Musée du Louvre : La prouesse architecturale façonné par l'Histoire de France - Documentaire AT

Notre Histoire
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En 8 siècles, au gré des tribulations de la politique et de l’Histoire, mais aussi de l’architecture et de l’art, une forteresse médiévale est devenue le plus grand musée du monde, celui du Louvre à Paris. Le récit tumultueux de cette métamorphose est l’objet de ce film.
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Historiens, conservateurs, architectes, artistes mais aussi témoins et acteurs des derniers grands travaux du Louvre vous disent tout de l'histoire du Palais et du Musée.
"Les Batailles du Louvre"
Un film de Sylvain Bergere
© ARTE FRANCE
#documentaire #histoire #louvremuseum
Ce n'est pas seulement un musée avec sa pyramide,
joyau tant décrié, tant admiré. C'est un corps. Le corps de la France,
l'âme d'un pays qui se déploie en plein centre de Paris avec autorité et splendeur.
Tentaculaire, le palais du Louvre s'impose sur des kilomètres de façades, de couloirs
et d'entrailles. Vingt hectares de pierre et de jardins parsemés de tragédie et d'héroïsme.
Car, avant d'être un musée, le plus grand du monde, le Louvre a connu un
destin chaotique et violent. Il a vécu de nombreuses métamorphoses.
D'abord forteresse médiévale, puis résidence royale et ensuite palais du peuple.
La guerre a frappé à ses portes. Des révoltes. Des révolutions
aussi. Son histoire, c'est celle de la France.
L'aventure du Louvre commence il y a près de mille ans dans
la pénombre du Moyen-Âge, à la fin du XIIe siècle.
Paris s'étend désormais bien au-delà de l'île de la Cité mais la ville est sans défense.
En 1190, à la veille de son départ pour les croisades, le roi Philippe Auguste ordonne
d'entourer la capitale du royaume d'un mur parfait, muni de bonnes tours et de portes.
Le duché de Normandie appartient à la couronne d'Angleterre, donc le danger
est à proximité et Philippe Auguste va décider de fortifier Paris pour protéger
tout simplement les habitants d'une... d'une hypothétique incursion anglaise.
Les autorités royales vont imaginer renforcer la ville en construisant à
l'ouest, donc du côté d'où le danger est censé venir, une fortification à
l'extérieur des murs de la ville qui est donc vraiment une protection extérieure à la cité.
Et cette... cette fortification, c'est le premier château du Louvre.
L'expansion urbaine de Paris est à l'origine de la première métamorphose
du Louvre. La ville grandit et déborde bien au-delà de la muraille de Philippe Auguste.
En 1364, un nouveau mur d'enceinte est construit. Le Louvre se retrouve
désormais intra muros et perd son rôle défensif.
Le roi Charles V décide alors de transformer la forteresse en résidence royale.
Il multiplie les tourelles, crée des jardins,
perce des fenêtres et fait entrer la lumière de toutes parts.
Peu à peu, l'austère citadelle prend la forme d'un château féérique de Belle au Bois dormant,
comme le représente cette enluminure des Riches Heures du duc de Berry.
Puis c'est la guerre de Cent Ans. Un long crépuscule commence. Après la mort de Charles V,
son fils, Charles VI, sombre dans la folie. Le pays est à terre.
En 1420, les Anglais occupent Paris. L'armée
anglaise installe ses quartiers dans un Louvre déserté et fantomatique.
Le départ des Anglais ne suffit pas à ranimer le palais. Pendant tout le XVe siècle,
les rois préfèrent résider dans les châteaux du Berry et les bords de Loire.
C'est avec François Ier que tout va changer.
En 1527, il y a un véritable tournant dans l'histoire du
Louvre puisque François Ier règne depuis 1515 et,
jusqu'alors, comme ses prédécesseurs, il a surtout résidé dans le Val de Loire.
Et, en 1528, il explique donc qu'il entend faire de Paris sa principale résidence et que,
au sein de Paris, sa principale résidence doit être le Louvre.
Dans un premier temps, il ne fait pas beaucoup de travaux. Il se contente
d'un geste qui est très symbolique : il fait abattre le donjon du Louvre.
Et c'est une sorte de rupture symbolique profondément culturelle : supprimer un
donjon pour construire un palais à l'italienne autour d'une cour.
Donc le... le Louvre, à partir de ce moment-là, va muter complètement. Ce sera absolument plus le
même bâtiment. Et, du coup, il devient un palais urbain. Ce n'est plus un château. C'est un palais.
François Ier poursuit la rénovation du château. Il veut arracher le Louvre de
l'obscurité en y donnant des fêtes somptueuses.
En 1546, il commande à l'architecte Pierre Lescot,
un génie de la Renaissance, un grand corps d'hôtel et des salles d'apparat.
Cette reconstruction va commencer donc par l'aile ouest, celle où
se trouvent les grandes salles de réception.
Mais, à la mort du roi François Ier, presque rien n'est fait. Lescot a
abattu cette aile ouest et il a bâti une partie du rez-de-chaussée et c'est tout.
Et Henri II poursuit dans un premier temps le... le projet de son père,
donc c'est lui qui va achever cette aile ouest et, pour lui, on va créer un décor absolument
extraordinaire sur la façade qui, en fait, est une sorte de portrait du souverain idéal — et donc,
évidemment, de Henri II qui répond à cette idée que l'on se fait du souverain idéal.
C'est la naissance du Louvre actuel.
En 1559, le roi Henri II meurt dans un tournoi. Sa veuve, la reine Catherine de Médicis,
décide de se faire construire son propre palais sur les terrains voisins d'une ancienne tuilerie.
Le projet est confié à Philibert Delorme, grand rival de Pierre Lescot.
Le château des Tuileries est construit à l'extérieur de l'enceinte de Charles V.
Ses jardins possèdent quasiment leurs dimensions actuelles et
deviennent la grande attraction des Parisiens.
À partir de 1562, les guerres de religion entre catholiques et protestants font rage. Au Louvre
et aux Tuileries, les travaux piétinent. En 1572, le 24 août, le Louvre va devenir
le théâtre du plus sanglant événement de son histoire : le massacre de la Saint-Barthélemy.
Pour tenter de réconcilier catholiques et protestants,
la reine mère Catherine de Médicis avait organisé au Louvre le mariage de sa fille
Marguerite avec l'un des principaux chefs protestants, Henri de Navarre.
Mais, la haine entre les deux camps étant trop forte, quelques jours après la noce,
une tentative d'assassinat met le feu aux poudres.
Le roi Charles IX ordonne alors l'élimination des chefs protestants logés au Louvre pour le mariage.
Très vite, la tuerie échappe à tout contrôle. Elle fera
plus de 3 000 victimes dans toute la capitale.
Quelques années après le massacre de la Saint-Barthélemy, en 1589,
Henri de Navarre monte sur le trône sous le nom d'Henri IV.
Il met fin aux guerres de religion et pacifie le pays. À Paris, il lance de grands travaux
avec pour objectif la réalisation d'un projet architectural grandiose : le Grand Dessein.
Il s'agit de quadrupler la cour du Louvre,
d'achever les Tuileries et de réunir les deux édifices en un seul palais.
La petite galerie sera surélevée d'un étage à l'époque d'Henri IV et Henri IV y aménagera ce
qu'on appellera « la galerie du roi » là où se trouve aujourd'hui la galerie d'Apollon.
Et puis Henri IV ordonne l'achèvement de la partie méridionale du palais des Tuileries,
c'est-à-dire qu'on va prolonger le bâtiment inachevé pratiquement
jusqu'au bord de la Seine en construisant le pavillon de Flore.
Et entre le pavillon de Flore, qui fait partie historiquement
du palais des Tuileries, et la petite galerie, eh bien on va tracer une très,
très longue aile qui fait pas loin de 500 mètres de longueur et qui va devenir la galerie du
bord de l'eau qui est aujourd'hui... qui correspond à la grande galerie.
En 1610, Henri IV est assassiné par un fanatique
catholique à deux pas du Louvre. Mais son Grand Dessein va lui survivre. Il
va même devenir le fil rouge de toute l'histoire architecturale du Louvre.
Jusqu'au milieu du XIXe siècle, tous les souverains et tous les régimes
auront pour obsession de réussir à parachever ce Grand Dessein.
À commencer par Louis XIII, le fils d'Henri IV. À la mort de son père, Louis XIII n'a que
huit ans et sa mère, Marie de Médicis, assure la régence.
Mais, à seize ans, en 1617, il prend le pouvoir en faisant assassiner sur
le pont-levis du Louvre le favori très influent de sa mère, Concino Concini.
Louis XIII est le premier à entreprendre la partie
difficile du Grand Dessein, c'est-à-dire le quadruplement de la cour du Louvre.
C'était très compliqué à envisager parce que, là,
il fallait acheter énormément de maisons et également de grands hôtels dans la ville.
Et c'est Louis XIII qui lance quand même cette opération en faisant faire l'aile
ouest et en tranchant un problème très important.
Parce qu'il est clair que, à la Renaissance, on n'avait pas imaginé de faire cette grande cour.
Donc la façade construite par Pierre Lescot, que tout le monde trouvait extraordinaire,
elle était conçue pour une cour relativement petite.
Comment intégrer cette façade dans un ensemble beaucoup plus vaste ? Alors l'idée la plus simple,
eh bien c'était de dupliquer la façade, donc de doubler en longueur chacun des côtés de la cour.
Mais la question restait ouverte de ce qu'il devait se passer au centre,
entre ces deux façades, l'ancienne et la nouvelle qu'on avait copiée.
Et ce sont donc les architectes de... de Louis XIII, et en particulier Jacques Lemercier,
qui vont imaginer de créer, entre ces deux façades, un grand pavillon,
très en hauteur, avec une toiture en dôme.
Et ils vont créer un véritable type architectural du palais royal qui va
avoir ensuite un impact colossal dans l'architecture française.
D'un certain point de vue, on peut se demander si ce grand pavillon ne
fonctionne pas un peu comme le substitut du donjon disparu du Louvre médiéval.
Après la mort de Louis XIII, la France vit plusieurs années de
troubles. Une partie de la noblesse refuse de se plier au pouvoir royal.
Louis XIV n'est encore qu'un enfant et, avec sa mère, la régente Anne d'Autriche,
il doit quitter précipitamment le Louvre.
Le chantier du palais est arrêté. La paix restaurée, le jeune Louis XIV, devenu roi,
est de retour au Louvre et son ministre, Colbert, ordonne la reprise du chantier.
Pour lui, une politique de
grands travaux est la meilleure façon d'afficher la puissance d'une nation.
Colbert commence par faire aménager, au rez-de-chaussée de la petite galerie,
des appartements d'été pour la reine mère Anne d'Autriche.
L'artiste baroque italien Giovanni Romanelli y peint un spectaculaire
ensemble de fresques encore visibles aujourd'hui.
Au-dessus des appartements faits pour la reine mère, eh bien on va créer la galerie d'Apollon.
C'est un fait divers qui entraîne un peu la création de cette galerie puisqu'il y
avait une galerie à cet endroit depuis le règne d'Henri IV mais un incendie,
en février 1661, détruit l'ensemble du décor.
Et donc un nouveau décor va être entrepris et c'est un décor qui est très significatif puisque
c'est l'une des premières fois que Louis XIV est vraiment associé à la thématique du soleil.
Cette cosmogonie solaire reflète l'idéal de grandeur qui obsède Louis XIV.
Mais, même réaménagé, le vieux Louvre ne
lui suffit plus. Le palais doit rayonner de sa toute puissance.
L'architecte du roi, Louis Le Vau, est donc chargé de démolir
les restes du Louvre médiéval et de terminer la cour carrée.
Auparavant, le palais des Tuileries aura été entièrement transformé, toujours par Louis Le Vau.
Avec ses deux ailes doublées en largeur, les Tuileries prennent leur allure définitive.
Les jardins sont intégralement remodelés par André Le Nôtre.
Louis XIV va développer une véritable politique artistique en mettant en avant
la grande architecture française et le roi va vouloir donner à la cour carrée des dimensions
beaucoup plus imposantes puisqu'il souhaite faire du Louvre sa résidence principale.
L'achèvement du chantier de la cour carrée débute par le
doublement en longueur de l'aile sud, puis la construction de l'aile nord.
Reste le quatrième côté : l'aile est. Son édification est un enjeu majeur. Cette partie
du Louvre fait face à la ville et elle doit être la nouvelle entrée principale du palais.
Ce qui deviendra un chef-d'œuvre du classicisme
français commence par déclencher une formidable bataille d'architectes.
Plusieurs projets sont en lice. Il en sortira finalement le projet de la colonnade.
Cette colonnade est une œuvre de consensus puisque, en fait,
elle réunit plusieurs grandes personnalités.
Comme si, au fond, un seul artiste ne pouvait pas suffire, à lui seul,
pour produire une architecture digne de Louis XIV.
Et donc on fait appel certes à Louis Le Vau, l'architecte, mais on lui ajoute Charles Le Brun,
qui est un peintre mais qui est aussi un spécialiste du grand décor. Et on lui ajoute
également un... un médecin mais théoricien et amateur d'architecture : Claude Perrault.
Et c'est un peu le dialogue entre ces trois personnalités qui a abouti à cette
œuvre exceptionnelle qu'est la colonnade.
Mais Louis XIV se sent à l'étroit au Louvre,
et même dans Paris. Le domaine de Versailles, acquis par son père, Louis XIII, lui paraît
davantage à la mesure de ses folles ambitions. En 1678, pour ses quarante ans, le roi soleil
annonce le transfert du gouvernement à Versailles, où il a entrepris des travaux pharaoniques.
Peu après, il s'y installe définitivement et abandonne un Louvre toujours inachevé.
Le départ de la cour pour Versailles crée un vide immense au Louvre et les appartements
du roi vont peu à peu être occupés par les académies : l'Académie royale de
peinture et de sculpture, l'Académie française, l'Académie des Sciences.
Les artistes s'installent, ouvrent des ateliers. À l'intérieur même de la cour
carrée fleurissent baraques, cabarets et lieux de plaisir.
Vous avez des échoppes. Vous avez des marchands ambulants qui se trouvent sous les passages
de la cour carrée. Vous avez des baraques qui sont à l'intérieur de la cour carrée.
Les quartiers qui ont connu leur heure de gloire sous Henri IV et
Louis XIII avec des hôtels particuliers côté cour, côté jardin, rue Fromenteau,
rue Saint-Thomas du Louvre, tout cela tombe en ruines plus ou moins puisque
la cour n'est plus là. Tout le monde est parti à Versailles et dans les environs.
En 1699, Louis XIV autorise l'Académie royale de peinture à exposer ses artistes
primés dans la grande galerie. D'autres suivront.
En 1725, la manifestation a lieu pour la première fois dans le salon carré du Louvre.
C'est de là que vient l'utilisation du mot « salon » pour désigner toutes sortes de manifestations.
Chaque année a lieu le salon. Chaque année, des milliers de gens viennent
au Louvre pour voir des œuvres d'art et se tenir au courant de l'actualité artistique.
Donc ça devient le grand musée d'art contemporain d'Europe au XVIIIe siècle.
Parmi les visiteurs les plus assidus du salon carré, le philosophe Denis
Diderot. Ses comptes-rendus feront de lui un pionnier de la critique d'art.
Une série de... de grands peintres et sculpteurs du... du XVIIIe siècle ont
eu un atelier et un appartement au Louvre, alors la plupart du temps installé dans les
parties de la cour carrée qui sont... qui étaient restées inachevées et que l'on va
cloisonner à l'extrême à cette époque-là sans se soucier des dangers d'incendie en particulier.
Il y avait des poêles, il y avait des... des... des installations qui étaient tout
simplement dangereuses pour le bâtiment lui-même.
Les autorités royales finiront par réagir. Les bâtiments de la cour carrée sont mis
hors d'eau et les dernières bâtisses qui encombraient la cour sont détruites.
En 1765, les philosophes des Lumières, Diderot et les encyclopédistes en tête,
réclament la transformation du Louvre en musée.
Le roi Louis XVI finit par accepter l'idée de rendre
accessibles au public les collections royales.
La prétention à l'universalité, elle est née ici, au XVIIIe siècle, hein, dans ce projet fou,
qui est un projet des Lumières, de rassembler, au-delà des identités nationales, des œuvres.
Donc d'abord pour servir à la formation des artistes,
hein. C'était l'objectif premier de ce... de ce muséum tel qu'il est pensé avant la Révolution.
Et ensuite avec un projet révolutionnaire très, très construit qui est d'arracher à la tyrannie
les œuvres qui étaient, comme on le disait dans le vocabulaire de l'époque, uniquement pour des
privilégiés, pour le donner donc au peuple avec une vraie vocation, hein, d'éducation.
C'est, finalement, la prétention parfois de la France, hein,
donc à... à parler non pas au nom du monde mais pour le monde tout en étant Français.
En 1789, la Révolution française éclate. Le 6 mai 1791, le Muséum central
des arts de la République est créé par décret.
Il est inauguré le 10 août 1793 dans la grande galerie. Désormais, les Parisiens peuvent admirer
un choix de peintures des collections royales. Un plaisir jusque-là réservé à la noblesse.
Les visiteurs venaient de toute l'Europe. C'est une découverte. Le
palais des rois de France n'avait jamais été ouvert comme cela à autant de monde.
On vient voir des chefs-d'œuvre que jusqu'à présent on ne pouvait pas voir.
Des chefs-d'œuvre de l'art universel. C'était extraordinaire.
Il y a eu un premier règlement de visite. Il est intéressant parce que,
tout de suite, on voit qu'il s'adresse à tout le monde.
Parce que vous avez : « Éviter que les personnes en état d'ébriété n'aillent
abîmer les œuvres », « que les enfants soient éloignés de leurs parents », donc
il faut surtout les tenir par la main pour éviter qu'ils aillent courir et faire tomber
les statues ou rentrer dans un tableau, « éviter que les chiens ne rentrent dans le musée » etc.
Donc, en fait, on voit bien que cette première administration du musée,
elle ne sait pas comment va se comporter ce public.
Peu à peu, les collections du Muséum s'enrichissent avec les œuvres saisies
aux aristocrates, aux émigrés et au clergé.
L'invasion d'une grande partie de l'Europe par les armées de la Révolution,
puis par Napoléon, grossit encore le butin.
Le Muséum, bientôt rebaptisé « Musée Napoléon », est vite à l'étroit. En 1802,
l'empereur confie son agrandissement à Vivant Denon, un de ses barons.
Pour lui comme pour Napoléon, les conquêtes militaires sont aussi artistiques.
C'est ce qui a donné naissance à la formule de l'aquila rapax, hein, donc l'aigle rapace :
Denon ou bien les subordonnés de Denon qui suivent les armées napoléoniennes pour venir
dans les pays conquis sélectionner les œuvres d'art les plus extraordinaires.
Ça veut dire un accroissement absolument exponentiel des collections et en particulier
des collections d'antiques. Ça, c'est l'objectif de Denon : créer le musée idéal en quelque sorte.
Napoléon aime tellement son Louvre qu'il a choisi de se marier au Louvre
quand il épouse Marie-Louise d'Autriche, l'archiduchesse d'Autriche — la paix,
enfin, avec l'Autriche — en 1810.
Il se trouve que c'est une situation assez compliquée puisque Napoléon est divorcé — de
Joséphine — et l'Église catholique n'est pas tout à fait à l'aise avec cette situation,
donc le mariage ne peut pas se tenir à Notre-Dame.
Napoléon va donc faire aménager le salon carré en chapelle spécialement
pour l'occasion et c'est là que va avoir lieu la cérémonie du mariage.
Ça permet une mise en scène grandiose puisque la procession du mariage va partir des Tuileries,
traverser les 430 mètres de la galerie, au milieu des tableaux, donc,
prélevés dans tous les pays conquis, avant d'arriver dans la chapelle.
C'est un déroulé d'une histoire générale de la peinture. Il y a
les chefs-d'œuvre les plus extraordinaires de la peinture européenne : je sais pas,
La Transfiguration de Raphaël, les grands tableaux du Vatican qui sont là, pendus,
et qui servent de décor au grand cortège de l'empereur et de la nouvelle impératrice,
entourés de toute la... toute la cour, déguisés en nouveaux souverains de l'Europe.
Le Louvre et, surtout, les Tuileries sont vraiment l'espace du pouvoir et donc,
quelques mois après le coup d'État du 18 Brumaire, Napoléon va aménager les Tuileries
avec cette idée que l'empire doit renouer avec les fastes de la monarchie. Pour lui,
il est absolument capital de pouvoir achever le Louvre.
Les Tuileries et le Louvre sont reliés par la grande galerie. Il veut faire relier ces deux
palais par une autre galerie au nord, donc il commande à ses architectes, Percier et Fontaine,
un... un agrandissement du... du palais de manière à ne faire qu'un immense palais dont d'ailleurs
l'entrée des Tuileries sera marquée par un petit arc de triomphe, qui est l'arc de triomphe du
Carrousel, qui est pratiquement la seule chose qu'il nous reste du palais des Tuileries actuel.
18 juillet 1815. La défaite de Waterloo sonne la fin du règne de Napoléon.
Le musée du Louvre paie un lourd tribut à la chute de l'empereur : les vainqueurs de toute
l'Europe exigent la restitution immédiate des œuvres pillées par les armées napoléoniennes.
Exception à la règle : Les Noces de Cana, trop volumineuses, resteront au Louvre.
Démantelé, le musée est provisoirement fermé. Mais, pendant la Restauration,
Louis XVIII reconstitue peu à peu les collections grâce à de généreux donateurs.
En 1821, le Louvre va acquérir un trésor inestimable : une envoûtante
statue découverte sur une île de la mer Égée.
Elle deviendra un emblème du musée, une icône mondiale.
Moi, j'ai passé des nuits entières presque seul avec la Vénus de Milo.
Comme on dit qu'on connaît une femme, au sens biblique du terme, ben voilà,
moi, je connais la Vénus de Milo.
Je sais où elle a des... des trous, où elle a des grains de beauté. Donc
ça... ça crée une relation différente, vous voyez, avec... avec l'œuvre d'art.
Et puis, surtout, ce qui est étonnant, c'est qu'on mesure
presque l'impact de ces œuvres sur le public.
On a... On a du mal à comprendre parce que, quand on est spécialiste de sculpture grecque, bien
entendu, on... on a les clefs d'interprétation de ces œuvres, on... on sait les expliquer.
Mais, finalement, on ne sait pas... on ne sait pas expliquer pourquoi elles plaisent.
Cette histoire particulière entre ces œuvres-là et le public, elle reste un peu mystérieuse.
1826. Un jeune savant du nom de Champollion,
auréolé de sa récente gloire de premier déchiffreur de hiéroglyphes,
devient conservateur du Louvre et rassemble la première collection égyptienne du musée.
Pièce maîtresse de son exposition : un sphinx imposant en granit rose que les
visiteurs de l'époque admirent comme un rêve d'exotisme absolu.
Mais, en juillet 1830, une nouvelle révolution éclate. Une partie de cette
collection égyptienne est pillée. Le Louvre est les Tuileries sont de nouveau à feu et à sang.
Ces jours-là, on se bat et on enterre les morts au pied de la colonnade.
Février 1848. Une insurrection secoue Paris. Encore. Vive la Seconde République !
Le Louvre est de nouveau au cœur de la vie politique. Le nouveau régime
ordonne son achèvement et le rebaptise « Palais du Peuple ».
À la tribune de l'Assemblée,
un jeune député conservateur et maire du VIIIe arrondissement rêve haut et fort :
« Selon moi, il faudrait compléter la pensée du projet en installant l'Institut dans le Louvre,
c'est-à-dire en faisant siéger le Sénat des
intelligences au milieu des produits de l'esprit humain.
Les visiteurs de toutes les parties du monde accourraient à ce monument comme
à une Mecque de l'intelligence. Vous auriez ainsi transformé le Louvre. Je dis plus : vous
n'auriez pas seulement agrandi le palais ; vous auriez agrandi l'idée qu'il contenait. »
La Seconde République amène au pouvoir Louis Napoléon,
un descendant de l'empereur qui va bientôt transformer le régime en empire autoritaire.
Devenu Napoléon III, il décide d'achever la construction du Louvre conformément au Grand
Dessein d'Henri IV. Un chantier gigantesque mené par les architectes Visconti et Lefuel.
Les travaux commencent très, très vite et, en 1855, non seulement le quartier
qui se trouvait entre le Louvre et les Tuileries est totalement démoli
mais le gros œuvre des bâtiments et les toitures sont déjà posés.
C'est l'époque où on aménage l'actuelle cour Napoléon avec, donc, l'aile Richelieu au nord.
On aménage toutes les nouvelles façades le long de la rue de Rivoli,
celles qui donnent sur la place du Palais-Royal, qui vont permettre de rejoindre, de relier,
en réalité, par le nord les Tuileries à l'aile nord de la cour carrée du Louvre.
On aménage à la même époque l'aile Denon, dans laquelle se trouve la salle
des États avec La Joconde à l'heure actuelle, qui est le... je dirais,
le... le symétrique au sud de l'aile Richelieu qui, elle, donne du côté de la rue de Rivoli.
Donc on donne au Louvre à peu près la structure qu'il a à l'heure actuelle
avec une seule différence, c'est qu'à cette époque-là la cour — l'espace central — est
fermée du côté de l'ouest par le bâtiment des Tuileries.
On voulait que le gros... le... le nouveau Louvre soit terminé
dans son apparence extérieure pour l'Exposition universelle de 1855.
Et, de ce point de vue, donc les ouvriers ont été amenés à travailler le dimanche et on a
demandé des dérogations à l'Église de Paris pour pouvoir autoriser ce travail le dimanche.
On leur refuse la présence d'une cantine parce qu'on dit : il faut qu'ils restent
au travail le plus possible et donc il faut qu'ils s'arrangent,
qu'ils mangent directement sur le chantier pour ne pas perdre de temps.
Et on a également travaillé la nuit avec, visiblement,
les premiers éclairages électriques pour, dans les périodes les plus
importantes, pouvoir avancer les travaux de façon à ce que l'extérieur du Louvre,
le gros œuvre, donc la maçonnerie et les couvertures, soit terminé pour 1855.
Donc, entre 1854 et 1857, c'est un palais nouveau qui se... qui se dresse, avec une décoration
surabondante sur les façades, des sculpteurs en quantité qui créent partout des... des grandes
statues, des reliefs, des... des tympans, des... Enfin, c'est... c'est extraordinaire.
En 1870 éclate la guerre contre la Prusse. Le conflit dure seulement quelques mois.
C'est la défaite et, avec elle, la chute de Napoléon III.
Le gouvernement s'exile à Versailles mais le peuple parisien, lui,
refuse la capitulation. Il a décidé de résister. C'est la Commune de Paris.
Assiégée et affamée, la capitale est prise d'assaut par l'armée
versaillaise. Les combats sont terribles. La répression aussi.
Avant d'être vaincus, les insurgés incendient plusieurs édifices
symboliques de l'Ancien Régime : l'Hôtel de Ville et, surtout, le palais des Tuileries.
Le palais des Tuileries est brûlé, donc il y a des espaces complètement détruits qui vont
rester à l'état de ruines noircies pendant un peu plus de dix ans pendant lesquels se
passent de très grandes discussions pour savoir ce qu'on va faire de ces ruines.
Et, à ce moment-là, c'est un meurtre rituel : c'est de détruire le monument qui a symbolisé
le pouvoir royal et impérial. Au lieu de le restaurer, le raser.
Les politiques voulaient faire ce... ce sacrifice, cette sorte de... de damnatio memoriae.
Il fallait vraiment effacer le souvenir de l'Ancien Régime et
le seul moyen était de raser le palais qui l'avait symbolisé.
Après avoir rasé les Tuileries, la IIIe République instaure le palais de
l'Élysée comme résidence officielle des présidents de la République.
Le ministère des Finances s'installe au Louvre, dans l'aile Richelieu, et le musée s'agrandit
pour accueillir de nouvelles collections. 1883. Une imposante sculpture grecque est
exposée en haut de l'escalier Daru. Elle s'y trouve toujours aujourd'hui.
C'est la Victoire de Samothrace. Comme la Vénus de Milo, elle deviendra une autre icône du musée.
En 1910, Paris est inondé par une crue phénoménale. Par miracle, le Louvre est épargné.
Mais le musée souffre d'un manque cruel de sécurité. Un vol retentissant va le démontrer.
Le 21 août 1911, la nouvelle fait sensation : on a volé La Joconde de Léonard de Vinci.
Le tableau ne sera retrouvé que deux ans plus tard. Sa disparition rocambolesque provoque
un scandale énorme et achève de donner à ce chef-d'œuvre, acquis par François Ier,
sa réputation de tableau le plus célèbre et le plus mystérieux de l'histoire de l'art.
C'est un ouvrier qui a été au plus près de l'œuvre qui, quelque temps après,
alors qu'il ne travaille plus au sein du musée, décide, un matin très tôt,
de franchir les portes du musée et d'aller décrocher le tableau.
On mettra plus de 24 heures à découvrir le forfait.
C'est ça aussi qui est incroyable et qui montre la situation difficile du
musée à cette époque puisque ce n'est que le lendemain à 15 heures que, finalement,
le vol est déclaré au parquet de Paris par un conservateur.
Pendant quelques années, on ne va pas savoir ce qu'est devenu le tableau de
La Joconde et le tableau de La Joconde va cohabiter avec
Vincenzo Peruggia dans un intérieur modeste pendant un certain temps.
Le vol de... de La Joconde va être un séisme et on va se rendre compte
des difficultés que rencontre le musée.
Il faudra attendre la fin de la guerre de 1911918 pour que le musée entame une vraie rénovation.
Le palais est électrifié, ce qui permet des ouvertures nocturnes du
musée. On installe le chauffage, des ascenseurs.
Les collections sont entièrement réaménagées.
Une semaine avant le début de la Seconde Guerre mondiale, le directeur des musées
nationaux, Jacques Jaujard, organise l'évacuation des trésors du Louvre.
Au cas où Paris serait bombardé, plus de quatre mille œuvres vont ainsi
quitter le Louvre en quelques jours. Un exploit minutieusement orchestré.
On emporte tout ce qu'on peut emporter. D'abord vers Chambord qui sert de... un peu de plaque
tournante et puis on les envoie dans des... dans des châteaux qui sont... qui sont prêtés.
Ça veut dire des convois et des convois de camions. Certains, d'ailleurs, empruntés
à la Comédie française parce qu'ils sont plus grands pour les grandes... les grandes pièces.
Quand ils étaient trop hauts, les employés de l'électricité pour les
fils électriques ou des postes pour les fils téléphoniques avaient des espèces de
grandes... de grandes perches pour soulever les fils et permettre aux camions de passer.
Il reste très peu d'œuvres au Louvre finalement. Si bien que, quand les Allemands arrivent, ils
trouvent des salles vides, complètement vides. Ils sont très déçus. Très, très déçus. Heureusement !
La Seconde Guerre mondiale épargne les bâtiments du Louvre. Après la Libération,
le musée rapatrie les milliers d'œuvres cachées dans tout le pays pendant l'occupation.
Au début des années 1960, André Malraux,
le ministre de la Culture du général de Gaulle, fait ravaler les façades du Louvre.
Il fait aussi creuser un fossé au pied de la colonnade. Mais ces initiatives
sont trop modestes pour réveiller un palais et un musée fatigués.
Je connais le musée du Louvre depuis assez longtemps parce que je suis entré dans le
musée quand j'avais une dizaine d'années avec ma grand-mère. C'était, à l'époque,
une bâtisse très vieillotte, assez poussiéreuse.
Je me souviens surtout des planchers qui
grinçaient sous les... les pas du... du... du gardien.
Il fallait être silencieux comme dans une sorte de couvent et donc l'impression était terrible.
L'impression que l'art était figé et qu'il était... et
qu'il était réservé à... à une élite silencieuse, c'était insupportable.
Il y avait quelque chose de presque fantomatique dans ce musée et donc je
pensais que ces œuvres s'y ennuyaient autant que moi.
Dans ma génération, le grand musée de référence d'histoire des civilisations,
c'était le British Museum. Enfin, voilà.
Donc on allait à Londres, on découvrait un musée, voilà, qui nous paraissait extraordinaire
par rapport à notre vieux Louvre qui était intéressant mais qui était un peu endormi, quoi.
J'étais vraiment depuis longtemps choqué par la présence de ces bagnoles
dans la cour Napoléon, ce square pisseux au milieu.
Vraiment ce n'était pas digne du palais des rois,
du palais des rois et des empereurs, des... d'un palais historique.
Et je me disais : il faut inventer quelque chose. Bon, François Mitterrand m'avait
dit lorsqu'il m'avait reçu à l'Élysée quelques jours après ma nomination : « Allez-y. Foncez. »
Donc — je crois que c'est le 26 ou 27 juillet 1981 — je lui propose cette aventure du Grand Louvre.
Et, je crois, expressis verbis, il est écrit dans
cette note : « Objet : le Grand Louvre » et je résume d'un mot en lui disant :
« Et si nous décidions d'affecter la totalité du palais au seul musée
et de faire partir le ministère des Finances ? »
François Mitterrand me... annote ma note et, de sa belle écriture, il écrit,
je crois, ceci : « Bonne idée mais difficile à réaliser, comme toutes les bonnes idées ».
Pour moi, c'était plus qu'un feu orange. C'était : on va y aller mais ce sera une bagarre.
J'ai également pris la décision, Mesdames et Messieurs, sans vouloir désobliger personne,
de rendre le Louvre à sa destination.
Et, de ce fait, j'ai demandé
à mon Premier ministre de prévoir l'installation et la construction du ministère des Finances dans
des lieux aussi nobles qu'il le mérite mais sans qu'il y ait de confusion excessive entre l'état
de fonctionnaire de cette noble maison et les objets d'art qu'il convient de montrer au public.
L'annonce surprise de François Mitterrand est un défi.
Elle ouvre un gigantesque chantier mais déclenche par la même occasion une de ces
formidables foires d'empoigne politiques et médiatiques dont la France a le secret.
Les travaux vont durer douze ans, de 1981 à 1993. Émile Biasini, un haut fonctionnaire,
ancien collaborateur d'André Malraux, est chargé de les mener à bien.
Il est dans... dans des locaux qui n'étaient pas faits pour être des locaux de musée.
C'est tout à fait comme ces grandes demeures où vous pouvez donner des
réceptions somptueuses mais où le drame commun, c'est si un convive veut se laver les mains.
Il n'y a rien de confortable, rien de pratique,
rien d'utilisable dans le musée du Louvre pour qu'il vive comme un vrai musée moderne.
Pour dessiner le futur Grand Louvre, François Mitterrand choisit sans concours Ieoh Ming Pei,
un architecte sino-américain célèbre entre autres pour sa rénovation réussie du musée de Washington.
Au début de 1984, Pei révèle son projet.
Biasini est venu, a découvert le projet à l'agence Pei dans une salle où il y avait
une belle maquette et où Pei a expliqué à Biasini les deux ou trois solutions qu'on avait imaginées.
Pei a sorti la... la petite pyramide de verre,
dans sa poche, et il l'a posée à l'emplacement voulu. Et là, Biasini a fait : « Oh ! ».
Et alors il était... Il lui a dit : « Mais quelle est la solution que vous préférez ? »
Et alors il lui a dit... Pei lui a dit : « Ben, évidemment, la... celle avec la pyramide. »
Il a dit : « Vous savez, ce sera pas facile,
hein. » Il y a eu un silence. « Mais je suis d'accord. » Et donc la bataille a commencé là.
C'était à la fois une bataille culturelle et une bataille politique. Pour gagner la
bataille culturelle, il fallait gagner la bataille politique.
Le projet de pyramide déchaîne les passions. Parmi ses détracteurs, une grande partie de
l'opposition politique à François Mitterrand et les défenseurs des monuments historiques.
Pour apaiser le débat, une simulation de la pyramide avec
des filins tendus sur la cour Napoléon est organisée pendant plusieurs jours.
Elle convainc Jacques Chirac, alors maire de Paris, de soutenir le projet.
- Est-ce que le verre va laisser transparaître ? Est-ce qu'il va y avoir réflexion,
ce qui va être un peu dommage, ou est-ce qu'on va pouvoir éventuellement voir à travers le verre ?
- De nuit, ça va être absolument merveilleux. - De nuit, ça va être superbe.
- Oui mais que donnera le verre au bout de quelques années ?
- Oui. Exactement. - Ah mais on peut tout dire à partir de là !
- Saint-Gobain... Saint-Gobain
lui-même dit que c'est pas au point etc. - Ça a au moins cet avantage : ça enlève
les bagnoles, ça enlève... - Oui, oui mais... mais... On
enlève les bagnoles mais on n'a pas besoin de faire la pyramide encore une fois.
- Pourquoi pas ? Pourquoi pas ? - Ah, moi, je conçois bien la pyramide. C'est...
Les gens se sont promenés pendant des jours et des jours autour et ont découvert que, ma foi,
cette pyramide, ce n'était pas la pyramide de Khéops, qu'on n'allait pas écraser le Louvre.
Pour certains, ça allait défigurer évidemment un paysage parisien fondamental qui est
l'histoire de cette enveloppe du Second Empire magnifique, homogène du Louvre.
L'introduction de l'escalier mécanique du grand magasin dans un lieu comme le
Louvre a été fustigée, bien entendu. Donc ça veut dire qu'on comparait le
palais des arts, le... le temple des muses, hein, on le comparait effectivement à un grand magasin.
Je crois même qu'on a été jusqu'à parler de Disneyland pour le Louvre
dans certaines caricatures, donc il y a eu un enjeu très fort.
Avant même que ne commencent les travaux, une vaste campagne de fouilles est entreprise,
qui va durer jusqu'en 1990. Une centaine d'archéologues
creusent simultanément la cour carrée et la cour Napoléon.
Ils vont notamment mettre à jour les soubassements du
donjon médiéval et du mur d'enceinte de Charles V.
Une fois le ventre du Louvre refermé par les archéologues, le chantier commence.
La construction de la pyramide, c'était très important que ce soit très soigné, très réussi.
Le... Les détails de la structure. Le verre. Il fallait qu'il y ait
pas de menuiserie qui apparaisse à l'extérieur.
Mais, à l'époque, c'était assez... C'était nouveau et ça avait surtout
l'avantage de mettre en valeur la... la géométrie très rigoureuse de la pyramide.
Mais, en 1986, la gauche perd les élections et le nouveau ministre des Finances, Édouard Balladur,
refuse de quitter l'aile Richelieu comme prévu. Le chantier prend du retard.
Mais, en 1988, François Mitterrand est réélu
président de la République et Jack Lang est de nouveau ministre de la Culture.
Le 30 mars 1989, ils inaugurent ensemble la pyramide du Louvre.
En juillet de la même année, François Mitterrand reçoit à dîner sous la
pyramide les chefs du G7. George Bush père, Margaret Thatcher et Helmut Kohl sont là.
Les polémiques se sont tues. Le succès populaire de la pyramide
et du Grand Louvre est immédiat et spectaculaire.
Le 18 novembre 1993, l'aile Richelieu, entièrement rénovée, ouvre ses portes
deux siècles, jour pour jour, après la première ouverture au public du musée. Tout un symbole.
Dans les cours Puget et Marly,
les sculptures françaises ont remplacé les voitures des fonctionnaires des Finances.
Au premier étage, là où se trouvait le bureau du ministre,
les appartements de Napoléon III ont retrouvé toute leur splendeur.
Quand on a commencé le Louvre, il y avait 2 800 000 visiteurs par an. On
nous a dit : « Il faut accueillir 4,5 millions ».
J'ai dit : « Holà ! Bon. Ok. » Et, aujourd'hui,
il y a presque 10 millions. En trente ans, vous vous rendez compte ? C'est fou. C'est fou !
On a imaginé que les travaux dans ce musée auraient une fin. Et ça,
c'est peut-être... C'est une vraie utopie.
Parce que ce palais, depuis le début de sa construction,
au XIIe siècle, jusqu'à aujourd'hui, il a toujours été en travaux. Toujours.
En 2012, le pavillon des arts de l'islam ouvre ses portes dans la cour Visconti.
Une construction audacieuse de Mario Bellini et Rudy Ricciotti.
La même année, le musée inaugure à Lens, dans le nord de la France, un Louvre hors
les murs pour conquérir de nouveaux publics. Le Louvre poursuit ainsi ses métamorphoses afin
d'accueillir ses millions de visiteurs. Le Louvre fascine. Encore et toujours.
Tels un livre de pierre, ses murs racontent mille ans d'histoire de France. Il abrite le
plus grand musée du monde, avec des collections d'art inestimables venues de tous les âges.
Ce lieu plein de magie, de mystère,
porte en lui la mémoire du monde. Quel autre monument a connu pareil destin ?
