COMPLORAMA : COP29, le changement climatique dans le radar des complotistes
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La COP29, le retour de Donald Trump, les inondations en Espagne... L'actualité nourrit les théories du complot les plus folles. Cet épisode de Complorama dissèque les discours qui nient ou minimisent le changement climatique, et analyse comment ils se propagent, de la sphère politique aux réseaux sociaux.
00:00:54 LE MOMENT COP 29
00:10:47 LES INONDATIONS EN ESPAGNE
00:16:50 LE CLIMATO-COMPLOTISME A-T-IL DE L'AVENIR ?
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Bienvenue dans Complore à main, un podcast France Info avec... Rudi Reichstadt, directeur du site Conspiracy Watch.
Et Tristan Mendès-France, maître de conférences associé à l'Université de Paris spécialisé dans les cultures numériques.
Et pour nous accompagner, Pauline Penanek de France Info.
Arrêtons le théâtre et passons aux choses sérieuses. La petite phrase est signée Simon Steele,
le secrétaire exécutif de l'ONU Climat, à la reprise des négociations de la COP29 en Azerbaïdjan.
La grande réunion sur le climat se termine sans réel changement,
alors que le maintien des accords de Paris ne tient qu'à un fil avec la réélection du président Trump.
Pour la complosphère, c'est simple, le réchauffement climatique n'existe pas.
Et malgré les événements de ces dernières semaines en Espagne ou aux États-Unis,
vous allez le voir, le climato-complotisme prospère.
Le changement climatique dans le radar des complotistes, c'est le 77e épisode de Complore à main.
Nous n'avons pas de problème de réchauffement climatique.
Ils n'utilisent plus ce terme de toute façon, parce que, comme vous pouvez le voir, la planète devient...
Il fait très frais aujourd'hui, n'est-ce pas ?
Mais ce n'est pas le réchauffement de la planète, parce qu'à certains moments,
elle commence à se refroidir un peu, comme maintenant, comme à cette période de l'année.
Et comme ils se font avoir avec le réchauffement global, ils l'ont changé.
Vous savez quel est le terme qu'ils utilisent maintenant ?
Le changement climatique.
Ainsi, s'il fait plus chaud, tout va bien.
S'il fait plus froid, s'il pleut, s'il neige.
Au milieu de l'été, c'est le changement climatique, vous savez.
Et tout cela n'est qu'une vaste supercherie.
Vous l'avez reconnu, Donald Trump, le 3 novembre dernier,
lors d'un meeting de campagne avant sa réélection en tant que président des États-Unis.
Bon, vous l'avez remarqué, on parle beaucoup de Donald Trump en ce moment dans Complore à main,
mais il est vrai que son élection change beaucoup de choses.
Tristan, concernant le sujet qui nous intéresse aujourd'hui, le climat, quelle est sa position ?
Franchement, Trump n'a pas beaucoup bougé sur la question du climat,
et il a une empreinte climato-complotiste qui date de nombreuses années,
et bien avant même qu'il soit élu.
Alors il y a quand même un moment phare, disons,
notamment de sa présence sur Twitter,
où Trump avait expliqué, notamment en 2012,
que le réchauffement climatique était une invention des Chinois
pour rendre l'industrie américaine non compétitive.
Ça, c'était bien avant qu'il soit élu.
En 2015, pendant la campagne présidentielle,
il avait déjà qualifié le réchauffement climatique de « hoax »,
le fameux « hoax » qui veut dire « canular » en français,
et il avait promis d'ailleurs à l'époque de retirer les États-Unis des accords de Paris,
ce qu'il fera quelques années plus tard.
Alors à partir de 2021-2022,
il va reprendre ce terme de « hoax » à plusieurs reprises,
en qualifiant encore une fois le changement, le climat,
d'être à la fois de « canular », de « supercherie » organisée par on ne sait trop qui.
Et puis il a évidemment, pendant la campagne présidentielle en 2024,
encore réitéré le fait qu'il souhaitait se retirer des accords de Paris.
Oui, et là on a une COP 29,
dont l'enjeu est de trouver un accord sur un montant de financement
pour aider les pays en développement à réussir leur transition verte.
Mais le problème, c'est que le contexte de cette COP,
il est marqué par le prochain retour d'ici deux mois de Donald Trump aux affaires,
puisqu'il sera investi en janvier 2025, président des États-Unis,
et on sait qu'il avait sorti les États-Unis des accords de Paris.
Joe Biden a réintégré les accords,
et là il a annoncé son intention en plusieurs reprises,
il a dit d'en sortir de nouveau.
Et d'ailleurs il continue de peaufiner son équipe avant l'investiture,
donc le 20 janvier prochain, on l'a dit.
Dernière nomination à l'énergie, il l'a choisie,
Chris Wright, c'est un climato-sceptique soutenu par les pétroliers.
Quel signal en voient ces nominations, Tristan ?
Clairement que le climato-scepticisme ou le climato-complotisme
va entrer encore une fois à la maison blanche.
Et probablement encore plus, de façon encore plus marquée,
que lors de son premier mandat, clairement.
Alors sur la liste des profils, franchement c'est assez déroutant,
on a encore une fois l'administrateur de l'agence de protection de l'environnement,
le secrétaire à l'énergie,
le secrétaire à la sécurité intérieure,
le ministre des affaires étrangères,
le secrétaire à la défense, bref,
tous ces individus ont tous, à minima,
une empreinte climato-sceptique, quand c'est pas pire.
Toutes ces personnes-là vont potentiellement entrer en poste
à la maison blanche d'ici quelques mois.
Mais on a aussi d'autres profils qui gravitent autour de Trump,
notamment Vivek Ramaswamy,
qui sera missionné par Trump en duo avec Elon Musk
pour dégrossir, si on veut, l'État fédéral.
On en avait parlé lors de notre précédent complorama.
Et ce Vivek Ramaswamy qui disait lors du premier débat
des primaires républicaines le 23 août 2023
que l'agenda du changement climatique était,
encore une fois, un hoax, un canular.
Mais on a aussi le Robert Kennedy Jr.
qui, s'il n'est pas officiellement un climato-sceptique,
il ne s'est pas affiché comme tel,
a malgré tout relayé des théories qui s'en approchent
comme celles des chemtrails
qui imaginent que des avions de ligne ou militaires
saupoudreraient secrètement des produits chimiques
soit pour nuire à la population ou contrôler la population
ou encore modifier le climat.
Comme ici, c'était le 21 septembre dernier.
L'obésité n'est pas génétique.
Ce n'est pas de votre faute.
C'est parce que nous vous empoisonnons en masse
et nous devons y mettre fin.
Dès le premier jour, nous allons déclarer l'état d'urgence
comme nous l'avons fait pour le Covid.
Il s'agira d'une urgence liée aux maladies chroniques.
Nous allons éliminer le fluor de l'eau,
les produits chimiques de l'alimentation.
Nous allons éliminer les chemtrails,
les produits chimiques des chemtrails
et nous allons nous débarrasser de tous ces produits chimiques
qui contiennent un millier d'ingrédients interdits en Europe.
Et je sais comment le faire.
Ces images sont intéressantes parce qu'on voit RFK Jr.
Robert Francis Kennedy Jr.
intervenir aux côtés de Tulsi Gabbard
qui, comme lui, est une ancienne démocrate.
Ils ont un point commun.
Aucun des deux n'est climato-sceptique.
RFK est même avocat en droit de l'environnement.
Mais tous les deux se sont alliés à la présidence
qui s'annonce comme la plus climato-sceptique de l'histoire des Etats-Unis.
Il faut rappeler que la première administration Trump
qui a gouverné de 2017 à début 2021,
sans même parler de son désengagement en matière de diplomatie climatique
dans les accords de Paris,
a adopté une série de mesures sur la réglementation environnementale existante
notamment en assouplissant les normes en faveur des industries fossiles,
des véhicules individuels à essence.
Trump avait par exemple annulé le plan mis en place par Barack Obama
de réduction des émissions de carbone des centrales électriques.
Il avait aussi levé des restrictions sur les émissions de méthane
des industries pétrolières et gazières.
C'est pour ça que c'est assez étrange de voir RFK Jr.
parler au nom de la santé publique et de la protection de l'environnement
en agitant un épouvantail complètement imaginaire,
les chemtrails.
Rappelons que ça n'existe pas, c'est un pur mythe complotiste.
Comme s'il fallait faire oublier que les mesures
que ça prête à prendre Donald Trump en matière d'environnement
vont elles avoir des conséquences pour le coup très concrètes.
Et revenons sur cette COP 29 qui s'est clôturée le 22 novembre.
Est-ce que ce moment COP a attisé la complosphère Tristan ?
Oui, il n'y a pas trop de doutes là-dessus
comme à chaque COP.
D'ailleurs on avait déjà fait un complorama en 2023
pour la COP 26 où on avait déjà noté
qu'il y avait une sorte d'effervescence complotiste
durant ce moment COP tout simplement parce que
la question du climat revient au centre de l'actualité.
On en débat beaucoup plus, les médias le couvrent beaucoup plus.
Donc c'est une séquence
où clairement la complosphère
va essayer de s'emparer de ces questions pour essayer d'augmenter
sa visibilité ou interagir avec les faits d'actualité du moment.
Et puis ces COP sont aussi des moments
où on va essayer d'établir
des politiques internationales qui peuvent être
parfois des contraintes, des limitations,
qui vont être imposées aux certains États.
Donc c'est des réflexions qui vont être menées sur ces thématiques-là.
Et tout ça, c'est du fuel potentiel pour toute la fantasmagorie complotiste.
Rudy, avec toi on peut peut-être refaire un point
sur ces différents termes qu'on entend
climatocomplotisme, climatodénialisme,
climatocepticisme, quelles sont les différences ?
Oui, ils sont souvent confondus et qui ne sont pas synonymes.
Le climatocepticisme, c'est le terme qui s'est le plus souvent imposé
médiatiquement. C'est l'idée, le scepticisme,
qu'on n'en sait rien, qu'on ne sait pas ce qui se passe, qu'il n'y a aucun consensus scientifique
là en l'occurrence sur le réchauffement climatique
ou sur son origine, l'origine anthropique,
l'idée que c'est l'activité humaine et donc les émissions de CO2
qui participent et qui aggravent ce réchauffement.
Le climatodénialisme, c'est un peu différent,
c'est l'idée que ça n'existe pas, que le réchauffement ou même le changement
climatique est un pur mythe, un hoax
comme dirait Trump et ses partisans.
Le climatocomplotisme, je crois qu'on franchit le pas du
complotisme quand on commence à expliquer que
l'inquiétude autour de cette question-là
est entretenue délibérément pour des raisons
complètement étrangères à l'état réel du climat et dans le cadre d'un agenda
inavouable pour servir des intérêts cachés.
Et puis, il y a un autre terme qu'on entend ces derniers temps également,
c'est le terme de climatorassurisme
avec l'idée que, très bien, on admet qu'il y a bien un changement
même un réchauffement climatique et voire même que
l'activité humaine y est pour quelque chose, mais
au fond que ce n'est pas si grave. En fait, on cherche à se rassurer,
d'où le terme de rassurisme, en minimisant
la gravité de cette crise climatique, sa rapidité, ses conséquences
sur notre capacité à continuer à vivre
normalement, avec l'idée que l'homme a toujours su s'adapter
et qu'il en sera de même à l'avenir. Alors, pourquoi pas,
mais à quel prix ? C'est un sacré pari.
Beaucoup de force aux Espagnols, parce que là, ce qu'ils vivent, vraiment, c'est chaud.
Et je ne sais pas ce que vous en pensez, mais dire
que c'est une catastrophe naturelle, j'ai des gros doutes.
Parce qu'il est quand même tombé en deux jours
l'équivalent d'une année.
Et quand on voit la violence de cette catastrophe,
moi, je n'appelle pas ça une catastrophe naturelle,
quand on voit avec leurs machines, le projet ARP et tout,
vous êtes au courant, le projet ARP,
ils peuvent faire ce qu'ils veulent avec le climat, ils peuvent modifier
le climat avec leurs machines. On a vu un électromagnétaire en Turquie et tout.
Et ce qui est quand même bizarre dans cette histoire, c'est que ça,
c'est arrivé que juste après un tweet,
où l'Espagne annule un contrat d'armement avec Israël.
Donc,
il n'y a pas de place pour le hasard,
il n'y a pas de hasard dans la vie.
Et ça, c'est pas naturel.
En tout cas, moi, j'y crois pas trop.
Avec le projet ARP, ils peuvent faire ce qu'ils veulent avec le climat.
Extrait d'une vidéo d'un internaute repéré par le compte
L'Expat sur le réseau social X.
Les inondations qui ont dévasté le sud-est de l'Espagne
le 29 octobre ont fait plus de 200 morts.
Après Valence, Malaga a été touché le 13 novembre.
Et sur les réseaux sociaux, les fake news et les théories
du complot se sont multipliées, Tristan.
Oui, c'était évidemment assez attendu.
On sait que le complotisme est en général indexé
à l'ampleur du drame
qui est couvert notamment par les médias.
Et là, dans le sonore qu'on vient d'entendre,
on a l'un des récits complotistes qui est venu
se greffer sur ce drame
et sur les différents drames liés au climat
auquel on a assisté ces dernières semaines et ces derniers mois.
Et on voit bien que ça dépend en gros
des niches complotistes qui vont s'emparer de la séquence.
Chacune d'entre elles a sa propre lecture,
si vous voulez. Pour certains, ça va être
les globalistes, de façon assez
énigmatique. Pour d'autres, comme pour la séquence
qu'on vient d'entendre précisément, il y a ce fameux projet
américain ARP, H A A R P
dont on a parlé de nombreuses fois ici sur Complorama
qui est un projet américain, simplement d'étude scientifique
de la ionosphère, mais qui est perçu comme une entité
qui peut maîtriser le climat, faire des séismes,
des tornades autour de la planète. C'est ce qui est évoqué dans le sonore
qu'on vient d'entendre. Et puis on a d'ailleurs
toujours dans ce sonore une autre lecture, qui est cette fois-ci
géopolitique, qui est assez improbable et assez inquiétante, il faut le dire,
où on considère que ces
pluies torrentielles étaient le résultat
du fait que l'Espagne aurait rompu
un contrat militaire avec Israël.
Une mesure de punition, de rétorsion.
Oui, et puis là, Israël serait quelque part
impliqué dans cette attaque
climatique contre l'Espagne.
Bref, là, on a des figures qui sont à la fois inquiétantes, qui dérivent
vers aussi un antisémitisme à peine
voilé. Non, mais ce qui est fascinant, c'est qu'on a encore
une fois le marque, le symptôme
que chaque communauté, en fonction
de leurs préjugés, de leurs inclinaisons,
vont projeter sur ce drame
toutes leurs croyances et leurs fatras complotistes.
C'est systématique, c'est assez déroutant et ça va se multiplier
parce que le changement climatique va créer
d'autres drames comme cela.
Il y a une théorie qui dit qu'un bateau aurait déclenché ces pluies torrentielles.
Oui, alors ça, c'est une fake news qui est apparue
à partir de la vidéo d'un navire
central électrique, ça existe,
qui, dit-on, aurait été aperçu près de Valence
avant la catastrophe. En réalité, c'est un bateau
qui a été filmé au large des Canaries, c'est-à-dire à près de 2000 km
de Valence, des inondations.
Et les images, en plus,
ont été tournées le 25 septembre 2024,
soit plus d'un mois avant les inondations
à Valence. C'est des images qui ont été récupérées
de TikTok, en l'occurrence, mais
certains y ont vu une sorte de harpe flottante
parce que c'est un bateau central électrique, on dirait
qu'il porte des antennes, un peu comme l'installation de harpe
en Alaska. Mais évidemment, ça n'a aucun rapport.
Et rappelons que l'exécutif local à Valence est
climato-sceptique. Oui, c'est une coalition de conservateurs
du Parti populaire et du Parti
d'extrême droite Vox, qui gouverne la région
de Valence. Or, c'est de ce côté-ci du spectre
politique espagnol qu'on a une longue tradition
de déclarations climato-sceptiques.
Et ces déclarations finissent aussi par se traduire en actes. Par exemple,
il est reproché au président de la région, Carlos Mazón,
de n'avoir pas prévenu la population à temps, malgré les
alertes des services météo, de ne pas avoir su organiser
les secours, en laissant la population livrer
à elle-même pendant plusieurs jours. Et puis surtout, il y a eu
des coupes budgétaires liées à la prévention des risques
météo, et le renoncement par cet exécutif
local à un projet d'unité
d'urgence, qui avait été élaboré par le gouvernement précédent,
et dont une des missions, précisément, était d'apporter une réponse efficace
à ce genre de catastrophes climatiques.
Donc on a vu des presque 200 000 personnes, entre
130 et 180 000 personnes, à Valence, manifester
contre ce gouvernement local.
Voilà, on a des gens
au Parti populaire qui expliquent
que, par exemple, je le cite, vous faites venir
les 100 meilleurs scientifiques du monde, ils ne peuvent pas vous dire avec une probabilité 100%
s'il va pleuvoir à Séville après-demain. Il y a des pseudo-scientifiques,
là ils parlent des climatologues, qui savent ce qui va se passer dans 300 ans avec le
changement climatique. Voilà, c'est ce genre d'argument qui confond tout,
climat et météo, qu'on entend de ce côté-ci.
Une des premières questions qui
vient, c'est oui, mais alors pourquoi ? Pourquoi mentir ?
Pourquoi alarmer tout le monde sur le climat ? Quel est l'intérêt
d'alarmer tout le monde sur le climat ? Évidemment, la réponse,
elle est immédiate. L'intérêt est de confisquer les libertés publiques
à une échelle jamais atteinte dans l'histoire de l'humanité.
L'intérêt est de pouvoir obtenir de nouveaux impôts, de nouvelles taxes,
de limiter la circulation des biens et des personnes, de rendre
tout le monde coupable, comme pendant les crises
millénaristes. Vous êtes coupable, vous allez finir en enfer, c'est l'an 1000.
Et donc, si vous ne payez pas à votre clergé préféré,
vous allez en enfer. Et là, c'est la même chose, si vous ne payez pas,
vous allez détruire la planète, vous êtes donc un salaud
ou vous êtes donc climato-sceptique, qui est
du marketing négatif, méthode très ancienne.
On va l'utiliser comme bourgeois pendant la révolution bolchévique.
Quand on veut stigmatiser quelqu'un, on lui colle une étiquette
qui est présentée dans les médias comme une étiquette infamante.
Dans son dernier baromètre, l'agence de la transition écologique
constate qu'environ un tiers des Français ne sont pas
convaincus par l'implication de l'effet de serre dans le changement
climatique. C'est un chiffre en légère progression.
Et dans ce contexte, les paroles complotistes gagnent en audience.
On l'entend ici avec ce youtubeur populaire,
Idrissa Berkane, dont la chaîne cumule plus d'un million d'abonnés.
Cette vidéo, publiée le 16 août 2023, a été vue
plus d'un demi-million de fois.
En quoi, Rudi, ce qu'on vient d'entendre, ça pose problème ?
C'est un discours typiquement climato-complotiste, on en parlait
à l'instant. Ici, on a une figure connue et très
controversée de la complosphère, Idrissa Berkane,
qui est illustrée pour ses fake news à répétition,
et son penchant complotiste avéré,
qui propose carrément un schéma explicatif.
Ce n'est plus seulement un scepticisme à l'égard du réchauffement climatique,
c'est un modèle d'interprétation. Ce serait pour des raisons
inavouables qu'on agiterait le spectre du réchauffement,
qu'on mentirait, il parle de mensonge quand même.
Et en l'occurrence, pourquoi ? Pour mettre en place ce qui s'apparente à une dictature.
C'est très clair dans ce qu'il dit, et ça fait fond sur le thème
de la mise en place de mesures contraignantes, comme une fiscalité verte,
par exemple, conçue comme des étapes vers
la mise en place d'une dictature climatique. C'est un terme qui revient
de plus en plus souvent, après celui d'ailleurs de dictature sanitaire,
au moment du Covid et de la vaccination.
Autrement dit, il nous parle d'un régime totalitaire,
ou en tout cas autoritaire, et ultimement, ce qu'on observe aussi
dans la complosphère depuis longtemps, c'est que tout ça
travaillerait à la mise en place d'un nouvel ordre mondial, alors qu'il prend la forme
soit d'un régime d'extrême droite, soit d'un régime communiste,
selon les chapelles auxquelles on a affaire.
A noter que le son qu'on vient d'entendre, là, c'est extrait
d'un entretien avec Christian Gérondoux,
ingénieur et auteur climato-sceptique,
qui va jusqu'à expliquer que le GIEC, le fameux groupe d'experts
intergouvernemental sur l'évolution du climat, est, je cite,
dans les mains des vers allemands, les vers, les écolos
allemands. Voilà. Là aussi,
on franchit, quelque part,
ce qui sépare le climato-scepticisme du climato-complotisme.
Ce que je note de façon assez globale, on l'avait déjà dit ici,
c'est qu'on a vraiment assisté à une
bascule des communautés complotistes
qui sont passées vraiment,
qui ont migré, si on veut, de la question
du Covid. On basculait ensuite
sur la séquence
de l'invasion russe de l'Ukraine.
Et puis, on, finalement, terminait sur le
climato, sur la question du climat, avec le climato-complotisme.
On avait d'ailleurs des études
de David Chavalarias, qui était un scientifique
qui s'est penché sur ces différentes données, notamment sur
les plateformes sociales, qui avaient bien identifié cette migration
des communautés complotistes, qui passait d'un sujet à l'autre
pour terminer aujourd'hui sur le climat.
Je trouve aussi assez intéressant, si tu le mentionnais Rudy,
cette bascule, disons,
sémantique des termes. Et le fait qu'on ait calqué
des termes comme dictature
sanitaire, durant la période du Covid, que
toutes ces mots
particuliers, qui ont une charge forte émotionnelle,
se soient transvasés, si vous voulez, sur la question du climat,
avec une dictature, cette fois-ci, climatique.
Les mots ont un sens et les mots ont une efficacité. Ils encapsulent
aussi un message, et clairement, ce message est en train de migrer
de la thématique du Covid à celle du
climat. Et puis, dernière chose, un peu prospective,
c'est que toute cette problématique
sérieuse du changement du climat va
et commence déjà à impacter une thématique
extrêmement forte et inquiétante, qui est celle
des réfugiés climatiques. Et
il n'y a pas de doute, pour moi, que dans l'univers
de la complosphère, il va y avoir un mix, si vous voulez,
ou un croisement des problématiques liées du
climat à celle de la migration.
Il y a le complotisme autour de la migration avec le
grand remplacement, il y a du complotisme autour du climat,
il y aurait potentiellement un mix entre les deux, avec
une sorte de concept complotiste de
grand remplacement climatique, par exemple.
Donc, à suivre dans les mois ou dans les années qui viennent.
Exactement, comme on a autour de l'IVG, avec l'idée que l'IVG sert
en réalité à faciliter le grand remplacement démographique, etc.
Il y a aussi une vidéo qui a fait beaucoup de bruit
sur YouTube dernièrement, c'est celle du YouTuber
Raptor. Qui est-ce, Rudy ?
Son premier nom, c'était le Raptor Dissident, pour dire à quel point il se
rattachait à cette mouvance dite de la dissidence, alors qu'il y a
une manière de désigner ce qui se passe
à l'extrême droite, du côté de Soral et d'Eudonné.
Il était très influencé, on le sait, par Alain Soral. Il s'appelle en fait
Ismail Ouslimani. Il a refait parler de lui,
il a eu énormément de succès à une époque. Mais là, ça faisait
depuis avril 2022 qu'il n'avait pas publié de vidéo,
donc depuis plus de deux ans. Et là, le 8 septembre dernier,
il a publié une vidéo de plus d'une heure, intitulée
Réchauffement climatique, deux points, décryptage, une arnaque mondiale.
On coche toutes les cases. Et elle cumule
plus de 800 000 vues à l'heure actuelle
sur Youtube, cette vidéo, qui se base en fait
sur l'ouvrage d'un climato-sceptique américain
qui est très cité par, évidemment, le corps de Trump
pour déréaliser cette histoire de changement climatique.
Donc il n'y a rien de nouveau, spécialement, ces arguments
très très connus. Mais ça ne l'a pas empêché d'avoir énormément d'attraction.
Et ce qui est intéressant, c'est qu'il revient dans le jeu avec une vidéo
sur le climat, alors qu'il était silencieux pendant plus de deux ans.
Ça illustre en fait assez bien la contamination des
communautés complotistes par la question du climat.
Là, on a un individu qui est donc un militant plutôt d'extrême droite,
un masculiniste, qui est d'ailleurs plutôt
spécialisé à l'origine d'une sorte de coach
sportif, quelque part, et qui n'est absolument pas
spécialisé sur les questions du climat.
Mais qui s'empare de cette thématique, clairement, pour essayer
d'élargir l'assiette de son audience.
Et je note une chose qui est assez
inquiétante, c'est qu'il s'adresse essentiellement
évidemment à un public très jeune. La façon qu'il a parlé,
le côté dynamique de sa vidéo, clairement son audience
est extrêmement jeune. Donc avoir autant d'audience
arriver à capter l'audience de ces jeunes avec
ce discours climato-complotiste,
c'est un signal plutôt inquiétant pour l'avenir.
Justement, est-ce que le climato-complotisme a de l'avenir ?
Je crains que mécaniquement, oui.
Tout simplement parce que la question du climat
va devenir de plus en plus prégnante avec le temps.
Et donc, inévitablement,
la couverture médiatique,
le fait que les États s'emparent
de cette question et peut-être imposent des restrictions,
ça va nourrir clairement les communautés complotistes,
ça va leur donner du fuel, du matériau sur lequel travailler.
Mais c'est aussi le symptôme de façon plus globale
évidemment, d'éditement du crédit
de toute parole d'expertise dans son ensemble.
La question du climat, c'est global, ça concerne
toute la planète et c'est une question absolument centrale.
Dernière chose peut-être, c'est aussi
cette question du complotisme
climatique va clairement être, si elle ne l'est pas
déjà une carte maîtresse
dans le jeu politique de tout dirigeant
populiste d'extrême droite de la planète.
Autant dire que le populisme aujourd'hui a plutôt le vent en poupe
donc clairement les signaux sont les nuages
s'amoncèlent malheureusement.
Il faut bien voir factuellement à quoi on est confronté.
Le haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés vient
d'expliquer que le nombre de pays confrontés à des risques climatiques
extrêmes devrait passer de 3 actuellement
à 65 en 2040
donc dans les 15 prochaines années.
Par conséquent on va parler de plus en plus de ce sujet
les médias complotisent vont aussi parler de plus en plus
de ce sujet, ça ne fait aucun doute, je te rejoins là-dessus.
Maintenant j'aimerais évoquer une idée reçue
parce que ça nous dit aussi quelque chose du complotisme
cette séquence. Le complotisme propose
des explications simples à des problèmes compliqués
or là on a l'illustration de tout autre chose
on a des explications à la fois fausses et compliquées
à des problèmes qui sont eux-mêmes complexes.
S'agissant du climat, on dispose d'un modèle explicatif, rationnel
étayé par des travaux scientifiques, on sait
pourquoi ces épisodes climatiques extrêmes se produisent
on a des milliers de pages et d'études qui ont été écrites et publiées
depuis des décennies maintenant
sur le sujet et qui convergent pour pointer le rôle crucial
de l'activité humaine dans le réchauffement des océans
et de l'atmosphère. Mais à ce constat scientifique
les complotistes préfèrent chercher des boucs-émissaires
et des boucs-émissaires cachés, tapis dans l'ombre
et des scénarios dignes d'une mauvaise série sur Netflix
à mon avis ça montre que le complotisme
c'est surtout une manière de prendre ses désirs pour des réalités
ou de se mettre à l'abri du réel. Or c'est un problème
de se mettre à l'abri du réel parce que ce faisant
le complotisme détourne des véritables défis
qu'on doit affronter collectivement. En d'autres termes, il nous divertit
et il n'est pas sûr qu'on puisse se permettre ce luxe.
Merci Tristan Mendes France, merci à tous, merci Rudy Reichtat
et merci à Aurélia de la Tuilerie
et Clara Gallivelle au son, Hélène Ginestouz
et Cyril Balta à la vidéo. C'est la fin de ce
77ème épisode de Complorama. Merci de nous avoir écoutés
et à bientôt !
