Ondes africaines [4] : Des savoirs ancestraux au service de l’écotourisme (RCA) • RFI

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49 Vues de vidéo·11 janv. 2025
Lorsqu'elle était petite, Cécile Asiohaya passait l'essentiel de son temps en forêt
dans le sud-ouest de la République centrafricaine.
L'école, il ne fallait pas lui en parler.
Son école à elle, c'était la forêt près de son village natal de Belemboke,
située à environ une heure de moto de Bayanga.
Ou encore une forêt située à deux jours de marche de chez elle,
à la frontière entre la RCA et la République du Congo.
Son activité préférée, c'était la cueillette.
Et quand elle ne s'adonnait pas à la pêche avec sa mère,
elle traquait l'antilope avec son père et ses deux frères.
Si on a déjà encerclé l'endroit où on veut chasser,
on dit aux enfants d'aller faire des bruits.
Donc les enfants crient comme ça, font des bruits.
Alors quand l'antilope se réveille en courant,
l'antilope vient, ses cornes vont directement rentrer dans le filet.
Et cet antilope, ça ne sera pas pour une seule personne.
Le chemin de l'école, Cécile a fini par le prendre,
contrainte et forcée.
Et après avoir validé sa première année de master en droit à Bangui,
la jeune femme de 30 ans souhaite poursuivre ses études,
pour devenir avocate et défendre les droits des peuples autochtones,
défendre les droits de son peuple, les Pygmées Baaka.
Bonjour et bienvenue dans Ondes africaines,
le podcast dans lequel les journalistes des radios partenaires de RFI en Afrique
partagent leurs sujets d'enquête.
Je suis Anne Roger et depuis 10 ans, je suis l'interlocutrice quotidienne
entre RFI et ses radios partenaires en Afrique.
Dans ce nouvel épisode, nous partons à Bayanga,
une ville de 28 000 habitants située à l'extrême sud-ouest de la Centrafrique,
entre le nord de la République du Congo et le sud du Cameroun.
C'est là, dans une région forestière, que Romaric Kouzounji,
journaliste et technicien à Radio Ndjokou, a croisé la route de Cécile,
que l'on a entendue en introduction de cet épisode.
A Bangui, la capitale centrafricaine où il a grandi,
Romaric avait souvent entendu parler du mode de vie atypique des Pygmées Baaka.
Mais il n'avait jamais eu l'occasion d'en rencontrer,
jusqu'à son arrivée à Bayanga en 2013.
Ce peuple, c'est un peuple qui se nourrit de la forêt.
Donc les chenilles, les feuilles d'intoum, les champignons,
ils ont des hymnes sauvages qu'ils mangent aussi.
Même pour avoir des gibiers, eux, ils se nourrissent de la forêt.
Les lianes ne peuvent pas les empêcher parce qu'ils sont courts,
qu'ils sont rapides à la poussée des gibiers.
C'est des gens qui tuent les gibiers seulement avec des saguets.
Ils n'utilisent pas les armes pour tuer les animaux,
ils utilisent également les filets pour tuer les animaux.
Donc chez eux, les femmes également font la chasse,
les hommes également font la chasse et surtout avec des filets
qui sont fabriqués par eux-mêmes quoi, avec les fils qui sont dans la bousse.
Et c'est des peuples qui ne font pas ce qu'on appelle des réserves chez eux.
Tu peux aller juste en forêt, tu trouves quelque chose, tu viens, tu manges
et demain tu peux toutefois repartir.
Donc ce peuple ne vit que de la forêt.
C'est qu'il trouve tout dans la forêt quoi.
Banda, Yakoman, Ngunji, ici de nombreuses ethnies
venues de toute la Centrafrique se côtoient.
Mais les Sangha-Sangha et les Baaka sont les deux communautés natives de la région.
Intrigués, Romaric a cherché à comprendre le lien étroit
qu'entretiennent les Baaka avec la forêt.
Au point de reprendre pendant plusieurs années l'animation d'une émission
qui leur est consacrée sur Hanryo Njoku,
Maloman Dima, qui signifie les nouvelles de la forêt.
Le programme a été créé par Louis Sarno,
un musicologue aujourd'hui décédé qui a passé plus de 30 ans parmi les Baaka.
Alors comment les Baaka vivent-ils ?
Quels liens sacrés entretiennent-ils avec leur environnement ?
Comment arrivent-ils à préserver leurs savoir-faire ancestraux
dans le monde d'aujourd'hui ?
Ce sont les questions auxquelles nous allons tenter d'obtenir des réponses dans cet épisode.
Commençons avec Cécile Asiohaya, qui a bien voulu raconter son enfance,
notamment ce qui constituait l'essentiel de sa nourriture
lorsqu'elle vivait dans son village natal de Belémboke.
Il y a les feuilles comme les cocos, les ignames, coulées,
et l'autre igname encore c'est essaï.
Il y a beaucoup de champignons dans la forêt que nous consommons aussi.
Donc ce sont des aliments spéciaux pour nous dans la forêt.
Et ces aliments parfois on les prépare avec la viande d'antelope.
En dehors des antelopes, nous on mange aussi des fèges.
Et il y a aussi les gros souris.
Nous on appelle ça agbé. Parfois ils creusent les trous.
Oui, on consomme ça.
Cécile se souvient qu'elle aidait aussi son père à enfumer les ruches des abeilles
pour en collecter le miel.
Papa faisait ce qu'on appelle djombé.
Tu fais ça avec du fumée. Les abeilles vont partir.
Et quand les abeilles vont te laisser un peu de temps,
c'est là qu'ils ont peur du fumée.
Et ils profitent, ils prennent ça, ils prennent ça, ils prennent ça.
Mais parfois il y a les abeilles qui les piquent.
C'est énorme. Ils supportent.
Ils prennent ça.
Vous prenez ça, vous mettez dans...
C'est comme une marmite.
On met ça dedans et après on rentre au village.
Et quand ce n'était pas les abeilles qui les attaquaient,
c'était les serpents.
Mais les Baakas savent exactement quelles plantes utiliser en cas de morsure.
Quand ils sont en pleine chasse, au cœur de la forêt,
comment les Baakas font-ils pour savoir l'heure qu'il est ?
Les animaux sont là pour le leur indiquer.
Dans la forêt, il y a un oiseau
qui indique 16 heures,
qui indique 15 heures,
qui indique 17 heures.
Donc l'oiseau, avec ce rythme,
un Baaka qui est un peu loin,
distant de son village,
il sait que...
Il fait...
On appelle ça...
Il chante...
Un Baaka qui est en train de chasser dit...
Non, non, non, non.
Il est là.
Maintenant, quand il écoute comme ça,
il commence déjà à se dépêcher
pour vite rentrer.
Et il y a des petits animaux environ 18 heures comme ça.
Alors qu'un Baaka voit cet animal,
il dit...
Je suis déjà à 18 heures.
Donc là, il se met à toutes ses forces
pour marcher et rentrer.
Dans son quotidien fait d'insouciance,
il était donc inimaginable pour Cécile
de quitter le monde de la forêt
pour rejoindre les bancs de l'école.
Il y a des cordes, on appelle ça...
Tu grimpes, l'autre personne te pousse.
On te pousse.
Et c'était bon.
Je menais une bonne vie.
Mais imaginez-vous.
Je suis contente.
Le soir, je danse longtemps.
Alors, l'école dit...
Viens faire quoi ici ?
Pourtant,
Cécile a bien dû se résoudre à s'y rendre,
à l'école,
et affronter les premières moqueries
de ses camarades de classe.
Déjà parce qu'elle ne parlait ni sango,
ni français.
Premier jour d'aller à l'école,
combien on voulait me donner du poison.
Donc, tu vois, comme ça, je voulais pas.
Ah, mais j'y cotais.
Pas ma maman, mais mon papa.
Tu sais, c'est ma maman, là.
Elle est prête.
Oui, tu viens pas en forêt.
C'était mon papa qui venait
un peu forcer les choses.
Je détestais avant
parce que je connaissais rien.
Je détestais.
J'avais la honte
parce qu'on nous avait mélangés.
C'était pas que les bacs,
on parlait pas aussi sango,
on parlait que la langue,
et la langue était interdite.
À l'école, donc,
parce que quand tu parles,
que tu parles pas sango
ou que tu parles pas français,
c'était pas facile.
Et après, petit à petit,
on s'est habitués.
C'est aussi en se confrontant
à un autre monde
que Cécile a pris conscience
de la richesse des connaissances
des Baaka,
et qu'elle a commencé à militer
pour qu'elle soit reconnue
et valorisée
bien au-delà des frontières
de la Centrafrique.
Le peuple autochtone
peut enseigner au monde
ce que l'école peut pas enseigner.
Même devant notre président,
je répéterai ceci.
Les Baaka peuvent donner
au monde entier
ce que l'école ne peut pas
les donner.
Et pourquoi j'ai dit cela ?
Parce que les touristes,
les gens qui viennent d'ailleurs
pour faire l'étude du GORI,
c'est un Baaka qui les forme.
Quelqu'un qui n'a pas des diplômes
qui te montre que le GORI
était passé ici hier
et a passé ce matin.
Donc, là où il y a des projets,
si on prenait des Baaka,
le peuple autochtone
peut être aussi utile
pour servir certains pays
En République centrafricaine,
ces dernières décennies,
certains des décideurs
politiques centrafricains
ont pris conscience
de l'importance de la culture
des peuples autochtones
et ont su en tirer profit
pour notamment développer
le tourisme.
Pour cela,
retournons à Bayanga.
C'est ici que se trouve
le siège et l'une des entrées
des aires protégées
de Tsangasanga,
connue aussi
sous le nom d'APDS.
Dans les années 80,
ce site avait fait l'objet
de plusieurs études
qui avaient démontré
son caractère unique.
Gervais Pamangui,
le directeur adjoint des APDS,
l'explique au micro
de Romare Kuzunji,
journaliste à Radio Ndjokou.
Ce qui justifie la curiosité
qui a motivé ces études menées,
c'était la biodiversité exceptionnelle
constatée dans cette partie du pays.
Nous avons beaucoup de particularités
ici au niveau de Tsangasanga,
mais notre principale particularité,
c'est l'existence d'une clairière.
Cette clairière s'appelle Bai
et c'est en langue Baaka.
Le Bai, c'est une partie d'espace
un peu ouvert
où il y a un peu d'eau et de boue.
Le sol du Bai
comporte aussi du sel naturel.
C'est ce qui attire les animaux
à la recherche du sel
à venir au Bai
tant pour consommer ce sel
que pour leur digestion
que pour bien d'autres besoins.
Cette clairière,
appelée Tsangabai,
a une valeur exceptionnelle.
Déjà, dans la sous-région,
on ne peut pas trouver cette clairière.
Ainsi, il suffit que vous arriviez
dans cette clairière.
Même à n'importe quelle heure,
il y a toujours un attroupement
d'éléphants qui cohabitent,
de surcroît,
avec d'autres espèces phoniques
dont les buffes de forêt,
les bungos,
les potamochères
et bien d'autres espèces.
Et souvent,
on peut aussi y voir
certaines espèces d'oiseaux
qui sont de passage.
C'est vraiment cette particularité-là
qui ne se trouve pas ailleurs.
Quelqu'un peut parcourir
les autres forêts
s'il n'arrive pas à voir les éléphants
ou à voir les gorilles.
Mais en arrivant à Zangasanga,
principalement à Bayanga,
c'est sûr et certain
que la personne aura la possibilité
à 100%
de voir les éléphants
et les gorilles de pleine.
Des études avaient aussi mis en lumière
la fragilité de ce site exceptionnel.
Raison pour laquelle
le gouvernement centrafricain
a créé les APDS en 1990
afin de le préserver.
Effectivement,
plusieurs études avaient confirmé
la richesse de la biodiversité
de la zone,
surtout en espèces
en voie de disparition,
tels que l'éléphant de forêt
ou le gorille de pleine
ou encore le chimpanzé,
mais également les autres espèces
dont le bungo, le buffle de forêt
et j'en passe.
Donc, les résultats
de ces études menées
dans ce cadre
a fait un constat
de dégradation du milieu,
ce qui a bien évidemment
conduit le ministère
des eaux, forêts, chasses et pêches
et le Fonds mondial
pour la nature VVF
à signer un accord de projet
en 1988
avec comme objectif
de créer et d'aménager
un complexe d'aires protégées
dans la zone de Bayanga.
La valorisation des aires protégées
de Tsangasanga
ne pouvait se faire
sans celle de la culture
des peuples autochtones
de la zone de Bayanga.
L'une des particularités
des APDS,
et pour ça nous sommes
même un modèle,
puisque nous sommes cités
un peu partout
à titre d'exemple,
c'est que nous avons réussi
à identifier les valeurs culturelles
non seulement des communautés
Baaka, mais également
des communautés Tsangasanga.
Nous avons ensuite
organisé ces communautés-là
en associations ou en groupements
pour promouvoir
l'esprit communautaire
et ainsi éviter l'individualisme.
Ainsi, nous avons capitalisé
toutes ces valeurs culturelles-là
comme des produits touristiques,
que j'entends par là,
les danses des Baaka,
des Tsangasanga,
la navigation en pirogue
sur la sanga,
les tam-tam dans l'eau,
etc.
Et donc, ce sont aussi
des activités touristiques.
Pour les Tsangasanga,
il y a en plus
la récolte de vins de Rafia
qui est une spécificité
des Tsangasanga.
Ça également,
c'est un produit touristique.
Mais pour les Baaka,
il faut dire que
tout ce qu'ils font,
c'est-à-dire la cuisine Baaka,
c'est un produit touristique.
Le grimpage à l'arbre,
la récolte de miel,
la danse en forêt,
la chasse au filet,
le tam-tam dans l'eau,
les plantes médicinales,
toutes ces activités
sont des produits touristiques
que nous vendons
à notre tour
en les mettant
à la disposition
des tours opérateurs.
Donc, quand un touriste arrive,
après le parc
où il a vu
les éléphants,
les gorilles,
il se récrée
avec tous ces
produits touristiques-là
que nous qualifions
d'activités communautaires.
Parce que ce sont
les communautés
qui font les prestations
et ces prestations
sont directement
payées aux prestataires.
Parmi ces produits touristiques,
il y a la notion
d'éco-tourisme
que les APDS développent.
Ils ont même
un responsable
de l'éco-tourisme,
Lampère Padoue,
qui assure que
les touristes sont
de plus en plus nombreux
à se rendre à Bayanga.
Il a enregistré
une hausse de 8%
en 2023
par rapport à 2022,
ce qui génère
des revenus
non négligeables
pour les populations autochtones.
L'éco-tourisme,
c'est-à-dire
qu'il a été mis en place
pour créer de l'emploi,
générer de l'argent
et améliorer
les conditions
de vie de la population.
Voilà, c'est ça
les trois objectifs
de la stratégie
éco-tourisme.
En termes de
prestations communautaires,
je peux déjà
donner un chiffre.
Pour l'année 2023,
nous avons eu
plus de 18 millions
qui n'étaient pas
les activités culturelles,
ce qu'on appelle
les activités
touristiques communautaires.
Plus de 13 millions
sont partis directement
dans les postes
des prestataires.
Donc, en tout cas,
du côté des Barkas,
du côté des prestataires
Barkas,
des prestataires
Sanga-Sanga,
il y a eu
une nette croissance
en termes
de revenus
touristiques.
Le directeur adjoint
des APDS,
Gervais Pamongi,
est évidemment
satisfait
de ces retombées
économiques.
Bien évidemment,
c'est vraiment
un atout
et une réussite
cette stratégie
de valorisation
des savoirs
et connaissances
traditionnels
des communautés
Sanga-Sanga
et Barkas.
En plus,
il faut bien sûr
parler du programme
d'habituation des primates
où les savoirs
et connaissances
traditionnels
des Barkas
servent énormément
en ce sens
que les pisteurs
Barkas
peuvent vous dire
voilà,
ça c'est la trace
d'un gouri,
il vient de passer
il y a quelques minutes
ou qu'il a mangé
tel fruit là
et le reste
ça a été consommé
par telle espèce.
Et ce sont
toutes ces connaissances
qui nous ont permis
de réussir
ces différents
programmes d'habituation
des gouris de plaine
au niveau
des campements
de Montgambé
et de Bayoukou.
L'observation
des gouris
dans leur milieu naturel
c'est l'une des activités
phares
des APDS.
S'il a aujourd'hui
quitté les airs protégés,
Terence Funéba
a été le responsable
du programme
d'habituation
des primates
pendant de nombreuses années.
Il rappelle
que venir côtoyer
les gouris
n'était pas gagné
au départ.
Avant,
les gens ne imaginaient pas
que c'était possible
que les gouris
pouvaient accepter
la présence humaine.
Ça c'est une chose
qui a été claire.
Et avant,
aussi,
beaucoup de gens
tuaient les gouris
pour manger
ou pour faire
les différentes coutumes
et ils n'imaginaient pas
que les gouris
avaient cette valeur.
Après,
les chances
que j'ai eues
avec les pistons,
ils sont très contents.
Donc,
ils voient
que tous les bénéfices
qui viennent
à cause des gouris
habitués
dépassent
ce qu'ils devaient avoir
si les gouris
ont été tués.
Sans les pygmées
bahaka,
il est indéniable
qu'il serait aujourd'hui
impossible
d'approcher
les gouris.
Le programme
d'habitation
ça dépend
intérieurement
aux connaissances
des bahakas.
Parce que c'est eux
qui maîtrisent
très bien la forêt,
c'est eux
qui maîtrisent
les traces,
qui peuvent
suivre les gouris
de nid
à l'autre nid.
Donc,
chaque jour,
les équipes
passent au moins
8 heures de temps
avec ces gouris
habitués.
Notre but,
vraiment,
c'est d'assurer
qu'ils nous acceptent
comme une partie
de la forêt.
On évite
toute interaction
entre nous
et les gouris.
Donc,
ce que je peux assurer
c'est que dès que
tu es assis
à côté des gouris,
ils continuent
à faire
toutes les activités
quotidiennes.
Donc,
ils continuent
à manger,
ils continuent
à se déplacer,
ils se reposent,
les enfants
jouent.
Tout ça
devant nous
et ils ne nous considèrent
même pas comme
une menace
à eux.
Au même moment,
ils nous acceptent
juste comme une partie
de la forêt
parce qu'ils ne font
pas les interactions
avec nous.
Romaric a aussi
tendu son micro
à un pisteur
de primates.
Barthélémy Ngabanda
a la quarantaine
et il exerce
cette activité
depuis de nombreuses
années.
Écoutons-le
expliquer son travail
Nous connaissons
les traces des gouris
par leurs empreintes.
Celui des gouris
diffère des autres
espèces éléphants,
buffres,
bongos
et autres
par leurs traces
de mer
qui restent sur le sol
et par les plantes
qu'ils mangent.
Nous connaissons
toutes les plantes
que les gouris mangent
et même leurs noms.
Les écorces,
les fruits,
les racines
que les gouris mangent.
Nous avons acquis
cette connaissance
grâce à nos parents.
Le plus souvent,
c'est dans les lieux
toufus
appelés
Ebuka
en Bahaka.
Nous se reposons
de peur que
quelqu'un ne le voit
de loin.
Cette activité
d'habituation
est notre
gagne-pain.
Nous sommes doués
en ça
et c'est pourquoi
les Apédès
ont confiance en nous
car c'est depuis
très longtemps
qu'on travaille là.
Les touristes
ne sont pas les seuls
à pouvoir venir
observer les gouris
en toute quiétude.
Terence Funéba
Notre rôle
c'est d'assurer
que ces gouris
sont habitués
à l'homme
et ça donne
des opportunités
pour l'écotourisme
et aussi
pour la recherche.
Donc,
de manière générale,
on suit
les animaux
surtout dans
ce cas
le groupe
des gouris.
Dès qu'ils acceptent
la présence humaine,
les touristes
peuvent venir
les observer
et aussi
beaucoup de chercheurs
peuvent venir
mener des études
qui nous conduisent
à mieux
protéger
les gouris.
Derrière cette réussite
économique,
il y a
des inquiétudes.
Barthélémy Ngabanda
aime son travail
de pisteur
de primates
et en reconnaît
l'importance
et l'utilité.
Il est cependant
préoccupé.
Pour lui,
le mode de vie
traditionnel
des Baaka
est en danger.
La chasse
au filet
est restée
l'unique activité
constante
mais elle n'est plus
pratiquée
comme avant.
Quelques-uns
le font maintenant
à cause des touristes
qui viennent
les voir
et gagner
un peu d'argent
à la fin.
Nos parents
vivaient
des conseils
de leurs parents.
Malheureusement,
ce n'est pas
le cas.
De nos jours,
plus personne
peut nous
prodiguer des conseils.
C'est plutôt
à travers
les songes
que nous communiquons
avec nos ancêtres.
Bien que nous
sommes nés ici
et grandis ici,
il nous manque
beaucoup de choses.
Notre culture
est en train
de disparaître,
persévérer,
chercher du miel,
cueillir les ignames
sauvages
en commençant
par connaître
les différentes lianes
et leurs noms.
Ce n'est pas
chose facile.
Quant aux plantes médicinales,
c'est encore pire
la connaissance
car beaucoup vont
maintenant à l'hôpital
et surtout,
quelques-uns
travaillent
dans les structures.
Nos soins sont
pris en charge
par la structure
dans laquelle
nous travaillons.
Un exemple,
ma femme a accouché
plusieurs fois
à l'hôpital
sans aucun problème.
Si désormais
les Baaka sont
de plus en plus
nombreux à se rendre
à l'hôpital
pour se faire soigner,
Gervais Pamongi,
le directeur adjoint
des APDS,
constate que
beaucoup d'entre eux
restent encore attachés
à leur tradition.
Ce qui oblige
les autorités
à faire preuve
de stratagèmes
pour les inciter
à se faire soigner
dans des structures
de santé.
Ici,
il y a
gratuité
de soins
pour les Baaka
mais l'autre problème
est que le mode de vie
des communautés Baaka
nous fait comprendre
qu'ils n'ont pas
vraiment la motivation
d'aller dans
les centres de santé.
Quand la personne
est malade,
c'est d'abord
ses croyances
qui l'orientent
déjà vers la tradition.
Et c'est quand
en dernier ressort,
rien ne peut plus
être fait
au niveau de la tradition
que la personne
peut parfois
être forcée
à venir à l'hôpital.
Donc,
ce qui nous a amené
à mettre en place
un programme
de clinique mobile
où il y a
des médecins,
des infirmiers
qui sillonnent
les villages
avec l'ambulance
et qui font
des consultations
dans les villages
même sous les manguiers
ou en forêt.
Et on va vers
les gens
pour les consulter
pour découvrir
ce qu'ils ont
comme problème
de santé
et ensuite
leur donner
les médicaments.
Mais on est allé
au-delà
parce que
prescrire les ordonnances
ou encore
donner les produits
pharmaceutiques
qui est une chose
mais une autre
en est que
le patient
respecte
la prise
sociologique
de ces produits.
A cet effet,
nous avons encore
développé
une autre stratégie
en identifiant
des relais communautaires
qui sont
dans chaque village
pour les suivre
quand des soins
leur sont administrés.
La santé n'est pas
l'unique dilemme
de Gervais Pamonguy.
Il explique
au micro de Romaric
que convaincre
les parents
Baaka
d'envoyer
leurs enfants
à l'école
reste toujours
un défi.
Dans les APDS,
vous savez que
les Baaka
ont leur mode de vie
et sont fortement
attachés à la forêt.
Donc il faudrait
également
leur parler
pour leur montrer
l'importance
de l'éducation,
leur permettre
de mieux comprendre
leurs droits,
leurs devoirs
et de prendre en main
leur destinée.
C'est dans ce sens
qu'avant
chaque retraite scolaire,
nous organisavons
souvent des campagnes
de sensibilisation
des parents,
ceci ensemble
avec les autorités
locales,
les organisations
de la société civile,
les médias
dans la radio communautaire
afin de sensibiliser
ces parents
à aller nettoyer
les concessions scolaires
et à laisser
leurs enfants
aller à l'école
ou à aller inscrire
les enfants.
La difficulté
avec les enfants Baaka
c'est qu'après
l'école primaire,
étant donné qu'il n'y a
pas de collège
dans les villages,
il leur faut quitter
leur village
pour venir à Bayanga.
En ce moment,
il y a un autre défi
à relever
puisque ça veut dire
qu'il faut
un tuteur,
il faut un endroit
pour dormir,
il faut un peu
de subsistance
pour vivre.
Donc c'est cet autre défi
là que nous avons
essayé de relever
à travers la création
des foyers scolaires
que nous avons créé
pour donner la chance
à ceux qui veulent
quitter leur village
pour venir poursuivre
les études au niveau
du collège à Bayanga,
de s'y abriter
et d'avoir également
de quoi manger,
avoir la lumière
pour étudier
et en plus de cela,
nous payons
leur frais
de scolarité.
Aujourd'hui,
ce qu'on peut qualifier
de trophée,
c'est la présence
de deux étudiants Baaka
que nous avons
nous avions commencé
à soutenir
depuis des années
et qui étaient admis
à leur baccalauréat.
Ils sont présentement
à l'université de Bangui.
Il y a une fille,
c'est ce qui est
très intéressant d'ailleurs,
une fille Baaka
et un garçon Baaka
qui sont à l'université
et qui font
la faculté
des sciences juridiques.
Cette fille Baaka
n'en parle
Gervais Pamongi,
c'est Cécile Asiouaïa.
Vous vous souvenez ?
On l'a entendue
au début de cet épisode.
Cette petite fille
qui ne voulait pas
aller à l'école,
préférant aller
à la cueillette
avec sa mère
ou chasser l'antilope
avec son père
et ses deux frères.
Aujourd'hui,
elle se bat
pour poursuivre
ses études universitaires.
Je veux devenir
une avocate
à tout prix.
Je veux défendre
mon peuple,
je veux défendre
notre cause,
je veux défendre
notre survie
et je veux défendre
notre terre,
notre territoire.
Il y a une coutume
que les gens
ne respectent pas
des liens sacrés,
des endroits sacrés
que les gens
ne respectent pas.
Il y a des arbres
dans la forêt
que nous,
on les connait par coeur
et qu'on communique
avec eux.
Par exemple,
si tu veux faire la chasse,
il faut aller d'abord
sous cet arbre.
Pas des invocations,
mais il y a
en quelque sorte
des invocations.
C'est des pratiques
traditionnelles
mais ces arbres
ne sont pas respectés.
Parfois on vient
on coupe ces arbres
et pourquoi ?
Si on dit
qu'on ne veut pas
qu'on coupe cet arbre,
on coupe.
Pourquoi ?
C'est des choses
comme ça
que je voulais défendre.
En attendant
de devenir avocate,
Cécile a trouvé
un autre moyen
de sensibiliser les gens
au sort
des peuples autochtones.
En fonction
des messages
qu'elle souhaite faire passer,
elle chante en Benjélé,
la langue Baaka,
mais aussi en Sango
et en Français.
Le peuple autochtone
n'est pas qu'un
qui aime la musique,
aime la danse.
Vous savez,
si je chante aujourd'hui
en langue,
ils vont danser.
Mais au fond,
je glisse
ce que j'ai en tête.
Je glisse mon message,
je glisse pour sensibiliser
en masse surtout
les enfants
et les grandes personnes.
Exemple pour la conservation,
j'avais dit
aujourd'hui,
nous,
peuple autochtone,
si on ne se bat pas
pour conserver
la forêt
nous-mêmes,
personne ne viendra
nous montrer
comment conserver
la forêt.
Donc,
on lutte
pour que cette forêt
reste toujours
un lieu naturel,
un lieu propre
pour notre habitat.
La plupart des gens
voient les femmes autochtones
sales.
Mais,
j'avais parlé aussi aux femmes,
j'avais chanté aussi
un morceau pour les femmes
en disant que
la femme autochtone,
elle est unique
dans ce genre.
La femme autochtone,
aujourd'hui,
peut partir en forêt
pour s'accueillir,
la chasse.
Donc, le soir,
elle est venue
avec tout ce qu'elle avait
pris dans la journée,
laissé dans son yukwa.
Le yukwa,
c'est un truc,
le njang,
il comporte souvent
sur la tête,
sur notre dos,
et on met tout dedans.
Donc, le soir,
elle vient,
elle prépare
et l'homme à côté,
les enfants à côté,
ils mangent en famille.
J'avais chanté aussi
en sango
pour les gens
qui maltraitent,
qui prennent encore
les autochtones
aujourd'hui
dans d'autres zones,
dans d'autres secteurs
comme un pilier
de travail
pour leur champ.
Donc,
c'est mauvaise pratique
si la personne
prend la personne
en disant qu'elle regrette
aujourd'hui,
tu travailles pour moi,
je te donne 1 000 francs,
la personne travaille
jusqu'au soir
et à la fin,
on lui donne le sel,
3 fois du tabac
et on lui donne 2 francs.
Ce n'était pas convenu
dans l'accord
qu'eux,
ils ont dit,
ils ont fait.
Donc,
des mauvaises pratiques
comme ça,
j'avais chanté
de cesser,
cesser à faire ça
parce que
ce sont des êtres humains,
même si
notre milieu
nous différencie,
mais on est
des êtres humains
comme toute autre personne.
Donc,
c'était mon message.
C'est sur les paroles
de Cécile Asiyo Aya
que prend fin
cet épisode
d'Ondes africaines,
le podcast
où les journalistes
des radios partenaires
de RFI partagent
leurs sujets d'enquête.
Merci à Romare Kouzounji,
journaliste et technicien
à Radio Ndjokou
à Bayanga,
en République
centrafricaine,
radio que l'on peut écouter
sur la fréquence
95.5 FM.
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Je vous dis à bientôt
pour un nouvel épisode
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Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
