L'histoire des Cathédrales : De Saint-Denis à Florence - Dans le secret des Bâtisseurs

Modern Arch
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309 Vues de vidéo·8 avr. 2025
De la naissance du gothique à Saint-Denis à l’exploit architectural du dôme de Florence, partez sur les traces des bâtisseurs qui ont révolutionné l’architecture. Découvrez les secrets des cathédrales et l’ingéniosité de Brunelleschi dans un voyage fascinant à travers les siècles.
Extrait de l'émission "Dans le secret des Bâtisseurs" du 10 septembre 2014.
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L'étape suivante de mon voyage se déroule en France, à Saint-Denis.
C'est ici que l'architecture gothique a vu le jour avant de se répandre dans toute l'Europe.
À l'origine, une astuce de chantier.
Tout commence au XIIe siècle, à la basilique Saint-Denis, à 5 km au nord de Paris.
Depuis Dagobert Ier, la plupart des rois de France ont été inhumés dans cette église.
Mais ce ne sont pas les tombeaux qui m'attirent, plutôt ce qui se passe au-dessus de ma tête.
L'innovation à l'origine de l'architecture gothique se trouve à l'entrée de la basilique, juste après les portes.
La plupart des visiteurs passent dessous sans se douter que cette invention a engendré les plus belles cathédrales d'Occident.
Pour guider mon regard, j'ai fait appel à Jacques Moulin.
Cet architecte des monuments historiques est le spécialiste de Saint-Denis.
Et donc ici, on peut découvrir une des innovations à l'origine de l'architecture gothique.
Oui, il s'agit d'une des premières croisées d'ogive que l'on ait dans l'architecture occidentale.
La croisée d'ogive est une astuce de chantier absolument extraordinaire.
La voûte romane traditionnelle nécessite un coffrage de bois complet.
Vous avez donc un ouvrage provisoire de charpenterie aussi onéreux que la voûte elle-même et que vous démontez une fois la voûte réalisée.
Ici, le montage de ces nervures de pierre peut être fait uniquement à partir de deux cintres.
Vous voulez dire que cette croisée d'ogive a été mise au point pour économiser du bois ?
Oui, pourquoi pas. Et c'est une économie formidable parce qu'avec un même budget, au lieu de le perdre dans un ouvrage provisoire, vous l'investissez dans l'ensemble du bâtiment.
Il y a une liaison directe entre l'économie de chantier et l'ambition architecturale des bâtiments gothiques.
La croisée d'ogive va soudain libérer l'imagination des maîtres d'œuvre.
En canalisant les forces le long des nervures, le poids de la voûte repose désormais uniquement sur les piliers.
Les murs sont libérés de leurs fonctions porteuses, on peut donc les supprimer.
Grâce à la croisée d'ogive, les architectes vont pouvoir inventer de nouvelles formes.
Donc tout à l'heure on a vu cette croisée d'ogive qui était une astuce de chantier finalement et on voit ce qu'elle est devenue ici.
Précédemment, la croisée d'ogive va servir à monter une maçonnerie.
Ici, elle va permettre d'inventer une forme.
Un cœur circulaire, un mur quasiment disparu, une forme ondulante, une variété de volumes qui fait littéralement exploser l'architecture romane au profit de cette nouvelle invention qui va s'appeler l'architecture gothique.
Alors ce qui change énormément, c'est la lumière, puisque désormais les murs sont évidés.
Alors le mur ne porte plus rien, donc on peut l'enlever, mais surtout la motivation ce n'est pas d'enlever un mur, c'est de le remplacer par ce qui va être la plus belle bande dessinée du Moyen-Âge.
L'objectif de la lumière, c'est d'avoir cette espèce de mur de lumière qui va raconter toute l'histoire de la chrétienté.
Et qu'à une époque où l'écriture reste restreinte dans un milieu de clair, le meilleur moyen de le raconter, c'est à travers l'image, c'est à travers ses vitraux.
On a l'impression quand on parle du gothique que c'est vraiment une période où on invente totalement.
On est dans une de ces rares périodes de l'histoire de la construction où en l'espace de moins de 10 ans, on invente un mode de raisonnement qui durera 500 ans.
On est dans un joyau qui est à la fois l'invention de l'art gothique, c'est un joyau fondateur et c'est un joyau qui va se décliner pendant 500 ans à travers toute l'architecture occidentale.
C'est à la fois un joyau, un chef-d'oeuvre, le départ, l'apothéose de l'architecture gothique.
On croyait tout savoir sur la basilique Saint-Denis. Et pourtant, lors des travaux de restauration de la façade, Jacques Moulin a fait une drôle de découverte.
Et les travaux de restauration de la façade vont durer combien de temps ?
Encore un an et demi. C'est un travail de dentelière.
Là, on arrive au niveau de la rosace, on arrive au niveau de la grande rose.
Et lorsqu'on l'observe de près, on s'aperçoit que dans ces parties abritées, la rose a gardé tout son décor authentique du XIIe siècle avec ses mascarons, ses décors de feuilles enroulées, ses décors de harpies.
Surtout une découverte que seul le chantier a permis de faire. Deux personnages complètement atypiques.
Un clerc avec sa tenue de moine, sa coiffure. Un civil barbu.
Et selon la tradition médiévale, vraisemblablement, il s'agit du commanditaire des travaux pour le clerc et certainement de son maître d'oeuvre à côté.
Ce qui veut dire que ce maître d'oeuvre serait peut-être celui qui a inventé la croisée d'Augive.
Nous sommes ici face à l'inventeur de l'architecture gothique.
La basilique de Saint-Denis va servir de modèle.
Toujours plus haut, toujours plus grand sera le nouveau crédeau des bâtisseurs.
Au point qu'il faudra renforcer les murs avec de multiples arcs boutants pour contrer les forces qui s'exercent sur les structures.
Partout en France et en Europe, cette folie des grandeurs va se prolonger pendant quatre siècles.
Je reprends maintenant la direction de l'Italie.
Après Rome, Florence.
Un homme y a relevé l'un des plus grands défis de l'histoire de l'architecture.
Au XVe siècle, Florence devient le berceau de la Renaissance.
Plus grands noms des arts et des sciences s'y sont illustrés.
Donatello, Michel-Ange, Raphael, Léonard de Vinci ou encore Filippo Brunelleschi.
Ce dernier a posé les bases du style Renaissance.
Il est à l'origine du monument le plus célèbre de Florence.
Le plus mystérieux aussi.
Le dôme de la cathédrale Santa Maria del Fiore.
Un véritable défi architectural.
Une française connaît tous les détails de cette histoire.
Laurence Aventin est arrivée ici il y a vingt ans pour finir des études d'histoire de l'art.
Tombée amoureuse de la ville, elle n'en est jamais repartie.
On a cette vue sur la cathédrale et l'hôtel de ville.
Et on voit très bien que ces deux monuments vont évoquer toute la modernité d'une ville qui, au XIIIe siècle,
deviendra l'une des villes qui va battre la mesure en Europe.
Une prospérité économique sans pareil fera que ces marchands, ces banquiers, ces notaires, ces avocats
vont prendre le pouvoir politique et ils vont rêver une ville nouvelle et une vie nouvelle
en allant se ressourcer dans le monde antique et en prenant comme modèle l'art antique.
Et c'est ce qui va devenir ensuite ce que l'on va appeler la Renaissance.
Oui, et sans doute l'un des monuments qui va évoquer ce renouveau des arts, c'est la cathédrale de Brunelleschi.
Et c'est le plus grand chantier du XIVe et début du XVe siècle.
C'est un chantier où les esprits vont se rencontrer, les savoirs vont s'échanger.
Tous les artistes vont être conviés à embellir et décorer cette cathédrale.
Parmi tous les artistes qui répondent à l'appel se trouve un Florentin du nom de Filippo Brunelleschi.
Même si on le dit colérique et ambitieux, il passe pour être un excellent architecte.
Filippo Brunelleschi a fait de Florence son terrain d'expérience et d'innovation.
Plusieurs places, des églises, des fontaines portent sa signature.
Mais c'est vraiment avec la coupole de Santa Maria del Fiore qu'il va marquer les esprits et l'histoire.
Santa Maria del Fiore.
Il y a là quelque chose de vraiment incroyable, non ?
Et vous allez voir, quand on est là, dans le vaisseau central, dans la nef, c'est véritablement incroyable, extraordinaire.
On se sent tout petit.
Oui.
Mais ce n'est pas la nef qui m'intrigue, c'est le cœur, tout au fond de la cathédrale.
La construction de Santa Maria del Fiore a duré plus de 170 ans.
Les débuts sont difficiles, comme si la cathédrale était frappée par la malédiction.
Le premier architecte meurt, puis une épidémie de peste noire interrompt le chantier.
Quelques années plus tard, les travaux reprennent, mais les commanditaires font modifier les plans.
Ils veulent un cœur encore plus grand.
Et alors, ce qui est extraordinaire, c'est qu'à ce moment-là, on ignore comment on va recouvrir ce dôme.
Ça, c'est très étonnant. Pour nous, c'est presque quelque chose qu'on n'arrive pas du tout à penser.
Est-ce que les architectes du 14e siècle avaient vraiment réfléchi à ce qu'ils étaient en train de faire ?
Ce cœur est tellement large qu'on n'avait pas du tout les solutions techniques pour le couvrir.
On ne savait pas comment construire le dôme.
Mais c'était inconscient de faire quelque chose comme ça, de construire un cœur de cette largeur, de cette hauteur, sans savoir comment on allait le recouvrir.
Il y a au fond une sorte d'espérance. Le futur est plus que positif et joyeux.
On fera un concours et on pense qu'il y aura des experts, il y aura des ingénieurs, des architectes, quelqu'un aura la solution.
Pour remporter le concours et les 200 florins d'or promis aux gagnants, les candidats doivent relever deux défis majeurs.
La forme et le poids de la coupole génèrent des poussées latérales qu'il faut absolument contrer sans utiliser d'arc boutant.
Les commanditaires les jugent trop gothiques.
Ensuite, la coupole doit être élevée sans l'aide de cintres en bois qui en temps normal soutiennent le dôme.
Impossible ici, la coupole est tellement haute qu'il faudrait raser toutes les forêts de Toscane.
Mais on pose tout d'un coup un problème qui n'a pas de solution.
Comment construire un dôme, une coupole au-dessus de ce tambour ?
L'espace est bien trop large, bien trop haut. On n'a absolument pas les techniques pour le faire.
Pour réaliser l'impossible, Brunelleschi innove. Il construit deux coupoles.
Elles sont liées entre elles dans la masse par des nervures de pierre et de briques.
En procédant ainsi, l'ingénieur réalise une structure plus légère qu'avec une seule et unique coupole.
Pour contenir les forces latérales, il ceinture la structure avec un chaînage en pierre à l'image d'un cerclage de tonneaux.
La construction va durer 16 ans.
Les ouvriers progressent au rythme moyen de 30 cm par mois.
Comme il l'avait annoncé, Brunelleschi n'utilise aucun échafaudage, aucun était pour soutenir la structure.
En revanche, il invente d'ingénieuses machines de levage qui permettent de hisser chaque jour près de 7 tonnes de matériaux.
Nous nous glissons maintenant entre les deux coupoles.
Voilà, donc là on a cet appareil du mur en arête de poisson.
Et on voit très bien la disposition des lits de briques avec ces éléments qui vont être mis perpendiculaires
pour au fond empêcher ces briques d'être attirées vers le centre et de tomber.
Ça permet enfin de canaliser les forces et de stabiliser.
Le passage est très étroit.
C'est haut quand même.
Après 463 marches, nous atteignons le sommet à 115 mètres de hauteur.
Et cette coupole va devenir le symbole identitaire des Florentins.
Une coupole dont tout le monde doutait au départ.
Oui, et c'est un exploit héroïque. Personne ne pouvait s'imaginer que ça allait marcher.
Et personne ensuite n'a compris comment ça allait marcher parce que Brunelleschi n'a laissé aucun plan
et pendant très longtemps c'est resté un mystère.
Mais encore aujourd'hui, c'est un peu un mystère.
Du fait même que Filippo Brunelleschi avait tellement peur qu'on lui vole ses idées,
il n'y a aucune trace écrite sur la façon dont il a procédé les calculs pour construire cette coupole.
Avec la coupole de Santa Maria del Fiore, Brunelleschi a incontestablement marqué l'histoire de l'architecture.
Mais sa contribution à l'enrichissement de nos connaissances ne s'arrête pas là.
Le génie florentin a fait un don inestimable à l'humanité.
Il est l'inventeur de la perspective, une technique qui va révolutionner la peinture et l'architecture.
Florence est réputée pour ses académies de dessin.
La perspective y est bien sûr enseignée.
Pour en mesurer l'impact sur l'architecture, j'assiste à un cours.
Le Florence Art Studio accueille des étudiants du monde entier,
venus se perfectionner à la peinture classique et réaliste de la Renaissance.
Il est dirigé par Gary Adcock.
Cet ancien architecte a quitté les Etats-Unis pour enseigner la peinture et le dessin à Florence.
La perspective, c'est une représentation mathématique de la réalité, mais c'est une illusion.
La première chose que nous allons faire, c'est de tracer la ligne d'horizon.
La ligne d'horizon correspond à la hauteur de nos yeux.
Ensuite, nous allons relier tous les points de l'image au point de fuite.
Rappelez-vous, le point de fuite est le point à l'horizon où toutes les droits parallèles se rejoignent.
Et grâce à la perspective, la peinture ne sera plus la même avant et après.
Absolument. Voici un exemple de peinture avant la découverte de la perspective.
Et nous pouvons voir qu'il n'y a pas un seul point de fuite unique.
Là, il y a bien une tentative de perspective.
Mais certains bâtiments vont dans ce sens, d'autres dans ce sens.
On peut même tracer les différents points de fuite, mais ça ne fonctionne pas.
Voici la toute première peinture en perspective à Florence.
Ici, nous avons bien un seul point de fuite.
Et voilà la fameuse scène de Léonard de Vinci.
Ici, la construction en perspective est parfaite.
La perspective mise au point par Filippo Brunelleschi et les autres artistes de la Renaissance
demeurera durant six siècles l'unique outil permettant aux architectes de coucher leurs idées sur le papier.
Cette technique ne sera détrônée qu'à la fin du XXe siècle avec l'invention du dessin assisté par ordinateur.
