👋 + de documentaires histoire 👉 http://bit.ly/3lqyFpY 🙏 Abonnez vous ! En 1932, le Japon a envahi la Chine. En 1936, la Chine tente de résister à l’occupant. Les armées nippones entreprennent alors une vaste campagne punitive. Nankin, où s ’est installé le gouvernement chinois, oppose une résistance acharnée. Quand la ville finit par capituler, le Prince Asaka décide de venger les nombreux m0rts japonais. 300 000 civils chinois sont exterminés un à un. Le “Sac de Nankin ” est aujourd’hui au centre de la bataille de la mémoire à laquelle se livrent la Chine et le Japon. Ce film est exemplaire d’une instrumentalisation de l’histoire à des fins de politiques bien contemporaine.
"Nankin la mémoire et l'oubli" Réalisé par : Michaël Prazan Droits Réservés
Le 15 août 2006 à Tokyo, le Premier ministre se rend au temple dédié
aux héros de l’histoire militaire japonaise. Parmi eux sont honorés 14 criminels de guerre,
dont un général qui fut condamné à mort en 1946 pour sa responsabilité dans le massacre de Nankin.
Cette visite au temple Yasukuni, comme d’ailleurs les précédentes,
provoque de violentes manifestations en Chine. Le massacre, qui eut lieu à Nankin,
l’ancienne capitale chinoise, est au cœur du conflit larvé qui oppose encore, 70 ans après,
la Chine au Japon. Que s’est-il passé, au cours de l’hiver 1937 à Nankin ?
Pour comprendre l’origine du massacre de Nankin en 1937, comme la montée des
nationalismes qui oppose la Chine au Japon, il faut reprendre le fil d’une histoire, aujourd’hui
prise en otage par la politique. En 1937, le Japon impérial occupe la Mandchourie depuis 6
ans. Il y a créé un Etat fantoche et colonial au service du développement économique de l’archipel,
et de sa volonté de puissance…
Le 7 juillet, la disparition d’un soldat japonais au pont Marco Polo,
près de Pékin, donne aux Japonais le prétexte d’une nouvelle guerre d’invasion. Elle anticipe,
comme la guerre d’Espagne en Europe, le prochain conflit mondial. Staline intrigue afin que les
combats s’étendent au sud, loin de sa frontière avec la Mandchourie. En Chine, c’est l’union
sacrée entre les communistes de Mao et les nationalistes du Président chinois Tchan K S.
Mao laisse aux armées du Guomintang le soin de livrer bataille contre l’expansionnisme
nippon. Après avoir envahi Pékin sans coup férir,
les Japonais s’apprêtent à prendre Shanghai, la fleur au fusil. Ils vont rapidement déchanter.
Au mois d’août, l’aviation japonaise pilonne la ville pensant qu’elle tombera sans livrer
bataille. Mais, contre toute attente, la résistance chinoise du Guomindang est acharnée.
Le 11 novembre, Shanghai finit par capituler. Le général Matsui,
qui veut tirer profit de la victoire, demande à son Etat major l’autorisation de marcher sur
Nankin (BT NHK), la capitale chinoise. Tokyo hésite à lui donner son feu vert,
d’autant que Roosevelt, qui fournit ses armes au Japon, s’inquiète de l’ampleur des combats
et menace de couper les vivres. Côté chinois, fait méconnu, l’armée du Guomindang, est équipée,
habillée et entraînée par l’Allemagne nazie. Trois ans plus tard, ces alliances seront
redéfinies par le pacte tripartite qui fait du Japon nationaliste le partenaire du IIIe Reich.
L’armée de Chiang Kaï-shek utilisait des armes allemandes et avait été très bien entraînée
par des instructeurs militaires allemands. Elle était beaucoup plus forte que ce qu’imaginaient
les Japonais. Cette méprise sur la force combative de l’armée de Chiang Kaï-Shek est une des raisons,
une de plus, qui a provoqué le massacre de Nankin, dans la mesure où les pertes
importantes chez les soldats japonais avait attisé leur sentiment de vengeance.
Matsui prend de cours les tergiversations de sa hiérarchie et commence à marcher vers
Nankin. Le 1er décembre, l’ordre officiel d’attaquer la capitale chinoise est donné.
Cent navires de guerre japonais accostent sur la baie de Hangzhou. Leurs régiments
remonte le fleuve Yang Tsé. En tout, 200 000 soldats, soit une quinzaine de corps d’armée,
progressent par trois voies différentes vers Nankin. Ils sont à peine ralentis
par la résistance chinoise, très affaiblie depuis la défaite de Shanghai.
Le 12 novembre 1937, après le débarquement sur la baie de Hangzhou,
les bataillons japonais qui progressent vers Nankin, la capitale, exterminent les
civils qui se trouvent sur leur passage, incendiant les villages et les villes.
Le 6 décembre, les Japonais sont arrivés aux portes de Nankin. Environ 20 000 soldats
chinois ont péri dans les combats ou ont été exécutés par les Japonais qui ne font
pas de prisonniers. Tchang Kai Sheik qui craint désormais pour sa sécurité,
réunit ses ministres pour une ultime réunion de crise au siège du guomindang.
Devant l’avancée des troupes japonaises, Il donne l’ordre à ses généraux de se battre
jusqu’à la mort. Lui même décide de quitter la capitale et confie les 110 000 soldats chargés
de défendre la ville au général Tang Shong Zhi. dépassé par l’ampleur de l’attaque,
Tang Shong Zhi s’enfuit à son tour le 12 décembre. Les soldats chinois, décimés,
sans commandement, abandonnent leurs uniformes et se cachent parmi la population civile.
Quand mon père était en train de cultiver nos champs, un soldat du GuoMinDang qui portait un
fusil est venu vers nous. Il a dit, « Monsieur», et il s’est agenouillé par terre, « monsieur,
je vous en supplie ; donnez-moi des vêtements. » / Le soldat lui a dit, « Les Japonais vont
bientôt venir. Demandez à vos filles de partir. Quand les Japonais seront là,
ils vont les violer et les tuer. Dépêchez-vous de partir ! » Mon père lui a donné une vieille veste.
Le soldat a tout de suite enlevé ses vêtements, et après, il a jeté son arme dans la rivière.
Pour débusquer les soldats de l'armée chinoise, les Japonais arrêtent tous les gens qu'ils
suspectent, et ensuite, ils les exécutent. C’est ainsi qu’a commencé le massacre de Nankin.
Nankin, fief de la lutte anti-japonaise, est enfin tombée ! précédant l’offensive
historique sur Nankin, le beau temps régnait sur la campagne chinoise. L’irrésistible avancée de
nos troupes s’est accélérée. Après quatre mois de durs combats, les barbes ont poussé, les uniformes
sont fripés, mais le moral de nos combattants a retrouvé sa vaillance. Chacun de nos valeureux
régiment, dans leur incroyable offensive, veut avoir la fierté d’être entré le premier à Nankin.
Le 13 décembre, l’armée japonaise, menée par le prince Asaka, un membre de la famille impériale,
et le général Matsui, entrent dans une ville jonchée de cadavres.
2 jours après l’entrée des forces japonaises à Nankin,
l’ordre du nettoyage de la ville, autrement dit du massacre, est fourni par l’Etat major nippon
C’est le Prince Asaka, qui était le Commandant du Corps
expéditionnaire à Shanghai, qui a donné cet ordre.
Evidemment, dans la pratique, l’ordre a été délivré par les officiers de l’état-major,
mais juridiquement, c’est bien Asaka qui en est responsable.
Dans le journal du commandant Nakajima du 16eme bataillon japonais, il est écrit qu’il
ne faut pas faire de prisonniers de guerre, mais qu’il faut tout “nettoyer”. Nettoyer,
cela veut dire « tuer ». Les jeunes recrues japonaises,
fanatisés par la guerre et le nationalisme, traumatisés par la bataille de Shanghai,
sont chargées de débusquer les soldats chinois cachés dans la population civile.
Avec l’assentiment de leur hiérarchie, les soldats japonais laissent s’exprimer
leur rage. La ville est livrée aux pillages, aux viols, et aux assassinats. 20 000 femmes
seront violées au cours du massacre, et beaucoup assassinées afin d’éviter qu’elles ne témoignent.
Le matin du13 décembre 1937, beaucoup de soldats japonais ont fait irruption chez
moi. Ils étaient comme des bêtes. Mon père a ouvert la porte,
les Japonais l’ont tué tout de suite. Ma mère qui portait ma petite sœur dans ses bras,
s’est cachée sous la table. Ils ont battu ma mère à mort après l’avoir tirée de sous la table.
Moi, avec mes grand parents et mes 3 sœurs, on s’est cachés dans
une chambre, dans un lit, sous les draps. Finalement, mes grand parents ont été tués.
Je les revois allongés par terre des deux cotes du lit… Apres les Japonais ont tiré du lit ma grande
sœur, ils l’ont appuyée contre la table, et ils ont déchiré ses vêtements avec leurs baïonnettes.
Quand ils violaient ma grande sœur, j’ ai crié. Alors ils m’ont transpercée 3 fois
avec leurs baïonnettes, ici, là, et encore là. J’ai perdu connaissance et je ne sais pas ce
qui s’est passé ensuite. Moi et ma petite sœur,
on s’est cachées sous la table sans bouger. J’avais 7 ans,
elle avait 4 ans. On est restées dans la maison avec les cadavres pendant une dizaine de jours.
La porte de cette maison était moitié fermée. Je suis entré. J’ai vu une femme
qui avait l’air de dormir, allongée sur une table. Elle était toute nue, il y avait un
bâton enfoncé dans son sexe. Elle était morte, allongée comme ça , son corps exposé, le bâton
dans son sexe. Au pied de la table, j’ai aperçu un enfant qui serrait un des pieds de la table
avec ses bras comme ça . Ses yeux regardaient fixement la femme. Je pense que c’était sa mère.
Qu’est-ce c’est que cette mort ! Comment ont-ils pu violer cette femme, et la laisser comme ça
devant son enfant ! Cette scène m’a traumatisé. Les Japonais sont entrés en guerre sans
la déclarer. Les combats sont désignés par le Japon sous le terme
d’incidents. Le commandement japonais ne se sent pas tenu par les accords internationaux sur le
traitement des prisonniers de guerre. Et puisque ce n’est pas la guerre,
le fait de devoir appliquer les conventions internationales, comme celle qui protège les
prisonniers, a été très facilement écartée. C’est pourquoi les Japonais ont pu tuer les
prisonniers de guerre chinois et piller les civils sans le moindre scrupule.
La question du nombre des victimes est l’objet d’un dissenssus fort entre la Chine et le Japon.
Le tribunal de Tokyo qui a établi le nombre de 200 000 morts, est contredit par celui de Nankin,
qui en déclare 300 000, chiffre officiel et jugé incontestable par Pékin. En réalité,
le nombre de morts est bien difficile à établir. Le chaos engendré par la défaite chinoise,
puis les années de guerre civile ont pour partie effacé les preuves du massacre qui
n’est d’ailleurs pas circonscrit au sac de l’ancienne capitale. Les exactions
commencèrent dès le débarquement à Hang Zhou, et ont accompagné l’avancée des troupes japonaises
le long du Yang Tsé Kiang. C’est sur les rives du fleuve bleu que sont exécutés et parfois enterrés
vivants les civils raflés par l’armée japonaise, et dans son lit que se perdent les cadavres.
Ils sont tous attachés comme ça, les mains dans le dos , ils s’agenouillent comme ça, un par un, côte
à côte, l’un après l’autre, par rangées de 5 ou 6 personnes. Quand les Japonais leur tirent dessus,
les chinois tombent dans l’étang, pêle-mêle, les uns sur les autres. Et après, une fois
qu’ils sont tombés, les Japonais tirent une deuxième fois sur eux pour les achever. Après,
on a essayé de tirer les cadavres hors de l’étang, mais on n’y est pas arrivés.
Dans la foule, il y avait aussi des « gens ordinaires », c’est-à-dire, des paysans. Mais nous
les avons tous fusillés car c’était impossible de les distinguer et d’en épargner certains. On les a
tous fusillés pêle-mêle. Aujourd’hui, c’est sur ce genre de choses que les journaux protestent.
Au mois de juillet 2006, une enseignante du primaire, Tamaki Matsuoka, a organisé
une conférence à Osaka pour informer le public japonais sur l’ampleur du massacre de Nankin.
J’ai lu et recueilli moi-même le témoignage de 250 soldats japonais.
Je suis allée recueillir à Nankin celui de 180 victimes de l’époque.
Le Japon a du mal à faire face à son histoire. La population japonaise,
tenue à l’écart des combats en Chine ignorait tout des exactions de l’armée. Depuis la fin de
la guerre, depuis les bombardements sur Tokyo, les bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki,
il est aujourd’hui difficile pour un peuple qui se perçoit lui-même comme victime,
de reconnaître sa culpabilité. Certains cependant s’acharnent à redonner la mémoire à leurs
concitoyens, les forçant à considérer la position d’agresseur du Japon durant la période coloniale.
Depuis 20 ans, Mme Matsuoka fait du porte-à-porte et recueille le
témoignage des anciens soldats encore vivants. La tâche est rude et le poids du tabou écrasant.
Mais à force de patience et de ténacité, elle est parvenue à libérer leur parole.
Vous êtes entré à Nankin sur le pont formé par un tas de cadavres,
et vous y avez fait ce qu’on appelait “du « nettoyage », n’est-ce pas ?
Oui, on a « nettoyé»...
Comment faisiez-vous concrètement ?
On entrait dans chaque maison. Dans ces maisons de campagne où il y avait
des civils… il n’y avait pas beaucoup de pièces, mais on entrait, et on vérifiait
chaque pièce l’une après l’autre pour voir s’il y avait quelqu’un. / Si on trouvait des gens,
on les attrapait et on rentrait au camp pour les remettre au chef. /
Donc, comme j’en avais attrapé un, j’ai été obligé de le tuer en le transperçant avec ma baïonnette.
Et les autres soldats, où étaient-ils à ce moment-là ?
Ils étaient alignés tout autour de moi. Il y avait tout le monde. Et ils m’encourageaient,
ils criaient : “ Mais qu’est-ce que tu attends ! Vas-y !” / Alors, seulement,
j’ai pu… parce que sinon, sans être encouragé de cette manière,
jamais je n’aurais été capable de faire. Alors, comme on me le demandait, je l’ai transpercé.
Et au moment où je le transperçais, il s’est retourné vers moi et il m’a fixé du regard.
Vous l’avez transpercé par derrière ?
Oui.
Il était attaché?
Oui, il avait les mains attachées dans le dos, comme ça. Je l’ai transpercé de toutes
mes forces. Le bout de la lame est ressorti un peu par-devant, là, à côté d’os…Et alors…il
avait une expression terrible sur le visage / Vous savez, on était en guerre. La guerre,
c’est fait pour tuer… On était sur les nerfs, à cran… on a pu voir de telles scènes.
Mais en temps normal, dans la vie courante, ça n’est pas possible.
Comme vous le savez, le Japon a du mal à parler de la guerre d’invasion. Faire parler ces vieilles
personnes qui ont énormément de réticences est donc quelque chose de très difficile et délicat,
d’autant plus que je viens les faire parler sur les atrocités de la guerre.
Il y a une très forte résistance à la parole chez ces vieilles personnes./
- Avez-vous ressent de la compassion envers les
bourreaux ? - Jamais.
Si nos supérieurs nous avaient fixé des règles plus tôt, on n’aurait pas fait
de telles atrocités, comme celle de tuer les enfants... Un type a même pissé sur un bébé.
Comment ça ?
Le bébé représente une gêne quand on veut s’enfuir, n’est-ce pas ? Ses parents n’ont
pensé qu’à eux-mêmes et ils l’ont abandonné au bord de la rizière avant de s’enfuir.
Et un de mes camarades a pissé sur le bébé qui pleurait. Il lui a pissé dans la bouche
Un soldat japonais ? C’est affreux !
Oui, c’est horrible. Tout ce que j’ai pu dire c’est : « arrête, par pitié ! » mais il était
absolument impossible de l’arrêter. C’était de la cruauté pure ! Pour moi,
c’est ça l’enfer, c’était un véritable enfer. Quelque chose d’atroce.
Avant sa mort, en 1999, Mme Matsuoka avait recueilli le témoignage de Rikio Suzuki.
C’est son fils Isao qui a repris la poissonnerie de l’ancien soldat japonais.
Ils ne vous parlait jamais des combats en Chine ? Si, il disait : « oh, les pauvres ! on leur a
fait des misères quand le Japon gagnait la guerre. »
Que disait-il exactement ?
Que les Chinois avaient été traités comme des esclaves. Apparemment,
ils ont fait n’importe quoi, là-bas. Mais, vous savez, il ne voulait pas tellement en parler.
Votre père m’a raconté qu’il avait tué beaucoup
de Chinois à la mitrailleuse. Vous l’a-t-il raconté aussi?
Oui… Il disait même qu’il était mauvais tireur ! ils faisaient cela par groupe de 3.
Mais il ne voulait pas tellement raconter ces
choses-là. Il disait que la guerre, ce n’était pas bien…
C’était à la fin du mois de janvier. Mon beau-père n’était pas très en forme. C’est à ce moment-là
que Mme. Matsuoka est venue recueillir son témoignage. J’ai pensé que ça le soulagerait. Il a
pu raconter, sortir tout ce qui était enfoui dans son coeur sur la guerre qui et qui l’oppressait…
Après ça, je me souviens que son visage avait l’air très serein. Et deux semaines après,
il est tombé gravement malade, et on a dû l’hospitaliser. Je pense que c’est une
bonne chose qu’il ait enfin pu parler de tout ça avant de mourir. Oui, je le pense sincèrement.
A cette époque, mon beau-père avait deux volumes d’album photo.
Il y avait des photos terribles là-dedans, surtout celle où les têtes sont alignées…
Ah oui, on a cherché cette photo l’autre jour. Et quoi d’autre?
Il y a aussi celle du Chinois aux yeux bandés…je pense que c’était avant qu’on lui donne un coup
de sabre pour le décapiter. Je ne me souviens pas très bien, mais c’étaient des photos terribles.
Il n’était pas rare que les soldats collectionnent ces photographies
de têtes coupées ; la décapitation, dans l’imaginaire martial du Japon, valorisant
l’image du guerrier. Durant la marche vers Nankin, le concours dit des « cent têtes coupées », fera
même l’objet d’une campagne de propagande s’affichant à la une des quotidiens japonais.
Deux officiers ont parié pour savoir lequel des
deux parviendrait le premier à tuer 100 personnes. 26 10
Le quotidien Tokyo Nichi Shinbun, qui s’appelle aujourd’hui Mainichi Shinbun, a publié un premier
article sur le lieu où a débuté le concours. Le deuxième article est publié quand les
soldats arrivent en gare de Chang Zhou. Le troisième quand ils sont Zhen Jiang,
et le quatrième quand ils arrivent à Nankin.
Le premier soldat a tué 106 personnes,
et le second 105. Mais, parce qu’il était impossible de les départager,
le concours s’est poursuivi jusqu’à ce que l’un des deux atteigne le chiffre de 150 décapitations.
Après la guerre, les deux soldats japonais ayant participé à cette
mascarade macabre seront arrêtés par les autorités chinoises puis exécutés.
A Nankin, les traces du massacre sont partout. Après l’amnésie de l’ère Mao,
la mémoire de Nankin a été érigée, au milieu des années 80, en cause nationale. Depuis 1985,
un mémorial s’inspirant du musée Yad vashem de Jérusalem lui est consacré. Il rend notamment
hommage aux trois étrangers, au trois « justes » de Nankin qui ont créé une
zone de sécurité internationale afin de sauver les civils chinois du massacre.
Cette zone de sécurité avait une surface de près de 4 km2. Ses
frontières étaient limitées par les grandes artères de la ville.
En réalité, cette zone de sécurité n’était qu’une convention verbale.
Le plus grand nombre de la population qui a pu s’y réfugier a atteint près de 250 000 personnes.
Mais les soldats japonais ont ignoré cette zone de sécurité. Ils y sont
malgré tout entrés et ils y ont commis des massacres et des viols, ce genre de crimes.
Quand on était dans le quartier des réfugiés, les japonais ont rassemblé les jeunes hommes. Ils
devaient monter les uns après les autres sur une table pour que leur famille puisse les identifier.
S’il n’y avait personne de la famille pour pouvoir dire qui il était,
les Japonais disaient que le jeune homme était un ennemi.
Ensuite, les Japonais ont placé d’un côté ceux qu’ils pensaient être des ennemis,
et de l’autre, ceux qui avaient été identifiés par leurs familles.
Après, de nombreux camions sont venus, et ils ont emmené tous ces gens.
Les jeunes hommes sont donc partis et on ne sait pas ce qui leur est arrivé,
s’ils ont été exécutés ou pas. Pendant plusieurs nuits, les Japonais ont poursuivi leurs rafles.
John Rabe, un employé allemand de la compagnie Siemens, également membre
du parti nazi, se porte volontaire pour diriger la Zone de sécurité.
M.Rabe a habité en Chine pendant près de 30 ans,
il avait des sentiments très profonds pour la population chinoise de Nankin.
Il a donc décidé de rester à Nankin pour protéger les employés chinois de sa société.
Rabe tente d’alerter le chancelier allemand de l’ampleur du massacre.
Indifférent au sort des Chinois, Hitler refusera de lui apporter son soutien.
Pendant son séjour à Nankin, il n’a pas réagi comme un nazi
Au contraire, il a sauvé beaucoup de vies. Et notamment chez lui, où il y avait un
abri anti-bombardement à la cave. Il a protégé à peu près
600 réfugiés là-dedans, femmes et enfants compris.
MINNIE VAUTRIN, Une missionnaire américaine installée en Chine depuis 1912 dirige le
département de pédagogie de l’université normale de Nankin réservée aux femmes.
Au coeur du massacre, son université accueille 15 000 réfugiés. Vautrin,
souvent au péril de sa vie, s’oppose aux rafles incessantes des japonais dans la
zone de sécurité et sauve ainsi plusieurs milliers de personnes des exécutions de masse.
Tous les jours, elle faisait des allers-retours entre les dortoirs et la porte de l’université
pour chasser l’armée japonaise. En réagissant de cette manière, elle prenait le risque de
se faire battre par les Japonais. Elle risquait souvent sa vie. Au moment des rafles, elle s’est
interposée pour sauver des femmes chinoises. Elle a même essayé à plusieurs reprises de les tirer
elle-même des mains des soldats japonais. Ces épreuves, les atrocités commises par
l’armée japonaise et auxquelles elle a assisté l’ont profondément traumatisée.
A l’époque, on l’appelait Mlle Chine. Pourquoi mlle Chine ? Vous savez,
c’est une grande dame pour les Chinois ! Elle est très connue. Elle a protégé les
femmes chinoises. On la respecte beaucoup. C’est pour cela qu’on l’appelle Mlle Chine.
Un pasteur américain, John Magee, refuse également de quitter Nankin et s’emploie
à prendre soin des réfugiés. Son action la plus salutaire sera de filmer les exactions japonaises.
Avec une caméra 16mm, il a filmé sur place les atrocités de l’armée japonaise a Nankin .
Après, son film a été emmené, caché sous sa veste, par Georges Fitch,
un autre américain, jusqu’à Shanghai A la boutique Kodak de Shanghai,
ils ont fait 4 copies du film. Une copie sera donnée aux Français,
une autre à une religieuse japonaise, et une autre copie sera ramenée aux Etats-unis.
Grâce au témoignage de Magee, mais aussi de quelques journalistes occidentaux,
Nankin fait bientôt la une des quotidiens américains. Après six semaines d’horreur,
ces révélations mettent fin au massacre, même si les viols et les exactions perdurent,
de manière sporadique, jusqu’à la capitulation japonaise,
conséquence des bombes atomiques lancées sur Hiroshima et Nagasaki.
En 1946, John Magee viendra témoigner au tribunal de Tokyo qui juge les crimes de l’armée impériale.
« C’était absolument incroyable. La tuerie a commencé immédiatement et de plusieurs manières
différentes. Soit par des soldats japonais isolés, soit par une trentaine de soldats,
chacun ayant le pouvoir de vie et de mort sur la population. Et tout de suite après,
il y a eu des massacres organisés sur un grand nombre de personnes… »
Son film n’aura pas le temps d’être diffusé dans la salle d’audience, ce qui permettra à
certains révisionnistes japonais d’affirmer que le film n’existe pas ou qu’il s’agit
d’un faux. Pourtant, les 4 copies du film faites à Shanghai en 1938 ont été préservées.
Après la guerre, ces quatre copies sont toutes découvertes.
La copie ramenée aux Etats unis sera offerte par Magee au mémorial du massacre de Nankin.
Cette copie est toujours conservée dans notre mémorial.
C’est la seule preuve filmée du massacre de Nankin.
Nous en sommes reconnaissant à Mr Magee.
A l’issue du procès de Tokyo, le général Matsui sera exécuté. Mais
le prince Asaka, responsable au même titre du massacre, ne sera jamais inquiété ; les
Américains souhaitant préserver la famille impériale de la justice internationale.
Quant à Rabe et Vautrin, qui ont tous deux témoigné du sac de Nankin
dans des journaux intimes publiés après-guerre,
leur destin subira le contrecoup des dix ans de chaos engendrés par le second conflit mondial.
Parce qu’il avait adhéré au parti nazi, M.Rabe a été jugé après la guerre par un
tribunal en Allemagne. C’est une période très difficile de sa vie. Les Nankinois, qui ont
appris sa souffrance, se sont eux-mêmes privés afin de lui faire parvenir des
vivres. Cela a beaucoup aidé M.Rabe et sa famille à surmonter leurs difficultés.
Apres la stabilisation de la ville de Nankin, Minnie Vautrin est devenue très déprimée. En1940,
les symptômes de sa dépression se sont aggravés. Au mois de juin, elle est
retournée aux Etats-unis pour être hospitalisée, et Le 26 mai 1941, elle s’est suicidée au gaz.
Quand les Japonais ont cessé de tuer des gens,
quand ils ont arrêté le massacre, la zone de sécurité a été supprimée.
Le 18 mars 1938, un gouvernement provisoire est constitué. Les organisations humanitaires
qui avaient pris en charge la gestion de la ville après le massacre ont été remplacé par
un gouvernement de collaboration. / Après avoir négocié avec les
Japonais, WANG Jing Wei, qui s’était opposé à Chang Kai Chek, a fondé son propre gouvernement.
De 1940 à 1945, le gouvernement WANG Jing Wei a administré Nankin et les provinces environnantes.
Les Japonais m’ont profondément blessée, mentalement et physiquement. Je souffre
encore beaucoup de tout cela, et Ils ne m’ont même pas présenté d’excuses !
Depuis quelques années, la négation du massacre de Nankin prend de l’ampleur au Japon. Deux
révisionnistes accusent Xia Shuxin dans leur livre d’avoir fabriqué son témoignage. Ils prétendent
que la survivante du massacre n’est pas l’enfant qui figure sur ces clichés filmés par Magee.
Le fait que tant de chinois aient été tués, c’est faux ? Et le massacre de Nankin,
c’est faux ? Et les 300 000 victimes, c’est aussi faux ? Moi, j’étais une
enfant « ramassée » du tas de cadavres. Avec ma petite sœur, on est devenues des orphelines.
En 2005, ils m’ont attaquée devant le tribunal de Tokyo. C’est moi qu’ils attaquent,
vous vous rendez compte ? Ils m’attaquent, moi ! A ce moment-là, j’étais très malheureuse,
oui, si malheureuse… Je n’ai pas encore gagné le procès,
car maintenant ce sont eux qui m’accusent. J’ai été tellement furieuse que j’en ai presque perdu
la vue. Toute ma famille a été massacrée, j’ai tellement souffert depuis mon enfance !
Xia a porté plainte pour diffamation et gagné un premier procès à Nankin, mais l’affaire judiciaire
se poursuit à Tokyo. Désormais, c’est elle qui est attaquée devant les tribunaux japonais.
Au tribunal de Tokyo, deux avocats bénévoles japonais,
révoltés par les allégations des révisionnistes, se sont chargés de la défense de Xia Shuxin
En ce qui me concerne, cela fait dix ans que je m’occupe des procès des compensations financières
pour les victimes chinoises de la guerre Ici, y a des livres comme celui de
M. Higashinakano, qui nient le massacre de Nankin et qui se vendent bien. Si c’était en Allemagne,
ce genre de thèse révisionniste serait puni par la justice. Mais, au Japon, on trouve beaucoup
de publications qui s’appuient sur des thèses révisionnistes, c’est vraiment regrettable.
Ce livre a été écrit pour nier le massacre de Nankin. Pour cela, l’auteur s’est attaqué à
deux témoins symboliques, Mme Li et Mme Xia en les traitant de faux témoins. Vous comprenez,
si le symbole du massacre est faux, cela signifie que l’événement lui-même est faux.
De leur côté, les écrivains révisionnistes sont défendus
par Katsuhiko Takaike, l’avocat attitré des causes d’extrême droite au Japon.
Nous avons été obligés d’engager un procès ici pour dire que le procès qui a eu lieu en Chine
n’a aucun sens. Ce n’est pas nous qui avons voulu blesser Mme Shia, mais c’est elle qui,
au lieu de laisser courir les passages qui la concerne, a engagé le procès contre nous. /
Je suis convaincu que notre action est une excellente chose. Car, tout cela a été inventé
par la Chine. A Nankin, à Pékin, partout en Chine, il y a une centaine de musées anti-japonais,
et ce phénomène est très récent. Je comprendrais si ces musées existaient depuis longtemps,
mais ce n’est pas le cas. Vous voyez donc que tout cela est très politique. Je pense
que notre action contribuera au contraire à freiner cette surenchère par la Chine.
Takaike est également vice-président de la Tsukurukai, un groupe d’intellectuels
nationalistes et révisionnistes qui considère l’enseignement de l’histoire
au Japon comme « masochiste ». La Tsukurukai milite depuis 1997
pour un « libéralisme historique » et une reconquête de la fierté nationale.
Je suis effectivement parti d’une interrogation : les Japonais de
la génération de nos pères ont-ils vraiment massacré 300 000 civils?
Ainsi, à Nankin, je pense qu’il y a eu quelques victimes,
mais ça se passe toujours ainsi dans toutes les guerres. Et je
dis formellement que ce qu’on appelle le massacre de Nankin n’a pas existé.
Un professeur d’histoire, le professeur Ienaga, était parvenu, au prix d’une
interminable bataille judiciaire, à inscrire les termes de « massacre de Nankin » et de « guerre
d’invasion » dans les manuels scolaires. Ceux de la Tsukurukai, font aujourd’hui table rase
de ces avancées pédagogiques. Toutefois, leur influence demeure très relative.
Nous avons seulement édité des manuels destinés au collège ; un manuel d’histoire et un autre
d’éducation civique. Sur l’ensemble de ceux qui sont utilisés dans les établissements scolaires,
le pourcentage des manuels de la Tsukurukai est de 0,4%.
Auprès du public japonais, l’idéologie défendue par la Tsukurukai passe donc par d’autres médias,
et notamment par les bandes dessinées de Yoshinori Kobayashi. Depuis plusieurs années,
le célèbre manga-ka, membre de la Tsukurukai, s’évertue dans chacun
de ses albums à glorifier l’armée impériale et à nier les preuves du massacre de Nankin.
Depuis la seconde moitié des années 90, les mangas dans lesquels il exprime sa vision de
l’histoire se sont vendus à plusieurs millions d’exemplaires. C’est un chiffre extrêmement
important. Quand vous parlez de l’histoire à des étudiants dans une salle de classe, vous ne pouvez
plus exclure l’idée qu’il y a forcément quelqu’un qui a été formé et armé par les arguments
développés par Kobayashi. Je considère que son influence est énorme et profonde. Par conséquent,
quand on parle de la montée du nationalisme, de la droitisation de l’esprit japonais des
années 90 à aujourd’hui, on ne peut plus ignorer l’influence des mangas de Kobayashi.
Le nationalisme de l’ère coloniale, discrédité depuis la défaite de 45,
connaît un renouveau spectaculaire au Japon. Le temple Yasukuni, vestige du
militarisme et de l’impérialisme nippon, en est le premier symbole.
C’est un sanctuaire shinto, une institution religieuse qui date de la Restauration de
l’ère Meiji, de 1868. Il a été créé par le gouvernement qui voulait instaurer un Etat-Nation,
et il célèbre les âmes des soldats japonais morts à la guerre en les glorifiant comme
divinités. Il se présente comme un temple shintoïste, le shintoïsme étant la religion
traditionnelle du Japon, mais en réalité, c’est un instrument de l’Etat au service de la guerre.
Parce que les responsables du massacre de Nankin y sont honorés à l’égal des dieux,
chacune des visites de l’ancien premier ministre
à ce temple provoque des émeutes à Pékin et des tensions diplomatiques.
En s’obstinant à visiter le temple Yasukuni, les dirigeants japonais donnent le sentiment
de mépriser le peuple chinois. Ces visites constituent un obstacle majeur au développement
des relations entre nos deux pays. Je dois souligner que la reconnaissance
et un traitement honnête de cette partie de l’histoire ont été les bases politiques qui
ont permis a normalisation des relations entre la Chine et le Japon. C’est également une base très
importante pour la relation entre les deux pays dans l’avenir.
Je pense que le Premier Ministre se rend à Yasukuni prier pour bien signifier que
le Japon est une nation munie d’une puissance militaire, capable de préparer la guerre. Dans
le cas du Premier Ministre Koizumi, le fait qu’il a soutenu la guerre d’Irak en envoyant les Forces
terrestres sur le terrain et ses visites à Yasukuni, selon moi, sont étroitement liés.
L’attitude de Pékin n’est cependant pas dénuée d’arrières pensées géostratégiques. Pour la Chine,
nazifier le Japon, le cantonner dans son rôle de vaincu, c’est aussi lui
barrer la route au conseil de sécurité de l’ONU, briser son partenariat avec Taïwan,
et prendre l’avantage dans la guerre économique que se livrent les deux géants asiatiques.
Au mois d’août 2004, un match de football qui oppose la Chine au
Japon tourne à l’affrontement entre les supporters des deux pays. Peu après,
le consulat du Japon à Pékin sera dévasté par une foule en colère.
On peut dire que le sentiment anti-japonais est assez fort de nos jours./
Et ce sentiment est alimenté par le massacre de Nankin, par la visite au
Temple de Yasukuni de Junichiro Koizumi, et aussi par l’absence du massacre de nankin
dans les livres pédagogiques. Ce sont ces éléments qui attisent la colère des Chinois.
Les dirigeants japonais prétendent que lorsqu’ils se rendent au temple Yasukuni, c’est pour rendre
hommage aux morts de cette guerre et pour prier la paix dans le monde. Aujourd’hui,
on peut prier pour la paix dans le monde de bien des manières différentes. Celle-ci, en revanche,
celle qui consiste à rendre hommage aux criminels de guerre et à blesser le sentiment des victimes,
cette manière de prier pour la paix dans le monde est tout à fait inédite.
Depuis le mandat de l’ancien premier ministre, le Japon ne cesse d’amender sa
constitution pacifiste afin de pouvoir user d’une force de dissuasion en cas
d’agression étrangère. Si bien qu’aujourd’hui, son budget militaire est le deuxième au monde.
La fierté nationale passe désormais par la revendication d’un passé héroïque qui doit faire
l’impasse sur les crimes de l’armée impériale. Pour que survive la grandeur militaire du Japon,
il s’agit de nier ou d’atténuer les exactions de l’armée en Chine et en
Corée. Le musée du temple Yasukuni, qui célèbre les héros de l’ère coloniale,
rend même un hommage appuyé aux kamikazes de la guerre du pacifique.
Le gouvernement japonais, qui demeure ambigu sur la question du temple Yasukuni ou sur
celle des manuels scolaires, n’accepte pas l’image d’un Japon révisionniste. Il veut
croire au contraire dans les promesses d’une réconciliation avec la Chine.
Nous protestons fermement contre la critique selon laquelle le Japon ne
reconnaît pas les faits et ne regarde pas son passé en face.
Pour répondre à votre question sur l’appréciation du Ministère japonais des affaires étrangères sur
le massacre de Nankin, nous pouvons le résumer en une phrase : “ Nous leur avons porté un
terrible préjudice”. Cette affaire a été
examinée par le Procès de Tokyo. Et en acceptant entièrement les jugements du
Procès, le Japon a pu réintégrer la communauté internationale. C’est un fait incontestable.
Quant à la question de savoir comment construire une mémoire commune, il y n’y a qu’une réponse
possible : Il faut un travail commun pour construire une mémoire commune.
Construire une mémoire commune,
telle est l’ambition de deux enseignants d’histoire : le professeur Bu Ping en Chine,
et le professeur Kasahara au Japon. Ces deux historiens ont mis leur savoir et leur volonté
de réconciliation en commun pour concevoir un manuel d’histoire qui se présente comme
l’antithèse des manuels révisionnistes de la Tsukurukai. Edités en Chinois, en Japonais,
et en Coréen, le texte est identique dans les trois langues. A une nuance près…
Il est impossible d’évaluer le nombre exact des victimes, car du côté japonais, l’armée a détruit
les documents officiels relatifs au massacre, immédiatement après la défaite. Pour la Chine,
le massacre de Nankin est le symbole de l’invasion japonaise. Il était
donc humain d’accentuer l’ampleur des atrocités qu’ils ont évalué à 300 000.
Oui, on a un point des vue différent sur le nombre des victimes. A vrai dire, même en Chine,
plusieurs chiffres circulent. Finalement, sur la question du massacre de Nankin,
nous avons utilisé deux chiffres, celui du tribunal de Tokyo et celui du tribunal de Nankin.
En Chine, la mémoire du massacre de Nankin a émergé dans le sillage des
grandes réformes néo-libérales des années 80. Elle a fait ressurgir un nationalisme
qui s’est opportunément développé sur les ruines du communisme, et qui s’est structuré dans son
opposition au Japon. Pourtant, la sacralisation du massacre a eu une conséquence inattendue.
Elle a fait prendre conscience, dans un pays qui compte près d’un milliard et demi d’habitants,
de la valeur de chaque vie humaine, et rend aujourd’hui possible une réflexion,
encore timide mais bien réelle, sur la question des droits de
l’homme. Au cours des dernières décennies, Nankin aura été une passerelle déterminante vers une
occidentalisation et une modernisation des mœurs. Au mois de septembre 2006 Shinzo Abe qui,
était membre du gouvernement Koizumi, a été nommé Premier ministre au Japon.
« l’objectif est de faire de ce pays plein d’énergie, d’espoir et de gentillesse,
en respectant son indépendance, une belle nation ouverte sur le monde. »
Plus discret et moins provocateur que son prédécesseur, Shinzo Abe n’en est pas moins
réputé proche des milieux révisionnistes. Conscient de la dégradation des relations
sino-japonaise, le nouveau premier ministre ne se rendra vraisemblablement pas au temple Yasukuni.
Quelques jours avant la nomination d’Abe, le prix Nobel de littérature japonais
Kenzaburo Oe, de sa propre initiative, décidait de visiter le mémorial de Nankin,
et d’assumer symboliquement les crimes commis naguère par son pays.