Les conducteurs de bus postaux vers Derborence sont des orfèvres du volant. Ils manœuvrent sans trembler sur cette route valaisanne aussi belle que vertigineuse. Ces courageux chauffeurs prolongent au quotidien l’histoire épique de ce tronçon historique. Emotions fortes garanties.
Passe-moi les jumelles du 25 octobre 2024, une émission de la Radio Télévision Suisse.
« Les héros des cars postaux », un reportage de Raphaël Engel
Un reportage de Raphaël Engel Images : Alain Pentucci Drone : Henri Guareschi / Eric Guyonard / Joel Demisier Son : Kota Ichihara / Benedetto Garro Montage : Corinne Dubuis Réalisation : Raphaël Engel Illustration sonore : Stéphane Kirscher Etalonnage : Olivia Nicole Mixage : Elias Siddiqui
Ont participé : Josi Germanier et Jean-Michel Papilloud, chauffeurs de la compagnie de car Evêquoz. Daniel Constantin, Francis et Gérard Fontannaz, chauffeurs à la retraite. Ainsi que Norbert Roh, Jean-Jacques Evêquoz, Sylver Sermier.
Remerciements : Les chauffeurs de la compagnie de car Evêquoz à Erde (VS) Joel Volet (JoProd) David Roh, Alexandre Vogel, Frederic Morard. Avec le soutien de Médiathèque du Valais, Martigny « Refuge du Lac » à Derborence
Quand tu penses le monde qu'on a transporté, les courses qu'on a faites et puis qu'on n'a pas eu de pépins,
il faut quand même reconnaître que le bon Dieu nous a protégés.
C'est une belle route, c'est un beau métier, c'est… comment dire… il faut le faire avec plaisir.
Nos anciens, eux, ils disaient, mais quand on a fini l'amorance, on est content de faire autre chose.
C'est pas de la peur, c'est… il faut y aller quand même, on peut pas…
La peur, ça sert à rien, on n'avance pas avec la peur.
Bien sûr, on est très très fiers de faire cette route. On est aussi des pionniers.
Nous sommes dans les Coteaux-de-Comté, sur la ligne 331, Champs-d'Herborance.
Une course qui va durer depuis ici à peu près 45 minutes.
On va s'arrêter pour le courrier à Herde et à Vins, et ensuite d'Herborance.
C'est une ligne assez exigeante par rapport à la conduite déjà, par rapport aussi au danger naturel.
Et puis elle a une histoire, elle a une jolie histoire. Une histoire dramatique, mais une jolie histoire.
Un ancien collègue, à Cahouette, qui est à la retraite maintenant.
Salut Luc !
Alors ici, on va s'arrêter à la petite chapelle.
Là, je viens de me préparer déjà. Voilà.
Alors à partir d'ici, j'ai les topics. J'éteins la radio. J'éteins la climatisation.
Et comme ça, je peux peut-être anticiper une chute de pierre ou bien il y a quelque chose.
Et voilà, c'est parti.
On a certains couloirs qu'on connaît où il y a pas mal de chutes de pierre. Et là, nous, on sait que ça peut tomber.
Donc on est attentif au bruit. Si on attend des entrechoquements de cailloux, de pierres, on est là.
Et puis on peut des fois freiner ou bien accélérer pour éviter ces pierres.
Et ça arrive quand même de temps en temps.
Quand on monte, si on voit des cailloux peut-être des fois pointus, puis on peut pas passer ni à gauche ni à droite, on doit s'arrêter.
Parce que s'il passe entre les roues jumelées, ça va percer les deux pneus. Soit un, soit deux.
Et puis on appelle les cantonniers.
Et s'ils me disent, je leur dis tu montes pas, je monte pas.
C'est eux qui décident.
Voilà, là vous pouvez apercevoir le cirque de Derborens.
Le cirque parce que il y a le Sanets à droite, il y a le Pas-de-Cheville à gauche et la Plaine du Rhône au fond de la vallée.
On aperçoit la quille du diable.
L'histoire disait que c'est les vernois qui envoyaient des cailloux sur la quille, sur les valaisans.
Quand j'arrive à Derborens, je vais directement mener le courrier.
Après je bois un petit café.
Après j'aime bien revenir, on a une caravane.
J'aime bien revenir une heure de temps dans la caravane, tout seul.
J'aime bien aussi ce moment-là, cette heure qui est à moi, elle est à moi.
Et puis je me ressource bien.
Derborens est connu par son tremblement de terre.
Il y a eu un gros déboulement au 18e siècle, retransmis par M. Ramus, l'histoire du berger enseveli.
Et cette histoire a fait le tour du monde je pense.
L'histoire c'est qu'il y a eu des morts, des vaches aussi, des vaches tuées, des personnes tuées, des chalets détruits.
Et puis il y a un survivant qui est redescendu à Havre.
Et puis les gens étaient un petit peu naïfs, ils croyaient que c'était le diable qui redescendait,
parce qu'il n'était pas très bien physiquement.
Et puis ils l'ont chassé à coups de cailloux, et sa femme l'a reconnu.
Et c'est la base de l'histoire de Derborens.
Je m'appelle Daniel Constantin, je suis né à Naxe, le 5 janvier 1950.
Et je m'en souviens une fois, on est allé en promenade d'école au glacier d'Irone.
Je crois que c'était en 1958 ou 59, et le chauffeur c'était Gilbert Brutin,
et il m'avait mis la casquette sur la tête dans le bus.
Je crois que si j'avais pu, je l'aurais mise pour dormir en arrivant à la maison.
Oui, oui, elle a 50 ans.
Et j'avais une de mes sœurs qui me disait, tu nous fais honte.
Moi, mais oui, j'avais des frères boulangers, pâtissiers, cuisiniers.
Moi je dis, je fais pas d'apprentissage, je fais chauffeur.
Mais en ce temps-là, chauffeur c'était pas une profession.
C'était pas les branleurs, mais voilà.
Mais moi j'avais ça, je sais pas pourquoi.
J'ai travaillé plus de 41 ans, j'ai eu 42 ans de bonheur.
C'était pour moi comme une infirmière qui part au couvent.
C'était une vocation, j'ai eu que du plaisir.
Au début, quand je partais là-haut, à l'entrée de la vallée,
il y a une petite chapelle dédiée à Saint-Bernard.
Ça me vibrationne encore aujourd'hui.
Les dames par ici me disent, mais cacahuète, t'as pas peur d'aller là-haut, même qu'il pleut.
Mais non, je passais là-haut, je regardais, je faisais un petit coup d'œil,
j'ai dit, tu tiens bon les cailloux.
J'ai été plus de 40 ans, j'ai eu deux fois,
mais jamais de blessé, que de la carrosserie, que la vitre avant cassée,
mais ça c'est pas grave, parce que là-haut c'est tellement abrupt
que ça descend même quand il fait beau.
Mais il y a, je sais pas si c'est le Saint-Esprit,
si c'est Saint-Nicolas-de-Fleur ou si c'est Saint-Bernard,
jamais venu l'ambulance.
Le 30 juillet de cette année, il y a tout un pan de ce rocher-là qui s'est détaché,
de l'ordre de 15 à 20 mètres cubes.
Ça fait quand même une dizaine d'années qu'on connaît autour de cette route avec les géologues.
On n'a jamais imaginé que ce pan de rocher-là, il aurait pu arriver comme ça sur la route.
Si on a un doute, on pourra le surveiller.
On pourra mettre des témoins et on pourra regarder comment ils...
Toi, on peut stopper.
Les chauffeurs de bus sur cette route, ils ont une grande importance,
parce que c'est un peu aussi nos yeux comme nos cantonniers sur place.
Ils nous informent de choses qu'on a peut-être passées à côté.
Avec leurs gros véhicules, ils ont une autre vision que nous.
Ici, c'est le chalier de notre famille.
J'ai presque failli naître ici.
Je me rappelle, pendant l'enfance,
on côtoyait toujours les chauffeurs qui faisaient la ligne,
parce qu'à l'époque, quand ils arrivaient ici,
ils faisaient encore la tournée dans les chalets pour amener le courrier.
Et puis, avec mon ami d'enfance, Alexandre,
quand ils arrivaient, on était prêts, là.
Puis c'est nous qui faisions la tournée à la place du chauffeur,
qui étaient tout contents parce qu'il pouvait se reposer.
Et puis, nous, de notre côté, ça nous déplaçait.
On gagnait un petit chocolat dans chaque chalet qu'on apportait le courrier.
Et puis, quand on avait fini la tournée,
quand on retournait au bistrot, le chauffeur nous payait un sirop.
C'était vraiment quelque chose d'extraordinaire.
Et à ce moment-là, déjà, je me suis dit,
peut-être qu'un jour, j'aurais peut-être la chance
de faire cette route en tant que chauffeur.
On a beaucoup de personnes, quand ils embarquent dans le bus
à la gare de Sion, qui nous demandent,
« Chauffeur, où c'est qu'il faut se mettre pour ne pas être du côté du vide ? »
Alors, moi, je leur réponds tout simplement,
« Vous vous mettez à gauche en montant et à droite en descendant. »
Alors, il y a quelques personnes qui réagissent,
« Vous vous faites marcher parce que ce n'est pas tout à fait vrai. »
Et puis, c'est vrai que certaines personnes qui ont peur du vide
se mettent quand même du côté que j'indique.
Et après, ils sont enchantés quand ils arrivent ici.
Traverser des tunnels, pour eux, c'est impressionnant.
Surtout quand on arrive à l'entrée des tunnels
et qu'on voit ce petit trou et ce grand corps.
Je pense que certaines personnes se disent,
« Mais est-ce qu'il va vraiment passer là-dedans ? »
Je connais la route comme le fond de ma poche, si on peut dire,
parce que je l'ai eu faite à vélo.
J'ai fait un vélomoteur, en voiture, bien sûr.
Même à pied, aussi, j'ai fait la route.
Mais avec un bus, un gros véhicule, passer dans ces petits tunnels,
c'est vraiment impressionnant.
Tout ce klaxon.
Les musiciens qui me bêtent.
Salut, Jean-Mich.
Salut, Jackie.
Comment vas-tu ?
Super, et toi ?
Bien, bien, voilà.
La route, pas de problème ?
Non, non, aucun souci.
J'ai croisé avec Anthony, il m'a dit que c'était tout bon.
Je lui ai demandé s'il y avait des avalanches.
Il m'a dit non, c'est tout bon.
Il y a beaucoup de pédaleurs.
Oui, oui, oui.
Etant pareil, c'est magnifique.
C'est superbe, c'est superbe.
Si on prenait avant,
on passait avec le bétail, les chèvres, les cochons,
là-haut sur le chemin.
Ils étaient à percer le tunnel, ici.
C'était très impressionnant,
la première fois qu'on a utilisé la route.
J'avais dix ans.
Le souvenir du chantier, c'est qu'on montait le dimanche,
regardait les machines, les tracks.
On voyait tous ces travaux qu'ils faisaient dans la vallée.
Il y avait les perforatrices, les matos-piqueurs,
tenus à la main dans la roche.
Il y avait des gens très sympathiques de la vallée d'Auste
qui étaient venus travailler ici.
Ces fenêtres, c'était pour donner la lumière dans le tunnel.
Sinon, le bétail, il y avait trop peur.
Ça n'allait pas pour passer.
Avec le bruit des sonnettes, le bétail,
puis le raisonnement, le bétail s'excitait.
Il fallait presque courir devant.
Les services des PTT servent de trait d'union
entre les localités florissantes de la vallée du Rhône
et les villages et hameaux isolés des hautes terrasses valaisannes.
Toutes les difficultés naturelles ont été surmontées.
Le réseau routier est extrêmement développé
dans les vallées latérales du Rhône
et sur les versants de la vallée principale,
de même que les courses régulières d'automobiles postales
ont élargi l'espace vital des montagnards
et joué un rôle décisif
dans la lutte contre le dépeuplement des villages
où les conditions de vie sont difficiles.
Avant, il y avait un petit corps, Bernard Rébecco.
On le disait Piccolo.
Bernard, il y avait un petit corps d'une vingtaine de places
la première fois qu'il est monté.
Il montait là avec son corps.
C'était une révolution, ça.
Je suis chauffeur postal et mécanicien.
Ça fait 30 ans que je fais ces deux métiers.
Là, c'est le célèbre klaxon trois tons
avec différentes longueurs.
Là, on en a deux, trois de réserve.
Quand il y a un ton qui ne va pas bien,
on démonte, on change et on fait réviser celui-là.
Ils sont très prisés, très, très prisés.
Les collectionnaires les recherchent.
C'est un peu mythique.
La ligne d'Emborant, c'est vrai que c'est une ligne qui est difficile,
qui est parfois dangereuse quand il y a de la pluie, tout ça,
mais on n'est pas obligé.
On est obligé de le faire, mais si quelqu'un ne le sent vraiment pas,
il le fera pas.
On est très collégial.
Ça veut dire qu'un a un souci, il appelle l'autre, on se débrouille.
S'il y a un cas, on panne.
Si on a un retard, on a un souci, on a un problème de santé.
On sait qu'on peut compter sur le collègue.
Si on doit faire des changements, on collabore tous ensemble.
Francis et Gérard, j'ai fait pas mal d'années avec eux.
C'est des gens qui ont fini par être chauffeurs,
mais avant, ils ont travaillé la campagne, avant de faire chauffeur de car.
Et c'est des gens du terroir, vraiment des gens de la vigne, on dirait.
C'est après avec vous que j'ai appris à faire attention ici, faire attention là.
C'était pas facile au début.
Non, c'était pas rigolo.
Mais ce qu'il y a d'intéressant maintenant aussi à Derbranche,
je trouve que c'est les feux qu'ils ont mis à l'entrée des tunnels.
C'est ça que c'est bonheur.
Ça facilite quand même la tâche.
Ah oui, pour nous, oui.
Vous avez pas vécu ça ?
Non, nous on l'avait pas.
Parce qu'avant, tu allais dans le tunnel, tu rencontrais une voiture,
tu voyais venir le corps, tu disais oh !
Et puis à ce moment-là, je me rappelle, on sortait, on déplaçait des voitures.
Les gens étaient heureux.
C'est une autre époque, mais les corps étaient plus petits.
Les corps étaient plus petits, oui.
Tu passes de 2,50.
Mais ils étaient plus petits.
Avant ils étaient 2,30, après tu passes à 2,50, 2,80 avec l'étroviseur.
Plus haut.
C'est pas la même histoire.
Vous savez mieux que moi.
Chaque fois qu'on monte, c'est chaque fois une autre montée.
C'est jamais la même montée.
Par rapport à la météo, par rapport à la circulation, par rapport à diverses choses,
c'est chaque fois une première montée, on dirait.
Après, par beau temps, ça va très bien.
Par mauvais temps, c'est une autre histoire, une autre chanson.
Quoi ?
En 93, j'ai eu une peur de ma vie.
Monter à des aborans, et puis c'était vraiment pluvieux.
Et je le sentais pas ce jour, déjà je le sentais pas.
Je sentais pas cette course.
Puis arrivé à la sortie des tunnels, il y avait pas mal d'eau et de petits cailloux.
Puis là, j'ai vraiment entendu du bruit, j'ai vraiment entendu du bruit.
Je me suis ralenti, j'ai traversé un petit secteur de route.
Et là, j'ai vu arriver en bas.
J'ai vu arriver en bas des blocs de presque 2 mètres cubes.
Alors j'ai freiné et j'ai reculé.
Puis je me suis mis à l'abri.
Mais la peur, elle est toujours là, depuis cet événement-là.
Chaque fois que je reviens sur cette route, à l'endroit-là,
chaque fois que je monte, je me rappelle.
Si vous voyez l'entonnoir ici,
c'est arrivé en bas, il y avait 3 mètres de cailloux.
J'ai pas réfléchi, j'ai fait marche arrière direct.
Je me rappelle des cris dans le corps, de la peur dans le corps.
Alors j'ai bien géré.
J'ai bien géré, on s'est mis à l'abri, j'ai sécurisé tout le monde.
Mais une semaine après, j'ai fait une crise d'angoisse.
J'ai eu un retour de peur.
Puis après, ça m'a passé.
Bien le bonjour !
Ça va ?
C'était là où, au milieu de la ceinture blanche, t'as enlevé les cailloux ?
Bon, je reste pas trop ici. Bonne journée !
On a une nouvelle flèche, madame.
Salut Jean-Jacques !
T'es d'accord ou bien ?
Voilà tes journaux.
Toi t'aimes bien lire ?
Ouais, non, c'est pas...
On aime pas monter quand il fait ce temps-là.
Il y a peu de monde.
Il y a peu de monde, et puis la ceinture blanche, elle est tombée hier, tu savais.
Ah non, je savais pas.
Non ?
Un gros caillou ?
Faut pas descendre quand il pleut comme ça.
Eh, bonne journée !
La pression est assez grande quand même.
Tout le monde vous contrôle.
S'il y a 40 personnes, c'est 40 examinateurs
qui vous regardent, vos gestes, votre attitude.
Peut-être parce qu'ils ont aussi peur de la route,
peut-être parce qu'ils veulent voir si vous maîtrisez le sujet.
Je m'en souviens une fois, c'était un samedi.
Il y a une dame qui m'a demandé si je pouvais arrêter
puisqu'elle voulait mettre une petite fleur là où il y a cette petite fontaine.
Puis j'ai dit oui.
Alors j'ai arrêté le bus.
Puis j'ai été regarder.
Puis quand j'ai vu dans l'état que c'était,
il y avait une petite statue de la Vierge.
C'était tout noir, tout dégueulasse.
Alors un jour, je suis monté.
J'ai poussé ça, lavé, brossé et tout.
J'ai refait la peinture.
Je suis allé à Saint-Maurice pour trouver une petite statue de la Vierge.
Ce qu'on ne trouvait plus ici.
Et maintenant, je vais toutes les semaines lui mettre des fleurs.
De temps en temps, j'allume une petite bougie.
Puis je lui fais un petit salut.
Un petit merci.
Un petit merci à la patronne.
Le reste...
Toi, pluie ou neige, ou bien beau temps, tu viens.
Bonne journée. Des nouvelles d'en bas.
Des nouvelles d'en bas.
Mais c'est des bonnes nouvelles.
C'est meilleur quand on a le soleil.
Parce que comme l'autre jour, il flottait, flottait, flottait.
Non, là, on est bien.
Alors passe une belle journée.
Oui.
Merci, à bientôt.
Au plaisir.
Piccolo, c'était mon papa.
C'était une personne qui n'était pas très grande.
Et on voit là sur...
Quand il est dans sa voiture, à l'époque,
quand il faisait les courses de voyageurs avec cette vieille voiture-là,
il ne sort pas du volant.
Il est juste à la hauteur du volant.
Ça veut dire que ce n'était pas un grand personnage.
Le premier bus qu'il a eu, car c'était, je crois, 13 personnes.
Avec les bancs qui étaient de chaque côté, pas transversal.
Et après, il y a tous les cars, les premiers cars,
les Bernas, les FBV, les Cetras et compagnie.
Il a conduit aussi les grands bus, c'est clair.
On appelle ici la région du lac bleu.
Qui avant était vraiment une gouille, un étang.
Et mon père, qui est tombé amoureux de ce coin,
il a fait ce merveilleux lac pendant des années.
Vu qu'il montait le matin à 9h30, il partait dessus.
Jusqu'à 10h30 au plus tard, il était à l'arborance.
Il revenait ici et il repartait le soir à 4h30.
Donc il avait toute la journée d'être là sur place et de travailler pour lui.
Alors il sortait les troncs, il sortait tout ce qui était en surface.
Et maintenant au milieu, là, on a à peu près 4m30 de profondeur.
Mon père a fait un travail ici.
Tout le monde dit qu'on est dans un paradis, c'est vrai.
On apprécie tous les jours et on remercie nos parents surtout de nous avoir laissé ça.
Pour le restaurant, c'est par ici ?
Non, vous continuez la route là, oui.
Pour moi, c'est une fierté d'amener des passagers justement dans ma région.
On a souvent des petits éboulements l'été, sans grande importance.
Même ici, on se croit plus ou moins à l'abri parce que la montagne est là-bas.
Pas du tout, parce qu'elle est toujours en mouvement.
La montagne, elle avance, elle avance toujours.
Même si ça devait arriver, je me dis toujours que finir mes jours en celui-ci,
je ne verrais pas de plus belle mort.
Être in aeternum ici, sous les rochers à d'herborance.