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J'étais fasciné par le photojournalisme car il me donnait une excuse pour être un fouineur
et pour mettre mon nez là où normalement je n'aurais pas pu.
C'est ainsi que se décrit Michael Wolff auquel Les Rencontres d'Arles, en collaboration
avec le Musée de la Photographie de l'AE, consacre une rétrospective sur l'ensemble
de son travail artistique à travers une sélection au sein de ses dizaines de séries et de sa
cinquantaine de livres.
Nous sommes aujourd'hui au sein de la magnifique église des Frères Prêcheurs à Arles pour
découvrir son travail et en particulier, comment s'est construit son projet artistique
avec le temps.
Michael Wolff est un photographe allemand qui a grandi aux Etats-Unis, au Canada et
en Europe.
Il suit des études de communication visuelle en Allemagne où il étudie notamment sous
l'enseignement d'Otto Steiner à l'origine médecin mais devenu photographe autodidacte
qui travaillera dans les années 50 sur l'idée de photographie subjective.
Michael Wolff devient un photojournaliste sur le tard à 40 ans en travaillant pour
le magazine Stern depuis Hong Kong.
Il passe six mois par an en Chine en mission pour le magazine, mais sa vie change en 2003.
L'épidémie du virus du SRAS touche durement Hong Kong et après la mort du père d'un
ami de sa fille, sa famille décide de quitter Hong Kong.
Il réalise alors qu'il n'a jamais photographié la ville dans laquelle il a vécu pendant
neuf ans et décide de rester pour corriger cela.
Et il n'y va pas de main morte puisqu'il part chaque jour arpenter les rues de Hong
Kong de 6h du matin à 6h du soir avec son appareil et son trépied.
Il se contente de marcher cherchant ce qui attire son œil et son insatiable curiosité.
Voyons ensemble quelles sont les séries photographiques qui ont émergé de ses errances.
La première a été conçue dans les rues parallèles de Hong Kong.
En s'y baladant un peu par hasard, il a réalisé que ces ruelles étaient utilisées
par les travailleurs pour stocker leurs outils.
Beaucoup d'hommes et femmes de ménage nettoient leurs ustensiles et les laissent sécher à
l'air libre dans les ruelles, formant des constructions éphémères, étranges et toujours
changeantes.
Il arpente ainsi les rues jour après jour pour trouver toujours des choses différentes
et conçoit cette série de photos.
La cohérence est apportée par le sujet dont le catalogue d'objets incongru est assez
fascinant en soi, mais vous remarquerez aussi une certaine constance dans la composition
presque toujours de face avec une focale moyenne et souvent des couleurs similaires.
Michael Wolff est même allé jusqu'à racheter ses objets à leurs propriétaires qui sont
présentés dans l'exposition aujourd'hui en complément du travail photographique.
Mais ce qui marque tout de suite quand on rentre dans l'église, ce sont ces immenses
tirages suspendus issus de sa série « Architecture of Density », l'architecture de la densité.
Il a commencé à prendre en photo de vieux immeubles de Hong Kong, mais il n'était
pas satisfait.
Il s'est alors rappelé de ce que faisait son professeur Otto Steinert qui prenait un
tirage, en pliait les bords encore et encore jusqu'à la recadrer à l'extrême.
Il décide donc de cadrer ces images de manière beaucoup plus serrète qui correspond parfaitement
à son sujet de gigantesques immeubles dans lesquels la population est entassée dans
un des endroits du monde à la densité humaine la plus importante.
Le cadrage serré au téléobjectif rend le spectateur un peu prisonnier de l'image
et fait perdre toute notion de perspective et d'échelle.
Impossible pour nous de savoir si l'immeuble fait deux fois, cinq fois ou trente fois cette
taille.
Le choix de la scénographie est astucieux ici, le visiteur peut tourner autour des photos
dont les tirages gigantesques sont suspendus dos à dos et se perd ainsi encore plus dans
ce décor sans échelle.
Mais alors, commencez à l'intérieur.
C'est la question qu'on lui a beaucoup posée.
Il a voulu y répondre et a donc entrepris de photographier l'intérieur de 100 de ses
appartements d'une surface de 10 pieds sur 10, soit environ 9 mètres carrés.
Il raconte avoir constitué la série très rapidement.
En quelques jours, il lui arrivait, posait son trépied au niveau de la porte et ne prenait
que trois ou quatre photos au grand angle en demandant à ses sujets de prendre l'expression
la plus neutre possible.
En effet, ce qui l'intéresse n'est pas tant l'individu, son visage, que l'expression
de son individualité dans le décor.
Malgré cet espace réduit et quelques points communs, on constate que chacun a trouvé
son individualité, sa manière d'organiser son espace de vie.
Autre grande ville d'Asie bien connue pour sa densité, Tokyo.
Comme dans de nombreuses grandes villes aujourd'hui, chaque jour, les travailleurs doivent prendre
le métro pour rentrer chez eux en banlieue, les loyers du centre-ville étant trop chers.
La particularité de Tokyo étant que la densité de population est tellement importante que
les usagers sont littéralement compressés contre les vitres du métro constellées de
buées.
Dans sa série Tokyo Compression, Michael Wolff photographie depuis le quai ses visages
de zombies interchangeables qui tour à tour ferment les yeux, tentent de ne pas être
trop collés à la vitre ou adressent un regard plein de défiance aux photographes.
Le cadrage serré, presque étouffant, le contour de la vitre, la buée, les visages
fatigués et les teintes bleu-vert donnent une puissante unité à la série et font
très bien passer le message de l'inhumanité de ce trajet quotidien aller et retour.
Comme pour la série Architecture of Density, impossible pour le spectateur de sortir de
cette image prison, tout comme il est impossible à ses acteurs d'échapper à leur enfer
bleuté quotidien.
Mais Michael Wolff n'a pas photographié qu'en Asie.
Quand il arrive à Chicago pour présenter un projet, c'est le crépuscule et il réalise
qu'avec les lumières allumées à l'intérieur des bâtiments, il pouvait regarder à travers
toutes les fenêtres et voir les gens travailler et vivre.
Contrairement à Hong Kong, Chicago est une ville transparente.
Sa série Transparent City, bien qu'abordant une perspective qui se rapproche de Architecture
of Density, donne un résultat bien différent.
Wolff s'attache à ne photographier qu'au crépuscule, moment qui permet à la fois
de distinguer les bâtiments et ses occupants.
Ce qui l'intéresse ici est ce qui se passe à l'intérieur des bâtiments.
Il passe au peigne fin chacune de ses photos pour trouver des détails humains présentés
ici aux côtés des photos architecturales.
A travers toutes ces séries très différentes, on comprend que Michael Wolff n'est pas
arrivé avec une idée préconçue d'une ville.
Il l'a explorée, la ressentie s'est laissée porter par ce qu'il trouvait visuellement
et culturellement intéressant, spécifique à la ville et à travailler dessus.
Comme il le dit lui-même en interview, il ne l'a pas décidé consciemment,
mais le sujet qui recouvre tout son travail est celui de la vie dans les mégalopoles.
Il souhaite montrer à quel point il peut être horrible et oppressant d'y vivre.
Mais il n'est pas parti de cette idée de manière consciente.
Il s'est laissé porter par ce qu'il avait envie de photographier.
Par la mission qu'il ressentait de documenter ce qui est parfois en train de disparaître,
et cette thématique globale a naturellement émergé de son travail.
Je pense qu'il y a deux leçons photographiques à retenir pour vous.
La première, c'est que vous ne pourrez pas tout dire en une série et encore moins
en une seule photo.
Aucune des images de Michael Wolff présentées aujourd'hui ne ferait sens toute seule.
C'est le travail en série, en corpus d'œuvre, qui donne un sens à ces images.
Mais au-delà de cela, on voit que son travail gagne encore en signification quand on passe
au niveau supérieur en le prenant dans son ensemble.
Comme on l'a vu, ses différents travaux ont tous une approche différente qui est
adaptée au sujet.
Malgré cela, ils se complètent car ils ont le même grand thème, celui de la vie dans
les mégalopoles.
La seconde, c'est qu'il ne faut pas trop intellectualiser votre démarche trop vite.
Michael Wolff sait aujourd'hui davantage sur quoi il travaille.
Peut-être que cela lui permet d'avoir une certaine clarté dans ce qu'il veut faire,
mais cela n'a pas toujours été le cas.
Son sujet de fond, ce qui marque son œuvre, a émergé naturellement de son travail et
pas l'inverse.
Cela a pris une décennie complète.
Si vous comptez vous exprimer en photographie, laissez votre intuition parler et laissez
le temps au temps.
Cette vidéo fait partie d'une série réalisée aux rencontres de la photographie d'Arles
2017 que je remercie de m'avoir permis de tourner sur les lieux d'exposition.
Si elle vous a plu, pensez à mettre un pouce bleu et à la partager à vos amis, surtout
que cela peut intéresser des gens qui ne sont pas forcément photographes.
Je publierai bientôt les autres vidéos de cette série sur la chaîne, alors n'hésitez
pas à vous abonner et à cliquer sur la petite cloche pour ne pas rater les suivantes.
Je vous donne rendez-vous dans la prochaine vidéo et d'ici là, la discussion continue
dans les commentaires.
A bientôt et bonnes photos !