La baisse des prix dans les rayons des supermarchés n'est pas "gagnée", prévient Thierry Cotillard
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franceinfo
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4 Vues de vidéo·9 janv. 2025
Bonjour Thierry Cotillard.
Bonjour.
Le début d'année c'est le moment crucial pour vous distributeurs car les négociations
commerciales ont débuté avec les industriels et les agriculteurs, c'est une négociation
importante pour nous consommateurs aussi parce qu'elles vont définir les prix qu'on
va retrouver dans vos rayons dans quelques semaines, quelques mois, donc dès maintenant
j'ai envie de vous demander comment ça s'annonce au moment où l'on parle ?
Et vous faites bien de le dire, c'est maintenant que ça se joue pour savoir à quel prix on
va payer ces courses sur l'année 2025, on est parti avec beaucoup d'espoir, on visait
de la déflation, la baisse des prix et c'est pas complètement gagné, c'est pas gagné
je vais vous l'expliquer pourquoi, parce qu'on a des industriels que je qualifierais presque
d'irresponsables, les très grandes marques, qui sont venus avec des hausses de tarifs
de l'ordre de 6 à 7 voire 8% et donc en fait c'est énorme et c'est totalement décorrélé
de la réalité économique, c'est-à-dire que le tarif d'un industriel, vous savez
il y a deux composantes, il y a le coût industriel et on sait aujourd'hui que le gaz, l'électricité,
le carton, même les coûts de transport puisque le pétrole a baissé, c'est beaucoup moins
cher que l'année dernière et les matières premières qui constituent la deuxième composante
du tarif ont en général baissé de manière significative, je vais prendre le sucre c'est
moins 10% par rapport à un an, l'huile, le blé dur et malgré ça, certains industriels
continuent à nous amener des hausses de tarifs.
Lesquelles ?
Et bien il y a, je vais vous donner deux exemples qui nous ont vraiment choqué, un gros fournisseur
de pet food, le pet food c'est l'alimentation pour les animaux, c'est important pour les
français, la matière première je viens de vous en parler fait moins 4, le tarif fait
à plus 4, un vendeur de biscuits, on en a regardé parce qu'il y avait des matières
premières qui augmentaient, qui étaient à plus 12 en matière première, nous proposent
des biscuits qui vont faire plus 24%, donc nous on comprend une chose, et ce serait bien
que les marques nationales l'assument, l'inflation qui va venir, en tout cas l'espoir d'inflation
pour eux, c'est pour nourrir le dividende des actionnaires, donc on est bien sûr contre
ça parce qu'à la fin si nous, distributeurs, on ne se bat pas dans les box dans les semaines
qui viennent, qui paiera ? Ce sera le consommateur et ce n'est pas l'attente des français.
Il faut se rappeler que l'année dernière le gouvernement avait dû intervenir au sein
même des négociations entre vous et les industriels, ça va se passer à nouveau là ?
Alors, moi je vous décris la situation de ce qui importe le plus, c'est-à-dire les
plus gros distributeurs, les Mondelez, les Nestlé et Consor qui font le gros de la distribution,
la bonne nouvelle, je vais quand même être positif pour bien commencer l'année, c'est
que les PME sont beaucoup plus raisonnables, parce que les PME, elles ont un actionnariat
qui est familial, elles ne dépendent pas de Seattle qui fixe les objectifs de dividende,
et donc le résultat c'est lorsque les marques nationales sont venues cette année en 2025
avec des hausses de 6,40 %, les PME c'est 2,80 %, donc au moment, voilà il y a un énorme
écart.
Donc ce sont les grands groupes en clair qui réflèchent à vous ?
Si je devais faire la synthèse, oui.
Les grands groupes ne jouent pas le jeu et jouent le jeu d'une inflation qui n'est pas
justifiée et donc on va tout faire pour être fort avec les géants et j'espère aidant
avec les plus petits.
Et je précise quand même qu'on leur donnera la parole parce qu'on est dans une période
de négociations.
Et le monde agricole lui aussi il est en colère parmi les nombreuses revendications il y a
celles de la rémunération et souvent là c'est vous qui êtes en position d'accuser
les agriculteurs qui accusent la grande distribution de se faire de l'argent sur leur dos, qu'est-ce
que vous leur répondez ?
On leur répond que, alors il faut bien réexpliquer que la crise elle n'a pas été gommée, c'est-à-dire
qu'en 24 elle était là, elle est encore là aujourd'hui parce qu'en plus il s'est
passé des problèmes de météo, de récolte, d'épidémie pour certains élevages.
Il n'y a pas une solution miracle, vous pensez bien que s'il n'y avait qu'une explication
à la crise agricole on l'aurait trouvée, on l'identifiait.
Pour moi elle est multifactorielle l'explication de la crise et chacun, vous avez raison, a
un rôle à jouer.
Donc on a bien compris les agriculteurs, attente du gouvernement, l'allègement des normes,
des contrôles, mais il y a aussi une responsabilité qu'il faut qu'on assume nous les distributeurs.
Pourquoi ? Parce qu'on intervient indirectement sur leur rémunération, on n'achète pas
directement l'industrielle et dans ce cadre-là on propose d'aller plus loin dans le cadre
législatif.
Je m'explique, il faut qu'on soit plus directif, il faut imposer à l'industriel avant de venir
nous voir négocier ces tarifs, que le prêt agricole soit défini.
C'est ce que vous avez fait avec les produits laitiers.
Exactement, ce qu'on a dit, faute de loi, on a dit « Monsieur Lactalis, cette année
vous viendrez nous vendre votre boîte de lait Lactel que lorsque vous serez mis d'accord
avec votre association de producteurs pour être sûr que le revenu du monde agricole
soit sécurisé.
Le résultat ?
Le résultat, c'est qu'une semaine après il a signé, donc je pense que ça a joué,
mais je ne suis pas sûr que ce soit au bon niveau.
C'est ça qui m'a rendu un peu triste, je pense qu'il y a eu une pression.
C'est vous qui mettez la pression ?
On l'a mis et j'espère que l'année prochaine les agriculteurs sauront tenir face à le géant
de l'industrie dans le lait pour que ce soit mieux rémunéré.
Nous, vous savez, on a notre propre laiterie et on va payer 4, 5, 6 centimes de mieux le
lait que ce géant qui est le numéro un mondial et c'est un peu dommage parce que là, on
ne joue pas le jeu de la répartition de la valeur.
Vous déviez le tir depuis tout à l'heure, toujours sur l'industrie agroalimentaire.
Vous, vous pourriez quand même rogner sur vos marges cette année pour faire baisser
les prix ?
Alors nous, le résultat d'un supermarché, c'est entre 2 à 3 % et toute notre stratégie
et c'est la même chez Leclerc qui gagne la partie, c'est de viser un taux de marge
qui soit un peu moins important chaque année, 0,10, 0,20 pour aller chercher de nouveaux
consommateurs.
Donc, tout le pari que font les mousquetaires cette année, c'est de baisser ses prix en
prenant un peu sur ses marges en taux pour créer de la marge en valeur et c'est ce
qu'on va faire d'ailleurs tout de suite.
La négo elle se termine le 1er mars, donc on pourrait se dire les changements de prix
vont intervenir le 2 mars, une fois qu'on aura fini les négo.
Ce n'est pas ce qu'on va faire, on va faire comme l'année dernière parce que c'est ce
qui nous a fait gagner.
Le 28 janvier, on va commencer à enclencher des baisses de prix en prenant sur nos marges.
Il y aura 1 000 produits, alors c'est la compète, donc on va se comparer avec Leclerc Carrefour
et sur ces 1 000 produits, on va vouloir être les moins chers.
Clairement, vous vous montrez offensif en matière de prix, il y a aussi la concurrence
internationale qui joue concurrence déloyale, dénoncent les agriculteurs.
Alors vous, par exemple, vous avez décidé d'arrêter de vendre des fraises et des cerises
en décembre et en janvier pour soutenir les agriculteurs français, est-ce que cette décision
là, elle pourrait se répercuter sur d'autres produits ?
C'est important de dire que c'est une mesure qui est symbolique, la réalité c'est que
ça ne représente qu'un pour cent du volume des fraises produits par la production.
Mais c'est une décision qui est importante parce que si elle est suivie des autres distributeurs,
ça fera beaucoup plus et puis surtout, c'est de la pédagogie qu'on donne aux consommateurs
pour lui dire que ce serait bien de manger cette saison pour soutenir la Ferme France
mais aussi pour l'écologie.
Donc on l'a fait sur les fraises et ce matin, je suis là pour vous dire qu'on va aller
sur une famille de produits extrêmement importante qui est beaucoup produit en France, c'est
la pomme.
Il y a une marque, il y a même eu un marketing de fait sur une pomme qui s'appelle la Pink
Lady, vous la voyez, elle brille, elle est rose, on voit qu'elle est dans le rayon, elle
vient du Chili.
On a fait le choix chez Les Mousquetaires pour soutenir nos producteurs d'arrêter cette
marque et à partir de maintenant, vous n'avez que de la pomme française dans les rayons
d'intermarché.
Je reviens un peu en arrière sur les produits laitiers parce qu'à l'heure des tartines,
c'est important, le beurre.
Le beurre, il a pris 34% depuis octobre 2021, comment est-ce que vous l'expliquez ?
Eh bien, là, pour le coup, ça a profité aux producteurs de lait, c'est-à-dire qu'on
a eu des augmentations du prix du lait, non pas dans cette proportion parce que la plaquette,
je crois qu'elle est passée d'1,80€ à 2,20€, donc on est plutôt de l'ordre de
30%.
Là, c'est en train de se calmer, l'année dernière, ça n'était que de 1%, mais les
deux années précédentes, ça a été effectivement 30% d'inflation, une grande partie a été
dans le lait et donc c'est une bonne nouvelle, ça a permis de rémunérer mieux les agriculteurs
et puis il y a un sujet de pénurie aussi qui fait qu'il y a eu de la demande à l'export
qui a fait que le prix a flambé.
Et vous confirmez que ça se traduit par des baisses importantes des ventes, les consommateurs
aujourd'hui achètent moins de beurre ?
Il y a une élasticité immédiate, dès que vous dépassez 10% de hausse, les baisses
elles sont sensibles, on le constate sur le beurre, on l'a constaté de manière un peu
dramatique sur la viande, le poisson, ce qui sont des éléments importants puisque c'est
des protéines animales, oui il y a une élasticité donc évidemment les ventes s'en ressentent
derrière.
On parlait de vos choix symboliques pour soutenir l'agriculture française, donc plus de pommes
qui viennent du Chili, pas de fraises ou de cerises quand c'est pas la saison, est-ce
que comme votre concurrent Alexandre Bompard, patron de Carrefour, sur un tout autre sujet
plus politique, vous vous engagez à ne pas acheter des viandes qui proviennent du Mercosur,
c'est-à-dire les pays sud-américains ?
C'est l'engagement qu'on a pris, c'est l'engagement qu'on a pris et on a trouvé très bien, d'ailleurs
que la France qui a soutenu la souveraineté alimentaire soit cohérente et que le gouvernement
français s'y oppose parce qu'on peut pas d'un côté demander des normes et un cahier
des charges beaucoup plus puissants que justement ces pays-là sur le bien-être animal, sur
la manière dont on le produit, donc nous on est solidaires, ce qu'on a dit, bien évidemment
on fera comme nos confrères l'ont annoncé Carrefour, aucune vente de produits bruts
comme le poulet, qui est en plus chargé aux antibiotiques, vous le savez qui vient du
Brésil, mais on va aller plus loin, c'est-à-dire que ça, j'ai envie de vous dire, ça n'est
qu'une partie du sujet, le vrai sujet en fait de ces produits à porter, c'est que ça finit
dans les plats préparés, donc jamais vous n'avez eu finalement en France de poulet
affiché venant du Brésil, par contre dans une paella vous n'êtes pas sûr que le poulet
vienne pas du Brésil et ça vous le voyez pas parce que c'est écrit en tout petit sur
l'étiquette, donc l'engagement qu'on a pris sur nos marques de distributeurs, sur
les marques intermarchées, on a interdit à nos usines qui le fabriquent d'aller sourcer
au Brésil ou en Amérique Latine et ça, je pense que c'est important de le dire parce
que la viande brute c'est bien mais en industrie agroalimentaire il y a aussi beaucoup de produits
bruts qui finissent dans les plats préparés.
Alexandre Montpart et Carrefour, ça leur a attiré des problèmes au Brésil notamment
et vous êtes prêts à les suivre, mais vous n'y êtes pas.
On n'y est pas.
Donc il y a moins de risque pour vous, si on vous écoute ce matin là, vous dites que
les négociations commerciales s'engagent mal alors que l'inflation a ralenti, beaucoup
ralenti.
Vous dites quoi aux Français ? Est-ce que vous arrivez à vous projeter et dire que
dans quelques mois le prix moyen dans les rayons va augmenter de tel ou tel pourcent ?
Vous savez on est à deux mois de la clôture d'Enego, donc j'ai envie de rester sur l'objectif
qu'on a fixé aux équipes.
Moi je leur ai dit d'aller chercher de la déflation, c'est-à-dire qu'on a des outils
industriels.
Je vous l'ai dit, l'électricité baisse, les matières premières baissent.
Il y aura des exceptions, il faut les assumer, le jus d'orange, le café, le chocolat, ce
sera plus cher chez tout le monde parce que la matière première a progressé.
Mais sur tous les autres produits, on est en droit d'aller chercher de la déflation
et de la proposer à nos consommateurs, donc c'est ce qu'on va faire et la chose très
positive c'est que l'inflation a de chiffres, elle est derrière nous.
Vous avez vu le chiffre qui a été publié hier, 1,3 en alimentaire, c'est quelque chose
de raisonnable et ce qui serait super c'est que ça commence non plus à rester à ce niveau-là
mais à baisser dès l'année prochaine.
Des baisses de prix donc en 2025 ?
Il y en aura et puis je tiens à vous dire, la marque nationale, vous comprenez, il y
a cette tension très forte au 1er mars mais sur les marques de distributeurs, on négocie
toute l'année et ce qui est super, c'est que depuis septembre, nos équipes obtiennent
des baisses et donc les marques de distributeurs, je vais vous parler de celles d'inter mais
chez Carrefour, chez Leclerc ou chez U, elles ont baissé en rayon parce qu'elles n'ont
pas obtenu des baisses.
Et elles cartonnent comme l'année dernière.
Exactement.
Thierry Cotillard, le patron d'Intermarché, le groupement Les Mousquetaires, Intermarché
et Casino.
On aura l'occasion d'en parler.
Vous êtes avec nous jusqu'à 9h.
Pour le moment, il est 8h45 et c'est le fil info de Maureen Suignard.
Les autorités de santé insistent, il est encore temps de se faire vacciner contre la
grippe.
La courbe de l'épidémie continue de grimper et dépasse désormais celle de l'année
dernière.
Elle met les hôpitaux sous tension.
Le plan blanc est activé dans une trentaine d'établissements pour rappeler notamment
du personnel.
Les personnes de plus de 65 ans représentent la majorité des malades hospitalisés.
Des incendies féroces dévorent une partie de Los Angeles aux Etats-Unis, au moins 5
morts.
100 000 personnes évacuées et les feux sont toujours incontrôlables malgré le travail
des pompiers.
Certaines bouches incendies sont à cours d'eau.
Emmanuel Macron sera présent ce midi devant le magasin Hyper Cacher à Paris, porte de
Vincennes.
Une cérémonie est organisée pour rendre hommage aux 4 clients qui ont été tués
Dans ce magasin, il y a 10 ans, par Hamedi Koulibaly, l'homme se revendiquait du groupe
terroriste Etat Islamique.
Il a été abattu par la police.
Il domine le podium des ventes d'albums en France.
Pour la deuxième année de suite, le rappeur francilien Roy Renoir confirme son succès
et se place devant PLK et Indochine.
Les artistes féminines restent sous-représentées dans le haut du classement.
Il y a tout de même Billie Eilish, quatrième, devant Zao de Sagazan qui est sixième.
Le 8.30, France Info, Jérôme Chapuis, Salia Braklia.
Et avec Thierry Cotillard, le président du groupement Les Mousquetaires Intermarché
Casino.
En théorie, depuis le 1er janvier, depuis quelques jours, les supermarchés ne peuvent
plus accepter les tickets restaurant pour acheter des produits alimentaires qui ne sont
pas directement consommables, c'est-à-dire autre que les sandwiches, les snacks.
Or, vous, dans la grande distribution, vous êtes accusé de ne pas toujours jouer le jeu,
de continuer à accepter les tickets restaurant, pourquoi ?
Alors, vous faites bien de le préciser, effectivement, c'est encore accepté, mais sur un nombre
de familles de produits beaucoup plus restreints.
On attend une décision, parce que là, c'est un peu pénible même pour nous, puisqu'on
est confrontés tous les jours à des millions de Français qui veulent payer, et pour qui
c'est extrêmement important, parce que ça représente quand même 25 euros par jour.
Donc là, ce que nous disent les conseillers, puisqu'évidemment, on est aux portes des
ministères pour savoir s'ils vont débloquer la situation, c'est que le sujet est au Sénat
la semaine prochaine, et on espère que ce sera vite débloqué pour pouvoir retrouver
un fonctionnement qui soit normal.
Et puis, j'ai envie de vous dire, parce qu'après, derrière, il y a le débat, notamment des
restaurateurs, est-ce que c'est justifié qu'on puisse payer ses courses ? Moi, je
le défends depuis le Covid fortement en disant que les modes de travail ont évolué, c'est-à-dire
qu'on passe quand même une, deux journées à la maison, où on déjeune sur place, on
cuisine, et donc je pense que c'est...
Oui, mais parce que ça vous arrange.
Ça m'arrange, et je défends ma profession, c'est tout à fait normal.
Mais vous n'avez pas répondu, même si c'est pour quelques jours, pour le moment, vous
êtes hors-la-loi, quand vous vendez du sucre et que c'est acheté par des tickets-restaurant.
Nous, on vit dans un monde d'indépendants, les consignes sont claires, c'est de respecter
la loi, et chaque indépendant, après, l'interprète localement.
Mais en même temps, vous ne faites pas de contrôle pour vérifier que tout le monde
respecte la loi dans vos établissements.
Non, parce que c'est des grands garçons, c'est des chefs d'entreprise.
Vous parliez des restaurateurs.
C'est des gens qui sont à l'écoute de leurs consommateurs, c'est la réponse.
600 millions d'euros l'année dernière, c'est ce que disent les restaurateurs, vous leur
faites perdre chaque année 600 millions d'euros.
Vous leur répondez quoi ? Vous leur dites quoi ? Il faut qu'on travaille main dans la
main parce que les gens en ont besoin ?
Oui, je pense qu'il ne faut pas opposer, de toute façon, les circuits de distribution,
tout comme moi, j'ai toujours défendu l'idée qu'il ne faut pas opposer la grande distribution
au petit commerce de bouche, dans une rue, si vous mettez les deux, je pense que tout
le monde peut fonctionner.
Sur le sujet des tickets restaurants, je comprends la position, je sais que Thierry Marx a fait
une proposition, dans le sens de défendre vraiment le sujet de la restauration.
Je n'ai pas de solution à porter, parce que s'il y en avait une, on se serait déjà
bien d'accord.
Mais eux, ils proposent, par exemple, qu'il y ait un double plafond, 20 euros pour la
grande distribution et 40 euros pour les restaurants.
Vous vous dites quoi ?
Pourquoi pas ? C'est des discussions, je pense qu'il faut s'ouvrir à ça, il ne faut pas
s'opposer.
Et pour connaître Thierry Marx, je pense que c'est une personne assez intelligente
pour venir autour de la table et trouver le compromis au nom de la restauration.
Tickets restaurants ou pas, les Français ont sans doute quand même voulu se faire
plaisir pendant les fêtes de fin d'année.
Thierry Cotillard, est-ce que vous avez remarqué un rebond dans la consommation à la fin de
l'année dernière ?
Nous, on a fait des très bons chiffres chez Intermarché, mais c'est aussi lié, vous
savez, au nouveau point de vente casino qu'on a récupéré.
J'ai envie de vous dire, c'est quand même à Noël sous contrainte.
On a senti la morosité ambiante, on a senti que la consommation était un peu plombée
et j'en ai pour preuve les ventes de produits vraiment festifs qui sont en recul.
Des familles très symboliques comme le champagne, comme le foie gras, on en a vendu un peu moins
que l'année dernière.
Ce qu'il faut retenir, il y a surtout des changements dans les modes de consommation.
Les Français sont venus à la dernière minute, les Français ont acheté plus de promotions,
on saisit toutes les opportunités.
Et ce qui est vrai, il y a des vrais bascules, le saumon fait moins 4 et la truite fait
plus 6.
On achète différemment.
C'est ça la réalité de la consommation sur ces fêtes.
On descend en gamme.
Et donc l'enjeu pour nous, c'est justement, on revient en égo, c'est quand on va discuter
avec Delpera, c'est d'essayer de trouver le juste milieu pour rendre accessible le foie
gras.
Vous pensez que l'instabilité politique, économique que traverse notre pays a un impact
direct aujourd'hui sur la consommation ?
Je pense.
On est persuadé qu'en tout cas, l'instabilité, ce flou, il n'est pas bon en échelle d'entreprise
pour l'investissement, pour recruter et donc pour la consommation et l'économie en général.
Et là, il y a une urgence, si je peux me permettre, il y a une urgence à prendre des
mesures.
On a parlé du monde à l'école.
Je pense que là, maintenant, il ne faut plus traîner.
Et puis, si on revient sur le pouvoir d'achat, et j'en parle parce que 76% des Français
le mettent en priorité une pour 2025.
Donc, il y a des choses assez faciles à faire.
Je défends l'idée que les tickets et les restaurants, il faut nous permettre de les
prendre.
Et puis, il y a une mesure sur laquelle il faut revenir tout de suite, où les députés
se sont complètement plantés, ça a été la loi de crozaille.
La loi de crozaille, ça a été de nous interdire de promotionner les lessives, les couches-culottes,
etc.
Qui limitent les promotions sur les produits d'hygiène.
Qui limitent, voilà.
Et à 34%, laissez-nous faire notre métier de commerçant, laissez-nous faire du 50%.
On avait même des opérations, alors c'était tactique, on faisait venir les gens parce
que c'est les grosses dépenses, en allant jusqu'à 70%.
Faites sauter ce verrou et permettez-nous de proposer des promotions aux Français.
Alors, un nouveau gouvernement est nommé, il doit à nouveau, lui, à son tour, trouver
des compromis pour monter un budget.
Défi politique du moment, l'incertitude sur le budget, sur votre activité, parce
que vous disiez l'investissement, ça a quelles conséquences ? Est-ce que vous devez limiter
vos investissements en ce début d'année pour tenir compte de cette incertitude ?
Nous, en fait, vous savez, quand vous êtes à une enseigne de Discounes comme Intermarché,
depuis deux ans, on est dans un plan de réduction vraiment drastique de nos charges, c'est-à-dire
que les investissements, je vous donne des chiffres que je n'ai jamais donnés, c'était
700 millions à l'échelle du groupement, on les a ramenés à 500 millions.
Les charges, on les baisse aussi parce que justement, on a aussi un peu peur de l'inconnu
et quand vous me demandez, est-ce que vous reniez sur vos marges, quand on est un bon
distributeur, on travaille aussi nos investissements et nos charges parce que ces investissements-là
et ces charges qui baissent, on peut les réinjecter aussi dans nos prix, c'est ce qui fait qu'on
est performant.
Oui, bien évidemment, c'est sujet de fiscalité puisque ça va être la question, on en est
préoccupé.
La surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises, vous êtes directement visé ?
On est visé, alors, on ne peut pas être contre l'effort collectif vu la situation de la France
mais à un moment, ça ne peut pas être la seule solution, c'est-à-dire qu'on est plutôt
rassuré d'entendre aussi qu'on va aller regarder ce qui se passe sur les dépenses
publiques, c'est-à-dire que payer des impôts et puis avoir dégringolé dans tous les classements
sur l'éducation, avoir les déserts médicaux, etc., en tant que citoyen, ça ne peut pas
nous satisfaire.
Donc, on espère que si on a un peu d'impôts en plus, que ce soit bien exploité et surtout
qu'on s'occupe aussi de la charge de l'État.
Je reviens sur le chiffre que vous venez de nous donner, 700 millions hier, 500 millions
d'investissements aujourd'hui, c'est 200 millions, ils devaient servir à quoi ?
Informatique, essentiellement parce qu'on est aujourd'hui face à des Amazones qui
arrivent, des transformations incroyables, donc c'est réduction de ce qu'on appelle
les CAPEX informatiques et puis après, il y a des projets, vous les décalez aussi un
petit peu.
Des travaux.
Des travaux, des rénovations.
Donc, c'est de l'activité en moins, par exemple, pour le BTP localement ?
Non, pourquoi ? Parce que ça, ces 700 millions, c'est l'enveloppe que le collectif porte
Par contre, je pense qu'on va investir plus de 500 millions dans les 18 mois sur la rénovation
des casinos.
Et ça, c'est une super nouvelle parce qu'on sait, nous, on est dans le bricolage.
Vous savez, on a bricomarché, bricorama, bricocache.
C'est une activité qui est en difficulté puisque la construction est en recul.
Eh bien, lorsqu'un groupe comme casino, c'est 300 points de vente à intermarché,
ces 300 points de vente qui vont se refaire, donc c'est des maçons, c'est des carreleurs
qui vont avoir de l'emploi, en plus, dans les bassins où on est et qui vont recréer
un peu d'économies.
Donc ça, c'est plutôt super.
Mais c'est ça, ça ne va pas en contre de ce que vous venez de dire il y a deux minutes.
Vous dites qu'on investit moins parce qu'on a peur de la suite, mais on a quand même
acheté près de 300 points de vente casino, ça a coûté 2 milliards d'euros.
Oui, mais ça ne s'oppose pas parce que l'enveloppe que nous, on réduit, c'est l'enveloppe
du collectif des mousquetaires et on demande à chaque chef d'entreprise, lorsqu'il reprend
un casino, d'être au rendez-vous de ce qu'attendent les consommateurs et ils veulent notamment
une expérience d'achat dans un point de vente qui soit au top.
Donc, quand on reprend un casino, c'est vétu, ça fait dix ans qu'il n'y a pas eu d'investissement.
Donc, chaque chef d'entreprise, lorsqu'il reprend un casino, a un plan d'investissement
pour le refaire et non pas garder un casino, mais refaire un intermarché.
Ça coûte de l'argent.
Comment vous financez ça ? 40% de croissance de chiffre d'affaires.
C'est le pari de casino quand on le reprend et qui devient intermarché.
Au moment où je vous parle, on n'a pas fait les travaux, on a simplement baissé nos prix
de 18%, on a 10% de trafic en plus qu'avant et quand les gens viennent, comme c'est moins
cher, c'est mécanique, comme c'est moins cher, ils achètent plus et on est à plus
25%.
Donc, le 15 points qui me manquent, ce sera par les travaux qu'on va aller chercher.
L'emploi chez vous, l'emploi, parce qu'Auchan a annoncé un plan social de 1300 emplois
menacés chez vous.
Ça se passe comment en 2025 ? Écoutez, moi, je pense que le secteur de la distribution
va quand même bien.
Il y a des acteurs qui sont en difficulté, mais ne faisons pas quand même le raccourci
de penser que la distribution va mal, puisque Leclerc va bien, Intermarché va bien et donc
nous, on va recruter probablement 6 à 7000 personnes.
Ne serait-ce que, je vous donne un exemple, dans les casinos, on n'avait que des caisses
automatiques.
Nous, on est des commerçants indépendants qui croyons à la relation humaine, on remet
des hôtesses de caisses, donc on réembauche.
Il n'y avait plus de bouchées traditionnelles, on réembauche des bouchées.
Tout ça, c'est de l'embauche et on va être sur un excédent de 7 à 8000 postes qui vont
être créés chez les mousquetaires cette année.
Pardon, parce qu'Auchan, ce sont vos partenaires et ils ont annoncé un plan social de 2300
emplois menacés.
Vous dites quoi ? Ils ont mal géré ? Puisqu'en fait, tout le monde va bien, sauf eux.
Moi, je ne peux pas me permettre, déjà, c'est un partenaire, je ne peux pas me permettre
de juger la gestion d'Auchan.
Déjà, c'est plutôt le passé, je discute avec des dirigeants aujourd'hui qui savent
où ils vont, qui ont l'air de vouloir réinjecter dans le commerce aussi des prix qui vont être
obtenus par cette alliance à l'achat.
Donc non, je vais être très fair-play, je vais leur souhaiter de venir nous chercher
en part de marché.
Sur les caisses automatiques, on voit qu'il y a une sorte de marche arrière de la part
des distributeurs, effectivement, notamment pour remettre un peu de lien dans vos magasins
parce qu'il n'y avait plus de caissiers et de caissières, de moins en moins.
Alors, je pense que chez les mousquetaires, on n'a pas été trop loin, c'est-à-dire
qu'on a toujours eu la théorie de penser que, parce qu'on est aussi, vous savez, on
est quand même l'enseigne des territoires, on a plein de gens qui viennent, c'est un
lieu de vie sociale.
Donc, on a toujours privilégié le contact humain et on a ajouté des caisses automatiques
et on n'a jamais fait marche arrière, on a essayé de trouver le bon équilibre.
Donc, quand il y a huit caisses traditionnelles, il y en a quatre automatiques.
Et vous nous rappelez le rapport de coût entre une caisse automatique et une caisse
qui est tenue par une personne humaine ?
Le coût, en gros, une caisse traditionnelle, en termes de gestion, nécessite une personne
et va correspondre à quatre caisses automatiques, puisque c'est un îlot de quatre que je n'irais pas.
Ça coûte quatre fois moins cher.
Et ce qu'il faut dire aussi, c'est que les caisses automatiques, pardon, j'insiste là-dessus,
parce que les distributeurs ont misé aussi là-dessus, ça vous permet d'optimiser la
productivité et ça vous permet aussi d'avoir recours à l'intelligence artificielle.
Et ça, c'est une autre manière de travailler.
Oui, on a...
Plus performante.
Alors, on a changé un peu la donne il y a un peu plus d'un an, où on s'est aperçu
que le vol était beaucoup plus important sur les caisses automatiques, puisqu'évidemment,
il y a moins de surveillance, moins de contrôle.
Donc, l'intelligence artificielle est arrivée.
Moi, j'étais allé à New York à la NRF il y a un an et on est revenu avec une start-up
et on a équipé les caisses automatiques de quelques caméras qui permettent de faire
sonner la caisse s'il y a un mouvement qui nous fait comprendre que finalement, il y
a de la fraude ou surtout, il y a un produit qui est resté dans le caddie.
Donc, cette intelligence artificielle, elle est au service du commerçant qui lutte contre
la démarque.
Et lorsqu'on lutte contre la démarque, ça permet aussi à un moment de ne pas augmenter
des prix parce que lorsque il y a trop de vols, le commerçant est obligé d'augmenter
les prix et ça ne bénéficie à personne, en tout cas pas aux bons clients.
Merci Thierry Cotillard.
Merci à vous.
Du groupement Les Mousquetaires Intermarchés, invité de France Info ce matin, vous restez
avec nous.
Je vous laisse en compagnie de Salia Braclia et Renaud Delis pour les informer dans quelques
minutes.
