Guerre des taxes : le coup de pression de Bernard Arnault|LCI

Bernard Arnault
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142 Vues de vidéo·20 avr. 2025
Lors de l'assemblée générale des actionnaires de son groupe, il a exprimé ses préoccupations face aux nouveaux droits de douane imposés par l'administration Trump, soulignant l'importance de pourparlers intelligents pour le luxe ou d'autres secteurs comme la viticulture.
Bernard Arnault, PDG de LVMH, s'est dit ce jeudi favorable à une "zone de libre-échange" entre l'Union européenne et les États-Unis.
Si les négociations entre l'Europe et les États-Unis aboutissent à des droits de douane élevés, son groupe sera "forcément amené à augmenter (ses) productions américaines", a-t-il mis en garde
Il est pile 16h50, c'est l'heure du Grand Dossier.
Soyez les bienvenus en direct ce soir sur LCI.
Quand la septième fortune du monde intervient dans la guerre des taxes,
Bernard Arnault, le patron de LVMH, avertit les dirigeants européens
qu'il est vital pour les entreprises en France de régler à l'amiable, je cite,
les tensions commerciales entre l'Union Européenne et les Etats-Unis.
Comme Elon Musk, il se dit favorable à une zone de libre-échange
entre les deux puissances économiques et trie ce qu'il appelle
les bureaucrates de Brice de Bruxelles.
Il faut dire, regardez, que les Etats-Unis sont un marché stratégique
pour le géant du luxe.
Les Etats-Unis représentent 25% du chiffre d'affaires du groupe l'an dernier.
La hausse des droits de douane a déjà fait perdre plusieurs milliards à Bernard Arnault
qui envisage de délocaliser une partie de sa production outre-Atlantique.
Il est prêt à saisir l'invitation du président américain
à investir sur son territoire.
Business first, vous le savez, c'est la devise de Trump
qui négocie avec Poutine le partage des terres rares de l'Arctique russe,
tente un deal sur Boeing et même sur Mars, vous le verrez.
Guerre des taxes, le coup de pression de Bernard Arnault,
c'est le thème du grand dossier ce soir.
Écoutez l'avertissement lancé par le PDG de LVMH
lors de l'Assemblée Générale des actionnaires de son groupe.
Réaboutir à une zone de libre-échange avec le premier marché du monde
qui est quand même toujours les Etats-Unis
et faire en sorte que ça puisse recréer un climat de confiance,
d'échanges commerciaux, de progression réciproque.
Partons à l'Elysée retrouver Bastien Angers en direct.
Bonsoir Bastien.
Américains et Français se sont retrouvés à Paris autour d'Emmanuel Macron
pour parler de la guerre en Ukraine.
Mais la guerre des taxes est aussi au centre des discussions.
Oui, en effet, au milieu de ces multiples réunions
qui s'enchaînent et qui portent en effet principalement sur l'Ukraine,
il y a quand même une place pour cette guerre commerciale.
C'est ce que nous a précisé ce matin l'entourage du président de la République.
Il faut dire que l'enjeu économique est grand pour les Français et pour les Européens.
Rappelons quand même que l'Union Européenne a suspendu pour le moment sa riposte
adressée aux Etats-Unis dans l'espoir de négocier avec Donald Trump
et qu'Emmanuel Macron lui-même,
quand Donald Trump avait partiellement rétro-pédalé sur ses taxes,
avait dit que c'était un pas dans la bonne direction
mais que c'était encore insuffisant et qu'il fallait négocier.
Quand on parle de négociation, il faut aussi des moyens de pression
et c'était l'esprit de ce qu'avait dit le chef de l'État
après les premières annonces de Donald Trump.
Il avait reçu ici, souvenez-vous, à l'Élysée, un certain nombre de chefs d'entreprise
et il leur avait demandé d'être solidaires
et pourquoi pas d'interrompre leurs investissements aux États-Unis
pour se serrer les coudes, pour faire pression sur les États-Unis
dans cette guerre commerciale.
Il faut dire qu'aujourd'hui, les propos de Bernard Arnault
à la réaction sceptique à l'époque aussi de certains des chefs d'entreprise
qui étaient sortis d'ici, de l'Élysée, nous prouvent que sur ce coup-là,
Emmanuel Macron est assez loin d'être suivi comme un seul homme
par les entrepreneurs.
On l'aura très bien compris.
Merci beaucoup, Bastien Auger, avec Frédéric Dufour,
en direct de l'Élysée.
Allons plus loin pour comprendre ce qui se joue
avec nos invités. Accueillons ce soir, dans le grand dossier,
Stéphane Marchand, bonsoir.
Bonsoir.
Ancien correspondant à Washington pour le Figaro,
directeur du magazine pour l'Eco.
Colonel Michel Goya, bonsoir.
Vous êtes consultant militaire pour LCI
et aussi spécialiste des questions de géopolitique.
Magali Barthes, bonsoir.
Notre spécialiste des questions internationales sur LCI.
Et Samantha de Benverne, bonsoir.
Chercheuse à la Royal Institute of International Affairs
et ancien officier politique de l'OTAN.
Le coup de pression de Bernard Arnault est-il justifié ?
Stéphane Marchand.
Vous savez, quand on parle des tarifs américains,
des droits de douane lancés par Donald Trump,
on fait souvent des grands mécanos
de pays contre des pays, de régions contre les régions,
ce qui est relativement facile sur les plateaux de télévision.
Mais quand on est un entrepreneur, évidemment, c'est tout à fait différent.
Une entreprise multinationale, c'est une véritable horlogerie.
Et selon les taxes que vous avez dans différents pays,
vous alignez vos investissements, vos recrutements,
vos provisions, votre chiffre d'affaires
et évidemment tout l'appareil fiscal
que vous êtes obligé d'organiser au sein de l'entreprise.
Si tout ça est complètement bouleversé
et d'une manière en plus complètement imprévisible
et que vous entendez soit le président de la République
donner des ordres du genre
« N'investissez pas aux États-Unis ».
Au passage, Bernard Arnault a quelques usines aux États-Unis,
mais très peu, l'essentiel étant en Europe.
Le luxe doit être fabriqué en Europe,
c'est quand même sa grande valeur.
Et par conséquent, effectivement,
des entreprises multinationales peuvent être complètement déstabilisées
par le petit jeu qui a commencé avec l'élection de Donald Trump
et qui n'est pas prêt de se terminer.
Puisque je mets des droits de douane, je les refuse,
je les change, je les augmente.
Si ça dure un an, ça peut mettre des entreprises par terre.
Par le groupe, évidemment, LVMH.
Magali Barthes.
Évidemment, d'accord.
Évidemment que ça déstabilise le monde des entreprises.
On a vu aussi les viticulteurs
extrêmement déstabilisés par cette hausse des droits de douane.
Le problème, là, de cette sortie,
c'est quand même le timing.
Au moment où il y a ces Américains,
Marco Rubio, Steve Whitkoff,
qui arrivent à l'Élysée, où on parle d'Ukraine,
mais aussi, comme le disait Bastien,
où l'on parle de ces droits de douane
et de cette guerre commerciale,
cette sortie de Bernard Arnault,
elle donne raison, finalement,
à la politique très agressive de Donald Trump.
C'est-à-dire que, d'une certaine façon,
Bernard Arnault dit, à partir du moment
où on menace d'augmenter les droits de douane,
ce qui est une catastrophe pour nos exportations,
alors je vais aller m'installer sur le sol américain.
Je vais être obligé de rouvrir des usines.
Et il en profite pour taper extrêmement durement
aussi sur la bureaucratie européenne.
Il dit, finalement,
qu'il n'a absolument pas confiance
dans la Commission
et sa capacité de négocier
avec un Donald Trump
pour le faire reculer
sur cette question des droits de douane.
Donc, c'est là où ça pose un problème.
C'est-à-dire qu'on avait un Emmanuel Macron
qui avait appelé au patriotisme économique
lors de cette réunion à l'Élysée.
Et là, le patron de ce grand groupe
qui dit, non, en fait, c'est pas possible.
Et ça pose question aussi,
parce qu'on se rappelle d'avoir vu Bernard Arnault
à l'investiture de Donald Trump.
Il soigne évidemment ses relations
avec le nouveau pouvoir américain,
comme il l'avait fait d'ailleurs lors du premier mandat.
Ils se connaissent depuis 40 ans.
Ils se connaissent très bien.
Ils sont amis.
On avait vu notamment Donald Trump
l'accompagner à l'ouverture d'une de ses usines
LVMH au Texas.
Donc, en effet, ils se connaissent bien.
Ils ont des liens
d'amitié et de business.
Et le patron LVMH,
lorsqu'il est rentré de Washington
en janvier dernier, avait dit
combien il était bon de se sentir aux États-Unis,
parce que là-bas, au moins,
il y avait cet optimisme
que l'on sentait.
Donc, on voyait que, de toute manière,
il brossait dans le sens du poil, évidemment,
Donald Trump, avec une volonté
de dire combien ce climat
était plus propice aux affaires
que celui qu'il trouvait en Europe.
Oui, on voit les images de l'inauguration
de l'usine LVMH,
le nouveau site de fabrication,
c'était il y a six ans. Ça ne monte pas.
Non, si vous voulez,
tous ces grands hommes d'affaires
qui commencent maintenant à faire appel
à des zones de libre-échange
entre les États-Unis et l'Europe,
Elon Musk s'y met aussi.
Avant de travailler l'OTAN,
j'ai travaillé à la Commission européenne.
Et j'ai négocié un accord commercial
entre l'Union européenne et la Russie.
J'étais un tout petit niveau junior,
mais j'ai beaucoup appris et j'ai beaucoup écouté.
Et une des choses fondamentales
dans toutes les relations commerciales,
on retourne, on met les droits de doigt.
Non, c'est beaucoup plus compliqué que ça.
Il y a tout ce qu'on appelle les barrières non tarifaires.
Et ça, c'est beaucoup plus dur à éliminer.
Par exemple, qu'est-ce que ça veut dire ?
Ça veut dire que oui, on veut bien importer
du poulet américain sans droits de doigt,
mais par contre, pas du poulet nettoyé au Cologne,
pas du bœuf aux hormones,
pas des choses qui sont construites avec des normes de sécurité
qui ne correspondent pas du tout
aux normes européennes, et vice-versa.
Sinon, on fait du dumping.
Sinon, on envoie des produits pas chers,
de mauvaise qualité dans un pays ou un autre.
Et donc, tout ça, c'est extrêmement complexe.
C'est pour ça que la Commission européenne existe.
C'est pour ça qu'il y a des gens qui sont formés
à négocier des accords commerciaux.
C'est pas juste, je mets mon doigt en l'air
et je mets 20% sur ce pays
et 35% sur l'autre, parce que je n'aime pas
la tête de son dirigeant.
Ce sont des choses qui sont complexes.
Ce sont des choses qui ont créé un certain équilibre
et un certain déséquilibre
qui est constamment en train d'être adressé
pour être, pas amélioré,
mais rendu moins déséquilibré.
Et donc, oui.
Et donc là, maintenant,
une autre chose que je ne comprends pas,
certains Américains proches de Donald Trump
disent qu'on veut une zone de libre-échange
avec l'Union européenne.
Mais ça, ça va complètement à l'encontre
de l'objectif annoncé de Donald Trump
qui est de protéger le travailleur américain
et de protéger l'industrie américaine.
Parce que si on a une zone de libre-échange,
eh bien, c'est l'industrie américaine,
l'industrie automobile, elle va en souffrir.
Donc, qu'est-ce qu'il veut ? Est-ce qu'il veut montrer
qu'il est le plus fort et qu'il peut faire plier le monde entier ?
Est-ce qu'il veut vraiment
protéger
le travailleur américain, pas le consommateur ?
Parce que lui, il va souffrir.
Donc, si vous voulez, là, on voit vraiment
étaler au grand jour les contradictions
de cette politique de Trump
et on peut se poser, moi, si j'étais un ouvrier américain,
d'abord, je serais très en colère
parce que toutes les matières premières
avec lesquelles je vais travailler, qui viennent de Chine,
vont coûter plus cher. Puis, tout d'un coup,
j'entends du chaud et du froid.
Un jour, est-ce que je vais être mangé, finalement,
par tous ces produits européens
qui vont rentrer sans tarif ?
Ça n'a pas de sens.
Parmi les partisans
de ce libre-échange, il y a
Elon Musk, conseiller du président américain.
Comme Bernard Arnault, il se dit favorable
à une zone de libre-échange entre les deux
puissances économiques, autrement dit,
zéro droit de douane.
Regardez, l'Europe et les États-Unis
devraient idéalement évoluer, à mon avis,
vers une situation de droit de douane nulle,
créant ainsi une zone de libre-échange
entre l'Europe et l'Amérique du Nord.
Peut-être que ce sont les hommes d'affaires,
les milliardaires, qui vont mettre fin à cette guerre ?
Peut-être, mais on parle
beaucoup du sort d'international
des régimes autoritaires,
mais il y a aussi une internationale des
oligarques, des gens riches
qui ont des intérêts
communs et dont le patriotisme est surtout
un patriotisme de l'argent,
et qui, effectivement, s'entendent.
Quand on voit le paysage
actuellement politique, on voit énormément
de businessmen, en fait. Il y a beaucoup plus
de businessmen que de diplomates
purs dans toutes les négociations que l'on voit
entre Russes, Américains,
Witkoff, qui est
à Paris, qui vient rencontrer
le président de la République. Le premier
que salue le président de la République
français, entre le secrétaire d'État
et l'avocat d'affaires,
c'est l'avocat d'affaires,
qui sert la main en premier, ce qui montre
bien la hiérarchie. Donc, il y a
une sorte d'international des
oligarchies, mais qui
est incontestable,
qui donne un ton économique, financier
à toutes les
relations internationales, qui deviennent des relations d'argent
essentiellement, dans ce domaine.
Et je rejoins
ce que disait Samantha, c'est que
tout ça, c'est peut-être, effectivement, contradictoire
avec les intérêts de ces gens-là,
de ces hommes d'affaires, ne sont pas ceux des
travailleurs américains.
Donc, du point de vue
de Trump, il y a une contradiction, il y a un
écartèlement entre
ces électeurs,
en gros, et ses soutiens,
ses soutiens financiers,
et sa nature propre lui-même, d'ailleurs.
On parlait d'oligarchie,
Trump, c'est quand même l'archétype de
l'homme d'affaires devenu président
aux États-Unis, qui a un poids politique et qui raisonne
tous les problèmes en termes
de tireur caisse.
Justement, est-ce que vous comprenez ce paradoxe ?
Vous, Stéphane Marchand.
Ce paradoxe, je le vois surtout dans l'attitude d'Elon Musk,
le conflit d'intérêts pur et parfait,
pratiquement. L'exemple parfait du conflit d'intérêts.
Il donne des conseils à
l'administration américaine et il bénéficie
en même temps de ces conseils financièrement.
Pourquoi est-ce qu'il veut des droits
de douane zéro ? Parce qu'il fabrique des Tesla
en Chine et qu'il n'a pas envie de les voir
revenir avec des droits de douane.
Pourquoi est-ce qu'il veut
que les... Et en même temps, tout ça,
il obtient des
contrats avec le Pentagone pour lancer
ses fusées. Donc, il est en situation
de conflit d'intérêts complet. Donc, ce que dit Elon Musk,
il ne faut pas l'écouter, parce que ça n'est en aucun
cas une indication
de ce que va être la politique américaine.
Et il ne faut pas oublier quelque chose pour revenir
aux entreprises. Les entreprises,
que les impôts soient bas ou
hauts, elles préfèrent les impôts bas, mais
l'important surtout, c'est que les impôts soient stables.
C'est la stabilité fiscale que recherchent
les entreprises. Et là, ce qu'il redoute
en ce moment, c'est une instabilité
qui deviendrait chronique. Parce que
Donald Trump
vit sur l'idée qu'il est le président McKinley
à la fin du XIXe siècle et qu'il va
utiliser les droits de douane au jour le jour.
Vraiment au jour le jour,
écoutez bien ça, pour piloter la politique
étrangère des États-Unis.
Et donc, c'est l'impression que ça donne
depuis qu'il a été investi.
Maintenant, il va peut-être se calmer,
c'est possible, mais ça n'est pas certain.
Et donc, les entreprises vivent dans l'inquiétude
et l'impossibilité de prévoir.
Musk et Arnault
sont d'accord sur cette
zone de libre-échange.
Bernard Arnault y tient parce que la hausse
des droits de douane a déjà fait
perdre aux milliardaires
plusieurs milliards
d'euros. Il envisage
de délocaliser une partie
de sa production outre-Atlantique.
On a une partie de notre production
qui est faite aux États-Unis,
on l'a amenée
à augmenter
nos productions américaines, forcément,
pour éviter les droits de douane.
Et ça, si l'Europe
n'arrive pas à négocier intelligemment,
il ne faudra pas dire que c'est la faute des entreprises.
Ce sera la faute de Bruxelles
si ça devait arriver.
Ce sera la faute de Bruxelles si ça devait arriver.
Il faut dire, regardons ensemble,
que les États-Unis sont un marché
stratégique pour le géant du luxe,
le marché américain
représentait 25%
du chiffre d'affaires
du groupe l'an dernier, autrement dit,
en 2024. On peut aussi regarder
ensemble le nombre de
boutiques LVMH à travers
le monde. On voit l'importance
du marché asiatique, du marché
européen, et évidemment, du marché
américain. Là, c'est un coup
de pression
aux Européens, ce que fait
Bernard Arnault.
Ce qu'il
veut dire, c'est que
il décrit en fait l'intention de Donald Trump.
Donald Trump a dit aux entreprises du monde entier,
venez fabriquer aux États-Unis.
La plupart d'entre elles savent très bien que c'est un piège
parce que lorsqu'elles se retrouvent aux États-Unis,
tout ce qu'elles vont importer va coûter plus cher.
Elles font leur calcul, elles se disent que ce n'est pas forcément
une bonne idée. C'est pour ça qu'en général, ce genre de méthode
ne fonctionne pas.
Donald Trump ne va pas réussir à réindustrialiser
l'Amérique. Ça ne fonctionne pas comme ça.
Si jamais il y arrivait, il verrait
venir aux États-Unis des usines
qui n'auront rien à voir avec celles des années 80
de l'époque de
ceux qui sont ses électeurs. Ce seront des usines
ultra robotisées, dans lesquelles
il y aura relativement peu d'emplois.
Des emplois à très haute valeur ajoutée, mais relativement peu d'emplois.
Donc, ce n'est pas un très bon calcul.
Ce n'est pas un très bon calcul. Et ensuite, pour ce qui
concerne le luxe, il n'a certainement
pas envie d'installer
des usines aux États-Unis
parce qu'aux États-Unis, il aura beaucoup de mal
à trouver des ressources humaines
de la qualité qu'il faut
pour fabriquer les objets de luxe
que fabrique LVMH. Des sacs,
des choses comme ça. C'est très difficile.
Et c'est vrai aussi, par exemple, pour TSMC,
la boîte taïwanaise qui fait des semi-conducteurs.
Oui, elle s'installe aux États-Unis.
Oui, elle a une grande usine en Arizona.
Mais c'est horriblement difficile
de négocier avec les syndicats américains
des horaires de travail qui ressembleraient
à ceux de Taïwan. Donc, ce n'est pas si facile
que ça de réindustrialiser.
Il y a un savoir-faire français.
À tel point que cette entreprise taïwanaise
est obligée de faire venir des Taïwanais
pour travailler dans
cette nouvelle usine.
Pour revenir sur LVMH,
cette fameuse usine dont on voyait l'ouverture
lors du premier mandat de
Donald Trump, en effet,
n'a pas donné du tout les résultats
escomptés à Bernard Arnault.
Parce qu'en fait, en effet,
au Texas, puisque
c'est au Texas que ça se passe,
il n'y a pas de spécialistes
de la maroquinerie comme on en trouve
en Europe.
Et donc, il y a eu énormément de
pertes. Il y a une partie
des sacs qui étaient
assemblés là-bas qui ont dû être jetés
parce qu'ils n'étaient pas aux normes
de ce que fait normalement le groupe.
Donc, on voit que c'est à double tranchant.
Mais ce qu'on comprend
dans les propos de Bernard Arnault,
c'est sa colère et sa défiance.
J'y reviens. Sa défiance
vis-à-vis de l'Union européenne
et sa façon de négocier.
En fait, ce qu'il dit, c'est qu'on n'a pas le choix.
Il faut trouver un accord.
Il faut trouver une façon
de supprimer ces droits de douane. Vous savez qu'il y a eu
une proposition de la Commission européenne
qui était justement d'exempter
les biens industriels
de droits de douane, justement,
et Donald Trump a balayé ça d'un revers de main.
Il est aussi dans un
bras de fer. Et manifestement,
Bernard Arnault ne croit pas vraiment
au pouvoir de conviction, notamment
du commissaire européen au commerce
qui est allé à Washington
il y a quelques jours pour tenter justement de négocier
avec l'administration Trump.
La défiance vis-à-vis des Européens,
ça rappelle quelqu'un ?
Du Devens et surtout Donald Trump.
Et pour montrer la proximité
des deux hommes, aussi en termes
d'état d'esprit, souvenez-vous de ces images.
Donald Trump avait
invité Bernard Arnault
lors de sa cérémonie d'investiture
avec son fils, Alexandre Arnault,
directeur général adjoint
de la branche vin et spiritueux du groupe
qui avait dirigé Tiffany & Co,
et Delphine Arnault, sa fille, directrice générale
de Dior. Un déplacement,
on le rappellera, qui avait inspiré
à Bernard Arnault une phrase
qui avait fait polémique. Samantha.
Non, juste pour revenir
à cette idée de déplacer
des usines aux Etats-Unis,
un des grands obstacles
c'est que dans le monde entier, aujourd'hui,
le nombre de machines-outils
qui sont fabriqués en Chine est absolument
énorme. Donc même si vous
décidez de délocaliser votre production aux
Etats-Unis, même si vous trouvez
le personnel qualifié ou vous le faites venir
de France, vous allez avoir besoin
d'outils de fabrication
et là encore, pour le moment,
ça reste vraiment la Chine
qui en fournit une énorme partie. Il y a
énormément d'entrepreneurs américains qui
depuis... Ou l'Allemagne, vous dites, colonel ?
Oui, l'Allemagne et la Suisse.
De toute façon, c'est importé.
Mais dans de nombreux domaines,
la Chine domine
et la Chine est moins chère.
Donc ça revient dans le coût
de production. Les importations sont tellement
taxées que c'est très cher.
Et beaucoup de... Depuis
que Trump a lancé ses droits de douane,
il y a énormément de petits entrepreneurs américains
qui viennent raconter leurs histoires.
Des histoires de gens qui disent
bon, je suis patriote, finalement, c'est pas si mal que ça
de tout rapatrier aux Etats-Unis.
Et ils se rendent compte que ce n'est pas possible
parce qu'ils n'ont pas eu le temps
de se réorganiser. Ça leur est tombé dessus
du jour au lendemain. Donc oui,
pourquoi pas se réorganiser, mais pas
couper les jambes des petits entrepreneurs
sans leur donner
aucun crédit d'impôt,
aucun emprunt
à bas coût pour qu'ils puissent
s'orienter aux Etats-Unis. Donc on sent vraiment
que c'est comme un
taureau. Il y a une expression
britannique comme un taureau dans un magasin de
porcelaine taureau qui rentre, qui casse
tout et qui dit, ah bon, qu'est-ce que j'ai fait ?
Et c'est ça.
Si vous voulez, l'idée
d'une zone de libre-échange entre les Etats-Unis
et l'Union européenne,
pourquoi pas ? Mais il ne faudrait
pas que ça pénalise ni les
travailleurs européens, ni les travailleurs américains.
Il faudrait voir
toutes les barrières non tarifaires.
Il faudrait voir quels sont les besoins,
comment ça serait mis en place,
dans quel délai.
Et donc on a cette espèce
de grande oligarchie internationale
qui veut balayer toutes les règles aujourd'hui
et qui est-ce qui va en profiter ?
Ce sont eux. Et ceux qui vont souffrir
seront les petits contribuables,
les petits entrepreneurs et les ouvriers.
On poursuit ce débat
dans un instant avec la
porte-parole du MEDEF et
vice-présidente du syndicat patronal
Paola Fabiani.
Et si Bernard Arnault avait
raison, business first,
c'est aussi la devise de Donald
Trump qui négocie secrètement
pour le partage
des terres rares russes
de l'Arctique. Vous le verrez
à tout de suite.
Vous êtes devant le grand dossier
consacré ce soir à la
guerre des taxes, le coup de pression
de Bernard Arnault,
le patron de LVMH, averti
les dirigeants européens. Il est vital
pour les entreprises en France
de régler à l'amiable les tensions
commerciales entre l'Union
européenne et les États-Unis.
Comme Elon Musk, il se dit favorable
à une zone de libre-échange
entre les deux puissances économiques.
La parole, dans un instant,
à la porte-parole et
vice-présidente du MEDEF
Paola Fabiani. Bonsoir,
on vous retrouve dans un instant.
L'esprit d'entreprise
cher au président américain, business
first, c'est la priorité
de Trump qui négocie en secret
avec Poutine le partage
des terres rares russes
de l'Arctique, tant un deal
sur Boeing et même sur Mars,
vous le verrez, mais d'abord le rappel
des principaux titres de l'actualité.
À la une,
cette alerte orange aux avalanches
qui a été levée par
Météo France dans le département
de Savoie, mais les habitants
de Val Thorens, comme ceux de
Tignes où les chutes de neige ont été
particulièrement abondantes,
sont appelés à rester
confinés pour l'instant. Une personne
se trouve dans un état
critique après avoir été ensevelie
par une coulée de neige
dans la station de Val Thorens, justement.
La victime a été transférée
au centre hospitalier de Grenoble.
Écoutons le directeur de l'office de
tourisme de Val Thorens qui se dit
très touché par ce qui s'est passé.
À l'heure actuelle, il y a eu
une coulée de talus à l'entrée de la station
qui a entraîné une personne
qui a été évacuée. On n'a pas
plus de nouvelles pour l'instant
à l'heure où on se parle. Depuis ce matin,
on est en réunion en permanence et on
avise au fur et à mesure
de l'enneigement
et de l'état
du manteau neigeux.
Sur le front de la guerre en Ukraine,
le chef de la diplomatie américaine
Marco Rubio et l'émissaire
spécial Steve Witkoff
sont reçus par Emmanuel Macron
à l'Elysée pour des discussions
pour trouver
un accord pour mettre fin
à cette guerre au moment où les Européens
tentent de faire entendre leur voix
face à des pourparlers de cessez-le-feu
qui ne font que piétiner.
Les deux responsables américains doivent
également s'entretenir avec une délégation
ukrainienne ainsi que
des conseillers à la sécurité britannique
et allemand dont la venue n'avait pas
été initialement annoncée.
Voilà pour l'essentiel de
l'actualité. Retour au
grand dossier, à la guerre
des taxes, le coup de pression de
Bernard Arnault. C'est le thème de ce soir.
On en parle avec le colonel
Michel Goya, avec Stéphane
Marchand qui dirige le magazine Pour l'écho,
avec notre spécialiste
des questions étrangères Magali Barthès
et Samantha de Benderne,
chercheuse à la Royal Institute
of International Affairs.
Nous a rejoint Paola
Fabiani. Bonsoir.
Vice-présidente du MEDEF en charge
de l'entrepreneuriat et porte-parole
du MEDEF. Merci d'être avec
nous en direct dans le grand dossier.
On le disait, Bernard Arnault,
septième fortune du monde, lance
un avertissement aujourd'hui
aux dirigeants européens. Ça a été
fait lors de l'assemblée générale des actionnaires
du groupe LVMH.
Écoutons-le et on vous fait réagir après.
Il faudrait aboutir à une
zone de libre-échange
avec
le premier marché du monde qui
est quand même toujours les Etats-Unis
et faire en sorte que
ça puisse recréer
un climat de confiance,
d'échanges commerciaux, de progression
réciproque.
Est-ce que vous approuvez ce coup
de colère froide de Bernard Arnault ?
Tout d'abord, je voudrais vous dire
qu'effectivement c'est important que l'Europe
soit unie et parle d'une seule voix
et puis comme vous le savez, la guerre
commerciale est bonne pour personne.
Une fois qu'on a mis le doigt dedans,
l'engrenage, c'est très compliqué de s'en sortir
et puis tout le monde y perd.
Effectivement, dans ce contexte,
il est pour nous important, pour le MEDEF, d'apporter
une réponse symétrique
et proportionnée afin d'éviter
cette surenchère et c'est vraiment
la ligne directrice que s'est fixée l'Union
européenne aussi et cette pause
de 90 jours est salvatrice par rapport à ça parce
qu'elle permet de pouvoir éviter
potentiellement cette guerre commerciale.
Après, j'aimerais ajouter
qu'il faut voir aussi que 87%
du commerce mondial est fait en dehors
des Etats-Unis.
Donc l'Union européenne doit absolument
développer ses accords et renforcer
ses partenariats avec
les autres pays, l'Amérique latine,
le Canada, l'Indo-Pacifique.
Effectivement, c'est important
que l'Europe développe ça.
Paula Fabiani, concrètement,
est-ce que vous dites, comme Bernard Arnault,
on a autant c'est ça
pour les entreprises françaises
que Européens et Américains
trouvent un accord
et, si possible, de libre-échange
entre Etats-Unis et Europe,
autrement dit, zéro droit de douane ?
J'ai pas entendu, pardon.
Je vais reposer ma question plus précisément.
Est-ce que vous êtes d'accord avec Bernard Arnault
sur le caractère urgent
de trouver
un accord entre Union européenne
et Etats-Unis, de mettre fin
à cette guerre des droits de douane, et puis
de créer une zone de libre-échange,
zéro droit de douane, entre
Etats-Unis et Union européenne ?
Effectivement,
encore une fois, ce que je vous dis, la guerre commerciale,
elle est bonne pour personne. Donc, toute solution
qui visera à arrêter cette guerre commerciale
et à arrêter cette surenchère,
permettra forcément d'arriver
à un climat plus serein.
Pour l'entreprise, le pire ennemi,
c'est l'incertitude, et donc ces multiples
allers-retours et ces menaces nous mettent
dans des situations difficiles. En ce qui concerne
le libre-échange, on est toujours pour un principe
de libre-échange, mais sous réserve
que les règles du jeu soient claires,
stables et justes.
Est-ce que vous approuvez
l'éventualité
d'une délocalisation
de certains sites
de fabrication aux Etats-Unis ?
Parce que Bernard Arnault dit
« ça pourrait m'empêcher de perdre du chiffre d'affaires ».
Est-ce que c'est la solution ?
Je pense qu'on n'est pas là pour approuver
ou pas approuver la décision d'un chef d'entreprise
qui est totalement libre
de faire ce qu'il veut. On voit bien
les conséquences que ça peut avoir,
c'est plus ça. Et nous, notre point,
il est surtout de se dire « renforçons nos
accords avec les autres pays »
puisque comme ça, ça nous permet d'avoir un climat
économique plus viable.
Et puis de l'autre côté, derrière, faisons en sorte
de trouver des accords et que cette guerre s'arrête.
Vous restez avec nous
Paola Fabiani.
On voit bien que là, Bernard Arnault, ce soir,
il a quand même mis
pas le doigt dans l'engrenage,
mais...
Merci, voilà, le pied dans la fourmilière,
en parlant de ces droits de douane.
En tout cas, les 90 jours qui se sont
ouverts parce que Donald Trump
a décidé de faire une pause, en théorie,
devraient être utilisés pour précisément
arriver à quelque chose qui ressemblerait à du
libre-échange. Le mot est évidemment complètement
piégé. Libre-échange, qu'est-ce que ça
veut dire ? Parce que quand les Américains arrivent
en Europe et disent « supprimer les droits
de douane », c'est ça qu'ils disent,
mais qu'est-ce qu'ils veulent dire ?
Ce qu'ils veulent dire, c'est supprimer aussi
toutes les barrières non tarifaires,
toutes les normes environnementales,
toutes les normes sociales, toutes les normes
climatiques, qui sont associées à notre
façon, en Europe, de faire du
business, de créer des entreprises
et de les gérer. C'est ça que
veut Donald Trump, c'est ça surtout
que veulent les amis de Donald Trump, qui sont
les rois de la tech à Washington,
les Elon Musk, les Zuckerberg, etc.
Ils veulent absolument, par exemple, que les services...
Eux, ce sont des producteurs de services,
des exportateurs de services. L'Europe est très, très
dure sur les services. L'Europe est
très, très dure sur la concurrence entre les services
qui doit régner au service du consommateur.
Et c'est ça que veulent démanteler
les gens comme Elon Musk. Donc ça, il faut faire
attention. Donc, que les droits de douane baissent,
soit, mais que les normes environnementales
soient détruites, parce que J.D. Vance,
Elon Musk et Donald Trump le demandent, non.
Mais c'est là où
on entre dans un territoire extrêmement compliqué
parce que cette volonté des Américains
de déclarer une guerre commerciale
au monde entier, pour ensuite
dicter
ce qu'ils veulent,
met le monde entier dans une situation
très difficile. Et c'est là où
l'idée d'un libre-échange
entre les Etats-Unis et l'Europe me semble
très, très compliquée, à cause de la
différence de nos marchés, la différence des normes,
la différence de la réglementation.
Moi, je ne suis pas du tout une pro de la réglementation,
mais il faut quand même un minimum
pour sauvegarder notre santé,
pour sauvegarder les droits des travailleurs,
et surtout pour sauvegarder l'environnement,
qui sont des choses que les Etats-Unis
sont en train de complètement balayer.
Aujourd'hui, aux Etats-Unis,
dans les sites internet du gouvernement,
on n'avait plus le droit de mentionner
le réchauffement climatique. Je ne sais pas si vous vous rendez
compte de la gravité de la situation.
Donc oui, et ces 90 jours
vont être très, j'espère,
qu'ils vont être bien utilisés,
mais c'est absolument
terrible de mettre le monde à dos
comme ça. C'est une méthode de gangster.
C'est pas comme ça qu'on négocie entre
prétains, c'est comme ça qu'on négocie entre chefs
mafieux, c'est que soit tu plies,
soit t'es mort.
Et c'est ça parce que
l'enjeu
économique pour l'Union Européenne, si vraiment
ces droits de douane de 20% sont
imposés, et qui sait si ce ne sera pas
plus demain. Et c'est ça
que je crois que tout le monde
a souligné aujourd'hui,
c'est que la stabilité
est une chose absolument essentielle
pour une entreprise. Vous n'allez pas construire une entreprise
demain aux Etats-Unis sans savoir
quelles seront les règles auxquelles vous devrez vous plier
le jour où cette entreprise sera construite.
Donc là,
il y aura des négociations,
il y aura sans doute, je l'espère,
encore une
période de grâce,
mais je pense que ce sera inévitable
que les droits de douane vont augmenter
parce que l'Union Européenne
ne va pas se plier au diktat
de Donald Trump. C'est justement ce que
craint Bernard Arnault
qui, souvenez-vous, quand on avait parlé
de la cérémonie d'investiture
pour Donald Trump, à laquelle il avait
participé, était revenu
aux Etats-Unis et avait
prononcé cette phrase à son retour,
qui avait fait polémique.
Je reviens des USA, comme vous l'avez très gentiment
noté, et que j'ai pu voir
le vent d'optimisme
qui régnait dans ce pays.
Quand on revient en France,
après avoir passé quelques jours
aux USA,
c'est un peu la douche froide.
Aux USA, on vous accueille à bras ouverts.
Il faut dire
que le patron de LVMH
fait 8%
de son chiffre d'affaires en France
où il paye,
LVMH, 40%
de ses impôts.
Le patron de TotalEnergie, Patrick Pouyanné,
est d'accord avec Bernard Arnault
dans les colonnes
du Figaro. Il dit
Bernard Arnault a totalement raison
de critiquer cette fiscalité
additionnelle qui pèse sur celui
qui investit en France.
Les forces vives du pays sont trop taxées.
On n'est pas dans un cercle
vertueux. Paola Fabiani,
est-ce qu'au Medef, il y a des patrons
qui partagent ce constat ?
Je tiendrais déjà
à dire qu'il faut rappeler les chiffres.
On est parmi
les pays où les prélèvements obligatoires
sont les plus élevés au monde.
Donc effectivement,
il y a 364 milliards de prélèvements obligatoires.
Donc effectivement, il est vital
et ça fait partie justement aussi
d'une réponse, qu'on fasse
les réformes nécessaires et qu'on se
mette dans un cercle vertueux
de compétitivité, de croissance,
d'amélioration de la productivité
pour que nos entreprises puissent
investir, innover, se développer
et créer de l'emploi.
Merci beaucoup Paola Fabiani, vice-présidente
et porte-parole du Medef.
Les tractations,
les négociations dont on parle, les coups de colère,
ne seraient-ils pas en train
de nous montrer, une fois de plus,
que c'est le business qui dicte
les règles de ce qui se passe dans le monde ?
Business first,
c'est la devise de Trump
qui, pendant que ses émissaires sont
à Paris aujourd'hui, négocie
en secret avec Poutine
le partage des terres rares
de l'Arctique russe.
Poutine, dit le Kiev indépendant,
prend d'autres mesures pour assurer
le succès de ses négociations
avec les Etats-Unis.
Il a notamment, récemment envoyé aux Etats-Unis
son envoyé pour les investissements.
Kirill Dmitriev
a proposé
une vision séduisante
de l'accès des Etats-Unis
aux ressources arctiques et aux minéraux
de terres rares russes.
Allons plus loin avec vous Stéphane Marchand,
carte à l'appui, pour comprendre
l'enjeu de ces négociations
secrètes. Donald Trump
est non seulement intéressé
par les terres rares
et minerais qui se trouvent
dans le sous-sol ukrainien,
beaucoup se trouvent
d'ailleurs dans les territoires
annexés par les troupes russes,
ce qui fait l'objet de négociations
entre Donald Trump
et Vladimir Poutine, mais
le président américain convoite
aussi les terres russes
de l'Arctique. Regardez
cette seconde carte,
au-dessus du cercle polaire,
en territoire russe,
les gisements en pétrole
représentés en vert,
en rose,
fuchsia, c'est le gaz naturel,
et en or, et bien
c'est l'or. Pourquoi est-ce
si important pour
Donald Trump ? Avancez-vous
Stéphane, près de la carte.
C'est très important parce que vous savez que
Donald Trump est lancé dans une grande guerre,
un grand duel à mort, en quelque sorte,
contre la Chine, pour
le contrôle ou la suprématie
en matière d'intelligence artificielle
de pointe. Et dans
l'intelligence artificielle de pointe,
plutôt dans les terminaux qui embarquent
l'intelligence artificielle de pointe,
les terres rares comptent énormément.
Elles comptent déjà d'ailleurs pour votre smartphone,
dans lequel il y a à peu près une soixantaine
de métaux et terres rares différentes,
mais si vous contrôlez les terres rares,
c'est très important. Les terres rares, cela dit,
ne sont pas si rares que ça. Il y en a partout.
Là où c'est rare, c'est de les trouver
dans des endroits où les mouvements écologistes
ne vont pas vous empêcher de creuser
les mines qui vous permettent de l'extraire.
Donc ça, ça va être le cas probablement
dans l'article russe, je le crains,
et par conséquent, peut-être que ce deal
aura un sens. Pour ce qui concerne
l'Ukraine, les études sur le sous-sol ukrainien
datent d'avant la fin
de l'Union soviétique. Elles sont d'une fiabilité
à peu près égale à zéro
et on ne sait pas du tout
ce que ça va donner. En plus,
pour extraire les terres rares,
les investissements sont extraordinairement
lourds. Il faudrait à peu près une vingtaine
d'années pour qu'on commence
à véritablement extraire des terres rares
si on lance aujourd'hui
la construction des usines nécessaires.
Donc ça serait, comme le dit Trump,
pour essayer de vendre le projet aux Ukrainiens,
une façon de pérenniser l'aide,
ce qu'il appelle l'aide américaine à l'Ukraine,
mais en même temps, c'est vraiment le temps long.
Donald Trump aura quitté le pouvoir
depuis longtemps, en passage.
Stéphane Marchand, quel est l'intérêt,
au-dessus du cercle polaire, pour Vladimir Poutine
de laisser les entreprises
américaines participer
au commerce de ces terres rares,
voire à l'extraction de ces terres rares ?
Ça peut être surprenant parce que
quand Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir,
c'est après une séquence où
il avait lutté contre
l'intervention des entreprises
énergétiques américaines sur le territoire russe.
Il les a chassées une à une
et il a emprisonné souvent
les oligarques russes qui avaient
frayé avec les Américains.
Donc là, il va faire la chose inverse, ce qui peut surprendre,
mais finalement,
il ne se trompe jamais.
Et ensuite, ce qui l'intéresse surtout
dans l'article, évidemment, c'est
le contrôle stratégique que ça donne.
Parce qu'au-delà des terres rares,
au-delà du fer... Vous voyez, par exemple, là, il y a du cuivre
quelque part. Le cuivre...
Le cuivre, ici, ici et ici.
C'est le matériau clé pour la transition
énergétique, par exemple. Dans chaque éolienne,
pour 1 MW,
il y a, je crois, 3 ou 4
tonnes de cuivre à chaque fois.
Donc celui qui contrôle le cuivre
contrôle la transition énergétique
et il y a de bonnes chances pour que la transition énergétique
oriente l'industrie mondiale
pendant pas mal d'années.
On comprend vraiment l'intérêt, évidemment, de ces
tractations. On poursuit ce débat en plateau
avec le colonel Goya.
Qu'est-ce que Poutine
pourrait recevoir
en échange ?
D'abord, globalement, je pense que Poutine n'est pas
très intéressé par l'économie.
Ça reste un politique pur
et sa vision est quand même très politique.
Mais, enfin,
à l'intérieur de la Russie, la Russie est une oligarchie
économiquement, mais Vladimir Poutine
a mis la main sur
l'oligarchie, la contrôle. D'une manière
générale, l'administration contrôle
l'oligarchie économique à la Russie.
Donc ça devient aussi un instrument de la politique.
Je pense que Vladimir Poutine, à l'heure actuelle,
il cherche surtout à séduire
Donald Trump.
Et donc, à lui proposer,
il y a tout un tas de projets qui sont proposés.
Simplement le fait d'acheter des...
Il dit, tiens, nous on veut bien acheter des avions Boeing.
Bon, ça tombe bien, Boeing est un peu en difficulté
et a besoin de ça.
En même temps, on dit, tiens, ce serait pas mal si...
C'est dommage
parce que, d'abord, il y a les sanctions.
Ensuite, il y a les sanctions sur le système SWIFT,
qui est européen, mais...
Le système bancaire.
Donc, si vous pouviez éventuellement faire
pression sur les Européens pour qu'ils
sortent de ce système,
c'est pas là. Donc, en gros,
du point de vue strictement économique, il y a quand même une grande
entreprise de drague de la part de Vladimir Poutine.
Je pense qu'il s'en fout, en fait.
Enfin, il se fout pas de l'avenir
économique de son pays.
Et, accessoirement, l'Arctique, c'est vraiment
la zone pionnière. Vous avez déjà
un cinquième des ressources de la Russie
qui viennent du cercle polaire.
Donc, c'est quelque chose de très important
quand même pour la Russie, mais
contrairement à Trump, il est pas là
pour faire que du business.
Trump, il ne fait pas de la diplomatie,
il fait du business.
Il fait des deals uniquement.
Donc, Poutine, en réalité, se met,
se coule véritablement,
s'adapte à son interlocuteur
pour lui plaire et pour lui-même obtenir,
en fond de tableau, il y a toujours au minimum
la levée des sanctions économiques.
En gros, il dit, je termine là-dessus,
très bien, vous pouvez
faire plein de business avec nous, mais c'est dommage,
il y a les sanctions qui les empêchent.
Évidemment, Vera Grandseva nous a rejoint,
politologue spécialiste
de la Russie, enseignante à
Sciences Po Paris. Bonsoir,
Vera. Trump et Poutine,
vous les voyez prêts à signer
un deal sur les
terres rares de l'Arctique russe
en imaginant, évidemment, que
Poutine obtienne autre chose en échange.
Bon, pour Poutine,
déjà, il faut se rappeler qu'effectivement
Trump et son administration
qui est assez incompétente dans
tout ce qui est diplomatie, et notamment le conflit
en Ukraine, c'est une opportunité
pour finalement avoir
plusieurs choses,
notamment dans la coopération
peut-être dans l'Arctique, même si
il y a pas mal de désaccords
sur ce sujet-là entre les
Russes et les Américains.
C'est vraiment l'opportunité
pour essayer de s'en sortir
et de trouver
aussi des intérêts
qui peuvent être bien pour
prolonger le régime, finalement, parce que
effectivement, aujourd'hui, la guerre coûte
pour Poutine. Il y a l'économie
qui est sous les sanctions, il y a les problèmes économiques
qui pèsent déjà sur la société russe,
sur la production,
sur l'exportation russe de pétrole
et de gaz. Donc,
effectivement, Poutine peut, à mon avis, minimum
gagner du temps
avec ses négociations
en proposant
différentes idées
à l'administration américaine pour
avoir plus en Ukraine,
parce qu'il fait la guerre en Ukraine,
mais on va voir
si ça va aboutir à quelque chose vraiment
concret et fiable
parce que, quand même, il y a
beaucoup de méfiance entre les élites russes
et les élites américaines, et surtout le régime
de Poutine lui-même, en fait, c'est pas un régime
quand même très fiable
et très orienté vers la coopération
internationale, notamment avec l'Occident.
Donc, pour moi, pour l'instant,
c'est plutôt une façon
comment il peut gagner du temps
pour avoir plus
d'acquis en Ukraine, mais
j'ai des doutes si ça va se concrétiser
dans les projets concrets
avec les Etats-Unis.
On verra grand, ça va vous rester avec nous, Magali.
Donald Trump,
aujourd'hui, a un problème majeur
sur les terres rares. Il a déclaré une guerre
commerciale à la Chine,
qui, en riposte, en représailles,
a déclaré un embargo
sur les exportations
de terres rares à destination des Etats-Unis.
Or, la Chine, c'est 70%
de l'extraction
de terres rares
sur la planète, c'est 90%
de la transformation,
donc il est obligé aussi d'aller
trouver ses terres rares ailleurs.
Et là, Vladimir Poutine
a bien compris, justement,
l'intérêt qu'il pouvait avoir de lui
proposer certaines
de ces terres rares. Il parle,
comme le disait le collègue Goya,
il parle exactement le langage de Trump.
Il lui dit exactement ce qu'il veut
entendre, donc il lui propose
cet accord de coopération.
Vous noterez que, aussi,
cet accord sur les terres rares, c'est ce qu'il propose
aussi à Volodymyr Zelensky.
C'est ce qui est en discussion
en ce moment, et d'après Kiev,
les choses avancent relativement vite.
Donc, il cherche d'autres,
il cherche ces ressources qu'à priori
il ne peut plus espérer de
la Chine. Donc, Vladimir Poutine
lui fait miroiter
un pont d'or à ce niveau-là,
mais il a une condition, Vladimir Poutine,
c'est, en effet, la levée
des sanctions, et c'est
aussi ce qui est en discussion en ce moment
à Paris. On poursuit ce débat avec vous,
Samantha, à l'un aussi de ce que
propose Vladimir Poutine
pour sauver Boeing dans cette
guerre commerciale, notamment avec la Chine.
Selon Bloomberg, la Russie
a demandé aux Etats-Unis de l'autoriser
à acheter des avions Boeing
grâce à des milliards
de dollars d'actifs publics gelés
une fois le cessez-le-feu
instauré en Ukraine.
On voit bien le chantage du Président
russe. C'est du
chantage, alors si vous me permettez,
une dernière chose sur les terres rares,
c'est que ça ne m'étonnerait
pas que dans les négociations secrètes
qui ont lieu, Poutine est en train d'essayer de
convaincre Trump, tu sais,
si l'Ukraine était sous mon contrôle, tu aurais
un meilleur deal avec les terres rares.
Et je pense que
c'est des discussions qui ont lieu, j'espère
qu'elles ne vont aboutir à rien, mais connaissant
la façon dont les deux
voient le monde, c'est vraiment une possibilité.
Quant à Boeing, il faut d'abord savoir
que Poutine aujourd'hui a vraiment besoin
d'un deal pour avoir des avions
Boeing. Pourquoi ? Parce que la flotte
civile russe,
il y avait trois grands acteurs
dans la flotte civile russe,
c'était Airbus,
c'était Boeing, et c'était
les Tupolev
surtout. Donc les avions de fabrication
russes, que ce soit
Aeroflot ou d'autres compagnies d'aviation
civiles russes, utilisaient ces trois avions
avec une prépondérance de plus en plus pour Boeing
et Airbus. Depuis la guerre
en Ukraine, depuis 2022, Boeing
et Airbus ont cessé non seulement de livrer les avions,
mais toutes les pièces détachées ne
peuvent plus même réparer
les avions qui ont besoin d'être
réparations. Un avion a besoin d'être
fréquemment réparé, vérifié.
Aujourd'hui, il y a
environ un tiers de l'aviation civile
russe des Boeing et des Airbus
qui sont canabélisés
pour leurs pièces détachées
pour que les avions qui restent puissent
continuer à voler, et le nombre d'accidents civils
a vraiment beaucoup augmenté depuis
les sanctions. Donc aujourd'hui,
Poutine a vraiment besoin
de ses avions Boeing.
Les Chinois ont essayé de rentrer
dans la brèche avec Comac,
mais bon,
ça requiert d'énormes changements
sur des flottes qui existent déjà.
Donc là, Poutine a vraiment besoin de quelque chose.
Les Chinois, eux, ne veulent
plus acheter Boeing du tout depuis
les tarifs douaniers à 145%.
Donc on voit vraiment
la voie royale pour
un beau deal qui se profile.
Et là encore, ça montre
à quel point les relations entre la Russie
et les Etats-Unis
deviennent de plus en plus axées
sur du business.
Dernière petite anecdote aujourd'hui
dans Reuters. Il y a un article
sur une société russe qui a été
nationalisée
dans une société américaine
qui a été nationalisée par les Russes l'année dernière
au mois d'octobre. C'était une société qui produit
des dents et alimentaires, surtout
des conserves. Et bien cette société
qui appartient à un groupe américain va maintenant
être utilisée par le gouvernement russe
pour nourrir l'armée russe.
Et Marco Rubio a même dit
que dans les discussions qu'ils ont aujourd'hui
avec la Russie, c'est de voir un petit peu ce qui va
devenir de cette société.
Parce que les Américains disent qu'ils ne
veulent pas que cette société nourrisse l'armée russe.
Ils sont obligés de dire ça, mais c'est en train
d'arriver et on ne sait pas ce qui est en train
de négocier à ce sujet non plus.
Je précise qu'on parle souvent de
terres rares pour
de manière un peu globale. C'est quand même
une facilité de langage parce qu'il y a 17
types de terres rares, mais c'est les minéraux,
les métaux précieux,
enfin des matières premières
stratégiques. Stéphane Marchand.
Oui, on commence à mieux comprendre
la technique de négociation
de Vladimir Poutine. Il va avoir
avec les Américains une
conversation la plus vaste
possible portant sur tous les
sujets imaginables. J'imagine qu'on va parler de Mars
ou de la conquête. Dans un instant. Dans pas longtemps.
Et l'objectif de tout ça, c'est quoi ?
C'est que l'Ukraine, son indépendance
et sa sécurité deviennent un détail
dans la conversation. C'est ça, son objectif.
Face à lui. Et c'est pour ça que c'est la première
fois que les Américains viennent s'expliquer
devant les Européens et devant les Ukrainiens
parce que ce que demandent les Européens et les Ukrainiens
c'est la clé de tout. Sortez
d'Ukraine. C'est ça qu'on dit aux Russes.
Et surtout, Poutine ne veut pas entendre ça.
Eh oui, parce que Poutine
et Trump pourraient même être
tentés de conclure un autre
deal dans l'espace.
Comment ? Pourquoi ? Réponse
Vous êtes au bon endroit
devant le grand dossier ce soir
consacré à la guerre des taxes.
Le coup de pression de Bernard Arnault.
Le patron de LVMH
a lancé un avertissement aux Européens.
Il est dans l'intérêt de tout le monde qu'un accord
à l'amiable soit rapidement
trouvé dans cette guerre
des taxes. Le monde des affaires
dirige-t-il le monde ?
Donald Trump et Vladimir Poutine
pendant qu'émissaires américains et ukrainiens
sont à Paris autour d'Emmanuel Macron
sont peut-être en train de
conclure un deal sur le front
de la conquête spatiale.
Jade, bonsoir. Vous nous avez rejoint.
Est-ce qu'il y a une possibilité pour que
Russes et Américains
collaborent ensemble dans l'espace ?
Effectivement, parmi les éléments qui sont mis sur la table
pour offrir des gages à Washington,
il y a effectivement la possibilité de faire renaître
un accord américano-russe
sur la conquête spatiale.
Proposition faite par Kirill Dmitriev,
l'homme que vous voyez à l'image. C'est l'émissaire
de Vladimir Poutine pour la coopération internationale.
La preuve, elle est en partie sous vos yeux,
vous allez le voir. La Russie envisage
une collaboration avec les Etats-Unis
pour la prochaine mission sur Mars
pilotée par Elon Musk, qui est prévu
selon le milliardaire, fin 2026.
La Russie peut offrir une centrale nucléaire
de petite taille pour une mission
vers Mars, ainsi que d'autres
moyens technologiques avant ces déclarations faites.
Il y a une quinzaine de jours,
lors d'un forum sur l'Arctique
qui se tenait en Russie, nous estimons
que la Russie a beaucoup à offrir pour une mission
vers Mars, parce que nous possédons des
technologies nucléaires qui pourraient
s'avérer utiles. Il entend donc engager
effectivement des discussions avec Elon Musk
et ne cache d'ailleurs pas vraiment son
admiration pour le milliardaire. Il l'a qualifié
de visionnaire. Plus étonnant encore,
c'est quand ces mots sont prononcés
par Vladimir Poutine hier, pas plus tard qu'hier.
Écoutez ce que déclarait le président russe
au sujet d'Elon Musk.
Vous savez, il y a une personne
qui vit aux Etats-Unis, Elon Musk,
qui pourrait-on dire est fou
de la planète Mars.
C'est une personne unique,
une personne rare dans la population
humaine.
Alors il est même allé jusqu'à
le comparer
à cet homme qui n'est autre qu'un héros
national en Russie, c'est Sergei Korolev
qui est le père fondateur du programme
spatial soviétique. Russes et Américains
sont, on entend donc,
et Ukrainiens effectivement,
entendent effectivement faire
ami-ami. Elon Musk serait très clairement
un atout majeur pour Vladimir Poutine
qui cherche à renforcer et développer
l'agence spatiale Roscosmos.
Dernière collaboration en tête, c'était septembre
2023. Américains et Russes
avaient décollé ensemble pour une mission
à bord de l'ISS. Images, vous allez le voir,
suffisamment rares pour qu'on en parle
deux minutes. On voit des drapeaux
à la fois américains et russes qui flottent en fond.
Preuve que l'entente
est possible, sachant qu'il ne faut pas
oublier une chose, les Chinois
poussent très fort derrière pour entrer dans la course.
L'année dernière, l'ancien dirigeant de Roscosmos
avait déclaré que la Russie et la Chine
envisageaient d'installer une centrale nucléaire
sur la Lune entre
2033 et
2035. Le pire cauchemar de
Trump, c'est effectivement d'imaginer les Chinois poser
à leur tour un pied sur la Lune.
Le risque sous-jacent, c'est donc que la Russie
sans accord sur le volet spatial avec les
Américains, se tourne vers
les Chinois pour coopérer.
Merci beaucoup, Jad.
Colonel, russes et américains
potentiellement alliés dans l'espace,
c'est un changement de paradigme total ?
Oui, alors pas
complètement, parce que ça reste
quand même un des rares domaines où ils
coopéraient encore, effectivement.
Mais au passage,
Mars, c'est le grand échec
des soviétiques.
Les soviétiques n'ont jamais réussi à envoyer
un engin sur Mars. Ça a toujours
échoué. Et c'était à l'époque
où ils étaient au temps de leur
splendeur spatiale.
Là, on est dans une situation où
quand même, il n'y a même plus de course.
Les russes ne sont plus dans la course
à l'espace. Ils n'ont pas été
capables de déposer un engin sur la Lune.
Ils échouent surtout.
Qu'est-ce que les russes ont inventé
récemment
en termes d'exploration spatiale ?
En fait, ils sont complètement dépassés.
S'il y a une coopération avec les Américains,
d'abord, ce sera symbolique.
Et si ce n'est pas symbolique, ce sera plutôt à l'avantage
des russes. Ça leur permettra
d'apprendre un certain nombre de choses. Mais en réalité,
les Américains n'ont plus besoin des russes
concrètement.
Ils peuvent très bien s'en passer.
Pour ça, ça reste effectivement symbolique.
Et comme tout ce qui est proposé par les russes actuellement,
c'est quand même un peu dans le fond
de tableau, c'est quand même un peu
à leur avantage.
Je disais tout à l'heure,
Trump utilise
la politique pour faire du business.
Les russes,
Vladimir Poutine en particulier,
utilisent le business pour faire de la politique.
Toujours.
Oui.
Là, je crois qu'on ne peut pas qualifier
ça de nouveau.
Pendant les années, on va dire
jusqu'à vers 2021-2022,
les Américains
et les russes coopéraient très
étroitement dans l'espace.
Depuis l'échec du programme
Shuttle, qui était
cette fusée
soi-disant réutilisable qui finalement
était trop coûteuse, il y avait trop d'accidents
pour la NASA, c'est vraiment
les fusées Soyouz
qui emmenaient des astronautes et des cosmonautes
à la station
spatiale internationale.
Il y avait des astronautes américains
qui s'entraînaient avec les cosmonautes
dans la cité des étoiles
près de Moscou,
qui passaient des mois en préparation,
en quarantaine.
C'était plus
une des grandes aberrations
de cette guerre que cette coopération dans l'espace
se termine. Mais aujourd'hui, en effet,
les Américains sont en avant. On l'a vu
depuis le début de l'espace. Les Russes, ils sont allés
en premier, ils ont envoyé le premier roc.
Les Américains, ensuite,
sont passés en avant.
Dans un monde où il n'y aurait pas de guerre,
ce serait une coopération tout à fait compréhensible
et avec les Chinois aussi. Mais bon.
Oui, c'est vrai, je confirme.
L'Inde et la Chine sont en avance maintenant
sur la Russie en matière de
percées spatiales. Donc, comme c'est
très symbolique, l'espace, c'est tout à fait
normal que les Russes essayent de rattraper là. Mais ils sont très
loin derrière. D'ailleurs, quand on se
plonge dans ce que font les Russes,
on s'aperçoit que tout ça est
un tout petit peu brinqueballant. À part peut-être
l'économie de guerre qui fabrique des tanks,
mais le reste, c'est...
Il ne faut pas aller regarder de trop près.
Magali ?
Mais là encore, Vladimir Poutine parle le langage
de Trump parce que Donald Trump,
on l'a beaucoup entendu pendant cette campagne
dire combien il était fasciné
par Elon Musk et ses fusées
qui réatterrissaient toutes seules,
qui revenaient sur leur base,
même lors du discours de la vestiture,
il a annoncé aux Américains
une conquête spatiale,
l'arrivée sur Mars.
Là, encore une fois,
Vladimir Poutine, d'ailleurs avec un sourire,
c'est assez amusant de le voir...
C'est rarissime de le voir
sourire quand il parle d'Elon Musk.
C'est qu'en parlant d'Elon Musk,
en parlant de conquête spatiale,
il va attiser la curiosité
d'un Donald Trump et tout est fait pour.
Et c'est vrai que toutes ces négociations
sont quand même menées d'une main de mètre
par le chef du Kremlin
parce qu'il comprend très bien quels sont
les ressorts de Donald Trump.
Justement, quand on voit leur proximité,
même si Poutine n'est pas dupe,
est-ce qu'on ne peut pas se dire
finalement que ce qui se passe à Paris,
c'est un semblant de négociation ?
C'est en effet ce qu'on peut se dire.
On peut se dire que
même les Américains arrivent presque
en portant la parole du Kremlin
jusque dans l'Elysée.
Quand on entend Donald Trump,
ses dernières sorties sur Zelensky
qui auraient déclenché la guerre,
le fait que les Américains ne veuillent plus
vendre de nouveaux missiles patriotes
aux Ukrainiens,
on comprend quand même que
le monde que l'on connaissait
est en train de changer radicalement.
