Culture "doudou" : pourquoi on adore revisionner ces mêmes films
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France Culture
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55 Vues de vidéo·28 déc. 2024
C'est quoi votre film doudou ?
Bon, c'est les fêtes de fin d'année,
et vous allez revoir pour la centième fois
une comédie romantique,
une saga des années 2000,
où le Père Noël est une ordure.
Rit Michel Blanc.
« Comment vous appelez-vous ? »
« Je m'appelle Thérèse. »
Ces histoires, vous les connaissez par cœur,
vous ne les assumez plus trop aujourd'hui,
et pourtant vous vous accrochez encore à elles,
un peu comme un doudou.
Mais qu'est-ce qu'on va chercher
dans le re-re-re-re-re-visionnage de ces films ?
Spoiler, ça a à voir avec Billie Eilish,
mais aussi Gilles Deleuze et Louis de Funès.
« Je vais vous expliquer, vous allez rire ! »
Louis de Funès, Ravie Jacob, par exemple.
On connaît ces gags, donc on les attend,
donc il y a aussi un plaisir de l'anticipation.
Ça évoque aussi, quelque part,
une sorte de réconfort,
de zone de tranquillité ou d'apaisement.
Cette fonction de revisionnage de films,
comme rituel social et comme balise temporelle,
c'est un peu l'héritier de l'album familial,
ou des diapositives.
J'aime vraiment cette idée de famille de ville et d'art retrouval.
D'ailleurs, on les regarde rarement seuls,
ces films de Noël.
On parle effectivement du cinéma,
mais beaucoup des séries aussi.
On a vu autour de sitcoms,
comme Friends ou I Met Your Mother,
qui mettent en scène des familles ou des collectifs.
Les chaînes de télévision ont bien compris
l'enjeu économique derrière cette période de l'année,
en rediffusant des films de catalogue
quand la famille est rassemblée.
Une rediffusion, c'est plus rentable et moins risqué.
Les droits sont déjà acquis
et le public est déjà fidélisé face à un produit connu.
Déjà, ce sont des films consensuels.
C'est des films où il y a un happy end,
c'est des films où les difficultés sont surmontées
et où on trouve des solutions.
La télé dirait « feel good ».
On sait ce qui se passe, on connaît la fin.
Et aussi, sur cette idée de la transmission,
on sait ce qu'on va montrer à ses enfants,
parce qu'on connaît déjà le film.
On sait qu'il n'y a pas de scène de violence,
donc on est rassuré.
Il y a d'abord les histoires qui se passent
durant la période de Noël
et qui jouent sur ce folklore de fausse neige et de guirlande.
Il y a les histoires chorales qui mettent en scène la bande d'amis.
C'est l'idée du groupe qui fédère et sécurise
qu'on retrouve déjà dans la littérature enfant.
Il y a aussi le récit d'aventure ou d'initiation
et les films plus patrimoniaux
qui évoquent un âge d'or révolu fantasmé.
Ça peut être les comédies françaises des troncs glorieuses
ou les films des années 80
qui évoquent une période avant l'arrivée d'Internet,
une époque bénie de croissance et de consommation
où on sortait jouer dans le lotissement
et où on ne parlait pas encore de réchauffement climatique.
Il n'y avait pas de chômage,
les gens étaient plus heureux,
une forme de légèreté,
enfin voilà, tous les poncifs qu'on entend autour de ces époques.
Mais d'un point de vue historique,
on peut se poser la question.
Quid du traitement médiatique
réservé à la femme dans les années 70 et 80 ?
Quid du rapport au racisme
dans ces mêmes productions ?
Finalement, ces âges d'or
n'étaient peut-être pas si parfaits que ça.
L'accélération du temps perçu, du temps vécu,
l'accélération technologique,
enfin bref, l'accélération globale
du temps ressenti par les sociétés contemporaines
mène inévitablement
à des désirs de régression
qui passent par des logiques de décélération,
dont la nostalgie.
On revient vers cette culture doudou
aussi face à l'abondance de contenu
disponible en un seul clic.
Devant ce vortex de propositions,
on se réfugie vers ce qu'on connaît déjà.
Enfin, on est attaché à ces films aussi peut-être
parce qu'on les a possédés il y a bien longtemps
sur des supports physiques
comme le DVD ou la VHS.
Mais revenons au doudou.
C'est le pédiatre anglais Donald Winnicott
qui a théorisé au XXe siècle ce doudou
comme objet transitionnel
que l'enfant crée quand il se sépare de sa mère
ou de sa figure d'attachement.
Le même Donald Winnicott
avait envisagé que la culture
pourrait aussi jouer cette fonction de transition.
Ce que montre Donald Winnicott,
c'est qu'on se ressource, certes,
mais aussi on va pouvoir
trouver des forces pour explorer le monde.
C'est vraiment un espace
de construction, de créativité,
de travail sur l'imaginaire,
sur les symboles.
Donc la nostalgie, ce n'est pas forcément régressif.
Rassurez-vous.
Selon cette étude de 2012,
elle aurait même des effets positifs sur notre cerveau.
Elle permettrait de réguler nos émotions
grâce à la réactivation de souvenirs rassurants
et aiderait à lutter contre l'anxiété,
un peu comme un antidépresseur.
D'ailleurs, la pandémie de Covid et les confinements
ont au moins permis une chose,
décomplexer le revisionnage d'œuvres réconfortantes.
La chanteuse Billie Eilish
a avoué avoir regardé The Office pour la 15e fois.
On pourrait terminer sur le philosophe Gilles Deleuze
qui expliquait que la répétition
n'est jamais tout à fait la reproduction exacte du même.
Quand à presque 40 ans, je regarde Maman, j'ai raté l'avion,
je le regarde non plus seulement
comme une production culturelle,
mais comme un souvenir de ma propre enfance
et de ma projection de l'époque.
D'où la différence dans la répétition.
Quand vous regardez le film,
entre-temps, vous avez évolué,
donc il y a une forme d'attente,
de fixité de la forme qui est connue.
Mais entre-temps, votre singularité s'est déployée,
vous n'êtes plus la même personne
et donc la réception, les attentes
ne sont évidemment plus les mêmes.
Si vous n'avez pas tout compris à cette vidéo,
vous pouvez la revisionner.
Et sinon, vous pouvez nous dire dans les commentaires
quelle est votre oeuvre doudou à vous.
