La Comédie Française avec Stéphane Bern
C’est au 17e siècle que Stephane Bern.officiel vous entraîne dans un lieu exceptionnel de notre patrimoine culturel : la Comédie-Française, le plus ancien théâtre d’Europe encore en activité, né officiellement il y a 344 ans jour pour jour, le 21 octobre 1680…
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C'est au XVIIe siècle que je vous entraîne dans un lieu exceptionnel de notre patrimoine culturel.
La Comédie Française, le plus ancien théâtre d'Europe encore en activité,
naît officiellement il y a 344 ans, jour pour jour, le 21 octobre 1680.
Nous sommes le 25 août 1680.
En ce début d'après-midi, Paris connaît une agitation inhabituelle.
Des chaises à porteurs tentent de se faufiler dans les rues boueuses du VIe arrondissement,
entre des fils continus de carrosses et de fiacs.
Tous se pressent devant l'hôtel Guénégo, dans l'actuelle rue Mazarine,
pour venir applaudir la nouvelle compagnie de théâtre voulue par Louis XIV,
la bien nommée Troupe Française des Comédiens du Roi.
Cela fait 7 ans que l'hôtel de Guénégo abrite la Troupe de Molière,
depuis sa mort le 17 février 1673.
Molière, en son temps, fut le chouchou de Louis XIV,
qui, dès 20 ans, se régalait déjà de ses comédies.
Et c'était même produit en 1664, dans Le mariage forcé, déguisé en bohémienne.
Autant vous dire que le roi a propulsé Molière dans la légende.
Le génial Lagrange, qui dirige désormais la Troupe,
prépare la première édition des œuvres de Molière avec sa veuve Armande.
Tous les deux font vivre la maison de Molière en montant des pièces avec machine, vol, gloire.
En ce 25 août, la Troupe de Molière, sur décision du roi,
vient de fusionner avec la Troupe de l'hôtel de Bourgogne.
Le souverain, là de cette guéguerre entre troupes rivales,
a sifflé la fin de la récré, le 18 août, alors qu'il inspecte ses troupes dans les Ardennes.
Il a lui-même choisi la crème des acteurs pour cette nouvelle troupe,
composée de 16 comédiens et 12 comédiennes,
qui auront l'insigne privilège d'être les seuls à pouvoir jouer en français dans Paris.
Parmi eux, le célèbre Michel Baron, élève de Molière,
et une recrue d'exception, muse de racine,
la célèbre comédienne Marie Desmars, dite la chamêlée.
En ce soir du 25 août, au programme, il y a Phèdre de Racine
et les carrosses d'Orléans, d'un certain La Chapelle.
C'est le tout premier spectacle de celle qui s'appelle désormais la comédie française.
Et c'est un triomphe.
Même si certaines vedettes ont déjà la grosse tête,
puisque le comédien Michel Baron répète à l'envie, je le cite,
que les gens tels que nous ne sont faits que pour être sur les genoux des reines ou des princesses.
Il faut dire que pour reprendre les mots du magicien de l'illusion comique de Corneille,
à présent le théâtre est en un point si haut que chacun l'idolâtre.
Et ce soir-là, la nouvelle troupe compte un millier d'entrées payantes,
sans compter les mousquetaires et pages du roi qui rentrent sans bourse déliée.
Oui, sans payer si vous préférez.
Et le 21 octobre 1680, il y a quelque 344 ans précisément,
Louis XIV signe la lettre de cachet qui officialise la naissance de la comédie française
dont les comédiens ont l'obligation de, je cite,
se perfectionner afin de rendre les représentations des comédies plus parfaites.
Et hors de question de les confondre avec les comédiens italiens qui eux aussi ont leur public.
Quelques semaines plus tard, le 5 janvier 1681,
deux notaires informent les comédiens des royales instructions.
On entre et on sort de la troupe que sur ordre du roi.
Mais paradoxalement, comme l'explique un contemporain,
c'est une vraie petite république autogérée qui s'installe entre comédiens.
Chaque membre de la troupe, homme ou femme, participe à la marche des affaires,
prend part aux décisions. Ils veulent tous être égaux et se nomment camarades.
Mais déjà, lors des assemblées du lundi, certains comédiens manquent à l'appel.
Alors, pour faire venir tout le monde,
la grange distribue des jetons de présence sous la forme de pièces en argent.
Côté face, on admire le profil bourbonien de sa majesté,
tandis qu'au verso figure une ruche autour de laquelle volait un essaim d'abeilles
et gravée autour, la devise du français, comme on va l'appeler,
simule « et singulis » qu'on peut traduire sans trop exagérer
par le célèbre « un pour tous, tous pour un ».
Les comédiens vont devoir rester unis pour affronter les censeurs
qui émergent à la cour du roi Soleil.
Le premier coup de théâtre de la jeune comédie française
se déroule le 20 juin 1687.
Le roi ordonne aux comédiens de quitter leur propre théâtre sous trois mois.
Les savants de la Sorbonne s'apprêtent à s'installer,
qu'est-qu'on dit, au Collège des Quatre Nations, l'actuel Institut de France.
Et ces messieurs ne supportent tout simplement pas la promiscuité de ces saltimbanques.
C'est donc un parcours du combattant qui débute pour les comédiens
qui cherchent alors une nouvelle salle.
Et comme le dit Racine, partout où vont les comédiens, les cures écrient.
Depuis la révocation de l'édit de Nantes en 1685,
Louis XIV est sous l'influence des catholiques
qui considèrent les comédiens comme d'éternels excommuniés
n'ayant pas droit à une sépulture chrétienne.
Le curé de Saint-Sulpice les décrit même comme des gens vicieux, infâmes et méprisables.
Pourtant, comble de l'hypocrisie,
la banquette des évêques est toujours garnie lors des spectacles de la troupe.
Finalement, en 1688, ils achètent et rénovent un jeune paume,
l'ancêtre de notre Squash, rue 9 des fossés Saint-Germain,
l'actuelle rue de l'ancienne comédie dans le 6e arrondissement de la capitale.
L'inauguration a lieu en grande pompe le 18 avril 1689.
L'architecte François d'Orbet a réussi le tour de force
de faire une salle en U de 1700 places
pourvue de trois rangs de balcon comprenant chacun 19 loges de 8 places.
De quoi admirer la décoration intérieure vert et or
et les 14 lustres de verre avec moucheurs de chandelles.
Mais les comédiens se sont ruinés et il faudra attendre 1757
pour que Louis XV appure finalement leur dette.
La troupe joue environ une centaine de pièces par an, le plus souvent deux par soirée
et puis, dans le répertoire de Molière, Corneille Racine retrouve.
Mais le public se fait plus rare et la censure toujours plus importante.
Madame de Maintenon, qui prend de l'influence à la cour,
explique au roi que se divertir à la comédie, c'est se réjouir du démon.
Les puritains hantent la maison de Molière afin de condamner tous qui blessent la bienséance.
En 1702, dans une représentation du misanthrope,
la comédienne de 18 ans, Michèle d'Ancourt, dite Mimi,
se travestit en petit marquis, ce qui choque les censeurs.
On la remplace donc par le vieux Latorillière.
Insupportables chicaneries qui prendront bientôt fin à la mort de Louis XIV en 1715.
Dès les premières années de la régence de Philippe d'Orléans,
le peuple de Paris, libéré de l'austérité et avide de nouveaux plaisirs,
se rue au théâtre, faisant désormais des comédiennes et des comédiens
les reines et rois de leur époque.
On épie les moindres paroles des vedettes que sont François-René Mollet,
ou la célèbre Mademoiselle Cléron.
Dans le parterre, de 600 à 800 spectateurs se tiennent debout,
boivent et mangent du saucisson ou font des affaires au milieu des videurs de bourses.
L'ambiance est plus au stade de foot qu'au spectacle d'aujourd'hui où les gens écoutent en silence.
L'écrivain récif de la Bretonne décrit le public d'alors comme un gros cheval poussif
continuellement.
Le public est tellement turbulent qu'une vingtaine de gardes permanents
sont chargés de maintenir un peu d'ordre.
Mais ceux qui le craignent le plus, ce sont les acteurs eux-mêmes.
En 1734, le comédien Grandval joue le personnage de Coucy
dans la pièce Adélaïde du gay-clown Voltaire.
Mais lorsque son partenaire lui donne la réplique
« Es-tu content, Coucy ? », un énergumène dans le public déclame
« Coucy, Coucy ! », l'acteur se décompose sous les rires du public.
Mais il y a pire.
Les banquettes des marquis, payés une fortune à la troupe,
encombrent la scène elle-même, empêchant les comédiens de se mouvoir correctement,
à tel point que dans la tragédie Sémiramis de Voltaire,
l'acteur qui joue le spectre de Ninus ne parvient pas à se frayer un chemin vers les coulisses,
déclenchant cette tirade venue du public.
Messieurs, place à l'ombre, l'hilarité générale est ruine.
En un instant, tous les faits tragiques,
un mécène financera l'enlèvement de ces odieuses banquettes en 1759,
libérant enfin la scène de cette assemblée de phares en perruquets.
Et pour pimenter les soirées,
des auteurs ou personnes d'influence font souvent appel à la claque,
un groupe de personnes engagées pour soutenir ou faire tomber une pièce
par des manifestations bruyantes comme des applaudissements, des rires ou des sifflets.
Généralement, les manigances travaux Procop, le café voisin.
Vous l'aurez compris, il faut avoir le cœur bien accroché pour jouer à la comédie française.
Et la moindre faiblesse d'un comédien peut précipiter sa chute.
Mais le caractère bien trempé de certains peut aussi les sauver.
C'est le cas du comédien Marc-Antoine Legrand,
qui, au début du XVIIIe siècle, se fait siffler pour sa laideur.
Oui, oui, il s'arrête alors de jouer, il s'avance.
Messieurs, il vous est plus aisé de vous accutumer à ma figure qu'à moi d'en changer.
Magnifique remise à niveau, non ?
Mais ce siècle presque insouciant et haut en couleurs
va progressivement disparaître alors que la révolution pointe son nez.
Pour découvrir la suite de l'histoire de la comédie française,
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