Colloque de rentrée 2024 : Genre et Sciences Conférence du 18 octobre : Défenses immunitaires et dimorphisme sexuel
Session 3 : Science biologique et génomique, juridique Intervenante : Yasmine Belkaid, Directrice générale de l'Institut Pasteur
The immune system serves as a potent rheostat of host physiology, a fundamental function that requires specialized regulation across tissues, age and biological sex. Such tailored control also contributes to differences in disease manifestations. Notably, sex bias in host immunity is believed to account for differences in the incidence, tropism and severity of diseases between males and females. Clinical and experimental work revealed that females tend to develop stronger responses to infections and vaccines, and have a greater incidence of autoimmune disorders than males. Lire la suite : https://www.college-de-france.fr/fr/agenda/grand-evenement/genre-et-sciences/defenses-immunitaires-et-dimorphisme-sexuel
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Bienvenue à toutes et tous pour la deuxième journée de notre colloque de rentrée au Collège de France.
Alors, comme vous le savez, si vous êtes familier de ces rencontres annuelles,
nous faisons le pari de la pluridisciplinarité.
Et c'est évidemment la raison pour laquelle une historienne de l'Antiquité va présider une séance
où vont se succéder des médecins et une juriste, et je m'en réjouis beaucoup.
Alors, la session qui nous réunit ce matin aborde, tout comme celle d'hier,
le genre dans la science, avant que l'après-midi ne déplace la focale progressivement
vers cet autre aspect dont François Ascombe a parlé hier matin dans son introduction,
sur la science du genre, c'est-à-dire vraiment le genre comme objet d'étude.
Et donc, vous verrez au long de la journée se déplacer la focale de nos intérêts.
Je vais donc présenter immédiatement notre première intervenante,
madame Yasmine Belkaïd, que je remercie vivement d'avoir accepté notre invitation,
puisqu'elle est la présidente de l'Institut Pasteur,
ce qui, je pense, lui donne un agenda compliqué à gérer.
Elle dirige aussi le laboratoire Métaorganisme.
Son parcours d'études l'a mené d'Alger, où elle a obtenu une maîtrise en biochimie,
à Paris, où elle a obtenu son doctorat à l'Institut Pasteur.
Mais c'est aux États-Unis que Yasmine Belkaïd a poursuivi sa carrière de chercheuse
dans de prestigieux laboratoires sur la problématique des maladies infectieuses
et du système immunitaire.
Et c'est précisément le biais sexuel dans les questions d'immunité dont elle va nous parler,
puisqu'il semble, si j'ai bien compris le résumé,
que les tissus de notre organisme pourraient être influencés de manière différentielle
par notre sexe biologique.
Et donc, nous vous écoutons avec grand intérêt.
Merci.
Donc, je suis très heureuse d'être là,
très heureuse de partager des thématiques qui me tiennent énormément à cœur.
Et avant de commencer, d'abord, je voulais vous dire que je vais m'excuser,
parce que ça va être un petit peu jargon,
parce que j'ai uniquement l'habitude de présenter ma recherche en anglais,
donc il va y avoir un petit peu de délai.
Je voulais commencer pour vous dire une chose.
D'abord, je commence avec ce tableau de Baya,
qui était une artiste algérienne, une jeune orpheline,
qui a vraiment une révolution de la peinture moderne,
et qui vient d'une partie d'Algérie, la Kabylie,
dans laquelle il y avait vraiment une matriarchie.
Donc, c'était un environnement où les femmes avaient vraiment une grande position dans la société.
Donc, ce tableau, en fait, pour moi, représente beaucoup de choses.
Il représente la relation entre la mère et l'enfant.
Il représente aussi ce phénomène fondamental qui est, justement, la grossesse,
ce qui explique, en tout cas en partie,
pourquoi le système immunitaire de la femme et de l'homme sont organisés de façon différente.
Donc, il est connu, et on le sait tous,
les cliniciens qui sont dans cette pièce, ou vous-même, savez,
que nous répondons de façon différente aux inflammations, aux infections.
Ce qui veut dire qu'il y a des maladies auto-immunes,
pour lesquelles nous sommes plus susceptibles en tant que femmes,
lupus, par exemple.
Il y a aussi des maladies infectieuses,
en partie, qui sont beaucoup plus dangereuses pour les hommes.
Et, en fait, si on regarde la grande majorité des maladies inflammatoires
ou des maladies auto-immunes,
il y a un dimorphisme,
ce qui veut dire qu'il y a une différence entre les hommes et les femmes.
Et ça peut se produire aussi au niveau de certains cancers,
aux certains types d'inflammations,
au niveau de réponses aux infections,
au niveau de la régénération tissulaire,
et beaucoup d'autres éléments.
C'est, en fait, un phénomène absolument fondamental et important,
mais je voudrais en fait rappeler une chose aussi très importante,
qui est le fait que l'on connaît très peu les mécanismes
qui contrôlent la différence
entre la physiologie et l'immunité de la femme et de l'homme.
Ce qui est, en fait, assez hallucinant
quand on pense au fait qu'on est quand même en 2024
et que l'on connaît beaucoup de choses sur le système immunitaire.
Donc, je voudrais rappeler une chose
qui a sans doute été discutée hier,
qu'une des raisons qui expliquent ce phénomène
et la raison pour laquelle on connaît si peu
sur la raison et les mécanismes de ces différences,
c'est que la femme en tant que telle,
la santé de la femme a toujours été un objet qui a été négligé.
La souffrance de la femme a été moins prise en compte,
on le sait par exemple par l'endométriose et d'autres.
Et qu'en fait, il y a un délai énorme de connaissances
qui nous permettent de comprendre la différence entre l'homme et la femme.
Donc, quand on parle de médecine personnalisée,
peut-être qu'on devrait commencer
par savoir ce qui se passe entre l'homme et la femme.
Donc, sur ce petit préambule, je voulais savoir,
dire qu'en fait, il y a quand même des choses qui ont été faites
et il y a des travaux qui ont expliqué
qu'une partie de ces différences
était associée justement avec ces X-link phénomènes
qui ont sans doute été discutés hier.
Mais il y a aussi un autre phénomène
qui sont les hormones.
Donc, les différences qui existent au niveau
de l'étiologie de ces maladies, que ce soit
les maladies inflammatoires, la réponse aux infections,
a été en partie associée
à l'observation que chez l'homme et la femme,
quand on prend le sang en particulier,
il y aurait des différences dans le niveau
d'intensité de la réponse immunitaire
chez la femme et chez l'homme, avec en général
une réponse plus forte chez la femme
que chez l'homme.
Donc, le mécanisme que je vais utiliser
aujourd'hui pour expliquer, pour travailler
sur les mécanismes qui expliquent ces différences
sur un tissu, c'est de revenir en fait
sur des observations que nous avions eues il y a longtemps
sur la relation entre le système immunitaire
et le microbiote.
Une autre partie de notre travail dans le laboratoire
a été en fait d'identifier le rôle
du microbiote de la peau et de l'intestin
sous le contrôle du système immunitaire.
Vous savez que le microbiote, ce sont tous ces microbes
qui vivent à l'intérieur et à l'extérieur de notre corps.
Il y a des années,
une jeune femme absolument magnifique,
Choudinaï, qui était venue dans mon laboratoire
et avait découvert un phénomène
assez surprenant, qui était le fait que
ces microbes qui vivent sous notre peau,
qui sont en fait présents à toute petite densité
et qui sont dans nos
follicules pileux, sont en fait capables
de contrôler notre système immunitaire de la peau.
Et en fait, par la présence de ces microbes,
nous sommes capables de répondre à des infections
et nous sommes capables de se défendre.
Ce système est celui que l'on va utiliser
dans les quelques stades qui viennent après pour essayer
de comprendre la différence potentielle
entre le système male
et female.
Ce qui avait été démontré par Shruly,
mais aussi par plein d'autres scientifiques
qui sont venus dans le laboratoire, est que
cette réponse immunitaire contre le microbiote
est une réponse très particulière.
Quand on a un nouveau microbe
qui vient sur notre peau, mais aussi sur notre intestin,
nous développons une nouvelle réponse
immunitaire, c'est-à-dire qu'on les voit.
Ils ne sont pas innocents, ils viennent et on les reconnaît.
Il y a des lymphocytes qui viennent dans les tissus
et ces lymphocytes sont capables de contrôler
la physiologie du tissu.
Par exemple, on peut voir
que les lymphocytes qui sont générés
contre les microbes de la peau ne créent pas
d'inflammation, c'est une symbiose,
mais ces lymphocytes, que vous connaissez peut-être
de terminologie parce qu'ils seront importants pour les réponses
aux pathogènes, dans ce cas précis,
dans cette relation avec les symbiotes,
vont dans le tissu et sont
capables de contrôler les réponses innées
de la peau et sont capables
de créer une production de peptides
qui contrôlent les infections.
Une réponse contre les microbiotes nous protège
contre les infections d'une façon très large.
Mais cette réponse immunitaire est très particulière
parce qu'elle est très plastique.
Ces lymphocytes peuvent changer de phénotype et devenir
comme des caméléons
et aussi aider la régénération tissulaire.
Pensez vraiment à ce microbiote
qui est capable de contrôler la physiologie de la peau
au travers de son impact
sur le système immunitaire.
Il y a quelques années, Léanthi,
qui aujourd'hui a son propre laboratoire,
est venu dans le laboratoire avec cette idée
de savoir s'il pouvait y avoir une différence
entre mâle et female
au niveau de la peau.
Pour ça, il a voulu vraiment comprendre
ce système de physiologie qui était associé aux microbiotes
et utiliser ce système pour comprendre
le mécanisme potentiel.
Juste une petite observation toute simple
qui est la suivante.
L'expérience est très simple.
Il a pris des microbes de la peau
et les a rajoutés à la surface de la peau d'une souris.
Ces souris ont leurs propres microbiotes.
Il a rajouté un nouveau microbe
sur la surface de la peau
et il a regardé la réponse immunitaire
à ce nouveau microbiote.
Ce que vous voyez ici,
c'est Léanthi qui a fait le code des couleurs.
Ce n'est pas moi.
Le rose et le vert, c'est Léanthi qui l'a fait.
Ce qu'il a pu montrer,
c'est que la réponse immunitaire,
là c'est des lymphocytes CV8,
d'autres types de lymphocytes,
aucune importance du jargon,
vous voyez que le rose, la femelle,
a une réponse immunitaire supérieure
au mâle.
C'est tout à fait aligné avec ce qu'on connait
dans la physiologie de la femme
qui répond de façon plus excessive
à des réponses physiologiques.
Comme je l'ai expliqué,
ces réponses peuvent être associées
à des gènes qui sont encodés
par le X-chromosome
ou bien peuvent être associées à des hormones.
Pour savoir si cet effet
est associé à des hormones,
on peut éliminer les gonades
avant le développement sexuel,
ce qui a été fait au niveau de la souris dans ce cas précis.
Vous voyez, ce sont des lymphocytes
qui sont induits lorsqu'on ajoute
un nouveau microbe dans la peau.
Ces lymphocytes sont tellement positifs
pour le système de la physiologie de la peau
que chez un mâle,
il y a beaucoup moins de réponses.
Mais si on élimine les gonades,
il y a une restauration
de cette réponse à un niveau
comparable à celui de la femelle.
Dans ce système particulier,
c'est vraiment les hormones
qui sont capables de contrôler cette réponse locale.
Pour avoir une réponse immunitaire,
il faut avoir une réponse
qui est initiée par des cellules dendritiques.
Les cellules dendritiques sont ces sentinelles,
ce sont des cellules qui sont capables
de capturer dans les tissus
les antigènes, les microbes,
et qui vont ensuite aller parler
au système immunitaire et induire ses réponses.
On avait publié il y a quelques années
que certains types de cellules dendritiques
étaient importants pour la réponse aux microbiotes.
Ce qui a été fait par Liang,
c'est de regarder les cellules dendritiques.
Ce qu'il a pu voir,
et ce qui était assez surprenant,
et qui n'avait pas été décrit avant,
c'est que les cellules dendritiques sont tellement nécessaires
à toutes les réponses immunitaires.
Les réponses immunitaires contre les microbes,
mais aussi contre les cancers,
sont présentes en plus haut nombre
chez les femelles que chez les mâles.
C'est un élément
qui peut expliquer
pourquoi il y a une réponse supérieure
chez la femelle et chez le mâle.
C'est vrai pour tous les types de dendritiques.
Dans tous les cas de figure,
il y a plus de cellules dendritiques
chez la femelle que chez le mâle.
C'est une image
qui vous montre visuellement
la différence entre les cellules dendritiques
chez les femelles et chez les hommes.
La différence au niveau de la microscopie
est supérieure à ce qu'on voit quand on extrait les cellules
parce que là, on voit tout le tissu.
Il n'y a pas de biais de récupération.
C'est ce qui se passe quand on ajoute
un nouveau microbe à la surface de la peau.
On voit que les cellules dendritiques
créent un agrégat.
Vous voyez que chez le mâle,
il y a beaucoup moins de réponses.
Là, si on enlève les gonades,
on peut voir qu'on restaure cette réponse
à un niveau qui est comparable
à ce qui est vu chez la femelle.
Il y a une différence très impressionnante
sur le nombre de dendritiques
chez la femelle et chez le mâle.
C'est un autre type de dendritique
que je trouve absolument magnifique.
Ce sont les cellules de languérance
qui sont présentes dans toute la surface de la peau,
dans l'épiderme.
On peut voir, en tout cas chez la souris,
que ces cellules de languérance
sont présentes à plus haut niveau chez la femelle.
Elles sont beaucoup moins présentes chez le mâle.
Elles peuvent être restaurées
si on enlève les organes sexuels du mâle.
C'est un effet absolument dramatique
et important des hormones mâles
sur le système immunitaire de la peau.
Ces différences au niveau
du nombre aux cellules dendritiques,
ce n'est pas simplement le nombre,
mais c'est aussi leur niveau d'activation.
C'est une image qui est générée
en utilisant ce qu'on appelle le single cell RNAse
qui permet de visualiser
l'expression des gènes dans les différents
types de dendritiques qui sont dans la peau.
On peut voir à nouveau,
quand on regarde l'expression des gènes,
que les dendritiques de la peau des femelles
sont plus activés.
Ce sont des gènes associés à l'activation
chez la femelle que chez le mâle.
C'est vrai pour les cellules de languérance,
mais aussi pour les dendritiques.
Non seulement il y a plus de cellules dendritiques,
mais elles sont plus activées.
Ce qui peut se traduire
en une réponse immunitaire chez la femelle
qui soit plus activée que chez le mâle.
Maintenant, on arrive au mécanisme.
Comme je vous le rappelle,
un des problèmes énormes dans ce domaine
d'investigation, c'est qu'on connaît très peu les mécanismes.
Bien entendu,
cela a suggéré que la testostérone
soit responsable quelque part
de ce phénomène, ou en tout cas de la différence
en testostérone.
Les androgènes vont être
responsables de la
signalisation de la testostérone.
On a voulu savoir
si les cellules dendritiques elles-mêmes
pouvaient répondre aux hormones.
Est-ce que c'est une réponse directe de la testostérone
sur les hormones ?
Pour cela, on a regardé l'expression des gènes
dans toutes les cellules dendritiques présentes dans la peau.
Comme vous voyez ici,
il n'y a pas d'expression
sur le récepteur
de la testostérone sur les dendritiques, ou très peu.
Ce qui voudrait dire que ce n'est pas
une réponse directe, mais que c'est peut-être une réponse
indirecte.
Là, on est revenu au niveau
zéro. Qui peut être vraiment les médiateurs
de cette différence ?
On est revenu sur ce qui était connu
par rapport au contrôle des cellules dendritiques
dans la peau. Pour qu'il y ait des cellules dendritiques
dans la peau, qui, je vous le rappelle, sont l'élément
absolument fondamental de toute réponse
immunitaire, on a besoin d'une
cytokine, qui est une cytokine qu'il y avait découverte
il y a très longtemps, qui s'appelle le GM-CSF,
qui est nécessaire à la maturation
et l'accumulation des cellules dendritiques
dans la peau. On peut voir
d'ailleurs que si on enlève le GM-CSF,
il n'y a plus de cellules dendritiques dans la peau.
Il y a quelques années, avec mon ami
Myriam Mehra, nous avions publié
qu'il y a une toute petite population
de lymphocytes dans les tissus qui s'appellent
les ILC. Je suis désolée, les jargons
en immunologie, c'est une catastrophe.
Sachez juste que c'est une toute petite population
de lymphocytes et que ces lymphocytes
sont très importants
dans l'intestin pour le contrôle des cellules
dendritiques. On se dit peut-être
que ces cellules sont des sentinelles
qui contrôlent cette réponse hormonale.
On avait montré
il y a quelques années que ces cellules sont
responsables de la production de GM-CSF dans l'intestin
et on se dit peut-être
que dans ce phénomène que l'on voit,
les hormones contrôlent la production de GM-CSF
par les ILC.
L'hypothèse que Liang a testée
est la suivante.
Est-ce que les androgènes, les testostérones,
sont capables, au travers
de ce contrôle des ILC,
de contrôler le niveau de GM-CSF
et le cellule de Drosylandritie
qui expliquerait la différence entre les deux sexes ?
La première chose
que Liang a faite était de regarder
si vraiment ces cellules, ces toutes petites cellules
qui sont présentes en tout petit nombre dans la peau
sont capables d'exprimer
le récepteur. Ce sont les cellules
dont je parle ici. Vous voyez ici que
effectivement, cette population qui s'appelle
ALC2, exprime
un haut niveau de récepteurs au testostérone
et c'est une observation qui avait
été faite avant, en France d'ailleurs,
par le groupe en particulier de Jean-Charles Guéry
et d'autres. Donc, cette population
qui est une population minoritaire dans la peau
exprime ce récepteur plus que
toutes les autres populations dans la peau.
Donc, pour regarder ces petites cellules
qui répondent
au testostérone, on a vu que
elles étaient elles-mêmes contrôlées
par la maturation sexuelle.
Quand on regarde
le nombre d'ILC dans la peau
avant la maturation sexuelle, on voit qu'il y a le même
nombre. Chez la souris, cette maturation
arrive aux alentours de
la quatrième semaine et on voit que c'est
au moment où les hormones sexuelles
augmentent au niveau des tissus,
qu'il y a une diminution des ILC
dans la peau des mâles, comparée
aux femelles. Donc, c'est un moment charmière
dans lequel on commence à voir un dimorphisme
dans le nombre de
cellules qui sont présentes.
Et à nouveau, on peut voir que si
on change les hormones, là on voit que
chez les mâles, il y a moins
de ces cellules et que si on change
la production de testostérone,
on récupère le niveau à un niveau
similaire que les femelles.
Et on voit aussi que cette toute
petite population qui, je le rappelle, est
minoritaire dans la peau, est celle qui est
la plus contrôlée par la différence
entre mâles et femelles.
Si on compare l'expression des gènes
dans cette population par rapport à toutes les
autres populations de lymphocytes dans la peau,
c'est la population qui répond le plus
au niveau de la différence d'expression
de gènes dans la peau. Donc, c'est vraiment
une population qui est charnière
au niveau de la façon dont elle est contrôlée
par les hormones sexuelles.
Et à nouveau, je reviens
sur la thématique de l'activation.
Ce n'est pas simplement une question de nombre. Vous voyez bien
que ces cellules chez la femelle sont
beaucoup plus activées. Par exemple, ICOS
est un marqueur d'activation de ces cellules
qui est beaucoup plus présent chez la femelle
que chez le mâle. Et on voit ici
qu'il y a bien moins de ces cellules
chez le mâle qui produisent du
GM-CSF. Donc, on voit bien que
cette toute petite population minoritaire
qui est la source de cette potion
magique, le GM-CSF, est bien
moindre chez le mâle que chez la femelle.
Donc, je ne vais pas
revenir sur les détails. Ce papier a été publié
et nous avons montré, effectivement,
en utilisant des mécanismes de contrôle
génétique de ces populations, que c'était
effectivement l'expression de ce récepteur
par ces cellules
qui était responsable de la différence
dans la réponse immunitaire entre la femelle et le mâle.
Mais je vais juste vous présenter le modèle
et en fait faire une spéculation après
de pourquoi ces différences existent.
Donc, le modèle que l'on propose
pour le moment est le suivant.
À la naissance, il n'y a pas
beaucoup de différences, il y a très peu de différences
dans le système immunitaire de la peau, mais aussi
des autres organes entre le mâle
et la femelle. Et en fait,
à ce stade, on a cette toute petite population
minoritaire qui s'appelle les ILC,
qui sont vraiment présents dans les tissus.
Lorsque la maturation sexuelle
se produit et qu'il y a une augmentation de la
testostérone dans la peau, et je voudrais dire
que la peau est très particulière,
parce qu'il y a conversion locale
d'une molécule qui est encore plus puissante
que la testostérone. Donc en fait, il y a vraiment aussi
des reconversions de la testostérone dans des molécules
qui sont encore plus puissantes. Donc la peau
est le tissu dans l'organisme
qui est le plus contrôlé par les hormones sexuelles.
On voit en fait que
la testostérone, le modèle que l'on propose
est le suivant, en fait bloque
les ILC et en fait
a un effet négatif sur l'accumulation
de ces cellules. Donc en fait,
la testostérone bloque le GMCSF
par bloquant ces cellules
et le résultat est que chez la femelle,
on a une production supérieure de GMCSF
par rapport au mâle
et que ça se traduit vraiment par
une croissance et une accumulation des dendritiques
chez la femelle et une activation
supérieure par rapport à ce qui
se passe chez les mâles.
Donc en fait, ça explique d'une façon assez
claire dans ce système pourquoi
le tissu est capable de développer
une réponse supérieure chez la femelle que chez le mâle
et en fait, c'est vrai pour
l'homéostasie et on sait que le staminitaire
est fondamental pour la régulation de l'homéostasie.
Je reviendrai sur ce point après.
Réponse aux microbiotes et je vous dis que cette réponse est
fondamentale pour la physiologie du tissu
mais aussi réponse aux pathogènes ou aux vaccins.
En fait,
ce que je voulais vous dire à ce stade, c'est que
on a terminé cette étude
chez la souris, on a commencé à travailler avec
des dermatologistes, on a commencé à travailler chez l'homme
et je vais vous dire une chose qui est assez
choquante, c'est qu'il n'y a pas
de résultat chez l'homme.
Il n'y a pas de données qui nous permettent
de regarder les cellules dendritiques
et qui nous permettent de regarder ces ILC
entre la femme et l'homme. Il n'y a pas eu
une seule étude au monde
qui a pris une toute petite biopsie
de peau d'un homme et de femme
pour regarder ce qui se passe. Et alors là, vraiment,
vraiment,
c'est inacceptable.
Donc, c'est ce qu'on est en train d'essayer de faire
en réalisant en fait que
ce n'est pas simplement des tout petits trous dans la raquette
qu'on a, c'est des domaines immenses
d'investigation. Pour être capable
de comprendre comment on va aider
et promouvoir l'immunité
femmes et hommes
au travers des âges, au travers des changements
hormonaux qui se passent, il faut que l'on comprenne
les phénomènes locaux.
C'est vrai pour les réponses aux vaccins,
c'est vrai pour les réponses contre le cancer,
c'est vrai pour les régénérations tissulaires,
c'est vrai aussi pour ce qui se passe au travers de la vie,
au moment de l'adolescence, au moment de la ménopause.
C'est inacceptable aujourd'hui
qu'on soit dans un monde dans lequel on a si peu de compréhension
de le contrôle hormonal
des tissus. Donc en fait, je voulais
vous dire aussi que c'est une démarche
que l'on est en train d'engager activement
et on est en train de développer beaucoup de collaborations, que ce soit en France
mais aussi dans d'autres pays, pour développer vraiment
un mapping de ce qui se passe dans la peau
de l'homme et de la femme, pour qu'on puisse développer
une approche beaucoup plus rationnelle
du développement de thérapie qui soit associée
à la physiologie féminine ou masculine.
Et maintenant, je vais spéculer
pendant quelques minutes du pourquoi.
La raison qui va se poser, c'est pourquoi
est-ce qu'on aurait un système immunitaire
supérieur,
j'ai fait un petit biais,
plus efficace
chez la femelle,
il est temps qu'on soit un petit peu comme ça, non ?
Il y a quand même
un processus biologique fondamental
qui est que la femme
a aussi, son corps
doit se transformer, son corps doit protéger,
son corps fait une chose absolument
extraordinaire, qui est en fait
de transformer un être vivant et de le protéger.
Et ce phénomène de transformation
qui est la grossesse, a des demandes
extraordinaires par rapport
à la physiologie et en particulier
sur le système immunitaire. Donc en fait,
ce que l'on propose, et qui est sans doute une des réponses
à la différence et pourquoi
on a ces différences, vient sans doute
de ce rôle fondamental
de la femme et de la femelle
dans leur reproduction.
Je vais vous donner deux ou trois slides
qui illustrent les directions
que l'on est en train de prendre pour essayer de comprendre
le rôle du système immunitaire
dans ce processus fondamental
qui est la grossesse. Donc la grossesse
est un élément biologique que je trouve absolument
fascinant, dans lequel il y a la transformation
d'un être vivant
qui peut être protégé, il y a aussi la lactation
qui se produit, et ça se passe dans un corps
totalement physiologique qui est capable
de se rétracter et de
produire un être humain. Donc je trouve que c'est vraiment quelque chose de fascinant
biologiquement, et qui demande
des choses absolument particulières.
Et donc je voulais en fait vous dire une chose
c'est qu'en fait on connaît très peu
le rôle du système immunitaire, de la mère
dans cette transformation, et on parle
beaucoup du système immunitaire dans sa relation de défense.
Mais le système immunitaire c'est beaucoup plus que ça.
En fait le système immunitaire a un rôle
incroyable dans la régénération tissulaire
et la transformation, et en fait
on est en train de comprendre que la défense immunitaire
c'est juste une des parties du rôle
du système immunitaire, mais qui a un rôle énorme
dans ce qui est la transformation du corps
et la régénération tissulaire.
Et donc il y a quelques années
en fait on a commencé à s'intéresser au rôle
du système de la mère en fait dans la transformation
du corps pendant la grossesse.
Et c'est une question qui a été faite
dans le laboratoire PADAM
qui, je voulais vous dire,
est extrêmement biaisé dans ce type de recherche
parce qu'il a eu un bébé il y a quelque temps.
Et donc en fait il s'est devenu très intéressé
par justement le rôle de l'immunité maternelle
dans la lactation. Donc qu'est-ce que
la lactation ? La lactation est aussi un phénomène
extraordinaire qui est un des aspects de cette transformation
pendant la grossesse, qui permet
justement la génération d'une chose
extraordinaire qui est le lait, qui est nécessaire
à la survie de l'enfant, qui transfère
non seulement un système immunitaire, il y a des anticorps
il y a des cellules, mais il y a aussi
des molécules qui sont nécessaires à la survie de l'enfant.
Et en fait ce qui a été
le résumé
de ce travail, ce que Dan a été capable
de montrer, c'est que cette
transformation de la glande mammaire pendant la
grossesse et la lactation
était en fait contrôlée par
le système immunitaire de la mère.
Donc le système immunitaire de la mère,
c'est l'infocyte,
sont en fait capables d'aller dans la glande mammaire
et de transformer en fait
la glande mammaire et de lui permettre de se développer
et en fait de produire du lait
qui est nécessaire pour
la survie de l'enfant. Donc en fait, on n'avait pas
jusqu'à présent compris que
un des rôles du système immunitaire de la mère
pendant la grossesse était aussi de transformer
l'organe et de générer
en fait une fonction vitale pour l'enfant.
Donc ça c'est une des explications
de pourquoi il y a une différence physiologique
entre le système immunitaire de la mère, de la femme
et de l'homme. Mais je pense que c'est uniquement
un des éléments et je pense qu'il y a
énormément à faire pour continuer à l'expliquer.
Et donc en fait ça c'est
un travail que je trouve absolument fascinant
et fondamental et à nouveau
qui a été négligé et
sur lequel on veut vraiment s'engager à Pasteur.
C'est une des directions que mon laboratoire va porter
mais aussi que j'aimerais faire en collaboration
avec mes collègues à Pasteur et aussi
dans le Network, qui est d'essayer de comprendre
justement comment le système immunitaire
de la mère et dans sa vulnérabilité
et sa force peut ensuite se traduire
par des changements au niveau de la lactation
et comment ça peut avoir des éléments positifs
mais peut-être aussi dans certaines circonstances plus compliquées
pour l'enfant et je pense en particulier
à des zones du monde dans lesquelles
les femmes sont très vulnérables à la malnutrition
aux infections et dans lesquelles
il va falloir qu'on comprenne aussi comment
l'impact qui est fait sur la physiologie de la mère
et son système immunitaire peut avoir des conséquences
à long terme sur l'enfant.
Sur ce, je voulais vous dire
que c'est un plaidoyer pour
la nécessité d'augmenter
rapidement les fonds
nécessaires à la recherche sur la femme.
Je voulais vous dire qu'il est absolument inacceptable
aujourd'hui dans ce monde
que l'on connaisse si peu
sur la physiologie de la femme
et son système immunitaire et il est temps
qu'on répare la situation
et je suis très heureuse d'annoncer
qu'un des piliers du travail
qui va être fait à Pasteur est justement de s'engager
sur la relation mère-enfant,
sur la physiologie de la mère, la physiologie de la femme
et qu'on va essayer vraiment de pousser ce type de recherche
en collaboration avec le partenaire
et en collaboration avec le network.
Je vous remercie tous pour votre attention.
C'est nous qui vous remercions
pour cet exposé d'une clarté
limpide, vraiment.
Il n'y avait aucun jargon
au-delà des sigles auxquels
nous avons dû nous habituer. Merci beaucoup.
C'était à la fois
passionnant
et absolument dans la
thématique que nous souhaitions
aborder dans le cadre
de ce colloque.
Merci beaucoup. Mais si j'ai bien compris,
il y a un déficit de recherche
sur le système immunitaire de la femme
mais les hommes ne sont pas nécessairement
beaucoup mieux lotis en termes de
recherche sur les effets
du système.
Je pense que de ne pas comprendre,
de ne pas intégrer la physiologie
et les hormones dans toutes leurs dimensions,
que ce soit au niveau des tissus,
il faut vraiment qu'on l'intègre
dans toute sa compréhension,
au travers des âges, au travers du temps.
Je pense que c'est un problème qui affecte tous,
qui affecte particulièrement la femme
parce qu'il y a des éléments très particuliers
par rapport à la physiologie de la femme,
mais je pense que l'humanité doit être vue
dans sa globalité.
C'était déjà une des conclusions
auxquelles Sonia Garel était arrivée
par de toute autre joie,
hier, dans sa communication.
Bien, j'ouvre dès lors
maintenant le débat.
Il y a là Alexandre Morbidelli,
ah pardon,
François Ascombe et puis Alexandre Morbidelli.
Merci beaucoup, c'était vraiment très très intéressant.
Je voulais savoir si
l'excès d'immunité, justement,
est-ce qu'on n'a pas un désavantage dans les maladies auto-immunes ?
Est-ce que c'est la même origine ?
Exactement.
Le fait que la femelle ou la femme
soit plus réactive a effectivement
des éléments négatifs,
c'est-à-dire la prédisposition aux maladies auto-immunes,
plus d'inflammations.
C'est ce qu'on appelle un trade-off.
Mais il faut se rappeler aussi que nous sommes dans
une situation très particulière si on pense
à notre physiologie dans le monde d'aujourd'hui.
Nous sommes tous plus inflammés.
Nous avons changé notre mode
d'existence. On n'est pas forcément
dans un système écologique très beau,
mais ce n'est peut-être pas l'environnement dans lequel on a évolué.
Nous avons changé notre nourriture,
nous avons d'autres types d'infections,
nous avons éliminé des partenaires.
On était tous colonisés
par des nématodes qui
calmaient notre système immunitaire.
Donc on est tous plus réactifs.
Je pense qu'aujourd'hui, cette différence devient plus négative
pour la physiologie de la femme parce que justement,
tout ce qui était des natural break
du système ont été doucement
éliminés. Donc on est vraiment dans un système
d'écologie, de transition écologique qui fait que
du coup, nous sommes plus vulnérables
à des maladies inflammatoires.
Et ça se prédispose beaucoup plus à la femme.
Oui, merci beaucoup pour
cette conférence vraiment intéressante.
Donc vous avez montré les mécanismes par lesquels
au niveau de la peau, la réponse
immunitaire de la femme
ou de la femelle est plus efficace.
Mais vous avez montré tout au début qu'il y a
des maladies pour lesquelles en fait, les femmes sont
plus vulnérables que les hommes. Donc c'est les mêmes mécanismes
qui impliquent d'autres cellules
qui sont plus...
Non, en fait, je pense que c'est exactement ça.
Je pense que chaque tissu, et ça je reviens sur un autre
élément de pourquoi on est vraiment
à l'âge de pierre de la compréhension,
c'est qu'en fait, chaque tissu s'y suit
à sa propre logique. Et en fait, la
peau est très particulière. Donc la peau a des
systèmes de conversion locale d'hormones qui
augmentent, qui créent
vraiment des bioproduits de la testostérone
très puissants. Mais ce n'est pas vrai pour tous les tissus.
Par exemple, l'intestin est moins contrôlé par
les hormones que la peau. Donc je pense qu'il y aura
chaque tissu, chaque circonstance
va être contrôlée différemment. Et c'est pour ça qu'il faut
qu'on y aille tous et qu'on comprenne
que certaines maladies qui affectent certains tissus
seront peut-être contrôlées par d'autres mécanismes,
d'autres cellules. Ce qu'on a démontré, c'est que
dans la peau, c'est la cellule qui est importante.
Mais ça ne peut pas dire qu'en fait, dans l'intestin ou dans le poumon
ou dans d'autres tissus sera le cas.
Donc je pense qu'il faut vraiment justement qu'on décode tout ça
et qu'on comprenne qui sont vraiment
ce qu'on appelle les keystone éléments dans
chaque compartement.
Très bien, je vous propose que nous remercions
une fois de plus.