Bel-Ami. Partie 2. Chapitre 6.

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11 Vues de vidéo·3 oct. 2024
Narrateur : Alain Couchot
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chapitre
6 l'église était tendue de noir et sur
le portail un grand écusson coiffé d'une
couronne annonçait au passant qu'on
enterrait un
gentilhomme la cérémonie venait de finir
les assistants s'en allaient lentement
défilant devant le cercueil et devant le
neveu dute de Vaudrec qui serrait les
mains et rendait les saluts quand George
du roi et sa femme furent sortis il se
mirent à marcher côte à côte pour
rentrer chez eux ils se taisaient
préoccupé enfin George prononça comme se
parlant à lui-même vraiment c'est bien
étonnant Madeleine demanda quoi donc mon
ami que vudrec ne nous ait rien laissé
elle rougit brusquement comme si voile
rose se fut étendue tout à coup sur sa
peau blanche en montant de la gorge au
visage et elle dit pourquoi nous
aurait-il laissé quelque chose il n'y
avait aucune raison pour ça puis après
quelques instants de silence elle reprit
il existe peut-être un testament chez un
notaire nous ne sauons rien encore il
réfléchit puis murmura
oui c'est probable car enfin c'était
notre meilleur ami à tous les deux il
dîit deux fois par semaine à la maison
il venait à tout moment il était chez
lui chez nous tout à fait chez lui il
t'aimait comme un père et il n'avait pas
de famille pas d'enfants pas de frèr ni
de sœur rien qu'un neveu un neveu
éloigné
oui il doit y avoir un testament je ne
tiendrai pas à grand-chose un souvenir
pour prouver qu'il a pensé à nous qu'il
nous aimait qu'il reconnais c'est
l'affection que nous avions pour lui il
nous devait bien une marque d'amitié
elle dit d'un air pensif et indifférent
c'est possible en effet qu'il y ait un
testament comme il rentrait chez eux le
domestique présenta une lettre à
Madeleine elle l'ouvrit puis l'attendit
à son mari étude de maître lamaneur
notaire 17 rue des vauges madame j'ai
l'honneur de vous prier de vouloir bien
passer à mon étude de 2h à 4h mardi
mercredi ou jeudi pour affaire qui vous
concernent recevez et cetera la
maneurre George avait rougi à son tour
ça doit être ça c'est drôle que ce soit
toi qui l'appelle et non moi qui suis
légalement le chef de famille elle ne
répondit point d'abord puis après une
courte
réflexion veux-tu que nous y allions
tout à l'heure oui je veux bien ils se
mirent en route dès qu'ils eurent
déjeuné lorsqu'ils entrèrent dans
l'étude de mîre la maneur le premier
clerc se leva avec un empressement
marqué et les fit pénétrer chez son
patron le notaire était un petit homme
tout rond rond de partout sa tête avait
l'air d'une boule clouée sur une autre
boule que portait deux jambes si petite
si courte qu'elle ressemblait aussi
presque à des boules il salua indica des
sièges et dit en se tournant vers
Madeleine madame je vous ai appelé afin
de vous donner connaissance du testament
du comte de Vaudrec qui vous concerne
Georges ne put se tenir de murmurer je
m'en étais douté le notaire ajouta je
vais vous communiquer cette pièce très
courte d'ailleurs il atteignit un papier
dans un carton devant lui et lut je
soussigné Paul etm000 Cyprien Gontran
comte de Vaudrec saint de corps et
d'esprit exprime ici mes dernières
volontés la mort pouvant nous emporter à
tout moment je veux prendre en prévision
de son atteinte la précaution d'écrire
mon testament qui sera déposé chez
Maître
lamaneur n'ayant pas d'héritier direct
je ligue toute ma fortune composée de
valeur de bourse pour 600000 francs et
de bien fond pour 500000 francs environ
à madame Claire Madeleine du roi sans
aucune charge ou condition je la pris
d'accepter ce don d'un ami mort comme
preuve d'une affection dévouée profonde
et
respectueuse le notaire ajouta c'est
tout cette pièce est datée du mois
d'août dernier et a remplacé un document
de même nature fait il y a 2 ans au nom
de madame Claire Madeleine forestier
j'ai ce premier testament qui pourrait
prouver en cas de contestation de la
part de la famille que la volonté de
Monsieur le Comte de Vaudrec n'a pas
varié Madeleine très pâle regardait ses
pieds Georg nerveux roulait entre ses
doigts le bout de sa moustache le
notaire reprit après un moment de
silence il est bien entendu monsieur que
Madame ne peut accepter ce leg sans
votre consentement duoi se leva et d'un
ton sec je demande le temps de réfléchir
le notaire qui souriait s'inclina et
d'une voix aimable je comprends le
scrupule qui vous fait hésiter monsieur
je dois ajouter que le neveu de Monsieur
Vaudrec qui a pris connaissance ce matin
même des dernières intention de son
oncle se déclare prêt à les respecter si
on lui abandonne une somme de 100000
francs à mon avis le testament est
inattaquable mais un procès ferait du
bruit qu'il vous conviendra peut-être
d'éviter le monde a souvent des
jugements malveillants
dans tous les cas pourrez-vous me faire
connaître votre réponse sur tous les
points avant
samedi George s'inclina oui monsieur
puis il salua avec cérémonie fit passer
sa femme demeurer muette et il sortit
d'un air tellement roide que le notaire
ne souriait plus dès qu'ils furent
rentrés chez eux du roi ferma
brusquement la porte et jetant son
chapeau sur le lit tu as été la
maîtresse de Vaudrec Madeleine qui
enlevait son voile se retourna d'une
secousse moi oh
oui toi on ne laisse pas toute sa
fortune à une femme sans que elle était
devenue tremblante et ne parvenait point
à ôter les épingles qui retenaient le
tissu
transparent après un moment de réflexion
elle balbutia d'une voix agitée voyons
voyons tu es fou tu es tu es est-ce que
toi-même tout à l'heure tu n'espérais
pas qu'il te laisserait quelque chose
Georg restait debout près d'elle suivant
toutes ses émotions comme un magistrat
qui cherche à surprendre les moindres
défaillances d'un prévenu il prononça en
insistant sur chaque mot oui il pouvait
me laisser quelque chose à moi à moi ton
mari à moi son ami entends-tu mais pas à
toi à toi son ami à toi ma femme la
distinction est capitale essentielle au
point de vue des convenances et de
l'opinion
publique Madeleine à son tour le
regardait fixement dans la transparence
des yeux d'une façon profonde et
singulière comme pour y lire quelque
chose comme pour y découvrir cet inconnu
de lettres qu'on ne pénètre jamais et
qu'on peut à peine entrevoir en des
secondes rapides en moment de non garde
ou d'abandon ou
d'inattention qui sont comme des portes
laissées entrouvertes sur les mystérieux
dedans de l'esprit et elle articula
lentement il me semble pourtant que si
qu'on eû trouvé au moins aussi étrange
un leg de cette importance de lui à toi
il demanda brusquement pourquoi ça elle
dit parce que elle hésita puis reprit
parce que tu es mon mari que tu ne le
connais enemble que depuis peu parce que
je suis son ami depuis très longtemps
moi parce que son premier testament fait
du vivant de Forestier était déjà en ma
faveur George s'était mis à marcher à
grands pas il déclara tu ne peux pas
accepter ça elle répondit avec
indifférence parfaitement alors ce n'est
pas la peine d'attendre à samedi nous
pouvons faire prévenir tout de suite
mîre la manur il s'arrêta en face d'elle
et il demeurèrent de nouveau quelques
instants les yeux dans les yeux
s'efforçant d'aller jusqu'à
l'impénétrable secret de leur cœur de se
sonder jusqu'au vif de la pensée il
tâchait de se voir à nu la conscience en
une interrogation ardente et muette lut
intime de deux êtres qui vivant côé
coute s'ignor toujours se soupçonne se
flair se guettete mais ne se connaissent
pas jusqu'au fond vaseux de
l'âme et brusquement il lui murmura dans
le visage à voix basse allons avoue que
tu étais la maîtresse de vudrec
elle haussa les épaules tu es stupide
vaudre qu' avait beaucoup d'affection
pour moi beaucoup mais rien de plus
jamais il frappa du pied tu mens ce
n'est pas possible elle répondit
tranquillement c'est comme ça pourtant
il se remit à marcher puis s'arrêtant
encore explique-moi alors pourquoi il te
laisse toute sa fortune à toi
elle le fit avec un air non chalant et
désintéressé c'est tout simple comme tu
le disais tantôt il n'avait que nous
d'amis ou plutôt que moi car il m'a
connu enfant ma mère était dame de
compagnie chez des parents à lui il
venait sans cesse ici et comme il
n'avait pas d'héritier naturel il a
pensé à moi qu'il a eu un peu d'amour
pour moi c'est possible mais quelle est
la femme qui n'a jamais été aimée ainsi
que cette tendresse cachée secrète a mis
mon nom sous sa plume quand il a pensé à
prendre des dispositions dernières
pourquoi pas il m'a porté des fleurs
chaque lundi tu ne t'en étonnais
nullement ne t'en donnais point à toi
n'est-ce pas aujourd'hui il me donne sa
fortune par la même raison et parce
qu'il n'a personne à qui l'offrir il
serait au contraire extrêmement
surprenant qu'il te l'eut laissé
pourquoi que lui ai-tu elle parlait avec
tant de naturel et de tranquillité que
George hésitait il reprit c'était égal
nous ne pouvons accepter cet héritage
dans ces conditions ce serait d'un effet
déplorable tout le monde croirait la
chose tout le monde en jaserait et
rirait de moi les confrères sont déjà
trop disposés à me jalouser et à
m'attaquer je dois avoir plus que
personne le souci de mon honneur et le
soin de ma réputation il m'est
impossible d'admettre et de permettre
que ma femme accepte un leg de cette
nature d'un homme que la rumeur publique
lui a déjà prêté pour amant forestier
aurait peut-être toléré cela lui mais
moi non
elle murmura avec douceur et bien mon
ami n'acceptons pas ce sera un million
de moins dans notre poche voilà tout il
marchait toujours et il se mit à penser
tout haut parlant pour sa femme sans
s'adresser à elle et bien oui un million
tant pis il n'a pas compris en testant
quelle faute de tact quel oubli des
convenances il commettait il n'a pas vu
dans quelle position fausse ridicule il
allait me mettre tout est à faire de
nuance dans la vie il fallait qu'il m'en
laissât la moitié ça arrangeait tout il
s'assit croisa ses jambes et se mit à
rouler le bout de ses moustaches comme
il faisait aux heures d'ennui
d'inquiétude et de réflexion difficilees
Madeleine prit une tapisserie à laquelle
elle travaillait de temps en temps et
elle dit en choisissant ses lainees moi
je n'ai qu'à me taire c'est à toi de
réfléchir il fut longtemps sans répondre
puis il prononça en
hésitant le monde ne comprendra jamais
et que vaudrait qu' fait de toi son
unique héritière et que j'ai admis cela
moi recevoir cette fortune de cette
façon ce serait avoué avoué de ta part
une liaison coupable et de la mienne une
complaisance infâme comprends-tu comment
on interpréterait notre
acceptation il faudrait trouver un biais
un moyen à drroit de palier la chose il
faudrait laisser entendre par exemple
qu'il a partagé entre nous cette fortune
en donnant la moitié au Maré
la moitié à la
femme elle demanda je ne vois pas
comment cela pourrait se faire puisque
le testament est formel il répondit oh
c'est bien simple tu pourrais me laisser
la moitié de l'héritage par donation
entreevf nous n'avons pas d'enfant c'est
donc possible de cette façon on
fermerait la bouche à la malignité publ
elle répliqua un peu impatiente je ne
vois pas non plus comment faire fermer
la bouche à la malignité publique
puisque l'acte est là signé par
vrec il reprit avec colère avons-nous
besoin de le montrer et de l'afficher
sur les murs tu es stupide à la fin nous
dirons que le comte de Vaudrec nous a
laissé sa fortune par moitié voilà or tu
ne peux accepter ce leg sans mon
autorisation je te la donne à la seule
condition d'un partage qui m'empêchera
de devenir la risée du monde
elle regarda encore d'un regard perçant
comme tu voudras je suis prête alors il
se leva et se remit à marcher il
paraissait hésiter de nouveau et il
évitait maintenant l'œil pénétrant de sa
femme il disait non décidément non
peut-être vaut-il mieux y renoncer tout
à fait c'est plus digne plus correcte
plus
honorable pourtant de cette façon on
n'urait rien à supposer absolument rien
les gens les plus scrupuleux ne
pourraient que s'incliner il s'arrêta
devant Madeleine e bien si tu veux ma
chérie je vais retourner tout seul chez
Maître lamaneur pour le consulter et lui
expliquer la chose je lui dirai mon
scrupule et j'ajouterai que nous nous
sommes arrêtés à l'idée d'un partage par
convenance pour qu'on ne puisse pas
jabotter du moment que j'accepte la
moitié de cet héritage il est bien
évident que personne n'a plus le droit
de sourire c'est dire hautement ma femme
accepte parce que j'accepte moi son mari
qui suis juge de ce qu'elle peut faire
sans se compromettre autrement ça aurait
fait
scandale Madeleine murmura simplement
comme tu voudras il recommença à parler
avec abondance oui c'est clair comme le
jour avec cet arrangement de la
séparation par moitié nous héritons d'un
ami qui n'a pas voulu établir de
différence entre nous qui n'a pas voulu
faire la distinction qui n'a pas voulu
avoir l'air de dire je préfère l'un ou
l'autre après ma mort comme je l'ai
préféré pendant ma vie il aimait mieux
la femme bien entendu mais en laissant
sa fortune à l'un comme à l'autre il a
voulu exprimer nettement que sa
préférence était toute
platonique et soit certaine que s'il y
avait songé c'est ce qu'il aurait fait
il n'a pas réfléchi n pas prévu les
conséquences comme tu le disais fort
bien tout à l'heure c'est à toi qu'il
offrait des fleurs chaque semaine c'est
à toi qu'il a voulu laisser son dernier
souvenir sans se rendre compte
ellearrêta avec une nuance d'irritation
c'est entendu j'ai compris tu n'as pas
besoin de tant d'explication va tout de
suite chez le notaire il balbutia
rougissant tu as raison j'y vais il prit
son chapeau puis au moment de sortir je
vais tâcher d'arranger la difficulté du
neveu pour 50000 francs n'est-ce pas
elle répondit avec hauteur non donne-lui
les 100000 Francs qu'il demande et
prends-les sur ma part si tu veux il
murmura honteux soudain ah mais non nous
partagerons en laissant 50000 francs
chacun il nous reste encore un million
net puis il ajouta à tout à l' ma petite
m et il alla expliquer au notaire la
combinaison qu'il prétendit imaginer par
sa femme il signèrent le lendemain une
donation entre vif de 500000 francs que
Madeleine du roi abandonnait à son mari
puis en sortant de l'étude comme il
faisait beau Georg proposa de descendre
à pied jusqu'au boulevard il se montrait
gentil plein de soins d'égards de
tendresse il riait heureux de tout
tandis qu'elle demeurait songeuse et un
peu
sévère c'était un jour d'automne assez
froid la foule semblait pressée et
marchait à parapide du roi conduisit sa
femme devant la boutique où il avait
regardé si souvent le chronomètre
désiré veux-tu que je t'offre un bijou
dit-il elle murmura avec ind érence
comme il te plaira ils entrèrent il
demanda que préfères-tu un collier un
bracelet ou des boucles d'oreilles la
vue des bibelots d'or et des pierres
fines emportait sa froideur voulue et
elle parcourait d'un œil allumé et
curieux les vitrines pleines de joyaux
et soudain ému par un
désir voilà un bien joli bracelet
c'était une chaî d'une forme bizarre
dont chaque anneau portait une pierre
différente George demanda combien ce
bracelet le joyer répondit 3000 francs
monsieur si vous me le laissez à 2005
c'est une affaire entendue l'homme
hésita puis répondit non monsieur c'est
impossible du roi reprit tenez vous
ajouterez ce chronomètre pour 1500
francs cela fait 4000 que je payerai
conttent est-ce dit si vous ne voulez
pas je vais ailleurs le bijoutier
perplexe finit par accepter et bien
chouette monsieur et le journaliste
après avoir donné son adresse
ajouta vous ferez graver sur le
chronomètre mes initiales GRC en lettres
enlacé au-dessous d'une couronne de
baron Madeleine surprise se mit à
sourire et quand ils sortirent elle prit
son bras avec une certaine tendresse
elle le trouvait vraiment adroit et fort
maintenant qu'il avait des rentes il lui
fallait un titre c'était
juste le marchand les saluait vous
pouvez compter sur moi ce sera prês pour
jeudi monsieur le
baron ils passèrent devant le vaaueville
on y jouait une pièce nouvelle si tu
veux dit-il nous irons ce soir au
théâtre tâchons d'avoir une loge ils
trouvèrent une loge et la prirent il
ajouta si nous digions au cabaret ah oui
je veux bien il était heureux comme un
souverain et cherchait ce qu'il pourrait
bien faire encore si nous allions
chercher madame de Marel pour passer la
soirée avec nous son Maré est ici
m'at-on dit je serais enchanté de lui
serrer la main ils y allèrent George qui
redoutait un peu la première rencontre
avec sa maîtresse n'était point fâché
que sa femme fut présente pour éviter
toute explication mais clotildde parut
ne se souvenir de rien et força même son
mari à accepter
l'invitation le dîner fut gai et la
soirée charmante Georg et Madeleine
rentrèrent tard le gaz était éteint pour
éclairer les marches le journaliste
enflammait de temps en temps une
allumette
bougie en arrivant sur le palier du
premier étage la flamme subite éclatant
sous le frottement fit surgir dans la
glace leurs deux figures illuminées au
milieu des ténèbres de l'escalier ils
avaient l'air de fantôme apparus et prêt
à s'évanouir dans la nuit du roi leva la
main pour bien éclairer leurs images et
il dit avec un rire de
Triomphe voilà des millionnaires qui
passent
