Le premier mois du procès des viols de Mazan vient de s’achever. Il a commencé début septembre 2024 et doit prendre fin avant les fêtes de Noël. De 36 médias accrédités à l’ouverture du procès, on est très vite passé à 121, dont 41 médias étrangers. Comment relater à la radio des audiences aussi difficiles ? Quels mots choisir pour décrire sans tomber dans le sensationnalisme ? Dans cet épisode, Laura Martel, en charge de la justice à RFI, partage son expérience et ses réflexions sur la restitution des audiences. #mazan#pelicot#notallmen
Le premier mois du procès des viols de Mazan vient de s'achever.
Un procès qui s'est ouvert le 2 septembre 2024
et qui doit prendre fin avant les fêtes de Noël.
Mazan, c'est une commune du département du Vaucluse, dans le sud de la France.
Là où pendant des années, Dominique Pellicot a drogué à son insu, sa femme, Gisèle,
pour l'offrir pendant son sommeil à d'autres hommes qu'il recrutait sur internet.
Viols orchestrés et filmés à domicile.
51 personnes sont aujourd'hui sur le banc des accusés.
De 36 médias accrédités à l'ouverture du procès,
on est très vite passé à 121, donc 41 médias étrangers.
Pour suivre ce procès, les journalistes doivent donc relater d'audiences très difficiles à entendre.
Comment le faire au mieux ? Comment trouver les mots justes ?
Les problématiques sont-elles les mêmes que l'on travaille pour la presse écrite, la radio ou la télévision ?
J'ai demandé à Laura Martel, en charge de la justice à RFI, de me rejoindre.
Laura a été l'une des premières journalistes de notre radio à venir dans Témoins d'Actu.
Nous étions en 2021 et elle venait de couvrir le premier mois du procès des attentats du 13 novembre 2015 à Paris.
Cette question du récit d'audience était déjà au cœur de notre discussion.
Dans l'enceinte du tribunal d'Avignon, ce sont de viols dont on parle.
Et comme pour tout procès, les mots, la qualification des actes commis, vous allez l'entendre, ont une importance cruciale.
À la demande de Gisèle Pellicot et contrairement à la plupart des procès pour viol, celui-ci n'a pas lieu à huis clos.
Pourtant, 20 jours après le début du procès,
le président de la cour a pris la décision de limiter la publicité de l'audience
lors de la diffusion des vidéos de viols commis sur la victime.
Le public, mais aussi les journalistes, ne peuvent plus les voir.
Bonjour Laura.
Bonjour.
Merci d'abord d'avoir accepté de parler de cette question de la restitution,
même si tu n'as pas assisté à l'intégralité des audiences de ce premier mois de procès.
À Avignon, nous sommes devant une cour criminelle.
Est-ce que l'on retrouve certaines similitudes du procès des attentats du 13 novembre ?
Je pense évidemment à l'intensité émotionnelle qui, j'imagine, est ici aussi extrêmement forte.
Est-ce que l'atmosphère, elle est comparable ou bien elle est très différente ?
Alors, c'est sûr qu'il y a évidemment une forte charge émotionnelle autour de ce procès.
Mais ce qui a été frappant, surtout pendant les deux premières semaines,
c'était le niveau de tension qu'il y avait autour de ce procès sur plusieurs niveaux.
D'abord, une tension liée à l'organisation,
parce qu'effectivement, la plupart des procès pour viol,
en général, se déroulent à huis clos, à la demande des victimes.
Et finalement, comme Gisèle Pellicot n'a pas demandé le huis clos,
on s'est retrouvés dans une audience publique,
mais du coup, dans une salle d'audience qui est très petite.
Et il faut faire rentrer les 51 accusés, dont 32 qu'on paraisse libres,
et faire rentrer également les journalistes qui sont extrêmement nombreux à cette audience.
Gisèle Pellicot, d'ailleurs, est un peu reléguée sur une chaise près du mur,
derrière ses deux avocats.
Et puis, il y a une autre salle qui est une salle de retransmission,
mais qui n'a aussi que 60 places et qui, en plus, est partagée,
du coup, avec une partie de la presse qui est passée, tu le disais,
de 36 médias accrédités à 121, donc 41 médias étrangers.
Et c'est littéralement la course, en fait, pour entrer dans ce tribunal
et puis ensuite dans les salles de retransmission et salles d'audience.
Il y avait aussi de la tension dans la salle.
On a, durant ces deux premières semaines d'audience,
vu des altercations entre les avocats, avocats de la défense,
avocats de la partie civile, se hurler dessus.
Il y a eu des propos aussi très virulents,
aussi à l'encontre de Gisèle Pellicot, de certains avocats de la défense.
Donc, une grande tension dans la salle et une tension, en fait,
qui se propageait finalement aussi en dehors de la salle.
Il s'est produit quelque chose d'assez rare.
C'est que depuis le 17 septembre, par exemple,
quand Gisèle Pellicot entre ou sort de la salle,
eh bien, le public lui, il dresse une sorte de haie d'honneur,
l'applaudit, lui dit Gisèle, on est avec toi.
Et en parallèle de ça, quand les accusés qui comparaissent libres
sortent de la salle, eh bien, ils sont hués, on leur crie dessus.
D'ailleurs, la liste des noms des accusés a été publiée sur les réseaux sociaux.
Elle a été placardée en ville, si bien que le tribunal a dû faire un rappel
alors, d'ailleurs, sur la présomption d'innocence, demander que cesse
ces invectives à l'égard des accusés.
Il y a même une affiche qui a été installée disant
vous êtes dans une enceinte judiciaire, nous vous remercions d'adapter
votre comportement à la sérénité des débats en grosses lettres rouges.
Donc, une tension forte, mais qui désormais est un peu retombée
depuis que la fin de ces deux semaines et l'entrée du procès dans une nouvelle phase.
On sent bien cette atmosphère que tu nous relates avec 51 prévenus.
Ça se passe comment au quotidien ?
Est-ce que, par exemple, tu disais ils sont hués ?
Est-ce qu'ils sont tous présents en même temps à chaque audience ?
Alors, c'était le cas justement pendant ces deux premières semaines
où il y avait donc le box essentiellement réservé à Dominique Pellicot.
Il est quasiment tout seul, sauf quand il y a un co-accusé majeur
qu'on lui adjoint dans le box.
Il y a un box qui a été rajouté pour les 18 autres accusés
qui comparaissent des tenues, mais effectivement, les 32 autres sont libres.
Et donc, déjà, ils sont assis dans le reste de la salle.
Donc là, avec, vous imaginez, 30 accusés, 50 avocats et plus.
Il y avait une vraie promiscuité.
Moi, pendant les audiences, j'avais littéralement les genoux
presque dans la chaise d'accusés juste devant moi.
Et puis, c'est effectivement un peu spécial parce que,
eh bien, on les croise partout à chaque suspension.
Ils vont à la machine à café, aux toilettes, fumer une cigarette.
Alors, ils essayent de se dissimuler.
Ils portent beaucoup des masques, des capuches, des écharpes.
Mais cette grosse tension des deux premières semaines, finalement,
est retombée justement parce que désormais, en fait,
ces accusés comparaissent par groupe.
Et donc, il y a moins d'accusés et il y a aussi un peu moins de journalistes.
Et donc, la tension est retombée.
Donc, des groupes pour ces 50, plus un, donc le mari Dominique Pellicot,
principal accusé, lui, son attitude à l'audience, c'est laquelle ?
Alors, il reconnaît les faits.
Il l'a dit clairement, je suis un violeur.
Alors, il donne peu d'explications, finalement, pour l'ampleur de sa trahison,
puisqu'ils étaient quand même mariés depuis 50 ans.
Il donne des explications un peu maladroites,
comme je l'ai bien aimé pendant 40 ans, mais mal pendant 10 ans.
Alors, il a évoqué des traumatismes dans son enfance en disant
on n'est pas pervers, on le devient.
Et bien sûr, il a présenté ses excuses, mais son attitude est assez bizarre,
c'est à dire qu'il a une voix un peu traînante, monocorde.
On a l'impression que même s'il prononce des mots d'excuses,
il n'est pas forcément investi émotionnellement dedans.
Il fait souvent preuve d'ironie face aux autres accusés.
Ils semblent souvent blasés.
Et ce qui est intéressant, par contre, c'est que souvent,
on a une opposition défense parti civil.
Et là, on a plutôt une opposition entre Dominique Pellicot et les autres accusés,
parce que la majorité des autres accusés disent avoir été trompés,
influencés, manipulés par Dominique Pellicot.
Ils disent pour la majorité qu'ils pensaient participer au délire
ou à un jeu libertin d'un couple.
Et en fait, lui répète à l'envie,
ils savaient, ce sont tous des violeurs comme moi.
Et donc, cette opposition est un peu particulière.
Et notamment, en fait, à la fin de chaque audition d'accusé,
on lui demande un peu de se poser en arbitre et de dire
oui, ce monsieur a dit la vérité ou non, il a menti.
Il savait parfaitement que Gisèle était droguée à son insu.
Laura, quand on couvre un tel procès, qu'est ce qui finalement est le plus
difficile ? Entendre les faits qui sont énoncés ou les restituer ?
Alors, bien sûr, c'est évidemment pas facile à entendre,
mais je ne connais pas personnellement de procès faciles
qu'on parle de terrorisme, crimes contre l'humanité, violences sexuelles.
Tout ça n'est guère réjouissant de toute façon.
C'est sûr que la restitution est compliquée par rapport à la nature sexuelle
des faits, parce qu'on entre dans l'intimité exposée, bafouée de la victime.
Mais c'est aussi le point crucial de ce procès.
C'est l'attitude de Gisèle Pellicot, qui a fait le choix délibéré
de ne pas justement demander le huis clos.
Elle veut que ça serve, ce procès.
Alors, effectivement, c'est un positionnement très militant.
Finalement, elle disait qu'elle veut que la peur change de camp,
mais elle souhaite aussi exposer ce qui se passe réellement
dans les procès pour viol.
Parce que je vous parlais de la virulence de certaines apostrophes
qu'ont pu avoir des avocats de la Défense à son égard.
À un moment donné, on a vu des photos d'elles relevant de l'intimité
et il y a pu avoir des questions de la Défense, du style
« Est-ce que vous n'auriez pas, par hasard, des penchants un peu exhibitionnistes ? »
D'ailleurs, elle s'est emportée à ce moment-là.
Plusieurs fois, elle a dit « Vous dites que j'ai appâté les hommes,
j'ai fait semblant, j'étais ivre, j'étais complice.
En fait, qu'est-ce qu'on cherche dans cette salle d'audience ?
Qui sont les accusés ?
Est-ce que c'est moi la coupable ou est-ce que ce sont les hommes dans cette salle ? »
Et en fait, c'est ça aussi qu'elle voulait montrer.
Et c'est ce que son avocat a souligné.
C'est que c'est normal parce que la Défense est libre
et ce renversement de l'accusation, elle est libre de le faire.
Mais deux, ce qu'il disait, c'est que là, ce que veut montrer Gisèle,
c'est ce qui se passe de manière assez classique,
finalement, dans les procès de viol qu'on a du mal à appréhender.
Puisqu'on le dit, la plupart se passent à huit clos.
Et là, elle veut montrer aussi quel est le traitement judiciaire
qui est réservé aux victimes.
Et là, on voit qu'il y a une certaine virulence par rapport à elle,
alors qu'il existe de nombreuses vidéos pour étayer ses propos.
Et on peut distinguer en creux la violence que peuvent être les débats judiciaires,
par exemple, pour une victime quand c'est parole contre parole,
ce qui doit être encore plus difficile.
Mais pour revenir à ta question,
ce n'est pas parce qu'on veut exposer quelque chose qu'il faut tout dire.
Moi, j'estime que le travail de journaliste, c'est de montrer avec honnêteté
et aussi dans le respect de la dignité ce qui se déroule.
Et ça, finalement, qu'on parle de victime de guerre ou de victime de viol,
c'est à peu près la même chose.
Par contre, je considère aussi qu'on n'est pas obligé de donner
tous les détails les plus crus pour faire ressortir l'horreur des faits.
Du coup, il y a une vraie différence que l'on travaille pour la presse écrite,
pour la radio.
Je veux bien qu'on écoute un de tes papiers et puis tu me réponds après.
Alors, qui reprend la parole, propose timidement le président,
rompant le silence de malaise et d'écoeurement qui s'est abattu sur la salle.
Durant la diffusion des trois films, la plupart des accusés ont gardé la tête baissée.
Dès les premières secondes, Gisèle Pellicot, elle, a détourné le regard.
À l'écran, on l'a vue allongée sur le dos en porte-jartel, bras ballant, bouche ouverte,
alors qu'un homme nu manipule son corps complètement inerte
pendant que Dominique Pellicot filme.
Les images sont terribles, le sont les toutotants.
Tout au long d'une interminable vidéo, on entend distinctement Gisèle Pellicot
ronfler entre les râles et chuchotements des deux hommes.
À la barre, Jacques, un ancien pompier de 73 ans qui n'a de cesse de clamer,
même après le visionnage, que durant toute sa vie, il a grandement respecté les femmes.
Lui a scruté avec attention les images, il en reconnaît les attouchements
pour lesquels il s'est confondu en excuses avant la diffusion,
mais persiste à nier le viol.
J'attends encore de me voir pénétrer ce sexe,
lance-t-il d'un air de défi à l'avocat général sans considération pour la victime ?
Moi, j'étais aux premières loges, si je puis dire, ironise depuis le box
Dominique Pellicot, et il y a bien une pénétration.
Là, ce papier, Laura, il dure à peu près une minute.
Une minute, c'est court, en fait, pour relater une audience qui a duré toute la journée.
Oui, c'est pour ça qu'effectivement, le format a forcément une incidence
dans la manière de relater.
En une minute, on a beaucoup moins le temps de rentrer dans des détails
qu'en presse écrite, par exemple.
Alors, ce qui est intéressant dans le papier qu'on a entendu,
c'est qu'en fait, il y avait trois vidéos.
Moi, je me suis concentrée sur une seule de ces vidéos.
Il faut savoir, d'ailleurs, que les trois vidéos qu'on a vues
sont loin d'être les pires que celles qui sont décrites dans l'ordonnance.
Mais ce sont donc les seules qu'on verra à l'audience
si le président ne change pas d'avis.
Et donc, là, moi, j'ai choisi de me concentrer sur une seule vidéo
et de me concentrer sur la description de Gisèle Pellicot,
parce que c'est l'une des questions cruciales, en fait, de savoir
si nombre de ces hommes pouvaient légitimement penser
qu'elle faisait semblant de dormir dans le cadre de ce fameux jeu libertin,
ce qui apparaît intenable face aux vidéos qu'on a vues.
Et puis, j'ai choisi aussi de mettre l'accent sur le positionnement de l'accusé
en montrant qu'il contestait le viol en contestant la pénétration.
Mais en fait, je suis restée assez générale à cause, effectivement,
de ce temps d'une minute.
Mais peut-être que si j'avais eu plus de place,
j'aurais évoqué le fait que l'accusé démentait, en fait,
avoir pratiqué un cunnilingus avec la langue sur Gisèle Pellicot
en parlant de bisous.
Et là, ça ne serait pas du tout pour entrer dans des détails glauques.
Mais en fait, parce que dans le cadre de violences sexuelles,
ça a une incidence cruciale sur la qualification des faits,
parce qu'un bisou sur des parties intimes, c'est une agression sexuelle.
Une langue qui rentre dans un corps, c'est un viol.
Et je ne suis pas rentrée dans ce degré de détail, faute de temps.
Mais j'aurais pu le faire, pas par sensationnalisme,
mais parce que c'est crucial pour la qualification des faits
et donc pour la manifestation de la vérité judiciaire.
Tu emploies un mot important, sensationnalisme.
Quand on parle d'une affaire aussi atroce à la radio,
est-ce qu'il y a justement un risque de victimiser à l'excès
ou au contraire de manquer d'empathie dans le traitement de l'info ?
Comment on fait pour ne pas tomber dans cet écueil du sensationnalisme ?
Alors, souvent, on parle de compte rendu d'audience.
Et moi, je pense que c'est important, cette notion de compte rendu,
parce qu'effectivement, on rend compte.
Il ne s'agit pas pour nous, journalistes, de nous poser à la place du juge
ou de nous laisser emporter, soit par la force de conviction,
soit par l'émotion de tel ou tel parti.
Mais en tout cas, pour moi, de faire vraiment entendre toutes les paroles
et parce que c'est ça, le débat judiciaire, c'est souvent essentiellement
une confrontation entre la vérité de l'accusé, la vérité de la partie civile
et évidemment, les pièces au dossier.
Et c'est en les confrontant qu'émerge la vérité judiciaire.
Mais l'important, effectivement, c'est de se concentrer
sur les éléments de preuve, sur les problématiques qui sont débattues.
Par exemple, là, évidemment, la notion de consentement,
tout en essayant aussi, évidemment, de faire ressentir la tonalité,
l'ambiance des débats.
Et si les journalistes de l'Association de la presse judiciaire
ont demandé au président de revenir sur l'exclusion de la presse,
de la diffusion des vidéos, encore une fois, ce n'est pas du tout
par sensationnalisme.
Je vous assure qu'on s'en passerait bien de les voir, ces vidéos.
Mais en fait, ces vidéos sont juste des éléments fondamentaux
pour la manifestation de la vérité, des pièces à conviction.
Et c'est ça qu'il faut faire quand on est journaliste,
c'est se confronter aux faits, comme on le ferait sur un autre terrain,
comme un terrain de guerre, par exemple.
Et ces vidéos, donc, c'est à cause d'elles que Dominique Pellicot
et ses co-accusés sont tombés.
Tout ça, c'était dans son ordinateur ?
Oui, en fait, sans ces vidéos, il n'y aurait tout simplement pas de procès.
Donc, ce sont des pièces à conviction cruciales.
C'est pour ça que l'accusation voulait qu'elles soient diffusées.
Mais ce qui est un peu incompréhensible, c'est pourquoi exclure les journalistes
de cette diffusion ?
D'autant que normalement, le huis clos ne peut se faire qu'à la demande
de la victime.
Et là, clairement, le président a pris la décision contraire.
Alors lui, il évoque le caractère choquant et indécent des images.
Mais il y a deux problèmes là-dessus.
Le premier, c'est qu'il a pris cette décision suite à la sollicitation
des avocats de la défense qui posaient la question de la dignité
des débats et d'éventuels déballages nauséabonds
que ça pourrait provoquer sur les réseaux.
Sauf que là, l'avocat de Gisèle Pellicot le souligne.
Mais en fait, de la dignité de qui s'agit-il ?
Gisèle Pellicot elle-même a dit qu'elle était OK pour diffuser des images.
Donc, qui est-ce qu'on protège là par cette diffusion restreinte ?
Est-ce qu'on protège vraiment Gisèle ou plutôt les accusés
qui n'ont pas forcément intérêt à ce qu'on voit ces images ?
Et puis, deuxième point, le président dit
qu'il y a un déballage indécent sur les réseaux.
Mais justement, c'est pour ça que c'est important que les journalistes soient là,
parce qu'ils sont en capacité d'être l'œil du public
et de proposer, justement, des contendus honnêtes et respectueux
qui, contre ces déballages, peuvent effectivement être nauséabonds sur les réseaux.
L'œil du public, ça veut dire que ce process,
que tu as la sensation aussi qu'il se transforme en fait de société ?
C'est très clair, vu le nombre de médias présents,
vu la couverture qui en est faite.
On le voit dans la presse française,
mais on le voit aussi l'impact à l'international.
Il y a des Allemands, des Italiens, des Danois,
mais ça va au-delà des Européens.
Il y a des médias argentins, des médias américains.
Comme il y a des agences, je voyais que c'était repris jusqu'en Inde,
où la problématique des violences faites aux femmes est très importante.
Et en fait, je pense que ce qui frappe dans ce procès,
c'est déjà forcément l'ampleur de la trahison de Dominique Pellicot,
la figure de Gisèle Pellicot, mais aussi finalement,
ces 50 et quelques hommes qui étaient âgés entre 22 et 60 ans,
au moment des faits, qui représentent toutes les classes sociales.
Certains ont des parcours abîmés,
mais la plupart sont très bien insérés dans la société.
50 hommes dans un rayon de 60 kilomètres autour de cette petite ville de Mazan.
Eh bien, forcément, ça bat un peu en brèche la figure du violeur
marginal monstrueux, qui a pu favoriser une certaine impunité
par rapport au violeur et qui remet forcément au cœur
du débat la question du consentement.
On voit dans cette affaire, il y a tellement d'accusés qui disent ne s'être
même pas posé la question du consentement de Gisèle Pellicot
ou finalement qui disent puisque son mari était OK,
moi, je pensais qu'elle aussi, elle était au courant et que ça lui allait très bien.
Et donc, forcément, ça, au niveau social, ça pose
le débat de l'existence d'une culture du viol en tant que pas forcément
une chose sexuelle, mais un rapport de pouvoir entre hommes et femmes.
Et d'ailleurs, on le voit, les tribunes de sociologues se multiplient.
Vous avez aussi un hashtag qui est sorti, Not All Men, parce que certains hommes,
parce qu'on parle d'une potentielle culture du viol dans la société,
ont l'impression qu'on met tous les hommes dans le même sac
et que tous sont des violeurs.
On voit que le nouveau ministre français de la Justice a évoqué la question
d'insérer le consentement dans la législation, ce qui est un débat
très complexe.
On voit que ce procès interpelle.
Et ce qui est intéressant de savoir, c'est que sur les violences sexuelles,
la justice a souvent eu un rôle d'éveil de la société, de prise de conscience.
On pense évidemment au procès de Bobigny en 1972
sur l'interruption volontaire de grossesse.
Et donc, les procès ont souvent fait avancer la société sur ces questions.
Et je pense qu'effectivement, le procès Mazan s'inscrit dans cette lignée.
La suite d'ici au 20 décembre, Laura, c'est laquelle ?
Alors là, on a 51 accusés.
Donc là, on est parti pour une très longue phase de leur interrogatoire
de personnalité, des interrogatoires sur les faits,
des expertises psychiatriques pour tous les accusés.
Jusqu'au 12 novembre, on va rentrer dans une nouvelle phase
avec les plaidoiries de la partie civile,
puis deux jours de réquisition du parquet, de l'accusation.
Et après, forcément, comme il y a énormément d'accusés,
il y aura au moins trois semaines de plaidoiries de la Défense
pour un délibéré attendu entre le 10 et le 20 décembre
en fonction de l'avancée des débats.
Merci, Laura, d'être passée de nouveau dans Témoins d'Actu.
Merci de m'avoir invitée.
Et merci à vous d'avoir écouté cet épisode.
Il est disponible sur toutes les plateformes de podcast.
N'hésitez pas à vous abonner à Témoins d'Actu.
Cela lui donne encore plus de visibilité.
À très vite.