27 sept. 2024
Qu’elle semble loin, l’Allemagne d’Angela Merkel. Sur le plan politique, on assiste ces derniers mois à une montée en flèche de l’extrême-droite, comme en Saxe et en Thuringe, mais aussi à la percée de l’Alliance Sahra Wagenknecht, créée en janvier par l’ex-communiste du même nom, et déjà incontournable sur la scène politique d’outre-Rhin.
Face à cela, le gouvernement Scholz apparaît bien faible, et la courte victoire de son parti dans le Brandebourg dimanche dernier rappelle que sa coalition est plus fragile que jamais. Sur le plan économique, l’Allemagne, qui reste une très grande puissance, est presque en situation de décrochage, à l’image de la crise traversée par son industrie automobile.
A cela, on peut ajouter la menace des attentats terroristes, la nouvelle politique de rigueur migratoire, mais aussi les effets domino provoqués par la guerre en Ukraine : pour en parler, Emilie Aubry a invité Thomas Wieder, journaliste au Monde, correspondant du journal en Allemagne pendant huit ans, et auteur de “Faire la paix”, aux éditions Novice.
Interview et réalisation : Émilie Aubry
Assistée de : Julien Le Bot, Marion le Bourthe
Montage : Martin Saison, Julie Bodin
Image : Christophe Chea
ARTE Studio
Production exécutive : Angèle Le Névé
Chargé de production : Rudy Chambard
Chargée de postproduction : Charlène Ciprien
Assistante de production : Hélèna Senn
Iconographie : SIPA - Tous droits réservés
© ARTE France - 11 juin 2024
📕Le nouvel atlas “Le Dessous des cartes - Un monde mis à nu” (Tallandier et ARTE Editions) d’Émilie Aubry et Frank Tétart, en collaboration avec le cartographe Thomas Ansart.
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[Musique]
cette Allemagne qu'on qualifiait de
locomotive de l'Europe soit Angela
Merkel et qu'on considère aujourd'hui de
plus en plus comme l'homme malade de de
[Musique]
l'Europe chers amis du Dessous des
Cartes voici une leçon de géopolitique
une interview carte sur table en lien
avec l'actualité internationale et
aujourd'hui le grand malaise allemand en
question montée de l'extrême droite
attentat terroriste nouvelle politique
de rigueur migratoire économie en berne
effet domino de la guerre en Ukraine
comme elle semble loin les belles années
Merkel et comme il semble aller mal le
chancelier Olaf Scholz des sujets que
vous avez suivi ces derniers mois au
jour le jour Thomas vider bienvenue
bonjour émilyie journaliste au Monde et
vous avez été correspondant du journal
en Allemagne pendant 8 ans c'est la fin
de votre mission vous êtes en train de
revenir vers Paris je renvoie aussi nos
spectateurs sur votre dernier livre
faire la paix alors commençons par
parler de politique le weekend dernier
en Allemagne des élections locales
avaient lieu dans la région de
brandbourg et ce après la sax et la
turinge où l'on avait assisté à une
montée en flèche de l'extrême droite
dans cette région de brandbourg le
partie du chancelier schols pousse un
ouf de soulagement il reste en tête mais
est-ce que malgré tout Thomas il ne faut
pas constater que la perée des extrêmes
elle est là et durablement là en
Allemagne oui je pense qu'on peut dire
qu'elle est durable pour deux raisons
principales la première c'est que les
les causes qui nourrissent le vote en
faveur de l'extrême droite sont là et là
pour un certain temps d'abord le
sentiment largement partagé dans la
population que l'immigration n'est pas
maîtrisée malgré les récentes mesures on
y reviendra peut-être qu' a mise en
place le le gouvernement
ensuite les performances de l'économie
allemande cette Allemagne qu'on
qualifiait de locomotive de l'Europe
soit Angela Merkel et qu'on considère
aujourd'hui de plus en plus comme
l'homme malade de de l'Europe et puis
une deuxième une deuxième série de de
raisons qui me font dire que que que
l'extrême droite est là pour pour un
moment c'est qu'on l'a vu vous vous en
souvenez peut-être ces derniers mois un
certain nombre de scandales ont émaillé
l'extrême droite allemande et notamment
son son parti phare lafd je pense que
c'est une idée qu'il faut avoir en tête
alors que dans d'autres pays je pense à
la France je pense à l'Italie où
l'extrême droite récemment a progresser
en se dédiabolisant comme on dit et bien
en Allemagne on a affaire plutôt au
phénomène inverse c'est c'est dire
qu'elle se radicalise et malgré cette
radicalisation elle progresse dites-nous
juste un mot sur cette nouvelle
formation politique l'alliance Sarah
wagon knes qui a été créée en janvier
dernier par une ex communiste du même
nom le parti porte son nom comment le
caractériser quelle est la doctrine de
cette nouvelle formation politique qui
grimpe très vite dans les sondages et
dans les scrutins oui parce qu'elle a
dépassé les 10 % aux récentes élections
régionales dans l'est de l'Allemagne
c'est une formation difficile à
qualifier ce qu'on peut dire c'est
qu'elle est populiste qu'elle défend un
programme économiquement et socialement
de gauche très à gauche et sociétalement
de droite résolument conservateur pour
une maîtrise forte de l'immigration elle
s'adresse à ce qu'on appellerait en
France les régions périphériques ces
gens qui souvent sont tentés par
l'extrême droite qui peuvent venir de de
la gauche mais qui ont le sentiment que
la politique qui est menée actuellement
à Berlin notamment avec les Verts et les
efforts qu'ils essayent de faire en
matière de transition écologique n'est
pas pour eux fait monter les prix et les
laisse un peu comme les laisser pour
compte de la croissance Thomas en gros
ce qu'on note c'est la faiblesse des
trois partis de la coalition politique
actuelle est-ce que vous pouvez nous
faire un un état des lieux à la fois de
où on est le le SPD les ver le FDP au
pouvoir à Berlin en ce moment oui alors
le parti du du chancelier Olaf Scholz le
le SPD est autour de de 15 % faut savoir
que lorsque schz a remporté les
élections législatives en 2021 il était
à 25 % ce qui était déjà pas un SCOL
mirobolant pour l'histoire du SPD donc
il a perdu 10 points en 3 ans quant à
ces deux partenaires les verts ils sont
autour de 10 % aujourd'hui euh ils ont
été écartés de plusieurs parlements
régionaux parce que vous savez en
Allemagne il faut 5 % des voix pour
avoir des députés à l'échelle fédéral ou
régional et là ils ont été laminés dans
un certain nombre de régions et c'est le
cas aussi et même encore plus du FDP le
Parti libéral démocrate qui lui-même à
l'échelle nationale n'atteint pas
aujourd'hui ou à peine les 5 % et ce
parti qui a longtemps co-gouverné
l'Allemagne et qui le co-gouverne
aujourd'hui pourrait tout simplement
disparaître du Bundestag aux élections
de législative de 2025 l'assitude donc
des électeurs aujourd'hui vis-à-vis de
la coalition au pouvoir le SPD les Verts
et les libéraux mais cuide de la droite
allemande alors la CDO se maintient se
maintient plutôt bien comparé à d'autres
par parti puisqu'il est à peu près à 30
% des intentions de vote donc si tout se
passe bien pour lui mais il reste encore
un an ce parti pourrait reprendre le
pouvoir l'année prochaine alors la CDU
pourrait prendre la tête avec le SPD ce
serait le retour à ce qu'on appelle une
grande coalition c'est un schéma qu'on a
connu en Allemagne dans les années 60 à
une première reprise et surtout sous
Angela Merkel puisque quatre trois des
quatre mandats de Merkel c'était des
grandes coalitions donc les
conservateurs de la CDU et le SPD ça
serait possible euh si la CDU fait pas
un score suffisant et si le SPD continue
de reculer il faudra peut-être un
troisième partenaire et c'est là qu'on
rentre effectivement dans une dans une
situation qu'on rentrerait dans une
situation qui pourrait être assez
analogue à celle qu'on connaît
aujourd'hui c'est-à-dire une coalition
tripartite et qui veut dire tripartite
dit très difficile à gouverner alors
Thomas autre actualité allemande
largement commentée ces derniers jours
dans toute l'Europe l'Allemagne qui
vient vient d'établir des contrôles à
l'ensemble de ces frontières c'est très
mal vécu notamment entre Strasbourg et
kel pour les frontaliers qui voit de
nouveau qui doivent de nouveau comme
autrefois montrer une pièce d'identité
pour passer de l'autre côté du pont
expliquez-nous pourquoi l'Allemagne a
pris cette décision la cause immédiate
c'est l'attentat qui a eu lieu à
zollingen une ville de l'ouest de
l'Allemagne fin août dans un contexte
pré-électoral juste avant ces élections
régionales dans l'est du pays avec la la
menace de l'extrême droite et du coup le
gouvernement allemand a voulu montrer a
voulu couper l'herbe sous le pied de ses
adversaires en montrant qu'il agissait
et puis la deuxième raison enfin la la
raison profonde c'est effectivement
cette montée de de l'extrême droite dont
le don le thème principale et
l'immigration et nous évoquions tout à
l'heure la la CDU la droite qui elle
aujourd'hui n'est plus du tout j'ai
envie de dire la cdou des années Merkel
d'il y a 10 ans et qui elle aussi sous
pression de l'extrême droite a fait de
ce thème son principal son principal
mantra d'un côté il y a l'appel à une
immigration légale de travailleurs parce
que l'Allemagne manque de bras mais de
l'autre côté la fermeté et notamment sur
la question des des des des des des des
clandestins des migrants qui n'ont pas
de de de titre de séjour là-dessus on
peut dire que il y a effectivement une
une une accentuation en faveur de la
fermeté mais ce qu'il faut quand même
dire c'est que de la part de SCHS c'est
pas non plus une Révol rution
copernicienne dans les années 2000 il
était ministre de l'Intérieur de
Hambourg et c'était déjà quelqu'un qui
avait une politique assez ferme en
matière policière et en matière de de
vis-à-vis des des étrangers alors à
présent Thas on va regarder du côté de
l'économie allemande et le pb pour
commencer l'Allemagne est passé en 2023
de la 4e à la 3e place en terme de
puissance économique mondiale derrière
les États-Unis et la Chine mais
désormais devant le Japon donc ça c'est
plutôt positif sauf qu'en parallèle on
assiste à une contraction de l'activité
économique allemande en 2023 avec un PIB
en recul une inflation qui s'est
maintenue à un niveau élevé si on
compare au reste des partenaires
européens comment expliquer cette
mauvaise pass dans laquelle semble être
enfoncé l'Allemagne sur le plan
économique il y a des il y a des causes
on va dire qui sont qui sont des causes
conjoncturelles lié évidemment à la
guerre en Ukraine au renchérissement des
des des prix de de l'énergie mais il y a
des causes aussi qui sont plus plus
structurelles et ces causes
structurelles je dirais qu'il y a le
vieillissement de la population
allemande la la question démographique
qui est un vrai défi et qui est un vrai
défi aussi politique on l'a vu avec
parce qu'elle touche à la question de de
l'immigration il y a évidemment aussi la
question des infrastructures parce que
l'Allemagne est un un pays aux
infrastructures vieillissantes
infrastructures ferroviairees
infrastructures routière
infrastructurees numérique et tout ça
est lié effectivement euh à quelque à
des un problème qui vient de de loin qui
est le manque d' d'investissement en
fait dans la modernisation de l'appareil
productif et infrastructurel de de
l'Allemagne peut-être pour bien
comprendre les difficultés de cette
économie allemande prenons l'exemple de
l'industrie automobile fleuron symbole
du modèle économique allemand que se
passe-t-il du côté des voitures
allemandes et ben il se passe du côté
des voitures allemandes que cette cette
immense cette immense industrie très
tournée vers l'exportation s'aperçoit de
deux choses d'AB d'abord qu'il y a une
véritable transition à faire il faut
passer au moteur électrique et ça coûte
cher et c'est potentiellement aussi
destructeur d'emploi donc il y a tout un
sujet social et puis elle se rend compte
aussi cette industrie automobile que et
bien un marché par exemple l'immense
marché chinois qui a tant profité à
l'automobile allemande pendant des
années voire des décennies et bien que
les Chinois montent en gamme passent
très vite à l'électrique et que du coup
le marché chinois n'est plus un un
marché d'achat des voitures allemandes
mais produit lui-même ses propres
véhicules donc il y a un problème de de
débouché fondamental pour cette immense
industrie enfin bien sûr il y a les
retombées massives de la guerre en
Ukraine vous avez évoqué il y a quelques
instants l'impact sur le cûp des
hydrocarbures mais il y a aussi cette
Allemagne qui s'inquiète de survol de
drones russes au-dessus de sites
sensibles civils comme militaire est-ce
que les Allemands ont vraiment peur du
retour de la guerre écoutez un sondage
récent qui a été fait en en août
indiquait que 3/4 des Allemands avaient
peur de la guerre et tr et donc c'est ce
sont des chiffres euh considérables donc
je pense qu'il est difficile pour nous
Français de de nous rendre compte
d'abord parce que la France est une
puissance militaire et donc se sent
peut-être plus protégé que l'Allemagne
qui a toujours confié depuis la Seconde
Guerre mondiale sa sécurité aux
États-Unis or dans un contexte où les
États-Unis sont un allié moins fiable du
coup il y a des inquiétudes la deuxième
raison elle est géographique l'Allemagne
est plus proch de fait de la Russie que
que ne l'est la France Berlin est à 80
km de la frontière polonaise on est dans
cette Europe de mital Europa dans cette
Europe de l'Est où les Russes ne sont
pas loin et puis il y a une troisième
raison qui je dirais est historique et
là aussi en France on en a pas forcément
conscience mais le souvenir le souvenir
de la guerre à l'Est entre 41 et 45 ces
millions de morts fait que la peur du
russe du soldat russe reste très
présente en Allemagne et explique
pourquoi il demeure aujourd'hui encore
un un véritable sentiment pacifiste en
Allemagne alors face à cette peur de la
guerre l'Allemagne vit une
remilitarisation accélérée avec un
constat du retard prix on se souvient
des propos du patron de la bundesver qui
demande un changement radical de
mentalité qui explique que l'Allemagne
ne peut plus se permettre de dépendre
uniquement pour sa sécurité euh des
Américains et de l'OTAN est-ce que ce
débatl sur la militarisation de
l'Allemagne il déchire les Allemands
entre ceux qui sont prêts à l'accepter
et ceux qui ne veulent pas rompre avec
la Russie elle fait débat c'est sûr et
la percée du parti que nous évoquions
tout à l'heure l'alliance Sarah vagennes
mais aussi celle de l'AFD montre qu'il y
a une opposition à cette militarisation
de l'Allemagne je dirais pas
remilitarisation parce qu'en fait
l'Allemagne part de très très bas son
armée dans un état encore aujourd'hui
assez assez déplorable mais ces
investissements cela dit sont en cours
de Ré isation au moment où le chancelier
Scholz a décidé vous vous souvenez
peut-être de la création d'un fond
spécial de 100 milliards d'euros pour
moderniser la bundesver 3 jours après
l'invasion de l'Ukraine par la Russie
quasiment tous les partis du Bundestag
sauf l'extrême droite et l'extrême
gauche ont voté donc même l'opposition
conservatrice a voté et aujourd'hui vous
avez le débat entre ceux qui veulent
arrêter donc les les les extrêmes et
puis seul ceux qui veulent aller plus
loin et là on a par exemple le cas des
des vers les ver qu'on imagine souvent
comme un un parti pacifiste il y a une
un ADN pacifiste dans ce parti mais ça a
été sans doute le parti qui a le plus
poussé et notamment le plus poussé le
chancelier SCHS malgré ses réticences à
livré des armes à l'Ukraine peut-être
pas assez vite peut-être pas autant mais
si l'Allemagne fait quand même beaucoup
en faveur de l'Ukraine ça le doit
beaucoup aux écologistes dernière
question Thomas on se souvient de
l'Allemagne d'Angela Merkel d'Angela
Merkel grande patronne de l'Europe qui
naturellement avait pris ce rôle- làà au
sein de l'Union européenne l'Allemagne
de Scholz plus fragilisée on vient de le
dire elle va jouer quel rôle au sein de
l'Union européenne dans les mois et les
années à venir et bien on pensait au
moment où la coalition de schols est
arrivée au pouvoir que l'Allemagne
serait motrice sur le plan européen
forcé de constater 2 ans plus tard qu'il
n'en est rien l'Allemagne a fait souvent
cavalier seul sous Scholz à Bruxelles à
Bruxelles on se souvient notamment de la
voltefas sur la question de
l'interdiction des moteurs thermiques en
2035 la façon dont l'Allemagne a aussi
voulu lutter contre l'inflation avec des
mesures unilatérales à froisser ses
voisins européens a commencé par la
France donc on va dire que le crédit
européen du chancelier Scholz est
fortement écorné aujourd'hui et ce qui
est très compliqué c'est que l'Allemagne
a toujours fonctionné et en tous les cas
l'Europe a toujours avancé grâce à un
tandem Franco allemand fort or
aujourd'hui on a évidemment je le disais
un une Allemagne affaiblie une France
affaiblie économiquement politiquement
et donc on se demande comment sans ce
moteur sans la poussée de ce moteur la
construction européenne peut
véritablement avancer merci infiniment
Thomas vider d'avoir été en ligne avec
nous je rappelle que vous êtes
journaliste au Monde que vous terminez
votre poste de correspondant du journal
en Allemagne vous y avez été pendant 8
ans et je renvoie à votre livre faire la
paix qu'il faut lire absolument pour se
dire dire que cet espoir de la peine
n'est pas complètement impossible si
l'on a une perspective historique merci
à vous de nous avoir suivi merci pour
votre fidélité et rendez-vous bien sûr
la semaine prochaine même endroit même
heure pour une nouvelle leçon de
géopolitique à très vite
[Musique]