Le président égyptien Al-Sissi continue son mégaprojet de capitale administrative surnommée "Sissi City". Un chantier dont les coûts explosent, déjà 58 milliards de dollars, dans un pays au bord de la faillite. Retour sur les grands aménagements en Égypte et au Caire, et leurs effets sur la population - 106 millions d’habitants en 2024. Sortons nos cartes.
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Bienvenue dans l'Essentiel du Dessous des Cartes.
Aujourd'hui, direction l'Egypte, sur le chantier de la nouvelle capitale encore sans nom,
mais avec déjà un surnom, Sissi City.
Car ce projet de nouveau centre administratif a été lancé par le Président al-Sissi en 2015.
Voici donc les nouvelles pyramides,
l'Iconic Tower, plus haut gratte-ciel d'Afrique, 394 mètres,
le Green River Park, deux fois Central Park, au milieu du désert,
ou encore l'Octogone, gigantesque ministère de la Défense.
En tout, 750 km² qui devraient accueillir 6 millions d'habitants à 45 km du Caire.
Ce méga-chantier raconte l'explosion démographique de l'Egypte et du Caire,
ville mythique du prix Nobel de littérature, Naguib Marfouz,
ville avec une des plus fortes croissances démographiques au monde,
13 millions d'habitants en 2000, presque 23 aujourd'hui.
Cela raconte aussi l'inquiétude du maréchal Président al-Sissi,
car quitter le Caire et ses embouteillages,
c'est aussi quitter la place Tahrir et son potentiel de révolte.
Sortons nos cartes.
2011, c'est le mouvement de la place Tahrir.
Au pouvoir depuis 1981,
Hosni Moubarak est renversé après 18 jours de manifestations monstres.
Les élections de 2012 donnent le pouvoir à l'islamiste Mohamed Morsi
et son parti des Frères Musulmans.
Été 2013, de nouvelles manifestations permettent au ministre de la Défense,
Abdel Fattah al-Sissi, de démettre le président Morsi.
L'armée s'arroge tous les pouvoirs,
le mythe de l'homme fort, sauveur du pays est de retour,
la dictature et la répression aussi.
Comme ses prédécesseurs,
Sissi cherche à faire face aux problèmes intérieurs à l'aide de projets pharaoniques.
Doublement du canal de Suez en 2015,
construction d'un grand musée égyptien à Guizé,
ligne de TGV, zone franche pour attirer les investissements
et donc une nouvelle capitale en plein désert,
entre le Caire et la mer Rouge.
En effet, la population égyptienne est passée de 20 millions d'habitants en 1952
à plus de 106 millions en 2024.
90% de la population vit dans les 5% du territoire qui borde le Nil,
deux tiers de la population à moins de 30 ans,
frappés par le chômage et la pauvreté endémiques.
Le pays est dans une dépendance alimentaire absolue,
60% de ses besoins sont importés,
la mettant à la merci des fluctuations internationales,
comme par exemple avec la guerre en Ukraine.
S'ajoute à cela un problème hydrique majeur,
avec l'aménagement en amont du Nil, notamment en Éthiopie,
le barrage de la Renaissance risque à terme
de réduire la surface agricole en Égypte de 67%.
Autre problème pour le maréchal Sissi,
la baisse du trafic maritime liée aux attaques Houthis au Yémen,
qui a fait chuter les revenus du canal de Suez de 60% en 2024.
Sans oublier la corruption massive,
de nombreuses entreprises de BTP sont liées à l'armée
ou à des familles de généraux qui surfacturent.
Résultat, le coût de la nouvelle capitale explose,
déjà 58 milliards de dollars,
dans un pays chroniquement au bord de la faillite.
Et pour financer ces déficits,
la population dénonce la vente massive de terrains
aux pays du Golfe, dont l'Arabie Saoudite.
Voilà, l'essentiel du Dessous des Cartes c'est fini pour aujourd'hui,
à bientôt !