On est sans arrêt en train de recharger nos batteries. Que ce soit les téléphones ou les voitures électriques, on est encore loin des performances qu'on nous promet depuis des années. Alors, pourquoi ? Qu'est-ce qui est si difficile à optimiser dans une batterie ? Et est-ce que les batteries solides vont bel et bien arriver un jour ?
CHAPITRES 00:00 A quand les batteries qui durent ? 00:50 L'art d'exploiter une réaction chimique 02:24 Comment on détourne cette réaction pour nous 03:38 La différence entre pile et batterie 04:14 Pourquoi c'est si compliqué de faire des batteries qui durent 05:11 La promesse des batteries solides 05:34 Enjeu 1 : l'autonomie 09:04 Enjeu 2 : la vitesse de charge 10:53 Enjeu 3 : les dendrites 12:23 Les batteries solides sont déjà en France 13:11 A quand les batteries solides pour tout le monde ? 13:38 Les batteries solides, solution écolo ou pas ? 16:00 Laissez votre avis en commentaire :)
1 journée max. 4 jours max. Quelques centaines de km. On est sans arrêt en train de recharger
nos batteries, et on nous promet sans arrêt que "non mais là, dans 2 ans, c'est sûr, on aura une
autonomie de fou". Mais c'est toujours dans 2 ans, dans 5 ans, dans 10 ans. Alors qu'est-ce qui fait
que c'est si compliqué d'avoir des batteries avec une plus grande autonomie ? Je suis allée voir
deux chercheurs qui travaillent sur le futur de ces batteries, pour comprendre pourquoi on
n'arrête pas de nous promettre monts et merveilles sur l'autonomie des batteries, mais qu'on ne le
voit jamais arriver. J'ai la réponse. Elle est décevante, mais j'ai la réponse. Les batteries,
c'est assez simple dans le principe et c’est méga compliqué dans l'optimisation. C'est pour ça qu'on
n'a pas encore des batteries ultra performantes… alors même qu'on peut faire une pile chez soi avec
de l’eau, du sel, quelques plaques et un fil. Techniquement, j’ai fait une pile… je ne peux
pas en faire grand chose à part allumer une LED, mais j’ai fait une pile. Alors je dis que c'est
simple parce que en fait une pile, c'est une façon d'exploiter un phénomène naturel à notre avantage.
Par exemple : la rouille. Ça se produit tout seul, sans notre intervention. Et ça, c’est
une des vis que j’ai récupérées quand j’ai refait ma terrasse l’année dernière.. donc vous voyez,
il était temps de la changer cette terrasse. Et là y’en a pas mal, de la rouille. Ce qui s’est passé,
je suis sûre que vous le savez, c’est que le fer de la vis a été exposé à l'air et
à l'humidité. Un petit peu d’humidité. [Sous des kilomètres de neige] Un petit peu plus d’humidité.
Et ce cocktail-là, ça nous fait de la rouille. Ça a l’air de rien, mais cette rouille-là, c’est
le même type de réaction que celui qu’on essaie d’exploiter avec les batteries. Mais pour le voir,
il faut l’écrire de façon un tout petit peu plus rigoureuse. Donc le fer, c’est Fe, l’air c’est O₂,
l’humidité c’est H₂O. Et ça nous donne de la rouille. Là j’ajoute des chiffres pour
équilibrer la réaction chimiquement. Je les mets pour que l'équation soit juste mais vous
pouvez les ignorer, on n’en a pas vraiment besoin dans la démonstration. Mais quand on a écrit ça,
c’est comme si on avait sauté à la conclusion. Parce que si on regarde ce qu'il s'est passé
chimiquement étape par étape… On se rendra compte que pour que cette réaction se produise,
il a fallu qu’il y ait des échanges d’électrons, et notamment que le fer se fasse piquer des
électrons par l'air humide. Il y a des électrons qui se déplacent. C’est la définition même de
l’électricité. Il n’y a “plus qu’à” trouver un moyen de canaliser cet échange d’électrons pour
qu’il ait lieu dans un fil électrique, qui sera relié à un téléphone, une ampoule, peu importe.
C’est quelque chose que je n’avais vraiment pas réalisé quand j’étais à l’école et que j’apprenais
les piles. Mais fabriquer une pile, c’est l’art d’exploiter une réaction chimique (oxydo-réduction
de son petit nom) qui se produit entre plein de couples de matériaux naturellement et de
profiter de l'échange d'électrons naturel pour nos besoins à nous. Pour ça, il faut imposer où
vont se produire chaque partie des sous-étapes de la réaction chimique. Notamment, on veut séparer,
géographiquement parlant, là où se font les échanges d'électrons qui nous intéressent et là
où se font les échanges d'ions. Oui parce que j’en n’ai pas vraiment parlé, mais on ne peut pas avoir
un flot d’électrons (celui qui nous intéresse) sans avoir un flot d’ions aussi. Et eux aussi,
il faut bien les canaliser aussi. On ne peut pas avoir l’un sans l’autre. Malheureusement.
Ça, vous l’avez vu, c’est une pile très basique. Vous la connaissez, vous l’avez faite à l’école.
Il n’y a que 3 ingrédients : deux électrodes qui sont les matériaux qui vont réagir entre
eux quand ils sont en contact (comme le fer avec l’air humide, sauf que là, c’est du cuivre et
du zinc), un liquide qui s’appelle l’électrolyte (qui va faire le contact entre les deux),
et bien sûr, de quoi brancher le tout à un circuit électrique. Le fil électrique, c'est lui qui
s'occupe de la partie des échanges d'électrons - donc le courant électrique qui nous intéresse. Et
l’électrolyte, c'est lui qui s'occupe des échanges d'ions. En faisant ça, on vient de séparer les
deux grandes parties de la réaction chimique. Parce que les électrons ne peuvent pas passer
dans l’électrolyte, et les ions ne peuvent pas passer dans le fil électrique. Donc là,
on peut laisser les échanges d’ions se faire dans le verre, et profiter de l'électricité dans le fil
pour allumer une lumière. Par exemple, une LED. Donc ça, c'est juste une pile toute simple que
vous connaissez, que vous avez vue mille fois, et qui ne peut que se décharger. Une fois que la
réaction est terminée, bah, c'est fini. Pour que cela devienne une batterie, il faut que
cette réaction soit réversible. C’est ça qui la rend rechargeable. Donc pile = pas rechargeable,
batterie = rechargeable. Quand on recharge, au lieu de profiter du passage des électrons,
on vient forcer le déplacement des électrons en sens inverse en branchant la batterie au secteur
par exemple. Celui des deux qui s’était fait piquer les électrons les récupère, et les ions
eux aussi se recombinent pour se redéposer sur leur électrode d’origine. Si on reprend
notre exemple de la rouille, c'est comme si on défaisait la rouille pour la remettre dans son
état de vis impeccable. Ce qui, dans ce cas particulier, je ne suis pas certaine que ce
soit possible… Dé-rouiller…? Peut-être. Donc vous voyez que dans le principe,
c’est assez simple. Sauf que… on est exigeant. Non seulement on veut que ça se recharge,
mais on veut aussi que la batterie ait une grande autonomie, soit sécuritaire, se charge rapidement,
fonctionne à toutes les températures, ait un nombre de recharges infini, ne coûte pas cher,
soit facile à fabriquer, ne pollue pas, ne soit pas lourde… etc. Et c'est quand on combine toutes
ces contraintes et qu’on essaie de tout maximiser qu’on commence à transpirer sur la difficulté de
la chose… et se dire que nos batteries classiques, mmh… Elles sont déjà super performantes,
en fait ! Mais avec nos besoins énergétiques qui ne cessent d’augmenter… il faut encore faire
mieux. La recherche est hyper active à ce sujet. L’enjeu, c’est d’améliorer le transfert d’ions,
parce que c’est lui qui conditionne le transfert d’électrons que l’on exploite ensuite. Mais
on a quand même besoin que cette partie là soit au top. Et une des nombreuses pistes,
c'est de faire des batteries dites solides, c'est à dire qu'au lieu d'avoir du liquide ici,
l’électrolyte, on aurait une substance solide. Ça a l'air de rien comme changement… et pourtant. Ça
séduit beaucoup de fabricants. “Les batteries solides,
investissement de 5,2 milliards d’euros” “Elle va permettre de réduire le poids,
d’allonger l’autonomie, de limiter l’utilisation des minerais rares… C’est le Graal.”
Eux, c'est Marc et Yasmine. Ils ont tous les deux fait leurs doctorats sur ces fameuses
batteries solides. Il y a 3 grandes catégories de performances que tout le monde cherche à
améliorer… en particulier les vendeurs de voitures électriques. Alors ces batteries solides, c’est
pour demain ? Est-ce que ce sera vraiment mieux ? Le premier, c’est l’autonomie. Pour l’autonomie
de la batterie, tout se joue au niveau du choix du matériau des électrodes… Alors je sais. Je
viens de vous dire que la grosse innovation c'est d'avoir un électrolyte solide ; et là je vous dis
que c'est les électrodes qui permettent d'avoir une meilleure autonomie… Alors, je ne suis pas
folle. [Florence Forest] “Je ne suis pas folle, vous savez.” Il y a un lien. Il se trouve qu'en
utilisant un électrolyte solide, on ouvre la porte à d’autres matériaux auxquels on n'avait
pas accès avec un électrolyte liquide… parce que l'électrolyte, son rôle à lui c'est de laisser
passer les ions sans interagir chimiquement avec les électrodes. Et avec les électrolytes liquides,
il y a certains matériaux d'électrode qui sont simplement incompatibles chimiquement.
Et en passant à un électrolyte solide, il y a de nouveaux matériaux d'électrode qui
deviennent possibles. Donc c’est le choix des électrodes qui dépend de l'électrolyte,
et l'autonomie dépend du matériau des électrodes. [Yasmine] Ce qu'on veut dans une batterie… Ça
c'est le voltage On veut la plus grosse différence de potentiel, donc de voltage, entre l'électrode
positive et l'électrode négative. [Viviane] Pourquoi est-ce qu'on veut
la plus grande différence de voltage ? [Yasmine] C'est ce qui va nous permettre
d'avoir les meilleures performances ou la meilleure densité d'énergie d'une
batterie. Donc que ta batterie puisse tenir plus longtemps pour le même poids et le même volume.
Avoir une grande différence de potentiel, c’est comme avoir un
barrage très haut. Plus le barrage est haut, plus la pression est plus grande,
c’est l’équivalent de notre différence de potentiel. Dans une batterie classique,
l'écart que l'on peut avoir en général est de 4 V. [Viviane] Et du coup avec du solide, ça change?
[Yasmine] Le solide, on a l'espoir de trouver des électrolytes solides de type céramique qui
soient stables au-delà de 4,3 volts et qui puissent donc nous permettre
d'utiliser des matériaux à plus haut potentiel. [Viviane] Pour augmenter encore cette différence
entre les deux. Ça, c'est pour augmenter l'électrode positive. Mais est-ce qu'on a
moyen de réduire l'électrode négative ? [Yasmine] Oui, exact. Le Saint Graal
des électrodes négatives, c'est le lithium métallique, en tout cas pour
les batteries au lithium. Parce que lui, il est opérationnel à zéro volts. C'est la référence.
Donc avec l’électrolyte solide, on pourrait changer chacune des électrodes pour permettre
une plus grande gamme. Ça reste de la théorie et une des raisons pour lesquelles on cherche
à développer des batteries solides, mais la faisabilité n’est pas encore complètement
établie pour tous les types de batterie solide. [Yasmine] Il y a des études plus récentes,
qui ont commencé en 2019, de 2019 à 2023 qui sont en train de remettre en question
cette affirmation. On commence à utiliser des techniques de caractérisation comme par exemple
j'ai fait pendant ma thèse, qui prouvent que les électrolytes solides réagissent beaucoup plus tôt
que ce qu'on pensait. Et que le 5 volts qui est attendu en terme de stabilité n'est pas forcément
le cas pour tous les électrolytes solides. [Viviane] En tout cas, c'est ce qui est
trouvé aujourd'hui. Ça ne veut pas dire qu'on ne trouvera jamais. Mais aujourd’hui ce n’est pas
très prometteur sur l’objectif du 5 V. [Yasmine] C’est ça.
Ok donc on a cette promesse d'améliorer l'autonomie en travaillant sur la différence
de potentiel, donc sur la hauteur du barrage. Et ça c’est encore en cours de recherche. D’ailleurs
pour augmenter l’autonomie, il y a aussi une autre avenue qui est d’augmenter le volume
d’eau derrière le barrage tout simplement, et ça coulerait plus longtemps. Cela reviendrait
à augmenter ce qu'on appelle la capacité de la batterie. Là aussi, ça se joue dans le choix de
l’électrode et on a potentiellement un meilleur choix d’électrode en utilisant un électrolyte
solide. Bref, que l’on augmente la capacité (le volume du barrage) ou la différence de
potentiel (la hauteur du barrage), dans les deux cas, l’électrolyte solide ne fait rien
à proprement parler mais il permet d’utiliser d’autres matériaux pour les électrodes qui eux,
améliorent l’autonomie. Il reste encore à mettre en pratique ces concepts là. Dans la recherche
publique, on n’y est pas encore. Dans la recherche privée, ben là… Mystère. Leurs départements
marketing nous assurent qu’ils sont plus avancés, mais il faudra attendre de le voir pour le croire.
Un autre élément majeur, c'est la vitesse de charge. Parce que on va se le dire : je pense
que personne n’a envie de faire la file à la station essence ou à la station électrique,
en l’occurrence, avec 3 voitures devant qui ont toutes besoin de 30 min de charge alors qu'il
fait -8000C dehors. Bon là d’accord ; aujourd’hui il ne fait pas -8000C mais vous comprenez l’idée.
Pour comprendre comment on essaie d’améliorer la vitesse de charge, il faut d’abord pourquoi
charger une batterie classique (avec un électrolyte liquide), c’est long. Et là ça se
joue à l’échelle moléculaire. C’est un peu comme une course à relais. Ça c’est les électrodes,
et entre les deux, y’a l’électrolyte. On a donc un ion, que je vais représenter avec un rond,
qui part de l’électrode positive pour passer son relai à un partenaire un petit peu plus loin. Puis
à un autre, puis à un autre, puis à un autre, etc, jusqu’à l’arrivée. Sauf que cette course
à relais se fait au milieu d’une foule d’autres ions (des contre ions de leur petit nom) qui ne
participent pas du tout à la course mais qui, de par leur présence, ralentissent la performance
des coureurs. Donc non seulement les coureurs n’arrivent pas à sortir de l’électrode aussi vite
qu’ils le voudraien, parce qu’il y a des contre ions qui dérangent qui sont contre l’électrode.
Mais en plus, ils n’arrivent pas non plus en grand nombre du côté de l’arrivée parce qu’ils
sont gênés par la présence de ces contre ions qui sont partout. Il faut qu’ils se faufilent pour
arriver enfin à l’électrode. C’est ça qui limite la vitesse de charge dans une batterie classique.
Voilà, j’espère que mon dessin est assez clair parce que je ne sais pas ce qui m’a pris,
mais je me suis mise à dessiner de la main gauche. Je suis droitière. C’est ridicule. Voici le schéma
si je savais bien dessiner et que j’avais bien respecté les concentrations des ions et des contre
ions. Et l’idée c’est que dans une batterie solide à base de céramique, de sulfure, d’oxydes, etc,
c’est que comme la structure est solide, elle est fixe, les coureurs vont pouvoir suivre un
chemin tout tracé… (qui ne sera pas forcément en ligne droite), et dans ce chemin il n’y aura pas
de contre ions qui les ralentisse. C’est l’idée. Troisièmement, les dendrites. Le dernier critère
dont je voulais parler est un critère de sécurité et de durabilité des batteries. Le
grand défaut des batteries classiques, c'est ça. Cette vidéo, c’est Marc qui l’a enregistrée
au microscope. A gauche, vous avez l’électrode positive et à droite, la négative. Et au milieu,
vous avez un électrolyte liquide. Ce que vous voyez se former, ce sont des dendrites. Ce qu'il
se passe, c'est que les ions, au lieu de rentrer dans l’électrode, ils se déposent au-dessus au
point de former ces sortes de stalactites solides : des dendrites. Et une fois que
ça s’est déposé comme ça, il y a des ions qui ne repasseront plus jamais en solution. Et là,
non seulement on a perdu tout une partie de la capacité de la batterie, mais en plus,
si les dendrites continuent de se former, elles peuvent même connecter les deux électrodes au
point de créer un court circuit. Et c'est là que l'électrolyte solide devient notre sauveur !
[Viviane] Comment est ce qu'on empêcherait de pousser les dendrites ?
[Marc] Le fait qu'il soit solide va empêcher de croître la dendrite. A priori oui c'est
une condition nécessaire, mais elle n'est pas suffisante. On a plein d'exemples où en fait,
la dendrite va croître à l'intérieur même de céramique. Elle va grandir on la voit
à travers les particules et finalement venir percer aussi l'électrode positive.
[Viviane] Ça veut dire qu'elle prend la place du solide ?
[Yasmine] Non, elle va pousser entre les joints. [Marc] Elle va s’insérer dans les interstices,
dans les porosités et elle va grandir quand même. Ce que Marc et Yasmine m’ont aussi expliqué,
c’est que la généralisation est difficile. Il y a tellement de types de batteries solides que
évidemment, on généralise un petit peu ici. Ce ne serait pas vrai avec tous les types. C’est
vraiment une affaire d’optimisation comme on disait. Par contre, c’est plus facile
d’éviter les dendrites avec des électrolytes solides plutôt qu’avec des liquides. Alors,
vous aurez remarqué que pour chaque point, il y avait un “mais”. Ça ne marche pas encore, ou alors
ça marche avec certains types de batteries, etc… Ça ne donne pas une impression de confiance, j’en
suis complètement consciente… Mais rappelez-vous, on est dans la recherche de la méga optimisation.
On veut le beurre, l'argent du beurre et le c**l du crémier. Donc pour optimiser tel critère,
on va changer ceci, mais on perd sur telle autre performance… c’est difficile. Mais si on abandonne
complètement quelques critères… ben là ça devient “facile”. Parce qu’en fait des batteries solides,
ça existe déjà sur le marché. Vous en avez dans des bus qui fonctionnent en France. Mais
évidemment, il y a un mais. Ces batteries-là n’ont pas encore une densité d'énergie si bonne que ça,
et elles doivent fonctionner à haute température (autour de 60C) en permanence. Ce qui est facile
à maintenir pour un bus qui roule toute la journée, mais complètement inaccessible pour
une voiture individuelle qui ne fonctionne pas toute la journée. Donc la question,
ce n’est pas : est-ce que ce genre de batterie arrivera sur le marché. Ça, la réponse est oui
puisque ça existe déjà. Mais plutôt : quand est-ce qu’elles seront suffisamment optimales pour les
voitures individuelles ou pour d'autres usages comme nos téléphones, des usines, que sais-je,
tout en étant fabricables à grande échelle ? Gros défi, la grande échelle. Et ça… mystère. Mais ça
avance quand même assez vite, parce qu’il y a beaucoup d’argent qui est injecté dans la
recherche publique et dans la recherche privée, étant donné les enjeux énergétiques et climatiques
que l'on vit. En parlant d'enjeu climatique… On ne peut pas aborder le sujet des batteries sans
parler du fait qu'on sait que leur processus n'est pas écologique, et que leur recyclage est
problématique. Alors qu’est-ce qu’il en sera pour les batteries solides ? J’ai une bonne
et une mauvaise nouvelle. La mauvaise, c’est que les batteries solides qui sont pressenties
pour être les premières batteries solides sur le marché, elles ne sont pas conçues avec des
matériaux plus écologiques que les batteries actuelles. Mais il y a un peu plus d'espoir.
[Marc] Il y a beaucoup de recherches aussi sur le procédé de fabrication pour faire des boucles dans
la production, faire en sorte qu'il y ait moins d'émanations de vapeur, des choses comme ça. Il
y a beaucoup de recherches là-dessus, donc c'est aussi source d'amélioration. Faut pas oublier.
Alors que ce n'est pas forcément le cas avec les moteurs à essence.
[Yasmine] Et le recyclage. [Marc] Et le recyclage qui est déjà compliqué. On
peut imaginer : quand on a récupéré une batterie, c'est quand même pleins de matériaux différents
en peu d'espace. Donc on peut déjà imaginer la complexité que ça va être de séparer tous les
éléments et de finalement refaire une batterie depuis une batterie qui ne fonctionnait pas. Mais
ils sont déjà… ils ont anticipé beaucoup, et il y a beaucoup de recherches là-dessus. En fait, je
suis plutôt confiant. Je sais pas si toi aussi ? [Yasmine] Oui ! C’est un des axes de recherche
du laboratoire. Ils font de très très belles choses. Des circuits fermés où
ils utilisent tout, et ils récupèrent tout ce qu’ils utilisent. C'est impressionnant.
[Marc] Ils s’y sont pris presque trop en avance parce qu’ils arrivent alors
que le marché n’est pas encore là. Ça, c’est la première bonne nouvelle.
Les procédés de production et de recyclage sont développés quasiment en même temps
que les batteries, ce sera donc plus facile de limiter leur impact écologique. Mais évidemment,
personne n'est dupe… le mieux, c’est d’utiliser des matériaux moins polluants
dès le départ. Là aussi, il y a de la recherche. [Yasmine] On sait qu'il y a beaucoup d'efforts
qui sont faits pour essayer de remplacer toutes les composantes qui posent problème. Par exemple,
remplacer les électrolytes qui sont faits à base de solvants organiques par de
l'eau ; donc biodégradable et écolo. On essaie de remplacer aussi les liants. C'est souvent des
polymères à base de fluor ou autre. On remplace ça avec de la cellulose qui est faite à base de bois,
donc ça aussi c'est biodégradable, etc. On essaie aussi de remplacer toute la chimie du lithium par
des éléments plus abondants et moins difficiles à aller extraire, comme du sodium qui est disponible
dans toutes les mers et océans de cette planète. [Marc] C'est sûr qu'à la fin une batterie,
il y aura toujours un impact environnemental. Mais l'idée,
c'est qu'on peut faire mieux et le réduire. Et si tu compares toujours au thermique,
c'est déjà mieux. Oui, il y a encore un problème au niveau de la production,
mais on fait de la recherche aussi là-dessus et c'est en train de s'améliorer.