De toutes les productions médiévales d'images, les bibles moralisées sont certainement les plus luxueuses. En les contemplant, on ne peut être qu'envoûté par le luxe de leur parchemin, la brillance de leurs couleurs, l'éclat de l'or. On ne connaît que quatre exemplaires de ces livres qui furent ensuite copiés dans des éditions beaucoup moins somptueuses. Elles furent toutes réalisées sous l'autorité de Saint Louis ou de sa mère Blanche de Castille. Ce feuillet est extrait d'une monumentale bible en quatre volumes représentant 624 folios. On imagine le troupeau de moutons qu'il fallut abattre pour produire un si bel objet ! Elle serait le cadeau fait au roi d'Angleterre Henri III par Saint Louis. La page présentée raconte le début de l'histoire des Maccabées. Entrons dans l'image...
Ce programme vous est présenté en partenariat avec le Monde de la Bible.
L'histoire des Macchabées
Bible moralisée
De toutes les productions médiévales d'images,
les Bibles moralisées sont certainement les plus luxueuses.
En les contemplant,
on ne peut être qu'envoûté par le luxe de leurs parchemins,
la brillance des couleurs,
l'éclat de l'or.
On ne connaît que quatre exemplaires de ces livres
qui furent ensuite copiées dans des éditions beaucoup moins somptueuses.
Elles furent toutes réalisées sous l'autorité de Saint Louis
ou de sa mère Blanche de Castille.
Ce feuillet est extrait d'une monumentale Bible en quatre volumes,
représentant 624 folios.
On imagine le troupeau de moutons qu'il fallut abattre
pour produire un si bel objet.
Elle serait le cadeau fait au roi d'Angleterre, Henri III,
par Saint Louis.
La page présentée raconte le début de l'histoire des Macchabées.
Ouvrage historique,
narrant la révolte des Juifs contre l'occupation grecque
à partir des années 175 avant J.-C.,
les livres des Macchabées ne sont pas très populaires dans l'art chrétien.
Ce sont une succession de batailles,
de meurtres et d'intrigues politiques.
Rédigés en grec,
ils ne font d'ailleurs pas partie du canon des Églises de la Réforme.
Mais pour les auteurs des Bibles moralisées,
ces livres sont un trésor,
car ils conservent de nombreuses péripéties
qui permettent de faire des ponts vers le Nouveau Testament
ou l'histoire de l'Église.
En effet, le propre de ces ouvrages
est de lier un épisode biblique avec un autre,
ou de tirer un enseignement moral.
La première image représente le sacrilège
qui déclenche la révolte des Macchabées.
Le roi grec, Antiochus Epiphan,
décide de faire installer une statue de lui-même
au-dessus de l'autel des sacrifices.
Vêtu comme un monarque du Moyen-Âge,
avec sceptre et couronne,
il ordonne d'un geste impérieux qu'on allume le feu.
Juste au-dessous, la moralisation.
L'épisode biblique évoque les menées du diable,
qui réussit à faire nommer par népotisme
des ecclésiastiques indignes aux plus hautes fonctions.
On voit en effet deux petits démons tendre une clé,
symbole de pouvoir, à un abbé,
tandis que deux moines, dans l'attitude de la mélancolie,
la tête penchée, reposant sur leurs mains,
regardent avec chagrin ce forfait s'accomplir.
La troisième image montre les massacres
que le roi ordonne après avoir pris la région.
Assis sur son trône,
il commande à ses soldats qui ont leur épée levée
de se saisir des enfants encore au sein,
de les pendre à une potence
et de tuer leurs parents.
On reconnaît dans le chapeau vert pointu
ce qui distingue les juifs,
dans un manuscrit qui n'est pas indemne d'antijudaïsme,
à l'image de la monarchie française de cette époque.
La moralisation évoque les désordres
que permettent les princes et les puissants.
Alors que deux moines lèvent la main
en signe de désapprobation,
un clerc, que l'on identifie à sa ton sûr,
ne résiste pas aux séductions
d'une accorte jeune femme.
Il n'a pas vu qu'un autre religieux
s'empare de sa bourse.
L'image au sommet de la colonne suivante
montre la prescription royale
d'adorer sa propre statue.
Avec humour,
l'imagier a présenté deux auxiliaires
de la monarchie en miroir,
aux gestes opposés,
l'un menaçant les juifs,
toujours reconnaissable à leur chapeau pointu,
et l'autre désignant la statue.
L'image qui suit est la moralisation,
qui cette fois est typologique,
c'est-à-dire établit un lien
entre l'Ancien et le Nouveau Testament.
Il s'agit des tentations.
Le texte et l'image unissent
les tentations du Christ,
que l'on identifie à son imbe frappée d'une croix,
et celles des disciples,
qui sont derrière lui.
Enfin vient l'épisode qui lance la révolte,
le refus de Matathias Maccabée
de faire le sacrifice imposé aux idoles païennes.
Alors que les deux personnages jumeaux
de l'image précédente se présentent à lui,
il lève la main en signe de négation,
imité par ses fils,
qui entrent en rébellion avec lui.
Il faut comprendre qu'il est scandalisé,
car c'est sur le scandale
que glose la moralisation.
On y reprend les paroles de Pierre à Jésus,
affirmant qu'il ne le trahira pas,
tandis que Jésus annonce
qu'il le livrera trois fois.
Les deux personnages de l'arrière,
dont l'un arbore une épée,
font allusion à cette arrestation
qui va bientôt intervenir.
Outil de prestige,
puisqu'en faisant exécuter ces splendides objets,
la monarchie française montrait sa richesse,
sa piété et sa culture,
les bibles moralisées nous dévoilent aussi
la subtilité de la théologie médiévale.