Documentaire disponible en rediffusion jusqu'au 14/12/2025 Représentant l’élite intellectuelle du monde celtique, les druides n’ont laissé aucune trace écrite. Ce documentaire expose les dernières découvertes des archéologues sur leur culture.
Née en Europe centrale vers le Ier millénaire avant J.-C., la civilisation celte a occupé une grande partie du continent européen, des Balkans à l’Angleterre, de l’Italie du Nord à la Galice, avant d’être lentement absorbée par la civilisation romaine. À la fois dignitaires religieux, bâtisseurs, astronomes, mais aussi juges et guérisseurs, les druides constituaient l’élite intellectuelle des tribus celtes. S’ils savaient lire le grec et le latin, ils n’ont laissé aucune trace écrite. Nous devons ainsi le peu de connaissances qui nous sont parvenues à quelques auteurs de l’Antiquité. Quel rôle jouaient les druides ? Quelle est la part de vérité dans l'image que nous nous faisons de ces sages, représentés, depuis le XVIIe siècle, en tunique claire et longue barbe blanche, coupant le gui à la serpe pour concocter de mystérieuses potions ?
Monde perdu
Redécouverte en Irlande au XVIIIe siècle, en réaction à l’occupation britannique, la mémoire de la culture celte ne s’est pas éteinte. Aujourd’hui encore, des druides et même des druidesses célèbrent, dans plusieurs pays d’Europe, la nature et le cycle des saisons, comme le faisaient peut-être leurs lointains ancêtres. Plongeant dans le passé, des archéologues poursuivent leurs recherches sur le terrain. Les fouilles entreprises dans un tumulus du Jura souabe, sur un site du nord de la France où furent retrouvés les restes de sept cents guerriers sans tête, ou encore sur celui de Bibracte, la capitale des Éduens, dans le Morvan, apportent de précieuses informations sur l’organisation de la société celtique. Elles éclairent en particulier les prérogatives des druides, dont on sait désormais que, s’ils conseillaient les rois, il pouvait leur revenir également de les sacrifier rituellement pour satisfaire les puissances célestes.
Durant les derniers siècles avant notre ère,
les peuplades celtes qui vivent en Europe
sont dirigées par une puissante classe sacerdotale,
celle des druides.
Ces ministres du culte offrent parfois des sacrifices humains
à leur divinité par le biais de terribles rituels.
Ils sont architectes, astronomes, guérisseurs
et peuvent même prédire l'avenir.
Étymologiquement, leur nom signifie probablement
« les très savants ».
C'est l'élite intellectuelle des celtes.
Ils savent lire et écrire en grec et en latin,
mais ne laisseront derrière eux aucun texte.
Aujourd'hui encore,
ils constituent une source d'inspiration mystique et spirituelle.
Mais comment démêler l'histoire du mythe qui les entoure ?
Jusqu'à une époque récente,
on en savait très peu sur la place des druides
au sein de la société celte.
Les dernières découvertes en font un portrait surprenant.
Les druides dans la civilisation celtique et gauloise
sont vraiment au cœur, à la tête de l'aristocratie.
Ce sont les conseillers des rois,
mais parfois aussi leurs bourreaux,
lorsqu'ils les sacrifient dans de sombres tourbières.
On a affaire à des meurtres calculés et accomplis de sang-froid
dans le cadre d'un rituel bien précis et connu de tous.
Les druides président de nombreuses cérémonies.
Détenteurs d'un savoir secret séculaire,
ils occupent un rang social élevé.
Ils détiennent un pouvoir politique,
sont instruits, exercent des activités de juristes ou d'enseignants,
et la combinaison de toutes ces fonctions
leur confère une place influente dans la société celte.
Depuis son berceau en Europe centrale,
la civilisation celte connaît une expansion
dans la seconde moitié du premier millénaire avant notre ère.
A son apogée, elle s'étend sur un immense territoire,
allant du bassin du Danube jusqu'aux îles britanniques.
Vers 500 avant Jésus-Christ,
la culture celte s'implante en Irlande
où elle se maintiendra jusqu'au début du Moyen-Âge.
A l'heure actuelle, c'est le pays qui compte
le plus de druides et de druidesses en activité.
Aymar Burke est psychologue
et vit dans les environs de la ville de Kilkenny.
Elle est à la tête de l'OBOD,
l'Ordre des Bardes, Ovates et Druides.
Forte de 30 000 membres,
cette communauté de néo-druides est la plus importante du monde.
Aujourd'hui a lieu une fête celtique majeure.
Accueillons les ancêtres de notre lignée et de nos traditions.
Nous sommes venus du nord, de l'ouest, de l'est
et du sud pour célébrer l'équinoxe d'automne.
Prenons trois profondes inspirations.
Nous nous alignons sur les changements de saison
pour rythmer nos vies.
Nous tentons de connecter notre monde intérieur
au monde naturel qui nous entoure
afin de trouver l'équilibre et l'harmonie.
Si les druides existent en Irlande depuis plus de deux millénaires,
le néo-druidisme pratiqué par Aymar
ne remonte guère plus haut qu'à la fin du XVIIIe siècle.
Époque où les Irlandais éprouvent un regain d'intérêt
pour leurs racines celtiques en réaction à la domination anglaise.
Le druidisme n'est pas dogmatique.
Il n'existe aucun enseignement.
Peu importe que vous soyez polythéiste, animiste ou athée,
on ne se querelle pas pour savoir
s'il y a un dieu, plusieurs ou aucun.
Ce qui nous unit, c'est l'amour de la nature.
Pour Aymar, les astres exercent une grande influence sur notre âme.
La roue de l'année du néo-druidisme découpe l'année en huit
en fonction des solstices et équinoxes du soleil
et des phases lunaires.
Les celtes avaient eux aussi leur calendrier soli-lunaire
et célébraient des fêtes à des dates déterminées par les deux astres.
Ça n'a rien de scientifique,
mais parfois on remarque qu'on est sur un site très ancien
parce qu'on sent la présence des ancêtres.
Le druidisme que je pratique
m'est inspiré par la forêt et les lieux sacrés.
Pour ma part, j'éprouve ce sentiment dans un endroit comme celui-ci
ou dans mon bosquet ou mon jardin.
Le néo-druidisme revendique des racines celtiques,
mais les chercheurs considèrent qu'il s'agit là d'origines fantasmées.
Pour rétablir la réalité historique,
ils se fondent uniquement sur les découvertes archéologiques.
Le musée national d'Irlande, à Dublin,
est une mine d'informations pour Imon Kelly,
un archéologue à la retraite spécialiste des momies des tourbières.
Celle-ci a été découverte près du site de Croghan Hill,
d'où son nom, Homme de Croghan.
Il s'agit d'un homme jeune qui avait entre 25 et 40 ans.
Il est mort d'une façon particulièrement horrible.
On l'a démembré,
non pas pour le torturer,
mais uniquement pour des raisons religieuses.
Après l'avoir poignardé,
on lui a tranché la tête et les membres inférieurs.
On lui a aussi coupé les tétons.
Il s'agissait donc vraisemblablement d'un roi.
Sucer les tétons d'un souverain étant un signe de soumission,
les lui retirer devait l'empêcher de régner dans ce monde ou un autre.
Il n'avait d'ailleurs jamais effectué de travaux manuels.
Ses ongles étaient manucurés, un privilège royal.
Une autre momie aux tétons coupés a elle conservé sa tête.
Ces deux rois ont probablement été tués
à la suite d'une crise survenue durant leur règne.
Une famine, par exemple.
Dans la société préchrétienne irlandaise,
si des fléaux se produisaient,
le roi en était tenu personnellement responsable.
Et si on sentait qu'il ne pourrait pas y mettre un terme,
car il n'avait plus d'influence sur l'autre monde,
alors on le tuait rituellement et on le remplaçait.
C'est ici, au sommet de Croghan Hill,
que les druides ont couronné le premier de ces deux rois.
Et c'est au pied de la colline qu'ils l'ont sacrifié dans une tourbière.
Les tourbières étaient considérées comme l'entrée de l'autre monde.
Si on voulait pratiquer un rituel
pour gagner les faveurs des puissances souterraines,
c'était l'endroit idéal.
L'homme de Croghan a rencontré son destin il y a environ 2300 ans.
L'analyse du contenu de son estomac
a permis de déterminer la composition de son dernier repas,
des céréales et du babeur.
Imaginez comme il devait être fier le jour de son couronnement.
Puis tout a mal tourné et il a fini là, en bas.
La dernière chose qu'il voit,
c'est l'endroit qui a marqué sa gloire passée.
Au moment où il est conduit ici,
probablement par des druides,
il sait qu'il va mourir.
Les druides ont aussi laissé leur empreinte bien plus à l'est,
dans la région de la Hesse, en Allemagne.
Au pied de l'opidum celte du Glauberg,
vieux de près de 2500 ans,
les chercheurs ont mis au jour un tumulus.
Grâce à des méthodes de mesures géomagnétiques,
l'archéologue Axel Poslouchny a même pu établir
que les deux fossés qui s'étendent devant lui
étaient autrefois bien plus longs.
On a affaire à un réseau qui s'étire sur 350 m
et qui est constitué de deux fossés parallèles.
Les fouilles ont montré qu'il faisait 5 m de profondeur et 15 de large.
C'était vraiment un site monumental,
qui ne manquait sans doute pas d'impressionner les gens de l'époque.
Les concepteurs de ce site devaient être experts en astronomie.
Axel Poslouchny et ses collègues ont découvert
que les lignes sont orientées en direction d'un point très précis,
celui où la Lune traverse l'écliptique
en descendant vers l'hémisphère sud.
Il faut savoir qu'un nœud lunaire descendant
ne se produit que tous les 18,6 ans.
Il y avait donc ici un groupe d'hommes
qui a observé ce phénomène sur plusieurs générations
et l'a littéralement gravé dans le sol.
Ce n'est pas commun.
Ces hommes, ce sont les premiers druides.
La bibliothèque universitaire de Tübingen, en Allemagne.
C'est ici que Bernard Maier, historien des religions,
vient se documenter pour écrire ses travaux sur les celtes et leurs prêtres.
Il s'intéresse tout particulièrement
à l'origine de notre représentation actuelle des druides.
Je crois que tout est parti de cette illustration.
Elle est tirée d'un livre de 1676
qui traite de la Bretagne antique,
époque à laquelle on formait encore des druides.
Comme l'artiste ne savait pas à quoi ils ressemblaient,
il a dû faire preuve d'un peu d'imagination
et a choisi une sorte de moine pèlerin préchrétien.
Les documents antiques ne nous révèlent rien
sur l'aspect qu'avaient les druides de l'époque.
Et les prêtres celtes n'ont laissé aucun témoignage écrit.
Nos connaissances au sujet des druides sont minces.
Pratiquement tout ce que nous savons ou croyons savoir
nous vient de quelques rares auteurs de l'Antiquité.
Les textes sont donc très peu nombreux et souvent très courts.
Et pour ne rien arranger, nous ignorons la plupart du temps
la provenance des informations qu'ils contiennent.
Des vestiges archéologiques nous permettent cependant
de mieux comprendre ce qu'étaient les druides.
Le Mont Beuvray dans le Morvan.
Au premier siècle avant notre ère, se dressait ici Bibracht,
la capitale des Edouins, un peuple gaulois.
L'archéologue Sabine Ricoff a participé à la mise au jour
de la ville fortifiée et réalisé des découvertes
qui nous renseignent sur l'activité des druides.
Notamment un bassin en granit dont l'axe transversal
est orienté d'un côté vers le lever du soleil au solstice d'hiver
et de l'autre vers son coucher au solstice d'été.
Les druides devaient assurément posséder un savoir incroyable.
Construire ce bassin nécessitait des connaissances en géométrie
qui se fondent sur le théorème de Pythagore.
Les druides étaient si instruits qu'ils ne maîtrisaient pas
uniquement les savoirs ancestraux qu'ils avaient eux-mêmes
accumulés au fil du temps, vraisemblablement depuis
le troisième siècle avant Jésus-Christ.
Ils se sont aussi appropriés le savoir des autres.
C'est assez manifeste, par exemple en ce qui concerne
les connaissances géographiques des Grecs.
Le site abrite un musée.
Son directeur, Vincent Guichard, veut savoir à quoi ressemblait
le monde des druides à l'époque où Jules César a conquis la Gaule.
Les nombreuses pièces exposées ici renvoient l'image éclatante
d'une civilisation celte hautement développée.
Le premier objet qu'on va considérer, c'est un style à écrire.
C'était un objet en fer, en l'occurrence, qui était utilisé
sur une tablette et on écrivait dans la cire et on pouvait effacer.
C'est un objet qui vient du monde méditerranéen et qui était
accessible évidemment aux membres de la société celtique
qui avaient un niveau d'éducation élevé.
C'est typiquement le type d'instrument qui aurait pu être
utilisé par des druides dans la période tardive de la romanisation
du premier siècle avant Jésus-Christ.
Les druides privilégiaient néanmoins la transmission orale
du savoir traditionnel, considérant l'écriture comme morte,
en ce sens qu'elle fixe pour l'éternité ce qu'elle exprime.
La culture celte connaît son apogée peu avant la conquête
de la Gaule par les Romains.
La classe sacerdotale contrôle alors presque tous les domaines
de la vie sociale.
Si les druides occupent une telle position, c'est d'abord en raison
de leur statut de prêtres, au titre duquel ils dirigent
toutes les cérémonies publiques.
Ensuite, ce sont eux qui tranchent les litiges et jugent les crimes.
Et enfin, ils instruisent les plus jeunes.
Donc on peut dire que les druides représentent tout à la fois
l'église, le tribunal et l'université.
En 600 avant Jésus-Christ, cette forêt du Jura suabe
était un site sacré.
On y trouve une grande arche rocheuse sous laquelle les premiers celtes
procédaient à des sacrifices.
Dirk Krause y a surtout découvert des bijoux, ce qui laisse à penser
que les offrandes étaient faites avant tout par des femmes.
J'imagine qu'elles apportaient des objets précieux.
Le bronze était un matériau de grande valeur à cette époque
et relativement rare.
Les femmes confiaient probablement ces présents à la terre,
sous cette porte spéciale qui ouvrait vers un autre monde,
afin d'entrer en contact avec les divinités,
avec les puissances de l'au-delà, les forces surnaturelles
et peut-être souterraines qui tenaient une place importante
dans la culture celtique.
On venait jusqu'ici de loin.
La Hönneburg, la grande ville celte la plus proche,
se trouve à une cinquantaine de kilomètres.
Je crois que ce site était circonscrit et que les choses
étaient organisées de telle manière que ces offrandes aux divinités
ne bougent pas d'ici et que personne n'en tire profit.
Il s'agissait de biens précieux pour les femmes de l'époque.
Il fallait mettre en place un système afin de dissuader les pillards
et de les punir s'ils étaient pris sur le fait.
Ce type d'offrandes sacrificielles communes va donner naissance
à un culte structuré.
La Hönneburg, dans la Haute-Vallée du Danube.
Il y a 2600 ans s'est formé ici le premier et le plus important
centre urbain celte au nord des Alpes.
En tout, 5000 personnes vivaient dans la citadelle fortifiée
au sommet de l'éperon rocheux et dans le faubourg à son pied.
Cette société était prospère et entretenait des relations
commerciales lointaines de la Baltique à la Méditerranée.
Quand les archéologues exhument les nécropoles,
ils font une découverte surprenante.
Dans de nombreuses tombes d'apparat, gisent des femmes.
Les sépultures des femmes n'ont rien à envier à celles des hommes.
Cela soulève évidemment des questions.
Qui exerçait le pouvoir ?
Qui était aux commandes ?
Quel rôle jouaient les femmes dans les domaines politiques,
économiques et religieux ?
Les défunts de très haut rang étaient inhumés dans des tumulus.
Avec le temps, la plupart ont été tassés et aplanis,
comme celui-ci, dont le dégagement est dirigé
par la restauratrice Nicole Ebbinger.
Une fois encore, les restes semblent être ceux d'une femme.
Les premières fouilles indiquent que la personne inhumée ici portait des bijoux.
On a découvert une fibule en ambre
et des perles en or filigranées,
des parures plutôt portées par des femmes.
Il y a dix ans, on a déjà mis au jour une autre tombe féminine
qui recelait de nombreux trésors.
Trois squelettes y ont été retrouvées.
Celui d'une femme faisant partie de l'élite sociale
est mort aux alentours de 580 avant Jésus-Christ,
ainsi que ceux qui appartenaient vraisemblablement à sa fille et à une suivante.
Les dépouilles ont été conservées ici.
Même si les restes de la dame de Hönneburg sont très parcellaires,
ils permettent à la restauratrice d'en apprendre beaucoup
au sujet de la défunte.
Au début, on se retrouve face aux pièces d'un puzzle
et on a du mal à se faire une idée d'ensemble.
À présent, j'en sais évidemment bien plus sur ce crâne.
Il s'agit d'une femme âgée de 30 à 40 ans
qui a été inhumée dans le bassin du Danube
avec de magnifiques offrandes mortuaires.
Peu à peu, les contours du personnage se dessinent.
Cette femme devait être très riche
au vu des précieux bijoux en or censés l'accompagner dans l'au-delà.
Dans la chambre funéraire, on a aussi trouvé
d'étranges artefacts en verre, des pierres aux formes spéciales,
des fossiles d'ammonite et d'oursin.
Autant d'objets qui devaient avoir une signification particulière
pour la défunte.
On pense que toute femme inhumée avec faste est le prolongement
de son homme, qu'elle ne fait que le représenter.
Et à l'évidence, ces bijoux en or montrent
que celle-ci avait aussi une fonction représentative.
Mais la présence de ces pierres magiques,
comme on les appelle, nous fait dire que la défunte
devait également être une prêtresse ou une guérisseuse
et jouir d'un statut important.
Avaient-elles des pouvoirs magiques ?
Était-elle une druidesse ?
Ces femmes fortes font figure de modèle pour Heimar Börck,
la cheffe des druides et druidesses des temps modernes.
Elle rejette l'image d'un dieu masculin
que les religieuses catholiques lui ont transmise
quand, enfant, elle était au pensionnat.
Quand je lis des récits mythologiques,
je sais qu'ils ne sont pas véridiques,
mais ils font écho en moi, ils me parlent.
En matière de spiritualité, les croyances ne sont pas
nécessairement fondées sur des faits,
mais ces histoires entrent en résonance avec ma vie
et la mettent en perspective.
Alors est-ce qu'elles sont inventées ?
Peut-être, mais l'essentiel n'est pas là.
Ce qu'Heimar apprécie chez les druides d'autrefois,
c'est leur soif de savoir et leur érudition,
mais aussi cet amour de la nature qu'elles partagent avec eux.
Hordorf, près de Stuttgart.
Cette sépulture est celle d'un homme visiblement important,
mort aux alentours de 550 avant Jésus-Christ.
Sa chambre funéraire a été reconstituée.
Le défunt gît sur une clinée,
un divan en bronze doré de grande valeur
qui témoigne sans doute de son statut social.
Pour qu'il ne manque de rien dans l'au-delà,
on a disposé auprès de lui ses armes, ses bijoux
et ses objets en or.
Mais ce qui attire le plus le regard,
c'est ce char où sont déposées des armes.
Pourquoi donc avait-il besoin de cette hache ?
Le défunt se servait de cette lourde hache en fer,
du moins c'est ce que nous pensons,
pour sacrifier vaillamment des animaux
comme des cerfs ou des bœufs en leur portant un coup au front.
Ensuite, il les achevait avec ce javelot.
C'est assez physique de frapper avec la hache de la main droite
et de planter le javelot directement dans le cœur de la main gauche.
S'il dirigeait des sacrifices,
cet homme devait être plus qu'un simple chef de tribu.
Ses objets symbolisent le statut du défunt.
C'était non seulement un chef politique
ou un personnage fortuné,
mais aussi un dignitaire religieux, un prêtre.
Nous avons donc affaire à un précurseur des druides,
à une époque où les fonctions politiques et religieuses,
les plus hautes positions,
étaient occupées par une seule et même personne.
Par la suite, les seigneurs vont confier l'autorité spirituelle
à une nouvelle classe de prêtres chargés des sacrifices,
les druides.
Ceux-ci apparaissent pour la première fois dans des textes écrits
au IIe siècle av. J.-C. par des auteurs grecs.
Le pouvoir des druides était fondé
socialement en raison de leur rôle religieux.
Celui qui dirige les sacrifices
a aussi une prééminence sur le pouvoir temporel.
Dans les civilisations antiques,
il n'était pas rare que le pouvoir politique
et les fonctions religieuses soient entre les mains d'un seul homme.
C'était très répandu.
Et cela ne devait pas être bien différent chez les druides.
Retour à la Hönneburg,
où Dirk Krause et son équipe veulent en savoir davantage
sur l'organisation de la religion au VIe siècle av. J.-C.
Nous avons découvert
un grand nombre de sites d'habitation et d'objets d'artisanat.
Il y a toutes sortes de vestiges de la vie quotidienne ici.
Ce qui manque, en revanche,
c'est un lieu sacré, un temple,
un centre spirituel, religieux.
Jusqu'à présent, on n'a rien trouvé là-haut.
Alors bien sûr, on se demande où cela pourrait se trouver.
Une découverte fortuite met les archéologues sur la voie.
A environ 9 km de là,
sur le versant sud du Jura-Suab,
on a repéré une montagne dont le sommet est totalement plat
sur une surface équivalente à celle de deux terrains de football.
Des travaux de terrassement titanesques
ont été entrepris ici il y a 2600 ans
pour ériger un mur de soutènement monumental
cernant un espace de la taille d'un immense porte-conteneur.
A l'une des extrémités de la plateforme,
les restes d'un imposant mur de 13 m d'épaisseur
et de 10 de hauteur ont été mis au jour.
Couche après couche, les archéologues exhument la section transversale
d'une esplanade de forme ovale
d'environ 300 m de long sur 40 de large.
Les maîtres d'œuvre devaient être érudits
et travailler avec un plan
parce qu'aménager un site pareil,
calculer les courbes, les volumes, etc.,
c'est un sacré tour de force.
Il a fallu dépenser une énergie colossale pour niveler tout le terrain
et donner cette forme à la montagne.
Les archéologues découvrent un mur qui seint la place
et un autre qui la traverse en son milieu.
Étant donné leur petite taille,
il ne peut s'agir d'un ouvrage défensif.
La terrasse devait avoir une autre fonction.
Je suppose qu'on se rassemblait ici
après une victoire militaire,
au décès d'un grand personnage
ou à l'occasion de la réunion annuelle de toute la tribu.
On en profitait peut-être aussi
pour célébrer des fêtes
et organiser des courses de chevaux ou de chars.
Il ne faut pas s'imaginer un endroit atropostère.
C'était un site événementiel, comme on dirait aujourd'hui.
Un gigantesque point de ralliement
au plus près des cieux.
À moins de 50 m du chantier de fouille,
les archéologues font une incroyable découverte.
Cette petite éminence qui passe presque inaperçue
se trouve en plein milieu de l'ancienne place.
Il s'agit d'une sorte d'autel.
Voilà des os humains que nous avons trouvés
dans un puits situé juste en dessous de nous.
Ce puits faisait 5 m de profondeur
et au moins 7 squelettes y gisaient.
C'est unique dans la région.
Il ne s'agit assurément pas d'une sépulture ordinaire.
Étant donné son emplacement
sur la véritable œuvre d'art qu'est cette place rituelle,
on pense avoir affaire à des restes
issus de sacrifices humains.
La tribu se rassemblait-elle ici
pour se livrer à de telles immolations
afin de s'attirer la faveur des dieux ?
Quelques siècles plus tard, le poète latin Luquin
évoque des bosquets ténébreux
dans lesquels les druides célèbrent des sacrifices sanglants.
Les romains raffolent des récits
sur les rites barbares des peuples celtes.
L'ampleur attribuée à ces meurtres rituels
fait néanmoins débat.
Bernard Maier, l'historien des religions de Tübingen,
Les sources antiques indiquent
que les druides président aux sacrifices humains.
Il peut s'agir d'offrandes ou de prières,
notamment en temps de guerre
où l'on immole des prisonniers ennemis.
Il est dit par exemple
qu'on poignarde la victime
et que l'on prédit la volonté des dieux dans ses convulsions.
La guerre des Gaules de César
est sans cesse représentée par les illustrateurs.
L'image est proprement terrifiante.
On y voit un mannequin à figure humaine
démesurément grand et en osier tressé.
A ses pieds, il y a des fagots de paille
et un feu a été allumé.
Cette scène dépeint la manière
dont de nombreuses personnes étaient brûlées vives
dans ce colosse d'osier.
La description faite par César n'est sans doute pas purement factuelle.
Le récit des campagnes contre la Gaule
présente souvent les choses sous un jour favorable à son auteur.
Peut-être noircit-il le portrait de ses ennemis.
Pour moi, ce sont des récits destinés à faire peur,
des histoires dépouvantes
comme celles qui circulaient vers 1900
à l'époque du colonialisme
et dans lesquelles des missionnaires en Afrique étaient ébouillantés
dans de grosses marmites avant d'être dévorés.
Les Romains se racontaient le même genre d'histoire.
Tout cela ne serait-il qu'une invention des Romains ?
La Somme dans le nord de la France.
En 1916, elle fut le théâtre de la bataille
la plus sanglante de la Première Guerre mondiale
avec plus d'un million d'hommes morts, blessés ou portés disparus.
L'archéologue Gilles Prilot est spécialisé
dans l'exhumation des tombes de soldats.
Mais au milieu de ce site de la Grande Guerre
se trouve une fosse commune bien plus ancienne
qui remonte à l'époque des Celtes.
Nous nous trouvons au cœur de la bataille de la Somme
et ici, la ligne de front se développe à peu près dans cette direction.
Et à la fin du conflit, à la fin de la guerre,
des soldats australiens ont creusé
une tranchée dans cette direction
et ont traversé le temple celtique.
Quand les archéologues découvrent
les premiers ossements dans les années 1960,
ils pensent d'abord être tombés sur un des charniers
du conflit de 1914-1918.
Ces derniers sont aisément identifiables
au reste d'uniformes et de casques qu'on y retrouve.
Sauf qu'ici, ces éléments sont absents
et ils ne sont pas les seuls.
Si on compare l'amas osseux que l'on voit ici,
composé en très grande majorité par des ossements humains
et de chevaux, il y a quelque chose
qui interpelle tout de suite, c'est l'absence de crâne.
Les crânes, aucun crâne n'a été trouvé ici.
Les crânes ont été prélevés.
L'analyse des ossements révèle qu'il s'agit d'environ
700 jeunes hommes morts aux alentours de 260 avant J.C.
Et tout porte à croire qu'ils ont été victimes
d'un effroyable rituel.
Au centre archéologique de Ribemont-sur-Ancre,
les chercheurs ont reconstitué le site de fouille.
Il apparaît rapidement que les défunts étaient des guerriers.
Ici, vous avez les extrémités de lance.
On a ici des pièces de boucliers.
Ici, vous avez des épées.
Donc, on sait que nous avons des restes humains,
des guerriers, puisque nous avons des armes,
dépourvues de tête.
Ces guerriers ont été attachés avec leurs armes
à une structure en bois sur laquelle on les a ensuite
laissées se décomposer lentement.
A l'évidence, il s'agit d'hommes, de guerriers
que l'on a réunis à un même endroit,
probablement à l'issue d'une bataille
où les vainqueurs ont voulu commémorer cette bataille
en réunissant ces corps,
mais avant ça, ils en ont prélevé les crânes.
Frédéric Mass est restaurateur et spécialiste des armes anciennes.
Avec Gilles Prilot,
il a procédé à un examen approfondi des ossements
afin de savoir si ces hommes étaient déjà morts
ou s'ils vivaient encore au moment d'être donnés en offrande aux dieux.
Ici, on a vraiment une trace très nette de l'entrée
d'une affaire de lance qu'on voit très bien là-bas.
Oui, c'est ça.
On voit très bien que c'est très plat comme ça,
on a la partie pointue qui est rentrée dedans
et la partie plus large qui est juste là.
Les deux chercheurs constatent que de très nombreux os
présentent des blessures analogues dues à des armes de guerre.
Les défunts n'ont donc visiblement pas été tués
lors d'un sacrifice rituel.
En premier lieu, Rimmond est d'abord un lieu de bataille,
c'est là où on s'est battus.
La notion de sacrifice induit le fait
que les personnes étaient vivantes quand on les a sacrifiées,
alors que nous avons les preuves,
car à Rimmond, les ossements
qui ont fait l'objet de traitements
ont été faits sur des hommes qui étaient morts au combat.
Difficile de parler de sacrifice à ce moment-là.
Si les druides ont utilisé ces dépouilles
dans le cadre d'un rituel religieux,
ils ne sont cependant pas responsables de la mort des guerriers.
La découverte la plus éclairante sur les croyances des celtes
se trouve au Musée national du Danemark à Copenhague.
Aucun monument ne représente de manière aussi détaillée
le monde de leurs dieux que ce récipient en argent
mis au jour dans une tourbière danoise,
le chaudron de Gundestrup.
Une scène intrigue particulièrement les archéologues.
Celle où un homme plonge un guerrier dans un chaudron,
s'agirait-il d'un sacrifice humain ?
Flemming Cowell a étudié l'iconographie de cet objet
durant des années,
et il en est venu à une toute autre conclusion.
Ce qu'on voit, c'est une rangée de guerriers
qui ont été tués sur le champ de bataille
et qui attendent maintenant dans le monde souterrain.
Mais qu'attendent-ils d'être plongés dans le chaudron
qui va leur redonner vie dans un autre monde ?
Le chaudron de Gundestrup
permet peut-être de donner la vie éternelle
aux guerriers morts au combat.
Les celtes croyaient en l'immortalité de l'âme.
C'est pourquoi ils se sentaient invincibles, comme Obélix,
le célèbre héros de bande dessinée
tombé dans une marmite de potions magiques étant petit.
Cette plaque d'argent semble avoir donné des idées à Uderzo,
l'un des créateurs d'Astérix.
Il y a quelques années, nous avons parlé ensemble
du chaudron de Gundestrup,
et il m'a dit que cette scène avec le guerrier
lui avait inspiré l'histoire
de la marmite de potions magiques d'Obélix.
On ne peut en revanche que spéculer sur l'usage
que faisaient les celtes de ce chaudron.
Peut-être contenait-il simplement du vin
destiné à un festin rituel.
Pour l'album La Serpe d'Or,
les auteurs d'Astérix se sont également documentés.
L'épisode où Panoramix grimpe dans les chaînes
pour aller couper Dugi, source de vie éternelle,
se fonde sur des sources historiques.
Bernard Mayer a étudié le texte
qui a donné naissance à cette histoire.
Il est dû à Pline l'Ancien, au 1er siècle après Jésus-Christ.
On y décrit un rituel
dans lequel le druide, à un moment précis,
à savoir le 6e jour après la nouvelle lune,
monte dans un chêne avec une serpe d'or
pour couper Dugi.
Ce Gui est ensuite enveloppé dans un linge blanc.
Puis ils en sacrifient des taureaux.
C'est la description la plus détaillée
d'un rituel religieux celte.
On la connaît depuis longtemps,
c'est pourquoi elle est si souvent citée
et elle alimente de nombreuses discussions.
Si cette description est exacte,
une découverte inhabituelle faite par les archéologues en 1996
à côté du tumulus de Glauberg
pourrait bien s'avérer exceptionnelle.
La statue gisait dans ce fossé où nous nous trouvons.
On ne s'y attendait pas du tout.
D'un coup, en fouillant plus profondément,
on a vu le bout d'une pierre.
On a continué à la dégager
et on a alors identifié deux jambes.
Il s'agissait visiblement d'une statue humaine.
Une fois entièrement dégagée,
elle nous a révélé le visage d'un homme
d'il y a 2500 ans.
La statue est aujourd'hui la pièce maîtresse
du musée sur le monde celte au Glauberg.
Elle représente le portrait d'un homme de haut rang
inhumé dans le tumulus aux alentours de 400 avant J.-C.
Les objets découverts au cours des fouilles
révèlent son statut social.
Le bouclier qu'il porte indique qu'il appartenait
à la classe des guerriers.
Et ses bijoux en or, qu'il devait être très riche.
Mais ce qui fait la particularité de ce personnage,
c'est sa coiffe.
Il ne s'agit pas d'un casque.
Dans la tombe, nous avons découvert un fil métallique
enveloppé de tissus, comme ici,
et des restes de bois et de cuir.
A partir de là, nous avons reconstitué
ce qui aurait pu être une coiffe en cuir dans ce genre-là.
Sa forme nous évoque du guis.
Si on regarde la statue, on constate qu'un côté
est plus gros que l'autre, ce qui est caractéristique
des deux folioles d'une feuille de guis.
Et quand on réfléchit à ce qui a été écrit sur les druides
plusieurs siècles plus tard, on se rend compte
qu'ils ont toujours été associés au guis, par César notamment.
Avec un peu d'imagination, on pourrait donc se dire
qu'on est là face à une coiffe de druide.
Si ces conjectures sont justes,
le prince celte du Glauberg est peut-être le premier druide
dont nous possédions une représentation.
Mais dans quelle mesure cette hypothèse est-elle plausible ?
Les prêtres récoltaient-ils vraiment du guis,
qui plus est avec une serpe d'or ?
Direction Blaubeirn, dans le bas de Württemberg,
pour une visite chez un forgeron spécialisé en archéologie expérimentale.
Frank Trommer et son apprenti Pierre Stoll
fabriquent une serpe celte.
Pour ce faire, ils utilisent un feu au charbon de bois,
des soufflets, un marteau et une enclume.
Des outils dont disposaient déjà leurs prédécesseurs
il y a plus de 2000 ans.
Ils ne travaillent pas de l'or, mais du bronze.
Je ne crois pas à la pertinence d'une serpe en or
parce que c'est un métal relativement mou.
D'autre part, quand on polie une serpe en bronze,
elle ressemble un peu à de l'or.
J'imagine donc qu'elle était plutôt fabriquée dans ce matériau.
Les deux hommes ont déjà reproduit pratiquement
tous les outils utilisés par les celtes.
Marteau, tenaille, hache, poinçon, ciseaux,
le tout en fer car c'est le matériau le plus dur
et donc le plus résistant.
On n'a jamais retrouvé de serpe en bronze
de l'époque celtique.
Peut-être parce qu'elles étaient constamment retravaillées
et refondues.
Voici donc une petite serpe en fer qui s'en inspire.
Pour récolter des herbes ou du guis,
j'utiliserais plutôt un ustensile de petite taille
comme celui-là.
La serpe est presque terminée.
On la plane au marteau afin de la rendre bien tranchante
puis on la dote d'un manche en bois
comme l'aurait fait un forgeron celte.
Reste à savoir si l'outil est adapté pour couper du guis.
Un verger dans le Jura suabe.
Rolf Hug et Fabian Jacobi récoltent du guis
pour une société pharmaceutique.
La plante contient un principe actif
utilisé dans la lutte contre le cancer.
On coupe la plante à la scie à cet endroit-là,
avant les tiges, quand les branches sont épaises comme ça.
Mais on peut aussi briser les tiges à la main.
Les deux hommes ont perfectionné leur technique au fil du temps.
Mais aujourd'hui, ils vont en revenir à celle des druides
et tester la serpe.
Et ça fonctionne.
Mais pourquoi utiliser un outil sif
quand une scie permettrait d'aller bien plus vite ?
Si on tient à aménager au maximum le guis,
ça a du sens d'utiliser la serpe
parce qu'on peut alors couper uniquement les sommités.
Si on arrachait toute la plante à la base
ou si on la sciait,
elle mettrait plus de temps à se régénérer et à repousser.
Cette technique ne serait pas trop adaptée pour nous.
Mais elle m'a quand même bluffé.
Je ne pensais pas que ça fonctionnerait.
L'histoire de la serpe d'or semble se confirmer.
Le prince celte du Glauberg,
avec sa coiffe en forme de guis,
était donc sans doute bien un druide.
Un seul nom de druide a traversé les abîmes de l'histoire jusqu'à nous.
Celui de Divitiacos.
Chef des Éduins, il est aussi l'ami de Jules César
alors en pleine conquête de la Gaule.
Divitiacos est un personnage très intéressant
parce que c'est le seul druide de l'Antiquité
au sujet duquel on dispose d'éléments biographiques.
Dans un de ses textes philosophiques,
Cicéron écrit que Divitiacos a même été son hôte.
Celui-ci était venu une fois à Rome
en mission diplomatique
et à cette occasion,
ils avaient aussi pu échanger
à propos de la divination par les augures.
Quand Divitiacos faisait une apparition publique
dans sa ville natale de Bibract,
il se rendait probablement à cet endroit.
Les archéologues ont mis au jour ici
les fondations d'un espace de rassemblement
de plusieurs dizaines de mètres de côté,
de quoi accueillir des centaines de personnes.
Si une assemblée avait lieu, un druide était forcément là.
Non seulement Divitiacos effectuait des voyages diplomatiques,
mais c'était aussi une sorte de haut fonctionnaire
ici à Bibract.
C'est pourquoi je suis convaincue que lors de ces réunions publiques,
qui se déroulaient toujours sous la protection des dieux,
des druides étaient présents.
C'est sans doute ici que Divitiacos cherche à convaincre les éduents
qu'il est préférable de se rapprocher des Romains
plutôt que de les affronter.
Une mission délicate.
Au centre archéologique européen de Bibract,
Samir Rikov et Vincent Guichard veulent savoir
à quoi pouvait bien ressembler le druide.
Il portait vraisemblablement des braies
et tout l'attirail d'un guerrier.
Son apparence et ses fonctions étaient bien loin
de l'image que l'on se fait habituellement d'un druide.
Divitiacos, c'est un grand personnage politique
qui est écouté, qui a du savoir
et qui peut trancher les conflits,
donc c'est quelqu'un qui a un pouvoir juridique
et c'est avant tout un diplomate.
C'est quelqu'un que César peut envoyer en ambassadeur
qui peut essayer de convaincre des peuples celtiques
de s'allier à Rome.
Et sa mission est un franc succès.
Non seulement les éduents vont se soumettre aux Romains
mais ils finiront aussi par adopter leurs dieux
et leur dédier des temples.
En quelques décennies à peine, les druides gaulois
vont disparaître.
Les Romains ont dû percevoir les druides comme une menace
parce que c'était un groupe de personnes
qui possédait un grand savoir
et qui pouvait en faire usage politiquement.
Ils les suspectaient probablement
de propager des idées hostiles à Rome
et c'est aussi la raison pour laquelle ils les ont sans doute interdits.
L'Irlande devient le dernier bastion des celtes
et voici leur capitale mythique,
Tara, la colline des rois.
Imon Kelly connaît bien le site pour l'avoir étudié.
C'est ici qu'étaient couronnés les rois irlandais
et que se rassemblaient leurs fabuleux secours
composés au premier chef de l'élite sacerdotale.
Les druides avaient pour mission
de conseiller le roi dans tous les domaines
de la vie profane et religieuse.
Tara était le lieu le plus sacré de toute l'Irlande,
le plus en lien avec le monde des esprits.
Le roi de Tara
était le monarque le plus important de l'île
et évidemment les druides qui officiaient ici
étaient les personnages les plus prééminents d'Irlande.
Les textes sacrés irlandais racontent que les druides
sont même capables de prédire l'avenir.
Ils ne peuvent donc voir qu'un mauvais présage
dans l'arrivée du premier missionnaire chrétien sur l'île.
Alors qu'ils sont occupés à célébrer les feux de Beltaine
pour le retour du printemps, sur la colline voisine de Slane,
Saint Patrice allume son propre feu,
un privilège normalement réservé aux druides.
Le druide dit à son souverain
qu'il doit immédiatement éteindre ce feu
et tout ce qui lui est associé,
sans quoi l'incendie va se propager à l'Irlande tout entière.
C'est évidemment une métaphore du christianisme
qui va supplanter le paganisme,
car le druide a conscience de ce qui va arriver.
Ainsi serait né le rite du feu pascal en Irlande.
Comme bien d'autres, cette légende sacrée
va être mise par écrit au monastère de Clonmac Noyes,
le plus important d'Irlande, fondé en 545 après Jésus-Christ.
Imon Kelly considère les récits des premiers moines chrétiens
comme l'une des nombreuses sources fiables au sujet des druides,
même s'il y met quelques réserves.
On écrit évidemment ces histoires
à des fins de conversion.
Dans une certaine mesure,
l'objectif était de dépeindre les druides comme les méchants
et les chrétiens comme les gentils,
mais aussi de raconter des fables
qui transmettent la morale chrétienne.
La religion celte coexiste encore un certain temps
avec le christianisme,
jusqu'à ce qu'au 8e siècle,
on perde définitivement la trace des druides.
Je crois que les druides se sont fondus
dans la société chrétienne irlandaise.
Ils ont continué à former une importante élite,
mais désormais au sein des monastères,
et ce, jusqu'au Moyen-Âge.
Des vestiges culturels de la religion druidique
ont subsisté jusqu'à nos jours,
notamment avec Halloween,
célébré la veille de Samhain,
l'ancienne fête qui marquait la nouvelle année chez les celtes.
Durant près d'un millénaire,
les druides ont constitué l'élite spirituelle et temporelle des celtes,
dont la culture ne résistera pas à la conquête romaine de la Gaule,
ni plus tard à la christianisation de l'Irlande.
Ils finissent par disparaître de l'histoire,
sans nous avoir laissé le moindre témoignage écrit.