Abonnez-vous à la chaîne ! https://bit.ly/47Vhx2q La maladie d'alzheimer : La perte de nos souvenirs - C'est pas sorcier [Intégrale]
Sabine a partagé le quotidien d’Elsa, dont la maladie a été diagnostiquée il y a 4 ans. Si Elsa est capable de jouer sans partition un morceau de piano appris dans son enfance, ou de se rappeler de souvenirs très anciens, Elsa a en revanche des difficultés à se souvenir de ce qu'elle a fait la veille. Les séances d'orthophonie ralentissent les effets de cette maladie, tandis que les visites au Louvre avec un groupe de malades lui permettent de garder confiance en elle, et de rester dans la communication.
« C’est pas sorcier », le magazine de la science et de la découverte présenté par Fred, Jamy et Sabine. A bord de leur camion laboratoire, les trois présentateurs nous emmènent vers des sites insolites et spectaculaires pour nous expliquer le monde qui nous entoure.
En France, 860 000 personnes sont aujourd'hui atteintes de la maladie d'Alzheimer.
Il y en aura probablement 2 millions en 2020.
Sabine a accompagné dans son quotidien Elsa, dont la maladie a été diagnostiquée il y a 4 ans.
Jamy, lui, s'est installé au musée de la médecine de l'université Paris-Descartes.
Nous allons comprendre ce qu'est cette maladie qui n'affecte pas que la mémoire
et qui bouleverse la vie de ceux qu'elle touche.
Et nous verrons quels sont les dernières avancées de la recherche sur les futurs traitements.
Nous découvrirons aussi que les méthodes non médicamenteuses comme l'arthérapie sont très bénéfiques aux malades.
Peut-être l'histoire de ses mains. La main qui paraît un peu curieuse au début.
J'ai des mains un petit peu surprenantes. Comme ça et comme ça. Vous voyez ?
Quelles impressions se dégagent des différents personnages ?
Je trouve que l'homme a l'air de s'intéresser beaucoup à cette dame.
Parce qu'elle met la main sur son épaule.
Aujourd'hui, j'accompagne Elsa au sein d'un groupe mené par Arts Action Culturelle Alzheimer
dans une visite privilégiée au Louvre.
Il y a une posture souveraine quand même.
C'est amusant parce que c'est l'histoire qui est prise directement de la Bible.
Oui, c'est ça.
Directement.
On va aller voir un autre tableau.
Oui, oui.
Et pas des moindres.
Attention.
Il vous a plu ce tableau-là Elsa ?
Oui, beaucoup, beaucoup.
C'est amusant quand on connaît l'histoire parce que c'est fantastique.
C'est chouette, hein ?
Et tu es venue récemment ? Tu viens souvent ?
Ah non, non, non, pas du tout.
Je suis venue... Non, non, non.
Je n'ai jamais fait une bonne promenade comme le faisons maintenant.
Moi, je n'ai jamais fait. Je suis ravie, ravie, ravie.
Mais tu avais déjà eu l'occasion de venir quand même ?
Oui, mais il y a longtemps. Il y a longtemps.
Petit accent, il vient d'où Elsa ?
Ah, mais je suis Norvégienne. C'est l'accent, je ne sais pas.
C'est l'accent de Norvège ?
Je suis née avec, oui.
Tu vis en France depuis combien de temps ?
Oui, quand même 5, 7 ans.
D'accord.
Mais j'ai de la chance parce que je parle 5 langues. J'ai beaucoup de chance.
5 langues. Alors, Norvégien, Français.
Norvégien, Anglais, Français, Allemand.
Allemand.
Et quand je dis 5, c'est parce que...
Espagnol, la dernière.
Pourquoi Elsa ne se souvient-elle pas de son dernier passage au Louvre alors qu'il remonte seulement à une quinzaine de jours ?
Pour comprendre les effets de la maladie d'Alzheimer, il faut d'abord comprendre comment fonctionne notre mémoire en temps normal.
Et d'abord, la fixation des souvenirs.
Tout commence au moment où se déroule l'épisode que l'on veut mémoriser.
Une promenade dans un jardin public, par exemple.
A ce moment-là, tous les sens sont en éveil.
La vue, le toucher, l'odorat, le goût.
Chaque zone du cerveau correspondant à chacun d'eux reçoit des informations qu'elles analysent,
ce qui permet au cerveau de savoir ce qui se passe, où on se trouve, avec qui, comment, pourquoi.
Le processus de mémorisation commence juste après.
Les données sont dirigées vers l'hippocampe.
En fait, il y en a deux. Un par hémisphère.
Attention, ce n'est pas un centre de stockage, c'est le poste de commandement.
C'est lui qui va décider de mémoriser l'épisode.
A partir de là, toutes les données sont redirigées vers leur zone d'origine.
Les visages croisés dans le jardin, dans la zone visuelle.
Les sons provenant du kiosque, dans la zone auditive.
L'odeur de la barbe à papa, dans la zone de l'odorat.
Toutes les données sont rangées à leur place et surtout, grâce à l'hippocampe,
elles sont liées les unes aux autres.
Ce souvenir va donc constituer une entité unique,
faite de plusieurs éléments, des images, des sons, des odeurs, etc.
La restitution maintenant.
En général, elle fait suite à une question.
On demande à la personne ce qu'elle a fait la veille ou l'avant-veille, par exemple.
La requête part alors du cortex frontal.
C'est lui qui, en quelque sorte, va ouvrir les archives.
Puis, l'hippocampe, qui a supervisé le stockage, prend le relais.
Il va sonder les différentes zones de la mémoire
et reconstituer l'épisode promenade au jardin dans sa globalité,
avec toutes ses composantes, les images, les odeurs, les sons.
Ça, c'est ce qui se passe en temps normal,
mais qui ne fonctionne plus correctement
chez les personnes qui sont atteintes de la maladie d'Alzheimer.
Benjamin, quand on vieillit, tout le monde, plus ou moins, perd un petit peu la mémoire.
On a du mal à se souvenir de certaines choses.
Alors, comment est-ce qu'on distingue les trous de mémoire liés à l'âge, à la vieillesse,
des trous de mémoire liés à la maladie ?
Eh bien, en vieillissant, c'est le cortex préfrontal qui est de moins en moins performant.
Il a du mal à ouvrir les archives.
Cela dit, les souvenirs sont bien là, bien rangés à leur place.
D'ailleurs, il suffit très souvent d'un petit coup de pouce, d'un indice,
pour qu'ils remontent à la surface.
Avec la maladie d'Alzheimer, c'est différent.
Au début de la maladie, ce sont les hippocampes qui sont touchés.
Or, on l'a vu, ils entrent dans le processus de mémorisation.
Par conséquent, ce sont les événements eux-mêmes qui ne sont plus enregistrés.
En fait, le patient n'arrive plus à fabriquer de nouveaux souvenirs.
Voilà, ça, c'est tellement connu qu'on n'en a presque pas besoin.
Je suis étonnée par la réaction d'Elsa.
Bon, Mona Lisa, elle s'occupe très bien des questions comme tableau.
Absolument.
Mais elle ne se souvient pas qu'elle est venue au Louvre il y a 15 jours.
Oui, c'est juste.
En fait, qu'est-ce que vous cherchez, votre enjeu, l'objectif de ce type de...
En fait, ce qu'on essaye de faire avec ces visites d'un genre un peu particulier,
c'est d'amener les personnes à être accompagnées par des bénévoles,
parce qu'ils lèvent la contrainte.
La personne ne peut pas s'organiser pour venir jusqu'ici,
ne peut pas s'orienter spatialement.
Donc le bénévole sert à ça.
D'accord, donc toutes ces choses-là sont prises en charge par la personne qui accompagne.
C'est ça. Et ce que ça va lui permettre,
parce qu'une fois qu'on a levé toutes ces contraintes propres à la maladie d'Alzheimer,
on va pouvoir révéler les facultés qui sont toujours là.
Et toute l'idée, c'est de créer une sorte d'environnement
qui permette à la personne de réaliser qu'elle est toujours capable.
Parce que ça peut être très blessant au quotidien d'avoir cette maladie.
Ou d'être assistée, de se sentir assistée en permanence.
Oui, dépendant.
Et en fait, ce qui se passe là, l'idée pour nous,
c'est de les amener à éprouver qu'ils sont encore capables de faire des choses.
D'accord.
Absolument.
Vous étiez où, où Altair a été pris ?
C'était hier et c'était au musée.
Le grand musée avec des tableaux partout.
Comment il s'appelle ce musée ?
Le musée du...
Je ne me rappelle pas comment il s'appelle ce musée.
C'est nous, alors.
Bah oui.
Vous êtes venus tous.
Ah, je n'avais pas vu la photo.
C'est amusant.
Maintenant, je crois que je vais vous laisser travailler.
Monsieur va m'écouter orthophoniste.
Vous venez voir Elsa une fois par semaine.
Oui.
Pour, dans la théorie, entretenir tout ce qui touche à la communication.
Et ça passe par des exercices.
Absolument.
OK.
La communication et la mémoire.
Je vous laisse bosser, alors.
Merci mille fois.
Bonne séance.
A tout à l'heure.
On va faire une petite histoire, d'accord ?
Oui.
Après une petite histoire.
Le printemps.
On ne comprend pas.
L'orthophonie est une pratique non médicamenteuse préconisée par la Haute Autorité de Santé.
L'exercice de dictée, par exemple, permet d'entretenir l'analyse auditive, le sens des mots et leur graphisme.
C'est très important pour maintenir l'expression autant écrite qu'orale et ralentir les effets de la maladie.
Le soleil brille.
Il annonce le printemps.
On va peut-être aller jouer un petit peu.
Très bien.
Voilà.
Et vous allez commencer par Bach.
Oui.
Carrément.
Si vous voulez jouer à Sebastian Bach, c'est celui-là.
Voilà.
Très bien.
Philippe, vous suivez Elsa depuis trois ans, trois ans et demi.
Votre mission, c'est quoi ? C'est quoi le principe de l'orthophonie ?
Le principe de l'orthophonie pour la maladie d'Alzheimer, c'est surtout de maintenir la communication.
C'est le plus important.
De déceler ce qui est conservé comme faculté personnelle, comme par exemple la musique ou la peinture.
Ça c'est très important chez Elsa qui est une artiste.
Et puis aussi travailler dans une certaine mesure la mémoire et sachant très bien qu'il y a des mémoires et non pas une seule mémoire.
Quand vous dites maintenir la communication, est-ce que ça veut dire qu'un jour on peut oublier des mots ou le sens des mots ?
C'est-à-dire qu'il y a une évolution, quelquefois une évolution qui est dure, c'est de perdre un petit peu cette envie de parler.
Parce que justement on a des difficultés à trouver des mots.
Vous avez écrit quelques phrases tout à l'heure, une petite histoire. Est-ce que vous vous souvenez un petit peu de cette histoire ?
Ce qu'on vient d'écrire nous deux ?
Non.
Ça parlait de quoi ?
C'est vous qui m'avez dictée, n'est-ce pas ?
C'est moi qui vous ai dictée, oui.
Vous m'avez dictée.
Qu'est-ce qui t'est arrivé ?
C'est formidable.
C'est ça que j'ai oublié, ce qui est arrivé.
Vous l'avez souligné, je crois, non ?
Je peux le regarder, alors ?
Vous pouvez le regarder, oui.
Non. Le soleil brille et l'annonce le printemps.
Et hier vous êtes allée dans un musée ?
Oui, c'était le Louvre.
Vous étiez en groupe ?
Est-ce que j'étais en groupe ?
Ou vous étiez seule ?
Je crois que j'étais avec vous.
Ah, merci.
Merci, j'étais avec vous.
Ouf, là j'ai de la chance que je me rappelle que j'étais avec vous.
Mais tout ce qui vous plaît, tout ce qui est émotionnellement chaud,
eh bien vous vous souvenez, vous vous souvenez de tout ça.
Oui.
Et naturellement une journée comme hier, vous vous en souviendrez tout le temps.
Oui.
Je pense.
Comme aujourd'hui aussi.
Voilà.
Parce que vous êtes tous là.
Oui.
Oui, c'est bizarre, le mémoire, c'est quelque chose.
Tu entends, Jamy ?
Elle a bien raison, Elsa.
C'est bizarre, la mémoire.
Elle se souvient de morceaux entiers de piano,
mais difficilement d'un texte sur le printemps qu'elle a écrit il y a à peine dix minutes.
C'est parce qu'il existe plusieurs types de mémoire
et que la maladie ne les touche pas au même moment.
La mémoire épisodique, d'abord.
Comme son nom l'indique, cette mémoire héberge les différents épisodes de notre vie
qui nous ont plus ou moins marqués.
La balade au jardin public, par exemple.
Une remise de médaille, un accident, le premier vélo, le premier baiser.
Que des épisodes que l'on replace automatiquement dans leur contexte,
le lieu et la date à laquelle ils se sont déroulés.
Dans la vue, cette mémoire utilise les hippocampes pour enregistrer les souvenirs.
Or, ce sont précisément les hippocampes qui sont touchés les premiers par la maladie.
Le patient n'arrive plus à fabriquer de nouveaux souvenirs.
Voilà pourquoi Elsa ne se souvient plus de ce qu'elle a couché sur le papier.
Et comme les hippocampes interviennent aussi dans la phase de restitution des souvenirs,
à la longue, les souvenirs plus anciens ne parviennent plus à remonter à la surface.
C'est aussi la raison pour laquelle Elsa ne se souvient plus non plus
depuis combien de temps elle vit à Paris.
A côté de la mémoire épisodique, il y a la mémoire sémantique.
C'est la mémoire des concepts, le sens des mots, le nom des personnages
et des capitales que l'on a appris à l'école.
Cette mémoire n'utilise pas les hippocampes.
Au début, elle n'est donc pas touchée par la maladie.
C'est la raison pour laquelle Elsa a tout de suite reconnu Mona Lisa en visitant le Louvre.
Enfin, il y a la mémoire procédurale.
C'est la mémoire des apprentissages, savoir faire du vélo ou savoir jouer d'un instrument.
Cette mémoire n'utilise pas non plus les hippocampes
et elle est épargnée par la maladie encore plus longtemps que la mémoire sémantique.
Voilà pourquoi Elsa joue encore très bien du piano.
Et c'est une de vos œuvres ?
C'est moi qui l'ai fait sur le bois.
Sur du bois ?
J'étais choquée de voir toutes ces maisons qui étaient construites.
C'était comme si l'une était sur l'autre.
Ça se passe où ?
Ça se passe à Madrid, c'est all of moi.
Ah oui ?
On était à Madrid ?
Oui.
Pour visiter la famille là-bas ?
Non, je travaillais à Madrid, on a passé un an ensemble à Madrid.
Tu as raison.
Qui c'est ce bébé ?
Ça c'est le premier bébé qu'on a eu, c'est notre fille.
Elle est née en Espagne alors ?
Elle est née ?
Non, elle est née à Alger.
Oh là là, votre trajet est très compliqué.
C'est Pia, c'est ça ?
C'est votre fille ?
Oui.
Et maintenant Pia, elle habite où alors ?
Elle habite à Saint-Raphaël.
Nantes.
Ah tu as raison, c'est ma fille qui habite à...
C'est le fils qui habite à Nantes.
Non.
Alexandre.
Alexandre à Saint-Raphaël et Pia à Nantes.
Tu as raison.
D'accord.
Absolument raison.
Ça c'est moi quand j'étais petite.
Ah oui ?
Elle s'est prise en Angleterre parce que ma mère est allée en Angleterre et en Norvège jusqu'en Angleterre pour voir sa soeur.
D'accord.
Parce qu'on a des familles un peu partout.
Souris d'agneau pour le déjeuner. Hop, on va préparer.
Tout le monde va savoir que je suis une piètre cuisinière.
Et Olaf, je voulais vous demander quelque chose.
J'écoute.
Quand Elsa fait les petites bourdes devant les photos, devant les tableaux,
parfois vous la corrigez et parfois vous la corrigez pas.
C'est pour pas l'embêter ?
C'est parce que ça sert à rien et c'est un peu pour ne pas l'embêter parce qu'il ne faut pas trop la contrarier.
Il ne faut pas la mettre en situation d'échec en appuyant justement sur les soucis.
Tout à fait.
Comment est-ce que vous vous êtes rendu compte qu'il y avait quelque chose qui se passait qui n'était peut-être pas normal ?
Elle a commencé il y a 4 ou 5 ans à se plaindre un peu de sa mémoire qui était courte.
Et finalement, à l'hôpital à Broca, ils ont constaté qu'elle avait la maladie d'Alzheimer.
Et ça, c'était il y a 4 ans. Et depuis, est-ce que la maladie progresse ou est-ce que vous n'êtes toujours au même stade ?
Ou est-ce qu'il y a des choses qui ont changé ?
Non, ça progresse par palier. C'est tout à fait évident.
Et du coup, est-ce que vous avez l'impression que vous avez besoin d'aide aussi vous parfois ?
J'ai trouvé un endroit où il y avait de la formation pour les aidants.
Ça m'a apporté beaucoup de choses pour connaître les différents stades, ce qui se passe, tout l'entourage, ce qu'il faut faire, ce qu'il ne faut pas faire.
On peut trouver des solutions. Certains parlent de fugue des malades, ce qui jusqu'ici n'a pas du tout été mon problème et je ne m'y attendais pas du tout.
D'accord. Et vous savez que ça existe ?
Je sais que ça existe.
Je sais qu'il y a pas mal de situations imprévues qui peuvent surgir.
D'accord. Comment vous voyez la suite des choses ?
Bonne question. Je ne sais pas.
Vous vivez au présent ?
Oui, on vit au présent. On prend un jour après l'autre. Oui, on verra. On fait chauffer.
La maladie d'Alzheimer est un vrai problème de santé publique. Laboratoires pharmaceutiques et services hospitaliers travaillent d'arrache-pied pour faire avancer la recherche.
Nous voici devant l'un des temples français de la recherche sur la maladie d'Alzheimer, à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière.
Aujourd'hui, Jamy, les chercheurs ne savent pas encore la guérir, mais ils ont énormément progressé ces dernières années sur la connaissance de cette maladie, sur ses causes et sur ses mécanismes.
Que sait-on exactement sur l'origine de la maladie ?
D'abord, qu'elle est liée à la production d'une molécule, une sorte de petite protéine que le cerveau ne parvient pas à éliminer.
Ces molécules s'accumulent en différents endroits du cerveau pour former des plaques, des plaques amyloïdes, comme disent les spécialistes.
Ce qui est compliqué avec cette maladie, c'est que ces lésions ne s'accompagnent d'aucun symptôme.
À ce stade, la maladie est donc très difficile à diagnostiquer.
Puis, à partir d'un certain niveau de développement de ces plaques amyloïdes, le cerveau se met à produire un autre type de protéines anormales, des protéines baptisées TAU.
Ces protéines provoquent la destruction des neurones.
Alors au départ, le cerveau trouve des stratégies de contournement, de compensation, mais à partir d'un certain stade, les premiers troubles apparaissent.
Le malade entre alors dans ce qu'on appelle la phase de démence.
Au début, la maladie ne touche que les hippocampes. Seule la mémoire épisodique est atteinte.
Mais la maladie va gagner d'autres régions du cerveau.
D'abord, le cortex temporal. À ce stade, la mémoire sémantique est touchée.
Impossible de se souvenir du nom des personnages ou des dates que l'on a après à l'école.
C'est à ce stade qu'apparaissent les premiers troubles du langage.
Puis, la maladie s'étend aux lobes frontales.
Le patient a beaucoup de mal à se concentrer, à s'organiser.
Il éprouve beaucoup de difficultés à exécuter des gestes qu'il a pourtant l'habitude de réaliser.
Se laver, s'habiller, faire du café.
Enfin, la maladie se propage aux zones qui coordonnent les informations qui arrivent au cerveau.
La reconnaissance des objets devient difficile.
Puis, celles des personnes, les gestes eux-mêmes deviennent difficiles à exécuter.
Les amygdales et le cervelet, sièges respectifs des émotions et de la mémoire procédurale, sont touchés en dernier.
Tu sais, Jamy, actuellement, les seuls traitements médicamenteux qui existent agissent sur les symptômes de la maladie.
Et encore, ils les ralentissent un petit peu.
Ce qu'on voudrait, en fait, ce sont des traitements qui agissent sur les causes d'Alzheimer.
Ce n'est pas gagné. Mais la recherche avance.
Les premiers traitements ciblaient la protéine Tau.
Vous savez, ces molécules qui provoquent la dégénérescence des neurones.
Malheureusement, les produits étudiés avaient de graves effets secondaires.
Les chercheurs ont donc changé leur fusil d'épaule et désormais, ils ciblent les plaques amyloïdes.
Les molécules ont été testées chez les animaux et elles ont permis de réduire considérablement ces plaques amyloïdes.
Alors, je le répète, ce n'est pas gagné, mais certaines de ces molécules sont en cours de test chez l'homme.
Le principal enjeu de ces futurs traitements est de parvenir à stopper le plus tôt possible le développement des lésions dues à ces plaques amyloïdes
afin d'éviter l'apparition des symptômes de la maladie.
La recherche doit donc avancer à la fois sur les molécules thérapeutiques et sur les méthodes de diagnostic précoces.
Professeur Dubois, votre degré d'espoir, il est où ? Ça se compte comment ? Est-ce qu'on peut évaluer ?
Ce qui est intéressant, c'est qu'on commence à avoir des molécules qui agissent sur les lésions.
Par exemple, on vient de montrer dans deux études différentes qu'avec un médicament, on diminuait les lésions de la maladie.
C'est-à-dire qu'avec ce marqueur amyloïde, il y avait, après traitement, une diminution de la concentration du marqueur, donc il y avait une diminution des lésions.
Est-ce que ça veut dire que les lésions diminuent et qu'on voit une disparition des symptômes Alzheimer ?
Alors c'est la grande question. Il n'y a pas de raison de penser qu'un effet biologique ne s'accompagnera pas d'un effet clinique.
Si l'hypothèse est la bonne, si l'hypothèse selon laquelle la piste amyloïde est responsable des lésions et des symptômes, c'est toute la question.
On n'est pas certain que ça va faire disparaître les symptômes, mais on espère que ça fait au moins que ça arrête la progression de la maladie.
C'est d'où d'ailleurs l'importance d'un repérage précoce, parce qu'on se projette dans cet avenir où on aurait des médicaments qui bloquent ou qui ralentissent les lésions,
et on se dit à ce moment-là qu'il faudrait les donner relativement tôt.
C'est la raison pour laquelle on travaille sur ce qu'on appelle des biomarqueurs, c'est-à-dire des marqueurs, des signatures biologiques de la maladie qui seraient présents très tôt,
dès les premiers symptômes, et je peux même vous le dire, on pense que ces biomarqueurs seraient peut-être même présents avant même que les symptômes soient apparents.
En attendant, la molécule qui permettra de freiner, voire de stopper la maladie, on essaie d'atténuer les symptômes avec des médicaments,
et puis on essaie aussi de compenser les déficits et de maintenir les capacités restantes avec différents types de stimulation, dont l'arthérapie.
Que ce soit la musique ou la peinture, l'arthérapie est préconisée en complément de l'orthophonie pour contrecarrer les symptômes de la maladie d'Alzheimer.
Vous commencez par là, madame ?
Je commence par faire quoi ?
Ce que vous avez dans la tête.
Rien.
Ah bah justement, alors essayez de faire rien.
Justement, il me répond. Bah t'es encourageant.
Non.
C'est du Picasso.
C'est vraiment de la peinture moderne.
Ça veut dire que ça ressemble à rien ?
Bah dis donc, on en fait des dessins modernes.
Bruno, est-ce que vous voyez des progrès dans les dessins ?
Bah le progrès il est dans l'autonomie, c'est-à-dire dans la capacité à la personne à pouvoir toute seule partir dans quelque chose et le faire et continuer.
J'ai envie que t'en fous dessus le nez.
Ah non !
C'est plein de couleurs ce que vous nous faites là.
Cinq coquelicots.
Formidable.
Oh oui, on peut pas dire autrement.
C'est de saison.
Vous voulez mon avis sur les cheveux ?
Qu'est-ce que vous en pensez ?
On peut ne pas avoir de cheveux, ça arrive.
Votre objectif ou l'objectif que vous cherchez à atteindre à travers ce type d'atelier, c'est quoi ?
L'idée si vous voulez c'est de se dire qu'en dépit des troubles cognitifs qui sont les leurs, et bien ils peuvent continuer à être, à exister.
Avec leur univers émotionnel, avec leur créativité, ils nous disent quelque chose.
Ils nous donnent un indice sur ce qui a compté pour eux dans le passé par exemple, ou ce qui peut aussi avoir un intérêt pour eux au présent.
Ils vont nous faire un commentaire avec leurs dessins.
Pour certains qui peuvent être un petit peu anxieux, ça les apaisent.
Ça leur fait un bien fou.
Elsa a choisi un atelier théâtre où se retrouvent chaque semaine des malades accompagnés de leurs aidants.
Vous êtes malade, mais un malade normal.
C'est vrai ? Monsieur Gennarell ?
Oui, monsieur Gennarell.
Merci, merci beaucoup.
Vous m'avez guéri, vous m'avez plus que guéri.
Merci, merci, merci.