoire.
Celle d'un individu talentueux qui est aveuglé par son ambition
et finit par trahir ses clients, ses associés ou les deux.
Tout à l'heure, je vous ai parlé de 3 séries sur des entrepreneurs de la Silicon Valley.
Ces 3 séries suivent exactement la même formule à la lettre.
Au point de commencer exactement de la même manière.
Prenez la série Super Pam qui raconte la création d'Uber
La série s'ouvre alors que la boîte est déjà créée
et que son fondateur, Megalo, semble avoir perdu tout compas moral.
Dès la première minute de la série, Travis nous est présenté comme un narcissique
qui maltraite verbalement un futur employé,
refuse de s'inquiéter des problèmes de harcèlement pour les femmes qui prennent des Uber
et exprime ouvertement son mépris pour les chauffeurs qui travaillent pour lui.
A la fin de la scène d'ouverture, Travis Kalanick prononce une phrase
qui résume parfaitement le traitement que la série s'apprête à faire de l'entrepreneur.
La scène est terminée, la série nous ramène dans le passé,
Travis n'est encore qu'un petit entrepreneur ambitieux qui manque de confiance en lui.
En cinéma, montrer une scène dans le futur avant de revenir au présent,
en bon français ça s'appelle une prolepse apparemment,
mais je vais appeler ça un flash forward, l'inverse d'un flashback.
We Crash démarre exactement de la même manière.
La série raconte la descente en enfer de Adam Neumann,
le fondateur de la startup de coworking WeWork.
Et devinez quoi, on commence avec un flash forward,
quand Neumann est parti en vrille et son empire menace de s'écrouler.
Le conseil d'administration vote une motion contre lui,
il se réveille en gueule de bois avec un bong
et il est tellement dysfonctionnel qu'il se rend à ses bureaux pieds nus.
Au bout de 5 minutes, et alors qu'il s'apprête à faire face à son échec,
la série nous ramène 12 ans en arrière.
Même histoire pour The Dropout, la série sur Elizabeth Holmes
qui s'ouvre en 2017 avec ses débats juridiques
avant de nous ramener à l'époque où tout allait encore bien.
Alors, pourquoi est-ce que quasiment tous les films et les séries
sur les entrepreneurs suivent la même formule,
au point de commencer systématiquement par une prolepse ?
Le but est de créer l'enjeu.
Les scénaristes ont jugé que voir une entreprise réussir,
ça ne crée pas assez de tensions.
Alors ils nous font une promesse beaucoup plus forte.
Vous allez regarder ce personnage se corrompre et s'autodétruire.
Prenez le cas de Uber.
Sans la promesse de corruption,
c'est l'histoire d'un gars qui réussit tout et qui devient riche.
Personne n'a envie de voir ça.
Mais ajoutez la promesse que le gars va partir en sucette
et vous avez la tension dont les scénaristes ont besoin.
On se demande constamment ce que l'entrepreneur va faire ensuite,
jusqu'où il va aller.
Ce procédé scénaristique fait que les 3 séries finissent par avoir le même message.
L'entrepreneuriat corrompt.
On peut faire un film sur un artiste ou un sportif avec un happy ending,
mais pour un entrepreneur, ça ne marche pas.
Il faut qu'il y ait une chute.
Et pour rassurer les gens qui ne vont pas passer tout ce temps
à regarder un gentil entrepreneur,
il faut leur annoncer dès les premières minutes
que l'histoire se termine mal pour lui.
Je ne pense pas qu'il s'agit d'un coup monté de la part de Hollywood.
Je pense que c'est une conséquence de la structure en 3 actes des films hollywoodiens.
La grosse crise doit se produire à la fin de l'acte 2.
C'est là que le héros confronte le méchant dans un film d'action,
que les amoureux se séparent dans une comédie romantique
ou que le détective comprend qui est le criminel dans un policier.
Ça permet à l'acte 3, qui est la fin du film,
d'être un dénouement dramatique de l'histoire.
Mais si vous avez déjà lu une autobiographie d'entrepreneur,
vous allez reconnaître ça.
Au début, l'entrepreneur nous raconte son enfance,
et franchement, on s'en fout un peu,
mais juste après, ça devient vraiment intéressant.
Il trouve son idée, il galère,
il est au bord de l'échec,
puis il craque le marché.
Son business explose.
C'est super excitant.
Et sur la dernière partie, il pilote un gros business.
Il n'y a plus trop d'enjeux, il n'y a plus trop de risques.
Finalement, vous avez les deux derniers chapitres
qui parlent de ces donations philanthropiques
et on s'ennuie à mourir.
La philanthropie, c'est cool,
mais il y a zéro enjeu.
Et ce schéma narratif ne marche pas du tout
pour un film hollywoodien.
Vous ne pouvez pas avoir le dernier tiers du film
où le mec est riche
et gère son expansion à l'international.
Les spectateurs vont quitter la salle.
L'acte 3 doit avoir un énorme conflit
dans lequel tout est risqué.
Mais dans une histoire d'entrepreneur,
le conflit le plus intéressant,
c'est comment il va trouver son idée et la faire décoller.
Ça arrive trop tôt, vers la fin de l'acte 1.
Donc pour créer une fin satisfaisante,
il faut un conflit encore plus gros dans l'acte 3.
Mais comment est-ce que vous créez un conflit
Il y a une solution évidente,
il faut mettre en scène sa corruption morale et sa chute.
Ça explique pourquoi Hollywood ne choisit de raconter
que les histoires de méchants entrepreneurs corrompus
et ignore les bons entrepreneurs.
L'histoire des bons entrepreneurs n'a pas de troisième acte
et donc ne fonctionne pas à l'écran.
Mais ça n'explique pas tout.
Ça n'explique pas pourquoi,
si un entrepreneur est un personnage secondaire
dans un film ou une série,
il est toujours un connard.
Même s'il est présenté de manière positive au début,
vous savez qu'il va être démasqué comme méchant.
C'est un énorme cliché qu'on peut voir venir à des kilomètres
et pourtant il perdure.
Pourquoi ?
L'explication correcte me semble être la plus simple.
Hollywood donne aux gens ce qu'ils ont envie de voir.
Il y a deux théories sur cette question.
La première théorie,
c'est que les entrepreneurs sont méchants dans les films
parce qu'ils sont méchants dans la vraie vie.
Selon cette théorie,
la seule manière de réussir,
c'est d'exploiter les autres.
Donc un héros entrepreneur serait une contradiction.
La deuxième théorie,
c'est que les gens détestent les entrepreneurs
parce qu'ils sont jaloux.
Ils veulent qu'on les rassure en leur disant
que les entrepreneurs qui réussissent sont des pourris
qui en plus finissent malheureux.
Donc ça ne valait doublement pas le coup.
Ces deux théories reposent sur notre rapport à l'argent.
Et sur l'argent,
Hollywood a une opinion très tranchée.
Une personne qui fait quelque chose pour l'argent a toujours tort.
Il y a des films avec des héros sympathiques
qui veulent du sexe,
ou la célébrité,
ou la vengeance.
Mais la seule motivation qui est vraiment taboue,
c'est l'argent.
Ce qui est étrange quand on y pense
parce que la plupart d'entre nous
ne sont pas sur une quête de vengeance personnelle
mais quasiment tout le monde
voudrait bien gagner plus d'argent.
D'ailleurs,
si vous êtes intéressé pour gagner de l'argent en ligne,
vous avez peut-être déjà essayé
de chercher une idée de business originale.
Mais soyons honnêtes,
c'est dur de trouver une bonne idée
et un business en ligne,
ça prend du temps pour être rentable.
Une méthode moins sexy
mais beaucoup plus rapide,
c'est d'apprendre une compétence
pour laquelle les entreprises sont prêtes à vous payer.
Vous avez plein d'options
comme par exemple devenir développeur
mais personnellement,
la compétence qui m'a rapporté mes premiers salaires sur le web,
c'est le copywriting.
Le copywriting,
c'est l'art de rédiger des pages,
des emails
et des campagnes de pub qui font vendre.
Un bon copywriter peut faire gagner
beaucoup d'argent à une entreprise
donc elles sont prêtes à payer pour cette compétence.
L'autre avantage,
c'est que pour l'instant,
je n'ai jamais vu de film hollywoodien
où le méchant est un horrible copywriter.
Mais ce métier n'est pas pour tout le monde,
il faut aimer passer des heures
à écrire devant votre ordinateur
sans personne à qui parler.
Si ça ne vous fait pas peur,
j'ai enregistré une vidéo séparée
qui explique mon plan d'action complet.
Je vous explique comment vous former au copywriting
et comment trouver vos premiers clients en moins de 6 mois.
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pour accéder à la vidéo,
c'est gratuit.
Chez Hollywood,
c'est acceptable qu'un personnage
prenne la justice entre ses propres mains
et trucide des dizaines de personnes.
Par contre,
s'il invente un produit utile
et qu'il a le malheur de commercialiser sa création,
il finira inévitablement par être corrompu
et finir comme un super vilain.
Ça donne un autre cliché très drôle,
celui de
« Il faut que je gagne ce tournoi d'acapella
pour lever les fonds pour sauver l'orphelinat local. »
Dans Babe 2,
il faut gagner un concours de chien de berger
pour gagner assez d'argent
pour sauver la ferme familiale.
Dans Dodgeball,
il faut gagner un tournoi de balle aux prisonniers
pour sauver la salle de sport locale.
Dans Happy Gilmore,
il faut gagner un tournoi de golf
pour sauver la maison de mamie.
Les scénaristes inventent ces situations
abracadabrantesques
parce que c'est tabou d'avoir un protagoniste
avec une des préoccupations les plus communes,
qui est de gagner de l'argent.
Oui, je viens de citer Babe 2
dans une vidéo marketing maniaque.
L'idée que vouloir gagner de l'argent corrompt
n'a pas été inventée par Hollywood.
Ça remonte au moins à la Bible.
L'avarice est un des 7 péchés capitaux
et Jésus critique régulièrement la richesse
en disant par exemple que
« Il est plus facile à un chameau
de passer par le trou d'une aiguille
qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. »
Donc les entrepreneurs sont automatiquement méchants
parce qu'ils ont la seule motivation interdite
dans un film hollywoodien.
Mais il y a aussi une explication encore plus simple.
Les gens ont envie de regarder des héros
qui leur ressemblent
qui combattent des méchants
qui sont différents.
Le producteur Michael Sugar explique que
« Quand vous avez un méchant,
ce n'est pas une mauvaise idée,
en tant que scénariste,
de faire de ce méchant
quelqu'un de différent de tout le monde.
Et la richesse est un grand séparateur. »
Ça explique aussi pourquoi beaucoup de méchants
ont des accents étrangers
pour montrer qu'ils sont différents
et donc pas gentils.
Et c'est marrant parce que ce sont souvent
des accents français.
Par exemple dans le dernier John Wick.
Oui, cet acteur n'est pas du tout français
et son accent ne ressemble à rien.
On a loupé notre chance
d'avoir Jean Dujardin dans John Wick.
Dans la pratique,
je pense qu'on est tous d'accord
que la plupart des Européens
ne sont ni des espions,
ni des braqueurs de banque,
ni des tueurs à gages.
Mais dans les films hollywoodiens,
un accent sert à marquer les méchants
en créant une séparation
entre le personnage et le public.
L'argent est utilisé de la même manière.
Si un personnage est riche,
il est différent de nous.
Donc, comme les accents étrangers,
ça sert à marquer les méchants.
Et comme le spectateur moyen
ne s'identifie pas à un entrepreneur,
l'entrepreneur ne peut pas être un héros.
Mais attendez,
le spectateur moyen
n'a pas non plus de super pouvoir.
Alors pourquoi est-ce qu'un film sur deux
qui sort est un film Marvel ?
Une des différences clés
entre un entrepreneur et un super-héros,
c'est que le super-héros
n'a pas choisi d'être super.
Une des raisons pour lesquelles
les gens sont hostiles aux entrepreneurs,
c'est qu'ils ont l'impression
que l'entrepreneur leur dit
« Si t'es pauvre, c'est de ta faute,
tu n'avais qu'à travailler dur comme moi. »
Et parfois, ils ont raison.
Les super-héros n'ont pas ce problème.
Spider-Man n'a pas choisi
de se faire piquer par un araignée.
Neo n'a pas choisi d'être l'élu.
Harry Potter n'a pas choisi
La scène où Hagrid révèle à Harry
qu'il est un sorcier
résume parfaitement cette idée.
Ce à quoi Harry répond
Cette réplique est cruciale
pour permettre aux spectateurs
de s'identifier à Harry Potter.
Le refus de l'appel à l'aventure
est une étape clé du voyage du héros.
Le fantasme de l'élu,
c'est qu'une personne normale
peut avoir un destin hors du commun.
C'est pour ça que l'élu commence toujours
comme un monsieur tout le monde,
souvent même comme un looser
qui se fait humilier par tout le monde,
avant qu'un beau jour,
son destin lui tombe dessus.
Dans l'immense majorité des films hollywoodiens,
ce n'est pas le héros
qui décide de démarrer sa quête.
La mission lui est donnée
par une force extérieure.
Ce qui ne marcherait pas
pour une histoire d'entrepreneur.
Personne n'est forcé à monter une boîte,
c'est une ambition personnelle.
Les mangas n'ont pas cette contrainte.
Les shonen ont souvent des héros
qui ont choisi de travailler dur
pour devenir les meilleurs,
au départ par simple ambition personnelle.
Luffy veut devenir roi des pirates,
Naruto veut devenir chef des ninjas
et Sacha veut devenir
le meilleur dresseur Pokémon.
Est-ce que c'est parce que ces mangas
s'adressent à des jeunes garçons
qui n'ont pas encore compris
qu'ils n'allaient pas avoir
un destin exceptionnel
ou est-ce que c'est quelque chose
dans la culture japonaise ?
Je ne sais pas.
Mais c'est frappant qu'on ne voit
jamais un héros hollywoodien
démontrer l'ambition personnelle
d'un héros de shonen.
Là où les héros de mangas
se déchirent pour réussir,
Hollywood préfère paradoxalement
un héros qui a un talent naturel,
un personnage qui travaille dur
nous renvoie l'image désagréable
qu'on n'en fait peut-être pas assez
pour réaliser nos rêves.
Mais peu importe tous vos efforts,
vous n'allez jamais être
Superman, Sherlock Holmes
ou même Oppenheimer.
Pour déculpabiliser le spectateur,
les scénaristes ont 3 stratégies possibles.
La stratégie 1,
c'est quand l'entrepreneur
perd tout à la fin du film.
Idéalement, il va même en prison
comme Elizabeth Holmes.
Ça rassure le spectateur
qui se dit je n'ai pas réussi
mais c'est parce que je suis honnête
et gentil.
Mais parfois cette stratégie
n'est pas possible,
généralement parce qu'on raconte
une histoire vraie
et l'entrepreneur n'a pas tout perdu
dans la vraie vie.
Alors les scénaristes peuvent se rabattre
sur la stratégie 2
où l'entrepreneur finit seul
en ayant trahi tous ses amis
comme Mark Zuckerberg
à la fin de The Social Network.
Il a réussi mais seulement
parce qu'il a poignardé tous ses proches.
Donc le succès ne valait pas le coup,
j'ai pris les bonnes décisions dans ma vie.
Ou la troisième stratégie
qui est une variante,
on découvre que l'entrepreneur
est profondément malheureux
malgré son succès
comme le personnage principal
de Citizen Kane
dont le dernier mot est un rappel
de la dernière fois qu'il a été heureux
quand il était enfant
Alors est-ce que c'est possible
de faire un film ou une série
avec un bon entrepreneur ?
Je pense que oui
mais il va falloir faire
pas mal de gymnastique
pour éviter tous les problèmes
dont on a parlé jusqu'ici.
D'abord il faut choisir un entrepreneur
qui a un produit assez visuel
pour qu'on ne soit pas coincé
à regarder un mec
qui tapote sur son clavier
pendant deux heures.
Ensuite il faut créer un enjeu énorme.
Si notre enjeu est juste
est-ce que la boîte va réussir
ou est-ce que le gars
devrait trouver un job normal ?
Personne ne va payer un ticket
et un popcorn pour voir ça.
On peut aussi créer un enjeu humain.
Par exemple le bon entrepreneur
pourrait être trahi
par une méchante entreprise
avec un méchant PDG
et on a envie que le gentil entrepreneur
lui défonce la gueule.
Ça va aussi nous permettre
de résoudre la question de l'argent.
Notre gentil entrepreneur
n'est juste pas motivé par l'argent.
Il veut créer un produit
qui va changer le monde
et casser la gueule du méchant entrepreneur.
La personne moyenne
a une vague impression
que les gens qui réussissent
exploitent les autres
et on ne va pas leur faire la leçon
dans le film sur la pensée économique
de l'école de Chicago.
Donc il faudrait montrer
que l'entrepreneur a réussi
non pas en exploitant les autres
mais en créant un meilleur produit
que les gens choisissent
de leur plein gré.
Et au passage,
ça aidera si on peut montrer
que la méchante entreprise
arnaque les gens
pour rassurer les gens
dans leur croyance
que généralement
les riches sont méchants.
Il faut aussi créer quelque chose
pour éviter
de faire culpabiliser le spectateur
qui est affalé sur son siège
au lieu de créer un produit
qui va rendre ses descendants riches
pour 4 générations.
Là, on va piquer la technique
des super héros.
Le héros a un talent inné.
Il n'a rien demandé,
il n'a pas travaillé pour,
il est juste différent
et il découvre un beau jour
son destin.
Finalement, il faut trouver
une manière dramatique
de terminer notre histoire.
Par exemple,
un conflit final
entre le héros
et la méchante entreprise.
Et soit le héros
se sacrifie personnellement
et meurt,
soit il sacrifie son entreprise
d'une manière
qui fait aussi imploser
l'entreprise des méchants.
Dans les deux cas,
ça crée une fin dramatique
et ça prouve
une bonne fois pour toutes
que notre héros était là
pour la mission
et pas pour l'argent.
Un exemple d'une série
qui a fait ça très bien,
c'est The Bear.
Le personnage principal
ouvre un restaurant.
C'est un entrepreneur.
Il doit lever du capital,
gérer des employés
et attirer des clients.
Mais contrairement
à tous les exemples
dont on a parlé,
il n'est pas corrompu
par son ambition.
Le drama vient du fait
qu'il essaie de faire quelque chose
de très difficile
et qu'il a la rage
au ventre de réussir.
Si on reprend nos catégories,
ça coche toutes les cases.
Le produit est visuel
puisque c'est de la nourriture.
Il y a un enjeu émotionnel fort.
Ce n'est pas juste un gars
qui ouvre un restaurant.
Il reprend le resto de son frère
qui s'est suicidé.
La question de l'argent
est réglée
dès le premier épisode.
Il n'a pas d'argent,
il ne prévoit pas d'en gagner beaucoup
et il n'est pas là pour ça.
La question de l'exploitation
est partiellement réglée
par le choix du produit.
Peu de gens ont l'impression
de se faire exploiter
par les restaurants.
Mais on pourrait facilement
accuser un chef
d'exploiter ses employés.
Alors la série nous montre
trois choses
pour nous désabuser
de cette notion.
On voit que notre héros
s'est lui-même fait maltraiter
par son patron précédent,
qui est présenté
comme un riche connard typique.
Ensuite,
on le voit soutenir
personnellement ses employés
en leur payant des formations.
Finalement,
il travaille plus que n'importe qui
pour faire réussir le resto.
Comment est-ce qu'on évite
au spectateur
d'être culpabilisé
en regardant ce mec
travailler dur pour son rêve ?
C'est là que la storyline
du destin familial
entre en jeu.
Moi aussi,
si mon frère décédé
m'avait laissé un resto,
je le reprendrais
pour honorer sa mémoire.
Mais coup de bol,
ce n'est pas le cas,
donc ma situation
n'est pas comparable
et je ne me pose pas trop de questions.
Il reste la question
de l'acte 3.
Évidemment,
on ne peut pas avoir
une dernière saison
où le resto marche
et tout roule.
Ce serait une trahison totale
de l'esprit frénétique de la série.
Donc il faut s'attendre
à ce qu'ils doivent sacrifier
sa santé mentale,
son restaurant
ou même sa vie
à la fin de la série.
Autre exemple,
la série Silicon Valley.
Le produit n'est pas visuel
puisque le personnage principal,
Richard,
monte une startup
de compression de données.
C'est contrebalancé
par une galerie de personnages
haut en couleur.
Vous avez par exemple
le milliardaire Megalo
qui tue accidentellement
un éléphant
parce qu'il voulait faire le show
à son conseil d'administration.
Vous avez aussi
l'investisseur Kéké
qui pleurniche
parce que Forbes
l'a sorti de la liste
des milliardaires.
Ces personnages
servent à créer de l'enjeu.
L'enjeu de la série
n'est plus de savoir
si la startup va marcher,
mais s'ils vont réussir
à battre le méchant,
arrogant et insupportable.
Ça donne aux héros
une mission qui va
bien au-delà de l'argent.
Et ça crée un enjeu moral.
Le deuxième épisode de la série
pose la question
qui structure les six saisons,
est-ce qu'il faut être un connard
pour réussir dans la Silicon Valley ?
Les cofondateurs de Richard
essaient de le convaincre
de virer son meilleur ami
qui est gentil
mais complètement incompétent.
Tout au long de l'épisode,
on essaie de le convaincre
de devenir un connard,
un asshole en anglais.
Je vois ça comme un clin d'œil direct
au plus grand film
sur un entrepreneur de tous les temps
où Zuck vire son cofondateur
et ami Eduardo.
Asshole, c'est aussi le terme utilisé
pour qualifier Zuck
dans l'intro du film.
Mais à la différence
de Social Network
et de toutes les autres séries
dont on a parlé,
il n'y a pas de flash-forward
dans Silicon Valley.
On ne vous promet pas
d'avoir un flash-forward
On vous laisse suivre
l'aventure d'un entrepreneur
pour de vrai
sans rendre de jugement de valeur
à l'avance.
Silicon Valley répond que non,
que ce n'est pas inévitable.
Il va refuser de virer son pote.
Cet extrait règle aussi
la question de l'argent.
On lui a proposé
plein d'argent pour son algorithme
et il a refusé
pour pouvoir suivre sa mission.
Le spectateur est aussi déculpabilisé
grâce au syndrome de l'élu.
Richard est un programmeur de génie,
personne ne s'attend à ce que vous et moi
puissions faire ce qu'il fait.
Reste le problème du 3ème acte.
Comme je vous le disais tout à l'heure,
la série ne peut pas se terminer
avec un succès.
Mais ce serait bizarre
pour les gens qui ne connaissent pas
Quoi qu'on a vu plus bizarre,
dans le dernier épisode
de la sitcom Seinfeld,
les personnages vont en prison.
Alors les scénaristes de Silicon Valley
choisissent l'autre option qu'on a évoquée.
Richard sacrifie sa boîte
pour le bien commun.
Dans le dernier épisode,
après s'être rendu compte
que sa technologie
pose un danger pour l'humanité
parce qu'elle permet de contourner
des systèmes de cryptage avancés,
il choisit de saboter
le lancement de son logiciel
et de s'exposer aux ridicules publiques.
Son entreprise passe de 8 milliards
à zéro de valorisation en un jour.
Elle est comparée à Terranos
et à WeWork dans les médias
et tout est bien qui finit bien.
C'est marquant que le seul moyen
que les scénaristes ont trouvé
pour dépeindre un entrepreneur sympathique
est de le faire auto-détruire son entreprise.
Comme le dit cette journaliste de Slate,
si quelqu'un parvenait à briser
les algorithmes de chiffrement
les plus puissants existants,
est-ce qu'on voudrait réellement
qu'il supprime son code
dans l'espoir que personne d'autre
ne le découvre jamais ?
Je dirais non.
On voudrait qu'il réfléchisse
à la manière de divulguer
ses conclusions de manière responsable
On voudrait qu'il travaille
avec les gouvernements
et les partenaires industriels
pour garantir que,
lorsque leur technologie sera lancée,
des garanties suffisantes seront en place
pour protéger les services
et les communications essentielles.
On voudrait utiliser son travail
pour faire progresser le cryptage
et la sécurité en ligne.
Cet argument se tient
d'un point de vue logique
mais pas d'un point de vue narratif.
Pour faire une fin satisfaisante,
l'entrepreneur doit sacrifier
soit sa moralité,
son entreprise
ou sa vie.
Dommage que les scénaristes
choisissent quasiment toujours
la première option.