Comment John Mark Dougan est-il passé de flic en Floride à propagandiste en Russie ?
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Nous sommes en avril 2016.
John Mark Dougan est à l'aéroport de Toronto au Canada.
Il est un peu stressé.
Il regarde une énième fois sa montre en
attendant l'appel à sa porte d'embarquement.
John n'est pas très chargé.
Le plus important se trouve dans sa poche.
Son billet d'avion.
Il l'a pris un peu à la dernière minute.
Et pour cause, c'est un allé simple direction Moscou.
Ce moment, il est important.
C'est une bascule.
Et pas seulement dans une vie
mais à une échelle bien plus grande.
C'est avec ce moment que l'on se pose la question.
Comment cet ancien flic de Floride
va se retrouver à faire partie de l'une des opérations de propagande
les plus importantes de toute l'histoire ?
Le jeune John grandit dans les années
80 aux États-Unis, dans le Delaware.
Son enfance est un peu compliquée.
Il est atteint du syndrome de gille de
la tourette alors forcément à l'école,
ça n'est pas vraiment la joie.
Ses tics ne passent pas inaperçus et il se fait harceler.
John n'a pas vraiment de copains et se retrouve très seul.
Et comme beaucoup de jeunes un
peu isolés dans les années 80,
c'est dans l'informatique qu'il trouve refuge.
Les ordinateurs ça le passionne.
Il peut passer des heures à
chercher à comprendre comment ça marche.
Au point qu'à l'âge de 8 ans, il demande à son beau-père de
lui apprendre la programmation.
John Marc Dougan, raconte qu'à à peine 16 ans,
il connaissait déjà une douzaine de
langages de programmation différents.
En grandissant, Dougan enchaîne les petits boulots.
Il est un temps convoyeur de chevaux,
un temps concepteur de base de données.
À vrai dire, c'est plutôt un bon gars.
Mais un jour, il va prendre une mauvaise décision
qui va complètement changer le cours de sa vie.
Le jeune homme est sur sa moto et il roule un peu vite.
Un peu trop vite même.
Sauf que sur cette route, il n'est pas si seul.
Au loin, il entend une sirene de police.
Il arrive même à voir la lumière des gyrophares.
Alors, avec un peu de recul,
John ne risquait finalement pas grand
chose à s'arrêter et à assumer son erreur.
Mais sur le moment, l'apprenti
motard décide de fuir le contrôle.
Mauvaise décision.
Les policiers ont eu le temps de noter sa plaque.
Alors forcément, peu de temps
après, John va être retrouvé et arrêté.
Face aux juges, il va devoir prendre une décision.
Purger une peine de prison pour avoir fuir le contrôle.
Ou alors rejoindre le corps des Marines,
une section de l'armée américaine pendant quatre ans.
Pour John, il est hors de question d'aller en prison.
C'est impensable.
Alors, le jeune homme prend sa décision.
Il s'engage et va passer quatre ans
dans les Marines en tant qu'artilleurs.
Et finalement, ça lui plaît bien.
Il aime bien ça.
Il se voit comme un homme d'action et
ça fait naître un nouvel objectif en lui.
Devenir policier.
Mais John ne veut pas devenir n'importe quel policier.
Ce qu'il veut, lui, c'est devenir un vrai flic de cinéma.
Le genre de flic qui porte une arme,
il y a pris goût à l'armée.
Le genre de flic qui enquête, qui
résoud des crimes et arrête des méchants.
Le genre de flic qui aide les
gens tout en étant dans l'action.
Alors, en 2004, après ses quatre ans dans les Marines,
c'est à Mangania Park en
Floride que John intègre la police.
Le problème, c'est que l'endroit est très calme.
Trop calme pour John qui a pris goût à l'action.
Pour tout dire, son seul fait d'arme à Mangonia Park,
c'est d'avoir rédigé plus de
contraventions que tous ses collègues réunis.
Alors, le jeune flic fait une
demande qui étonne tous ses collègues.
Il veut être muté à Belle Glade, dans le comté
de Palm Beach, à quelques kilomètres de là.
Ce qui surprend ses collègues, c'est que personne ne
demande jamais être muté à Belle Glade.
Et pour cause, la ville a une réputation, et pas n'importe
laquelle, c'est un trou à rat.
Belle Glade n'est pas vraiment belle.
Alors qu'elle ne compte à cette
époque qu'à peine 15 000 habitants,
le FBI l'a classé deuxième ville avec le plus haute taux de
criminalité violente de tous les États-Unis.
Plus d'un tiers de la
population vit sous le seuil de pauvreté.
En bref, pour Dougan, c'est l'endroit
parfait pour s'épanouir en tant que flic.
En 2008, sans trop difficulté, c'est acté.
John intègre les forces de l'ordre de Belle Glade.
En arrivant là-bas, il découvre l'envers du décor.
Ce qui va le choquer, ce n'est
pas la criminalité dans les rues.
Non, ça, il s'y attendait.
C'est la criminalité au sein de son propre poste de police.
John découvre une bande de flics violents,
souvent racistes dirigés et couverts par
leur supérieur, le sergent Brent Raban.
Ces flics-là, ils n'hésitent pas à frapper.
Et même, ils s'en amusent.
John raconte l'exemple d'une femme en
voiture qui écoutait la radio trop fort.
En Floride, c'est une infraction au code de la route.
Alors, elle s'est faite
interpeller, mais aussi plaquer au sol,
en position de strangulation, puis menottée, et placer à
l'arrière de la voiture de police.
C'est ici qu'elle est frappée à plusieurs
reprises, sur le corps et sur le visage.
Ce genre d'histoire, c'est
quotidien chez les flics de Belle Glade.
Certains s'enventent même sur Facebook.
En voyant tout ça, Dougan est dégoûté.
Ce n'est pas de ça dont il rêvait.
Alors, ils décident d'envoyer ces
publications Facebook au journaux locaux,
en espérant que ça fasse bouger les choses.
Et effectivement, quelques jours plus tard,
tous les flics concernés ont été
suspendus, puis jugés et condamnés.
Depuis, Belle Glade est un endroit où il fait bon vivre
et Dougan coule des beaux jours
en tant que sergent enquêteur.
Non, ce qui s'est passé en réalité, c'est rien du tout.
Aucun journal local n'a réagi aux infos de Dougan.
Alors quelques mois plus tard, en décembre 2008,
John décide de partir pour rejoindre la
police de Windham à l'autre bout du pays.
Mais avant de claquer la porte, il
récupère toutes les publications Facebook
qui incriminent ses collègues et les envoient anonymement
au haut responsable de la région.
Cette fois, ils n'ont plus le choix que de réagir.
Les flics concernés sont interrogés,
mais ils expliquent que ces
publications c'était juste pour rire,
qu'ils n'étaient pas du tout violents en réalité.
Finalement, l'enquête des affaires internes,
l'équivalent américain de l'IGPN,
conclura qu'il n'y avait
effectivement pas de problèmes de violence.
Malgré tout, ils seront sanctionnés
pour usage personnel de leurs
ordinateurs de travail sur le temps de travail.
Des sanctions administratives qui vont
être de véritables claques pour John,
qui se voit alors comme un lanceur d'alerte.
Pour lui, le bureau du shérif blanchit
complètement les problèmes de violence.
Mais en réalité, John n'est pas vraiment un bon samaritain.
Depuis ses débuts dans la police, il a été plusieurs fois
sanctionné pour insubordination.
Ses supérieurs disent de lui qu'il est
souvent dans des rapports conflictuels
qu'il a du mal à gérer et il a même été condamné en 2006
à 275 000 $ d'amende pour avoir aspergé gratuitement un
collègue de bombes au poivre.
Si l'on peut penser que c'est le
comportement de la bande de flics violents
qui le pousse à agir ainsi,
la réalité, c'est que John
Mark Dougan n'est pas un mec bien.
Début 2009, John rejoint donc la
police de Windham au nord des États-Unis,
mais il ne va pas y faire long feu.
Après quelques mois seulement,
il est accusé par une collègue,
l'officier Daniel Nelson, de harcèlement sexuel.
Pendant plusieurs mois, Dougan a eu des comportements
inappropriés auprès de ses collègues.
On parle d'insultes sexistes, de
contacts physiques non consentis.
L'officier Nelson expliquera :
"il regardait la poitrine des femmes,
se léchait les lèvres et disait « hummm »".
Alors en octobre 2009, il est viré.
Mais pour lui, il s'agit d'une grande conspiration.
Il doit être au courant qu'il a été
lanceur d'alerte à l'autre bout du pays,
et donc c'est pour ça qu'il a été viré.
Pourtant, une enquête d'un comité
indépendant qui travaille sur les droits humains
a effectivement conclu que Dougan avait harcelé
sexuellement l'officier Nelson.
John Mark Dougan rentre alors à Palm Beach,
avec une seule idée en tête, se venger à tout prix.
Il faut rappeler que Dougan a
quelques compétences en informatique.
Alors, c'est pas Mr. Robot non
plus, mais il sait se débrouiller.
Il met donc en place des sites web pour dénoncer les
personnes contre qui il a une dent.
D'abord, WindamTalk.com, sur lequel il
prétend dévoiler la corruption de cette ville.
Des articles rapportent qu'on pouvait
y voir une photo de l'officier Nelson,
celle que Dougan a harcelé, avec
l'inscription « Menteuse » dessus.
Ensuite, il crée SherifBradshaw.com,
un site qui a pour objectif de critiquer Bradshaw, alors
l'actuel sherif du comté de Palm Beach.
Mais clairement, tout le monde s'en fout. Ça ne prend pas.
Non, ce qui va marcher, c'est le forum qu'il va ouvrir.
PbsoTalk.com.
Pbso, c'est le sigle de Palm Beach sherif
Office, le bureau du sherif de Palm Beach.
Sur ce forum, tout le monde peut dénoncer tout et n'importe
quoi sur la police de Palm Beach,
et à commencer par Dougan lui-même.
Ce forum va être à la source d'accusations parfois graves,
comme celle contre un membre du souhait qui volait des
médicaments à un adjoint mourant,
ou encore la publication de bons de commande
qui montre des dépenses du poste de police
de plus de 80 000 $ pour des barbecues,
ou même des photos d'officiers de Palm
Beach avec une femme nue sur un terrain de golf.
Bref, tout y passe et surtout, ça fait parler.
Parce qu'il s'agit quand même d'une petite ville.
Et là, les accusations de fraude s'enjoignent à des ragots
et des potins qui font toujours de l'audience.
Jusque-là, même si ça se discute,
John pourrait encore considérer qu'il
porte la casquette du lanceur d'alerte.
Mais le problème, c'est que maintenant il a une audience.
Il sent qu'il peut avoir un impact, et par-dessus tout, il
veut se venger coûte que coûte.
Il est tard.
John est chez lui sur PBSOTalk.com
et il décide de poster un message.
De fausse confession d'un hauts responsable de la région.
Des confessions, d'agressions sur mineurs.
Seulement voilà.
Cette histoire ne sort de nulle
part si ça n'est de la tête de Dougan.
Mais à ce moment-là, il comprend quelque chose.
Pour faire avaler des mensonges, il leur suffit d'être enrobés de vérité.
Si PBSOTalk a permis de dénoncer de vrais problèmes,
alors la désinformation postée par John peut passer.
Et en effet, ces accusations, postées sur
un petit forum concernant une petite ville,
ont des répercussions.
Par exemple, il a posté une
fausse citation du sheriff Bradshaw,
qui encouragait les automobilistes à écraser les
manifestants de Black Lives Matter.
Cette fausse citation a eu un impact tel que le bureau du sherif a dû publier un démentie officiel
et que la nouvelle a fait le tour des journaux.
Ce pouvoir, John, il adore ça.
Il se sent puissant et maintenant, il peut se venger.
En faisant ça, il met un premier pas dans
le domaine qui deviendra son nouveau hobby.
La désinformation.
Pendant trois ans, il va continuer cette activité en
comprenant de mieux en mieux comment ça fonctionne.
Il établit des règles pour
fabriquer un bon site de désinformation.
Déjà, il faut que les sites aient l'air officiels,
avec des noms courts et cohérents
en reprenant la nomenclature des
médias traditionnelles américains.
Vous savez, les New York Times,
Washington Post, Daily Beast, etc.
Alors ils créent des sites
comme DCweekly.com ou DCPost.org.
Une autre règle essentielle qu'il
comprend, c'est qu'un site de fausses infos
n'est rien sans de vrais infos.
Il faut continuellement approvisionné ces sites avec des
histoires venant de médias authentiques.
En quelques années, le vengeur masqué révolté par les
violences policières a laissé place
à un artisan de la désinformation et de la manipulation de
l'opinion. Si pour l'instant,
ça n'est encore qu'à toute petite échelle,
vous allez voir qu'il ne va pas s'arrêter là.
Mais avant, il est important de revenir
un peu en arrière. Parce que si PBSOTalk
a commencé à faire parler, les personnes visées par
les accusations de ce forum n'ont
pas pour intention d'en rester là.
Début 2012, après les premières publications, le sherif
Bradshaw, du comté de Palm Beach,
a décidé de lancer une enquête sur John Mark Dougan.
Le sherif a le pressentiment
qu'il n'est pas étranger à toute cette
histoire. Néanmoins, il lui faut des preuves.
Mais pour cette enquête, il décide de faire appel à
quelqu'un d'extérieur au bureau
du sherif, Kenneth Lewis.
Lewis est un ancien détective qui a travaillé 23 ans
jusqu'en 2005 pour le bureau du sherif
de Palm Beach. Depuis, il est devenu entrepreneur dans le
bâtiment. Mais en parallèle, de
temps en temps, il continue à mener des enquêtes en
indépendant pour le sherif Bradshaw.
D'après le journaliste du Daily Beast, c'est lui qu'on
appelle pour les affaires sensibles.
Lewis travaille avec un hacker.
Alors, souvent, il arrive à obtenir des infos qu'il est
plus compliqué d'avoir en passant par les voies légales.
Kenneth Lewis est donc missionné pour enquêter sur Dougan,
pour suivre le moindre de ses
faits et gestes et analyser toute sa vie.
Pendant trois ans, il va le suivre et chercher
à prouver qu'il est à la tête de ses faux sites.
Il n'hésite pas à faire pirater, non seulement
PBSOTalk, le forum qui a déclenché toute cette histoire,
mais aussi les comptes personnels de Dougan.
S'en est au point que le détective se demande
comment John peut être encore vivant.
Il dira qu'il a vraiment mis en colère des gens très
puissants, des gens très riches et puissants.
"Je suis choqué qu'ils soient encore en vie."
Mais cette enquête prend beaucoup de temps et d'énergie
à Lewis, jusqu'à ce qu'une bouffée d'air frais vienne tout
changer. Pour bien comprendre,
il faut qu'on fasse un petit pas de côté
Nous sommes à l'été 2015.
Lewis, qui je le rappelle, est
officiellement entrepreneur, est contacté par Jessica,
une New-Yorkaise d'une trentaine d'années pour un projet de
rénovation de maison.
Lewis, lui, a 56 ans. Il partage son temps entre son travail
d'entrepreneur et son enquête sur Dougan. Alors,
lorsque Jessica commence à s'intéresser
à lui, au-delà du projet de rénovation,
une relation téléphonique débute entre les deux.
Quotidiennement, Lewis et Jessica s'appellent.
Une fois les questions sur la rénovation de la
maison réglées, la conversation va sur un plan plus
personnel. Et en quelques jours seulement,
une romance nait entre les deux. Ils sont impatients de se
voir. Ils échangent des messages,
parfois très chauds sur ce qu'ils pourraient faire ensemble
avec des menottes, et s'appellent beaucoup,
parfois même tard dans la nuit. Jessica est fascinée et
même impressionnée par la double vie
que mène Lewis, entrepreneur le jour, enquêteur la nuit.
Et lui, cette attention, ça le flatte.
Alors, il raconte toujours plus de
détails à Jessica, qui ne cesse de s'étonner.
Il lui explique ses méthodes, ses
enquêtes. Il ne peut pas s'empêcher de lui raconter
celle qui dure depuis maintenant trois ans sur John Mark
Dougan. Et bien qu'il lui donne du fil
à retordre, Lewis est un expert. Il a des méthodes qui, si
elles ne sont pas vraiment légales,
sont pourtant très efficaces.
Ce que Lewis, l'expert enquêteur, n'avait pourtant pas vu venir
c'est que Jessica n'existe pas.
Après s'être fait licencier quelques années auparavant,
John Mark Dougan a ouvert une
entreprise de solutions téléphoniques. De nouvelles
compétences acquises qu'il lui ont permis de
passer des appels avec un identifiant de New Yorkais.
Il lui a ensuite suffi d'acheter un petit programme
de modifications de voix en temps réel. Et Jessica, la New
Yorkaise d'une trentaine d'années existait.
depuis le début, il s'agissait ni plus ni moins que de John
Mark Dougan à l'autre bout du fil.
Plus tard d'ailleurs, il assumera totalement cette histoire
et ira même jusqu'à s'en venter à un
journaliste du New York Times en disant
« et il a vraiment tout déballé ». Pour Dougan,
c'est le graal. Il a enfin obtenu ce qu'il cherchait. La
preuve que Lewis enquêtait sur lui pour le
shérif Bradshaw avec des méthodes illégales et sans aucun
mandat. Mais il reste un problème de taille.
Ce qu'a fait John est aussi illégal, notamment le fait
d'enregistrer un appel téléphonique sans le
mentionner à son interlocuteur. Alors, comment utiliser ces
preuves sans risquer de poursuite ?
Eh bien, sans le savoir, c'est l'inspecteur Lewis lui-même
qui va lui donner la solution.
Ces dernières années, Dougan a rencontré une femme russe
sur Facebook. A plusieurs reprises,
il s'est rendu là-bas pour la rencontrer. Lors de son
premier voyage, il a déjeuné avec un ancien
haut placé du Kremlin. Pavel Borodin.
Un déjeuner agrémenté d'un selfie que Lewis et son hacker
vont intercepter.
Le détective expliquer à Jessica,
la New-Yorkaise qui n'existe pas,
que ce Pavel Borodin, c'est un gros poisson
et qu'il est sans doute lié à un groupe de cybercriminels russes.
Pour lui, si Dougan l'a rencontré, c'est très
probablement pour s'associer à ses hackers.
Plus tard, Dougan lui nira totalement cette version et
expliquera au Daily Beast que cette
rencontre n'avait pour but que de vendre des solutions
téléphoniques. Aussi, les journalistes du
Daily Beast précisent qu'aucun lien n'avait pu être déterminé
entre Borodin et un réseau de cybercriminels.
Mais quelles que soient les raisons véritables de cette
rencontre, les accusations de Lewis lui
donnent une idée. Pour publier l'ensemble de ses
conversations téléphoniques entre lui et le
détective, il va se créer une nouvelle identité. Cette
fois, celle d'un hacker russe. C'est ainsi
qu'en août 2015 apparaît Bad Volf, un soi-disant hacker
russe donc qui va publier toutes les
conversations téléphoniques et les
échanges de messages entre Lewis et Jessica.
John Mark Dougan jubile. La publication de ses appels
secoue Palm Beach. Les médias reprennent
l'info et une enquête des affaires
internes est lancée. Ça y est, il va enfin obtenir
vengeance. Toutes les preuves sont là. Lewis et le bureau
du sherrif de Palm Beach vont
forcément être condamnés. Lewis, le
Lewis, le détective, se défendra en expliquant
d'une part qu'il savait dès le début que
Jessica n'existait pas, et d'autre part
que ses propos ont été montés et modifiés. Visiblement,
Visiblement, cette défense fonctionne.
Car la seule chose qui sera retenue contre
Lewis, c'est d'avoir parlé d'une enquête en cours
Rien sur ses méthodes, rien sur le piratage des
comptes de Dougan sans mandat,
rien contre Bradshaw et le bureau du shérif de Palm Beach.
Mais pour John, pas question d'en rester là. Toutes les preuves ont été
publiées, et il n'a certainement pas fait
ça pour rien. Alors il fait appel au FBI
pour enquêter sur cette histoire, mais John
se prend une véritable claque. Les fédéraux vont lui
rire au nez. Cette affaire est bien trop
petite, et ils ont clairement d'autres chats à fouetter.
Pour lui, c'en est trop. L'Amérique entière est corrompue.
Aussi bien, les flics que le FBI
ou les juges. À ses yeux, c'est tout le
système qui est pourri. Alors, attaché à
son avatar de hacker russe, le fameux Bad Volf
et aveuglé par son désir de vengeance,
John va aller trop loin et prendre une décision qui va
radicalement changer le cours de sa vie.
En Floride, là où sévit Dougan,
Il y a un certain nombre d'adresses qui sont masquées
dans les documents administratifs.
Il s'agit d'adresses sensibles, celles de certains flics
D'agent fédéraux actifs ou à la retraite,
de politiciens ou encore de juges.
On comprend facilement pourquoi ces adresses ne sont pas
accessibles. Cette information
dévoilée pourrait mettre en danger les personnes concernées
En fouillant un peu,
Dougan trouve des failles dans les banques de données de la
Floride et réussit à récupérer
14 000 adresses masquées. Maintenant persuadé que
l'Amérique entière est responsable de
tous ses maux, John considère que ces adresses
appartiennent à des coupables.
Toutes et tous sont des corrompus qui méritent une punition.
Il renfile le masque de Bad Volf et publie en ligne
ces 14 000 adresses associées au nom de leurs occupants,
prétendant qu'il s'agit d'un hack russe.
Mais à Palm Beach, les doutes sont de plus en plus fort.
Cette histoire de hacker russe qui
s'en prend d'un coup à un petit comté de Floride pour
défendre Dougan, ce sombre inconnue,
et ben ça intrigue. La question du lien entre John Mark Dougan
et le hacker Bad Volf se pose de plus en plus.
Alors dans le New Times, Dougan s'exprime
publiquement et raconte qu'il n'a rien à voir
avec ça. Bad Volf est simplement un ami qu'il a rencontré
en Russie, mais John explique n'avoir
aucune responsabilité dans les actions du hacker.
Au même moment, un journaliste de Gawker arrive à
interviewer par écrit le hacker russe et lui pose la
question que tout le monde se pose.
Pourquoi s'en prend-il particulièrement à Palm Beach ?
Il racontera être né à l'ère soviétique et
se souvenir de la lutte pour l'honnêteté dans son
gouvernement. Alors en voyant un chef de police
essayer de devenir un dictateur comme Stalin, ça l'a fait réagir.
Une chose est maintenant certaine, John et Bad Volf sont liés.
Et cette info va intéresser le FBI. Parce que cette fois,
les faits sont assez graves et de grand ampleur.
Alors les agents fédéraux enquêtent sur le
hacker russe et ils veulent le faire tomber coûte que coûte.
Leur seule piste, c'est donc ses liens
avec John. Alors un matin de mars 2016, une douzaine
d'agents lui tombent dessus dans la rue,
arme au point, lui ordonnant de se mettre au sol.
Tout en s'exécutant, John se rend compte de ce qu'il risque.
Un ancien flic, un peu cowboy, qui a mis pas
mal de gens en colère, enfermé derrière
les mêmes barreaux que des personnes qu'il a lui-même
interpellées, ça ne pourrait que très mal
finir. Ces jours seraient comtpés. Les agents fédéraux
récupèrent tous les objets électroniques de
Dougan, téléphone, ordinateur. En fait, s'ils sont là,
ça n'est pas pour le mettre en prison,
mais pour trouver des infos sur Bad Volf.
Des communications entre eux, quoi que ce soit qui
pourrait faire avancer leur enquête.
Si le FBI a effectivement un mandat de perquisition contre
Dougan, ils n'ont en revanche pas de mandat d'arrêt.
Alors une fois qu'ils ont récupéré tout ce
qui les intéressait, ils laissent John partir.
Il a eu chaud, mais il le sait, il ne va pas pouvoir
duper le FBI éternellement, surtout maintenant qu'il sont
sur son dos. Pour Dougan, pas le choix,
il faut fuir et fuir très loin d'ici.
Quelques jours plus tard, il emprunte une voiture à un
ami de sa mère et roule jusqu'au Canada.
C'est ici, à l'aéroport de Toronto qu'il prend un
allet simple pour la Russie. En avril 2016, John Marc Dougan
En avril 2016, John Marc Dougan pose ses bagages à Moscou et fait une
demande d'asile politique qu'il obtiendra l'année suivante.
Là-bas, il ouvre une entreprise d'équipements
informatiques personnalisés. Entreprise qu'il nommera comme
un pied de nez aux Américains,
Bad Volf Serious System.
Sur place, John n'a pas choisi de
vivre une vie rangée et discrète,
bien au contraire. Il veut surfer sur son histoire.
En 2018, il publie une autobiographie. Bad Volf,
l'histoire vraie d'un policier américain se vengeant d'un
système judiciaire et politique
corrompu, l'obligant a demandé l'asile politique en Russie.
Régulièrement, John intervient sur les
plateaux télé russes pour expliquer à quel point le système
aux USA est pourri. Il a le droit à
des reportages, il participe à des podcasts et intervient
sur des chaînes YouTube, parfois
axées sur les théories du complot. En Russie, il acquiert
une petite célébrité. John Mark Dougan
est vu comme le policier américain se battant contre la
corruption, obligé de se réfugier
en Russie pour éviter d'être persécuté.
Aux journalistes de NewsGuard, John dépeint son
quotidien en Moscovite comme un idéal. Il écrira « Vous
lisez trop les médias de l'Ouest. La Russie
n'est pas l'endroit qu'elle était il y a 30, 20, voire même
10 ans. Je mange au restaurant
presque tous les jours parce que la nourriture est
délicieuse et pas chère. Il n'y a pas d'OGM
ou d'additif dans la nourriture ici. C'est interdit.
Il y a quelques jours, j'étais malade et
un médecin est venu chez moi, m'a fait une injection et ça
ne m'a rien coûté. »
Mais sa vie sur place ne va pas se limiter à fabriquer des ordinateurs
qui font de la lumière et à aller
au restaurant. Ces dernières années, Dougan a acquis une
compétence qui va bientôt lui servir.
Depuis le début de l'invasion en Ukraine, NewsGuard, un
média et une entreprise spécialisée dans la
lutte contre la désinformation scrute de près des sites
web suspects. Dans leur viseur,
une poignée de sites assez semblables. Se faisant passer
pour des médias américains ou européens
légitimes, mais provenant de Russie. Ils portent des noms
comme le Flagstatt Post, le Boston Times,
ou encore DC Weekly, Chicago Chronicle, le London Crier
et même, cocorico, Infos indépendantes.
Tous ces sites vont dans la même
direction. Propagé des narratifs pro-russe,
sans hésiter une seule seconde à publier de la
désinformation. Par exemple, le London Crier,
qui comme son nom l'indique, se fait passer pour un média
anglais, annonce que Zelensky aurait
acheté un manoir au roi pour plus de 20 millions d'euros.
L'info s'évite répandu, notamment
sur Twitter, à l'aide de partage d'influenceurs russes, de
médias locaux ou même d'ambassades russes.
Une information qui a été vue plus d'un million de fois,
bien qu'elle était démentie par Buckingham,
qui confirme que le domaine en question appartient toujours
à la famille royale et qu'il n'a jamais
été question de le vendre à Zelensky.
Décrédibiliser Zelensky et l'Ukraine. Décrédibiliser les pays
qui les défendent. Et pour ça, aller sur le terrain de la
fake news, voilà l'objectif de
cet ensemble de sites de plus en plus nombreux.
Au final, ce sont 167 URL qui ont été repérées,
faisant partie d'un seul et même réseau, et
toutes liées à une seule et même personne,
John Mark Dougan.
A l'époque de Palm Beach, l'ancien flic a commencé à
apprendre comment créer de faux sites crédibles.
Quelques années plus tard, il semble en faire une activité
à une toute autre échelle. Son réseau de
sites a publié plus de 120 000 articles et posts, dans 16
langues, accumulant plus de 37 millions de vues.
Des chiffres vertigineux qui n'auraient pas été
atteignables sans les évolutions technologiques
modernes, et notamment les IA.
Ces sites web sont truffés de contenus générés par IA,
qu'il s'agisse de logos, de titres
ou carrément d'articles complets.
A l'époque, Dougan avait compris que pour qu'un faux site soit
crédible, il lui faut des vrais
actus. Mais sur les dizaines de milliers d'articles
publiés, forcément parfois il y a des coquilles,
et des coquilles qui donnent un aperçu des instructions
données à l'IA pour produire du texte.
Dans un des articles, on retrouve ce prompt :
Veuillez réécrire cet article en adoptant
une position conservatrice contre les politiques libérales
de l'administration Macron en
faveur des citoyens de la classe ouvrière française.
ou encore, dans certains titres,
l'IA commande son propre contenu en expliquant
qu'elle a bien respecté les règles données.
Ce titre est très court et précis, évitant le
sensationalisme mais transmettant les informations nécessaires.
Bien que plusieurs agences et médias affirment
que le réseau de Dougan pourrait être
lié à des entités gouvernementales russes, ou qu'il serait
inclus dans des campagnes plus
larges de désinformation, Dougan lui nie en bloque toute
implication dans ces sites et tout lien avec
le gouvernement ou des hackers russes.
Voilà l'histoire d'un homme, John Mark Dougan,
qui brûlait d'envie de se confronter à l'action, qui a été
déçu par le système avant de lui-même
devenir une déception de ce système.
Par goût de la justice ou par simple vengeance,
il s'est frotté à un pouvoir qu'il n'a plus voulu lâcher
par la suite, celui de l'information,
et surtout de la désinformation.
Un parcours qui a fait de
lui un fugitif réfugié à l'autre bout
du monde et qui, semblerait-il, l'aurait fait participer à
l'une des plus vastes opérations
de désinformation de l'histoire moderne.
Certains vont probablement tiquer du fait
que l'on parle de désinformation
juste parce que ça vient de la Russie,
mais là il n'est même plus question de contenu. Il est
question de créer des faux sites avec une
identité masquée aux intentions à peine cachées pour
répandre des informations qui s'avèrent fausses.
Que ces sites viennent de Russie, d'Amérique ou de
Lozère, peu importe avancer masquée en
écrivant consciemment des choses fausses, c'est et ça
restera toujours de la désinformation.
Pratique dans laquelle John Mark Dougan, l'ancien flic de
Floride, est devenu un expert.
Merci beaucoup d'avoir suivi cet épisode
jusqu'au bout, il change un peu d'habitude,
alors dites-moi dans les commentaires si ça vous a plu.
Je vous invite fortement à aller lire les
articles du Daily Beast, du New York Times et de Newsguards
qui ont enquêté sur ce personnage
et à qui il a accordé des interviews, les
liens sont en description. Je le rappelle,
tout le travail sur cette chaîne est entièrement financé
par vos dons, c'est la seule source de
revenus qui me permet de créer du contenu. Alors si vous le
souhaitez et si vous le pouvez,
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à très vite pour une prochaine vidéo.