[Visite privée] Vermeer au musée du Louvre
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Scribe Accroupi
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28 Vues de vidéo·2 nov. 2024
Visite avec Blaise Ducos, commissaire de l'exposition "Vermeer et les maîtres de la peinture de genre" au Musée du Louvre du 22 février au 22 mai 2017.
+ d'informations sur le musée du Louvre : www.louvre.fr
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Alors on sait peu de choses de Johannes Werner, c'est une biographie assez maigrelette qui nous
est parvenue. Il y a quelques données, un grand nombre d'enfants, une ruine à la fin de sa vie,
un baptême en 1632, bon il y a quelques quelques petites choses qui émergent et en réalité ce que
nous avons comme meilleure documentation ce sont les oeuvres.
Alors ils vont découvrir ce qu'ils n'ont jamais vu et qu'ils ne pourront plus revoir. La réunion
extraordinaire au musée du Louvre de douze tableaux de Johannes Werner, un des peintres
les plus célèbres du 17e hollandais mais également l'une des icônes de l'art occidental. Avec la
présence parmi nous pour la première fois au Louvre d'une primo-visiteuse, la laitière du
Rijksmuseum d'Amsterdam. Alors il n'y a pas de problématique dans les oeuvres que nous présentons,
il y a 36 tableaux de Werner qui sont répertoriés, acceptés aujourd'hui. Il y en a un 37e qui fait
l'objet de discussions nourries mais les douze tableaux de Werner dans l'exposition sont connus
depuis fort longtemps et répertoriés comme tels. Alors c'est vrai qu'on est dans la croyance
beaucoup avec Werner, il y a une légende wermerienne, il y a un romantisme autour de Werner
et la formule le sphinx de Delft a beaucoup contribué à figer, à emprisonner la personnalité
artistique de Werner dans une attitude énigmatique et solitaire. Nous voulons revenir là dessus,
nous voulons tordre le cou à cette idée d'un sphinx, d'un personnage mystérieux, un peu menaçant
aussi, pour simplement voir comment il travaille et préciser la nature de sa contribution. Et la
nature de sa contribution s'éclaire lorsque ses oeuvres sont mises en parallèle, non seulement les
unes avec les autres, mais avec les oeuvres des autres petits génies de son époque, les Van
Myris, les Gérard Doux, les Gérard Terborch, les Ernsteyn, autant de peintres qui sont présents
dans l'exposition, tous ces artistes étant spécialisés dans ce qu'on appelle la scène de
genre ultra élégante, raffinée, sophistiquée, qui représente des activités de la vie quotidienne,
mais en fait elles n'ont de quotidien que le nom parce que quand vous jouez du luth, en fait,
vous êtes représentatif d'une frange très minoritaire de la société hollandaise du XVIIe siècle.
Alors des thèmes obsessionnels, des thèmes obsessionnels, la musique avec tout ce qu'elle a
de possibilité en métaphore amoureuse, ce que évidemment le jeu appelle le duo, le duo appelle
la musique de chambre, et puis la rédaction et la lecture fébrile de Missives amoureuses, donc
c'est plein de billets doux cette exposition, et puis aussi autre activité qui ne doit pas faire
l'objet d'un contresens, faire de la dentelle, ce ne sont pas des ouvrières au travail, ce sont
des jeunes dames de qualité qui oscillent, si j'ose dire, dans leur journée entre le jeu du luth et
la dentelle. Nous avons reconstitué le couple, le seul couple de pendants conçu par Vermeer qui
nous soit parvenu à notre connaissance, l'astronome du Louvre et puis le géographe de Vermeer qui ont
été vraiment conçus à un an de différence, de décalage, comme ce répondant. Donc c'est une
variation Vermeer à l'intérieur de l'oeuvre de Vermeer. Mais des variations Vermeer, il y en a
d'autres, puisque en parallèle de ces deux oeuvres de Vermeer, nous montrons un tableau de Los
Angeles et puis un tableau du musée de l'Aide, aux Pays-Bas, de Gérard Doux, Gérard Doux qui était
une star, dont les oeuvres valaient encore plus cher que celles de Vermeer à l'époque, qui montre
là aussi un astronome, donc un savant au travail, et l'astronome quoi de plus naturel que de le
représenter le jour. C'est du moins ce qu'on peut penser en regardant les Vermeer, et je pense
qu'avant cet instant, il n'était pas notable que Vermeer avait bouleversé la situation en
représentant ces savants de jour. Or c'est le cas, parce que la tradition, ce contre quoi en réalité
il a réagi, c'est de représenter les astronomes la nuit. Il y a une logique à représenter un astronome
la nuit, n'est-ce pas ? L'observation des étoiles... Simplement ce faisant, Gérard Doux, les
prédécesseurs de Vermeer, avait enfermé le savant dans une atmosphère magique, féérique, quelque chose
entre la cabale, l'alchimie et le rêve. Et là au contraire, c'est le jour de la raison, la raison de
la révolution scientifique au XVIIe siècle, qui pénètre à plein dans les pièces vermeériennes.
Nous avons la laitière de Vermeer dans l'exposition, donc une œuvre de jeunesse en réalité,
parce que c'est vrai que c'est assez étonnant, on n'a pas toujours conscience que Vermeer d'abord a
assez peu peint, parce qu'il a une carrière courte, il est mort à 43 ans, et puis on est assez peu
conscient, là aussi généralement, que la laitière d'Amsterdam est une œuvre peinte au plus tard,
à l'âge de 28 ans. Donc c'est l'œuvre d'un jeune homme encore. Et il y a tellement de maturité,
tellement de profondeur dans cette œuvre, qu'on en reste rêveur, et d'autant plus rêveur,
lorsqu'on prend conscience des implications de sa création. Puisque le Louvre possède le tableau
de Gérard Doux, qui se trouve en face dans la présentation, qui montre une jeune fille versant
de l'eau dans une jatte, la cuisinière hollandaise, qui est une pièce importante de la collection
parisienne, où vous retrouvez le geste, l'attitude, le contexte de cette cuisine, mais dans un luxe
écœurant de détails, avec les bottes de carottes, la lanterne sourde, la volaille pendue le long de
la fenêtre. Et puis l'absence totale de hiérarchie entre la figure, la jeune fille, la cuisinière,
et le reste de l'image, en particulier la botte de carottes, est détaillée au moins autant que
les cils de la jeune cuisinière. Et puis il y a une espèce de disponibilité de cette jeune
servante presque leste, qui est caractéristique de l'atmosphère de cet artiste. Alors que
Verner, c'est tout le contraire. Ce regard éternellement perdu, que vous ne verrez jamais,
alors qu'on attend le regard caméra, n'est-ce pas ? Et puis cette distance qui s'instaure,
et ce n'est pas tellement qu'elle est retranchée derrière sa table avec sa nature morte, parce que
c'est le cas aussi du Gérard Doux, c'est au contraire la lumière et cette espèce de suavité
recueillie, mais sur le mode de la gravité qu'incarne le tableau, qui en fait toute la différence.
Alors dans l'exposition, on a placé non loin l'une de l'autre, deux dames, la laitière, qui est occupée
à faire un pain perdu, et puis la dentelière, occupée là pour le coup à faire de la dentelle.
Et c'est vrai que les œuvres ne sont pas exactement contemporaines, la dentelière est plus tardive,
mais on peut le dire, il y a une forme de noblesse dans l'une et dans l'autre, caractéristique.
Et puis j'ai trouvé intéressant quand même de projeter cette image, non seulement parce que le
Louvre possède cette œuvre de la dentelière, mais parce que chacune répond à sa façon à des
défis artistiques, et je trouvais intéressant d'inscrire ces images dans la notion de défi.
