Leçon inaugurale de Maurice Bloch prononcée le 23 février 2006. Maurice Bloch fut professeur invité du Collège de France sur la Chaire Européenne.
Traditionnellement, les anthropologues mènent deux entreprises qui ne semblent pas avoir beaucoup en commun. D'une part, ils étudient de manière extrêmement minutieuse des petits groupes d'individus, souvent assez isolés des grands centres de la mondialisation, dont ils s'efforcent d'interpréter la conception du monde ou l'organisation sociale. D'autre part, ils échafaudent des théories générales concernant les comportements et les manières de penser de l'humanité dans sa globalité. Comment ces deux types d'activités peuvent-elles être reliées et dans quel but ? Lire la suite : https://www.college-de-france.fr/fr/agenda/lecon-inaugurale/anthropologie-cognitive-epreuve-du-terrain/anthropologie-cognitive-epreuve-du-terrain
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[Musique]
[Applaudissements]
merci de cette introduction
incroyablement généreuse qui d'ailleurs
reflète l'accueil que le collège m'a
manifesté depuis mon arrivée et tout
particulièrement celui de l'équipe
administrative mais avant de prononcer
cette leçon je voudrais tout de même
aussi remercier mon ami et collègue
Philippe descela qui a pris le risque de
me proposer à l'assemblée des
professeurs du Collège de France
le métier anthropologique qui est jeune
encore présente assurément un un aspect
paradoxal ceux des anthropologues en
effet dont je me sens proche à l'image
des éminents représentants de cette
science qui ont eu l'honneur d'enseigner
dans ses murs Claude levistros François
hritier et aujourd'hui Philippe descolin
associ dans leur carrière de chercheurs
deux exercices scientifiques qui peuvent
paraître aux antipodes l'un de l'autre
d'une part il se livre à l'ethnographie
il s'efforce d'acquérir une connaissance
approfondi de minuscules communautés
humaines qu'ils observent et dérivent et
décrivent dans leurs intimes
singularités d'autre part ces mêmes
anthropologues n'hésitent aucunement à
franchir un pas
immense celui qui mène précisément à
l'anthropologie au sens étymologique du
terme ils avancent des hypothèses très
générales qui porte sur l'humanité tout
entière là il se penche avec une
attention extrême sur d'infines
échantillons du genre humain ici il
traite d'Homo sapiens tout semble même
se passer comme si ces anthropologues
s'appliquer à encore accroître le
décalage apparent entre ces deux volets
de leur activité scientifique ne
choisissent-ils pas fréquemment de
manière délibérée et presque perverse
des lieux qui semblent oublier des
vastes courants qui agitent la surface
du
globe cet écartellement apparent entre
deux visés à l'échelle si contrasté et
le leg d'une époque où chacun croyait
que le rapport entre la description
ethnographique et le discours proprement
anthropologique allait en quelque sorte
de soi l'étude d'un petit groupe de
chasseurs cueilleurs au plus profond de
la forêt amazonienne dépourvu de toute
commodité du progrès devait dans
l'esprit des anthropologues d'Alor
livrer des documents décisif permettant
la construction d'amples théories sur
l'évolution de l'humanité à l'évidence
dans ces endroits reculé des sociétés
c'était comme fossilisé et portaient
donc témoignage des âges les plus
anciens de notre histoire à tous ces
contemporains étaient nos lointains
ancêtres assurément il n'est plus de nos
jours aucun anthropologue pour succombé
aux illusions de ce genre
d'évolutionnisme social et culturel
pourtant il en existe quelques-uns qui
comme moi-même s'obstinent à nourrir ce
projet de connaissance à deux faces
l'entreprise dans laquelle nous sommes
engagés repose sur deux fondations qui
seraient indépendantes ell seraient en
somme dépourvu d'un centre de gravité
c'est sans aucun doute pour ne pas
risquer d'habiter dans un édifice
risquant de s'effondrer que nombre de
mes collègues se sont résolus à
n'occuper qu'une seule des ailes de la
maison anthropologique bref à abandonner
l'un ou l'autre de ces
exercices certains ont choisi d'être
simplement les ethnographes d'une
société particulière d'autres ont fait
le choix inverse ils se sont commués en
théoriciens de la société et de la
culture leur discours ne trouvent pas
leur point d'ancrage dans l'ethnographie
interprétative de tel ou tel groupe
humain ils revêent plutôt la forme de
point de vue abstrait dégagé de toute
considération de lieu les données
ethnographique ne leur servent à
l'occasion comme que des illustrations
ponctuelles ces anthropologues qui ont
fait le choix de la théorie ont souvent
déserté les départements d'anthropologie
les abandonnant aux mains
d'anthropologues ethnograpes ils n'en
continue pas moins sans non sans bonne
raison de se définir comme des
anthropologues mais il ne dédaignne pas
d'arborer aussi d'autres emblème quoi
qu'il en soit pour ces anthropologues le
temps révolu de l' de l'étude graphique
prenant pour ciblele un microcosme
social il n'est pas trop difficile de
comprendre les tenants et les
aboutissant de cette refondation en
cours de la discipline anthropologique
il a pu m'arriver à moi-même en effet
d'être tenté de choisir entre
l'ethnographie et la théorie
anthropologique toutefois dans cette
leçon et dans les suivantes j'aimerais
tenter d'apporter une gustification à
cette entreprise si dédoublée
d'apparence qui tient encore à cœur à
nombre d'entre nous à quoi bon si
employé me demandera-t-on ce n'est pas
que je prétende avec d'autres sortir
l'anthropologie d'une impasse dans
laquelle elle se serait fourvoyé chacun
admettra que les embarras éventuels
d'une discipline sont un sujet de peu
d'intérêt c'est bien plus parce qu'il me
semble que cette étrange combinaison
entre l'enquête de terrain étroitement
localisé l'ethnographie et la
formulation d'hypothèses théoriques à
haut degré de généralité l'anthropologie
apporte une contribution distinctive à
la connaissance des choses
humaines pour m'en expliquer et plutôt
que de débuter par des arguments d'ordre
épistémologique je vais simplement
brièvement décrire les deux activités de
recherche qui sont mienne que je tente
d'associer entre
elles la première de ces
activités de recherche est pleinement é
ethnographique ces dernières
années elle a consisté à partir
participer à l'existence quotidienne
d'hommees et de femm qui habitent un
petit village de la côte Est de
Madagascar enfoui dans la forêt
insulaire je n'ai cessé depuis il y a 30
ans quand j'y vs pour la première fois
de retourner dans ce village pour des
séjours de quelques semaines ou de
quelques mois et beaucoup de mes écrits
portent sur la manière de vivre en
société et de penser le monde de ces
villageois pourquoi Madagascar parce que
d'abord la grande île était le genre de
destination queon recommandait à mon
époque aux étudiants en anthropologie à
l'Université de Cambridge je soupçonne
que ce conseil donné aux apprentis
anthropologue en quête de terrain
ethnographique d'aller au plus lointain
à quelque chose à voir avec les restes
du passé colonialiste et évolutionniste
de l'anthropologie d'avantiier un passé
répudié à haute voie mais qui n'avait
pas fini de hanter les esprits pourquoi
ce village si plutôt qu'un autre il me
suffit de dire que mon choix fut
largement le fait du hasard pour quelle
raison enfin ai-je continué de m'y
rendre si souvent et si régulièrement
depuis trois décennies en premier le
lieu j'ai fini non sans difficulté par
maîtriser la langue locale en second
lieu je me contenterai de dire que j'en
suis venu à bien connaître les gens de
ce village et à éprouver unee véritable
amitié pour beaucoup d'entre eux un lien
personnel s'est créé entre eux et moi
qui sait maintenant dans la longue du
qui s'est maintenu dans la longue durée
je suis prêt à admettre évidemment qu'en
devenant si familier de ces lieux et si
proche des hommes qui les peuples il m'a
parfois semblé que je ne pourrais guerre
en apprendre davantage sur eux au moyen
des méthodes traditionnelles de
l'enquête
ethnographique l'autre exercice auquel
je me livre et qui occupe une bonne
partie de mon emploi du temps
anthropologique est d'une nature très
différente il consiste en une réflexion
théorique dans l'acceptation simplifié
du terme qui sera celle retenue tout au
long de cette leçon est théorique toute
proposition portant sur l'homme en
général et non sur des hommes en
particulier depuis de longues années je
me penche sur un problème qui me paraît
crucial pour l'anthropologie et tout
autant à vrai dire pour les autres
sciences de l'homme ce problème se pose
indépendamment de toute considération de
lieux et de temps pour le formuler de la
manière la moins
possible il s'agit de comprendre la
relation qui doit être établie entre les
différents niveaux de représentation
verbalisé ou non présente dans tout
groupe social on peut me semble-t-il les
faire rentrer dans deux catégories que
je vais contraster à l'extrême tout en
sachant qu'elles ne sont ni tout à fait
séparé dans l'expérience humaine vécue
ni tout à fait séparable d'un point de
vue analytique d'un côté les hommes
mobilisent des énoncés presque aussi
stéréot ép que des proverbes ces
représentations sont parfaitement
explicites et paraissent culturellement
déterminées les entopologues ont eu
tendance fautivement selon moi à
considérer que ces représentations livré
de la sorte sur la scène publique
organise la façon dont les hommes
appartenant à telle ou telle société
perçoivent et interprètent la réalité
elle livrerait le socle cognitif sur
lequel reposerait le rapport au monde
propre à chaque commune é de culture
c'est ainsi qu'un anthropologue comme
Louis Dumont estimait que l'opposition
entre le pur et l'impur constituait la
clé de voûte de la cosmologie indienne
d'un autre côté les hommes font appel à
des connaissances qui comparativement au
représentations précédentes sont
normalement implicites ces connaissances
reposent sur un savoir tacite un savoir
qui va s'en dire ce savoir est celui qui
permet à tout un chacun d'opérer en
continu les innombrables inférences qui
confèrent à la vie de chaque jour un
caractère si peu réfléchi en apparence
l'apparence d'aller de soi ce savoir
tacite paraît bien peu culturellement
déterminé comme en témoigne l'isance
avec laquelle les anthropologues
communiquent et interagissent avec les
hommes qu'ils étudient y compris sur les
terrains les plus lointains comment
comprendre le jeu simultané de ces deux
différents types de savoirs et d'autres
encore au sein de tout groupe humain je
me suis engagé dès le début de ma
carrière et durablement dans une
réflexion théorique portant sur ce sujet
j'ai lu nombreux d'ouvrages traitant
directement ou indirectement de cette
question j'ai participé à des débats et
j'ai cherché à construire un point de
vue argumenté j'y ai consacré des
enseignements j'ai écrit des textes bref
je me suis livré à des activité que tout
un chacun associe plus volontiers à la
vie d'un d'universitaire que l'épluchage
des d'épit de maïs sur un flan de
colline que vous venez de voir ainsi
ai-je considérablement bénéficier des
enseignements de mes maîtres à la London
School of economic et à Cambridge
Raymond first my fors Edmund Lee et
Stanley tamb j'ai tout autant profité
des apports d'un grand nombre
d'enseignants et de chercheurs dont
beaucoup sont français comme Dan spbert
ou Maurice Gaudelier et dont certains
ont été ou sont professeur au Collège de
France CLA lvistros Pierre Bourdieu
Philippe d'cola pour ne nommer que
quelques-uns qui m'ont beaucoup appris
plus récemment toutefois j'ai suivi le
chemin emprunté par tous ceux qui
entreprennent de construire un point de
vue théorique afin d'élargir le champ de
mes investigation intellectuelle il me
fallait en effet sur un si vaste sujet
sortir du strict cadre disciplinaire de
l'anthropologie dans la mesure où comme
je l'ai fait remarquer beaucoup
d'anthropologues ont déserté le champ de
la théorie et renoncé à toute
généralisation pour se consacrer à la
seule ethnographie les empreuns
scientifiques que j'ai contacté peuvent
paraître constituer un ensemble de
ressources fort
hétérogènes la sociologie d'inspiration
marxisme a été d'un grand secours
notamment au travers de la distinction
proposée entre l'idéologie et la
pratique il me fut tout aussi utile de
puiser aux enseignements de la
sémantique et de la pragmatique pour
saisir les ressorts de la communication
ordinaire et également pour comprendre
en quoi l'accomplissement en commun
d'action rituelle diff forme diffèr des
modes plus ordinaires de communication
ce sont toutefois les recherches en
psychologie cognitive notamment dans le
domaine du développement qui m'ont été
les plus profitables elles porte en
effet sur la formation et la
stabilisation de ce savoir tacite duquel
dérive l'infinité des inférences
ordinaires organisant le rapport au
monde quotidien de chaque être humain et
elle propose des hypothèses sur les
modalités en fonction desquelles la
culture pourrait en éfléchir les
contenus cet apport scientifique me
paraît si décisif que l'essentiel de
cette leçon sera consacré à tenter de
démontrer en quel sens il est utile
d'associer les données de la psychologie
cognitive qui traite de l'homme en
général et le travail ethnographique qui
prend pour cible des hommes particuliers
pour reprendre la question posée dès les
premiers mots de cette leçon pourquoi
donc suis-je si attaché comme d'autres
anthropologues à ne pas opérer une
coupure entre ces deux activités si
différentes que sont d'une part
l'ethnographie et d'autre part la
théorie anthropologique il peut en effet
sembler étrange à première vue que des
séjours répétés dans un petit village
malgache puisse contribuer à m'éclairer
sur ce que les développements récents de
la psychologie cognitive sont
susceptible d'apporter à la
compréhension des mécanismes de la vie
sociale et
culturelle afin de donner un exemple de
la façon dont combiner ces deux savoirs
je vais me tourner vers un domaine de
recherche devenu central dans de
nombreuses disciplines scientifiques et
sur lequel je me suis particulièrement
penché il s'agit des représentations que
nous nous faisons de l'esprit d'autruie
ainsi que du aôutre dans les
interactions sociales ce qu'on a appeler
la théorie de l'esprit étant donné que
ma pratique de l'anthropologie associe
ethnographie et réflexion théorique il
n'est pas étonnant que j'ai abordé ce
sujet de deux manières fort différentes
de façon ethnographique tout d'abord on
me concentrant sur ce qu'un groupe
spécifique dit d'autruie et de soi tout
en vaquant à ses affaires d'une manière
théorique et généralisante ensuite
référant aux caractéristiques de
l'espèce humaine toutefois une récente
controverse m'a forcé à réfléchir à la
possibilité d'assembler ces deux
approches de la théorie de l'esprit
c'est d'ailleurs le cœur de la
controverse ces dernières années
certains spécialistes de l'évolution ont
soutenu de manière convaincante que
notre cerveau s'est développé non pas
comme on l'a tout d'abord pensé pour
nous permettre de résoudre des problèmes
d'ordre matériel mais comme un outil
permettant de gérer la complexité
qu'implique la vie sociale des hommes
il est essentiel pour coopérérer avec
nos semblables que nous comprenions
qu'ils agissent tout comme nous
d'ailleurs en fonction d'états mentaux
que nous essayons en permanence de
déchiffrer nous avons récemment beaucoup
appris sur le développement de cette
capacité à lire les esprits grâce aux
avancés de la neurologie grâce aux
travaux révélant l'absence d'une telle
faculté chez les autistes ou encore
grâce à l'observation du développement
graduel de la capacité chez les enfants
à comprendre que les autres n'agissent
pas en fonction du monde tel qu'il est
mais en fonction de leur croyance sur le
monde ce processus de développement
implique un certain nombre d'étapes
cruciales dont les premières
apparaissent très tôt dans la vie de
l'enfant l'aptitude à acquérir une telle
théorie de l'esprit est à coup sûr
génétiquement conditionné mais tout
comme autres capacités elle ne se
développe que dans des contextes
spécifiques déterminés simultanément par
des facteurs interne et externe à
l'individu néanmoins sur la base des
travaux effectués à ce jour il semble
bien que le développement de cette
capacité ne soit que faiblement affecté
par les différences culturelles il
semblerait donc que notre compréhension
de nous-mêm et d'autrui et donc de la
nature des relations sociales soit basé
sur une capacité humaine fondamentale
partagée par tous les hommes maintenant
une telle affirmation va peut-être
surprendre et voir irriter de nombreux
anthropologues en effet un des dogmes de
la discipline a été du moins depuis le
fameux essai de Marcel maos sur la
catégorie de la personne que celle-ci ou
celle du soi ou du moi ou de la relation
sociale est culturellement déterminé
ironiquement cette réticence
anthropologique si prévisible face aux
travaux des sciences cognitives dans le
domaine de la théorie de l'esprit a
notamment pris forme sous la plume d'une
psychologue qui a choisi elle de
s'appuyer sur les travaux
d'anthropologie sociale et culturelle
ainsi Angela lilliard à l'aide
d'exemples tirés de nombreuses
ethnographie veut proposer que dans
différents groupes humains les
catégories de personnes et d'esprits
diffère radicalement de celle que l'on
trouve dans les cultures occidentales
par exemple nous dit-elle les bimin
cuscumin étudié par pool considère
l'esprit comme impossible à connaître et
sans importance liliard semble déployer
l'existence d'une telle variété de
conception de la personne du soie de
l'esprit ou des relations sociales que
le lecteur ne peut qu'en conclure que la
culture peut créer sans contrainte
d'aucune sorte toutes espèces de
représentation à la matiè
si une telle réponse anthropologique aux
prétentions universalistes des sciences
cognitives étaitté prévisible il en va
de même pour la réponse des psychologues
cognitifs développementalistes que
lililiard avait accusé
d'ethnocentrisme ils ont soutenu que les
évidences ethnographiques présentées par
l'elliard étaient sans rapport avec
leurs affirmations puisqu'elles étaient
dues à des déclarations explicites
d'information ateur par contre d'après
eux quand les psychologues décrivent la
théorie de l'esprit ils ne se réfèent à
une capacité cognitive que les gens
ordinaires ne peuvent pas verbaliser car
la vitesse que requiert le contrôle
mutuel et permanent de nombreux esprits
indispensa à tout échange social et que
Dan Sperber parmi d'autres soulligne
doit s'exercer à plusieurs niveaux
puisque je lis votre esprit je lis que
votre esprit est en train de lire au
mien en train PE êre de lire celui
d'autres individus et ainsi de suite
sans que nous en soyons conscients un
peu à la manière dont le cerveau
régulent les battements du cœur ainsi
ces psychologues considèrent que les
preuves rassemblées par l'éliard en
provenance de travaux ethnographiques
n'avaent aucune pertinence pour le
processus psychosocial de lecture de
l'esprit pour les critiques de l'éliade
ce que les anthropologues ont tiré des
déclarations de leurs informateurs N
dans la meilleure des hypothèses que des
métathéories sur de la sur la théorie de
l'esprit possédé par différentes
personnes à travers le monde mais de
telles métathéories étaient en fin de
compte sans rapport avec les mécanismes
au travail dans la communication que eux
les psychologues étaient en train de
mettre à jour ce qui impliquait que ces
derniers pouvaient oublier ce que les
anthropologues ethnographes
avaient signalé et retourneré en paix à
leur travail face à ce genre d'attitude
les anthropologues ont tendance à réagir
de même en ignorant tout simplement le
travail des
psychologues une telle solution du type
cuus regio etus religio présente
toutefois quelque chose de profondément
bizarre
elle semblerait impliquer que les êtres
humains fonctionnent à deux niveaux
totalement distincs l'un de l'autre ce
qu'ils disent ou font que les
ethnographes observer serait une sorte
de croûte superficielle voire un
déguisement cachant une réalité humaine
d'une tout autre nature qui ne serait
pas affecté par les phénomènes
historiques auxquels nous nous référons
en général par le terme de culture
réalité qui ne serait accessible que par
des expériences menées en laboratoire
hors de tout contexte naturel une
dicotomisation aussi radicale semble peu
probable aucun de ces éléments n'est
vraiment matière totalement distincte et
ce qui semble plus important pour notre
compréhension de la spécificité des
êtres humains et précisément la relation
combinaison du non conscient et de la
conscience après tout nous savons ne
serait-ce que grâce à notre propre
expérience que nous ne sommes pas ces
sortes de créatures doubles qu'une telle
image transmet et c'est afin de
commencer à explorer la relation entre
ces deux niveaux plutôt que de souligner
leur caractère incommensurable que j'ai
récemment expérimenté une nouvelle
stratégie sur mon terrain
malgache une expérience psychologique
qui a considérablement fait avanterer
les recherches psychologiques sur la
théorie de l'esprit et ce qu'on a appelé
le test de fauses
croyances dans une des versions de ce
testte on montre à un enfant une boîte
de bonbons familières des smantis par
exemple avec ses Fri disent dessiner sur
la boîte mais dans laquelle lorsque sa
mère ou une autre personne est sortie de
la pièce mais toujours devant l'enfant
on remplace les bonbons par des crayons
la boîte est ensuite refermée et on
demande à l'enfant ce que sa mère dira
lorsqu'on lui demandera à son retour
qu'est-ce que cette boîte contient les
très jeunes enfants répondent des
crayons tandis que les enfants plus âgés
à l'instar j'imagine de la plupart des
personnes aujourd'hui présentes
des
smartis l'enfant plus âgé à l'opposé du
plus jeune comprend donc que les gens
n'agissent pas en terme de la nature du
monde mais de ce qu'ils croi être la
nature du monde il s'agit bien là un
élément essentiel dans l'interaction
sociale ce n'est qu'une fois qu'ils ont
compris ceci que les enfants réussissent
donc le teste de fausse croyan cette
différence entre les enfants qui
réunissent qui réussissent et ceux qui
échouent est un outil théorique fort
utile pour au moins penser la manière
dont se développe les capacités
nécessaires aux êtres humains pour mener
leur activité
sociale réalisant les
possibilités euh que par ouvertes par ce
type d'approche je mise au point un
nouveau mode de recherche ainsi lors de
mon dernier séjour à Madagascar en 2004
devant ce des villageois qui avaient
envie de regarder et j'aieué une
variante du test de fausse croyances
j'avais choisi des enfants d'âge
différent afin que certains réussissent
et d'autres échouent en réalité je
m'intéressais moins cette fois-ci à
l'étude du développement cognitif des
enfants qu'à la manière dont les adultes
rarement scolarisés et dont seul un
petit nombre savait tout juste lire à
écrire pouvait interpréter la différence
existant entre les enf enfant qui
avaient réussi le test et les autres
j'espérais ainsi approfondir par ce
biais ma connaissance de leur concept de
ce quel l'esprit et de leur savoir sur
le développement des
enfants pour mener à bien euh
l'expérience j'ai utilisé deux chapeaux
devant un anulte Coutou je cachais des
bonbons sous l'un puisir après avoir
demandé à Coutou de sortir je
transférais les bonbons sous l'autre des
chapeaux je demandais alors à l'un des
enfants quand koutu va revenir où
va-t-il chercher les bonbons com on
pouvait s'y attendre les enfants les
plus jeunes désignaiit le chapeau dans
lequel les bonbons avaient été cachés
tandis que les plus âgés montraient
celui où koutu avait vu qu'on les avait
placés alors je demandais au villageois
comment ils expliquerai
la différence entre la réponse des
jeunes enfants et de leurs
aînés si j'avais d'abord craint que les
gens ne s'intéressent pas vraiment à une
discussion qui leur était pour le moins
inhabituelle je fus rapidement rassuré
après un minimum d'encouragement au
départ les habitants du village
réagirent avec enthousiasme au défis
intellectuel que leur posait ce type
d'exérience ainsi les séances de test
provoquaient-ell des discussions animées
qui durait parfois plus d'une heure il
m'est impossible de de rendre compte ici
dans le détail de la richesse des
données recueillies mais je commencerai
dans mon premier
séminaire malgré de nombreux points de
désaccord entre les villageois il se
dégageait toutefois une sorte de
consensus général quant aux
interprétations de la différence de
réaction des enfants en fonction de leur
âge en particulier presque tout le monde
était d'accord sur le fait que les plus
jeunes enfants ceux qui pensaient que
koutu chercheraiit les bonbons sous le
chapeau où ils avait été placé en son
absence n'avait pas encore développé la
capacité nécessaire pour ce qu'ils
appelaient
mandanga si dans un premier temps
j'avais pensé que ce mot signifiait
mentir les débats approfondis provoqué
par le test révélèrent cependant que ce
terme faisait référence à une capacité
beaucoup plus plus large également
désigné parfois par le mot politique un
des rares mots français utilisés par les
villageois politique ainsi qu'il me
l'expliquèrent désigne ce qui permet aux
êtres humain de naviguer dans ce monde
dangereux qui est le nôtre où les gens
disent des choses différentes de celles
qu'ils croient afin d'atteindre leur but
propre je ne peux pas ici restituer dans
ce dans le détail l'ensemble des
commentaires mais il m'est apparu très
clairement que ce que les paysans
malgaches nonsolarisés me disaient était
extrêmement proche de ce que les
psychologues et les philosophes
soutiennent être démontré par le teste
de fausses croyances c'est-à-dire que à
l'inverse des jeunes enfants les adultes
savent que les êtres humains agissent en
fonction de leur croyan et que étant
donné les intentions machiavelliques qui
malheureusement caractérisent le le
monde social il est possible de tromper
et d'être
trompé ce qui émerge de ces théories
cognitive malgache ce que je tiens à
souligner aujourd'hui c'est que le fussé
séparant les résultats des données de
terrain des conclusions général déduite
par les les psychologues de leur
expérience en laboratoire est loin
d'être si profond que l'avait suggéré le
débat qui s'était développé dans le
sillage des travaux de
l'éliard pourquoi pouro les données
ethnographiques ainsi obtenues
sont-elles si peu incommensurables avec
le discours scientifique occidental que
l'on aurait pu le
pressentir deux facteurs semblent
expliquer cette
proximité le premier concerne la méthode
ethnographique utilisée par les
anthropologues le second le fait que la
théorie de l'esprit se situe quelque
part entre l'explicite et l'implicite le
conscient et le
subconscient de nombreux rapports
ethnographiques utilisés par lililiard
sont basés sur des déclarations
standardisées fourni en des en réponse à
des questions
prévisibles en réalité nous avons
affaire à un
métadiscours intentionnellement
paradoxal entendu au Dee degré ou
poétique qui repose sur une base
partagée mais implicite un peu à la
manière d'un chrétien déclarant qu'il y
a une vie après la mort il n'affirme
évidemment pas pour autant qu'il
n'existe aucune différence entre un
cadavre et son voisin
bruyant cependant dans la littérature
ethnographique ces affirmations au
second degré sont souvent utilisé comme
des propositions au premier degré
donnant accès au fond au fondement même
du savoir des groupes
étudié la majorité des représentations
de la notion de personne de la notion
d'esprit ou celle de relations sociales
que nous trouvons dans la littérature
ethnographique sont ainsi à prendre au
2e degré contrairement à ce qu'a fait
lilarde et les auteurs qu'elle citent à
l'opposé quand les habitants de mon
village s'interrogeaient sur les
résultats du test de fausse croyan ils
se trouvent dans une situation nouvelle
et doivent donc utiliser leur capacité
d'inférence et faire appel à leur savoir
de manière à la fois souple et
créative l'effort mobilisé pour débattre
d'un phénomène inattendu ne laisse pas
place contrairement à des situations
prévisibles à des discours tout faits
les propos des villageois malgaches
confrontés au testes de fausses
croyances sont de nature réflexive et
discursives et donc très différent de ce
que nous retrouvons dans les
ethnographies classiques il n'est donc
pas étonnant que l'on puisse mieux les
comparer avec les propositions également
réflexives et disc discursives des P
psychologue mais il y a une autre
explication de la proximité entre le
discours scientifique et celui des
villageois la manière caractéristique de
procéder des psychologues est de
réaliser des expériences avec des
personnes dont les actes sont contrôlés
et dont l'opinion est apparemment
ignorée dans le cas du test de fauses
croyances les psychologues interprètent
donc les résultats de ces tests comme
s'il leur permettait de comprendre les
mystères de la théorie de l'esprit de le
le sujet à l'insu de ces derniers
pourtant même si certains aspects du
fonctionnement de la lecture continue de
l'esprit des uns et des autres soit
totalement inaccessible à la conscience
il existe de bonnes raisons de penser
que bien des aspects de ce déchiffrement
peuvent franchir la frontière floue et
perméable qui sépare le conscient et le
nonccient la pratique même des
psychologues montre que qu'ils en font
eux aussi implicitement
l'hypothèse ainsi au cours de leurs
expériences ils attachent beaucoup
d'importance à recueillir auprès de leur
sujet ce qu'ils appellent des
justifications c'est-à-dire des
déclarations du type maman ne sait pas
qu'il a mis les les
crayons qu'il a mis des crayons à
l'intérieur alors elle croit qu'il y a
des smartistes dans la dans la boîte les
psychologues sont plus que satisfaits
d'utiliser ce genre d'expli
provenant de leur sujet en super en
support de leur interprétation ce qui
montre que nous n'avons pas à faaire à
un phénomène simplement non conscient et
que la compréhension de la théorie de
l'esprit par les gens ordinaires
s'apparente beaucoup plus aux
conclusions des psychologues que ne le
fait paraître la présentation des
résultats
scientifiques mais une telle proposition
selon laquelle les villageois malgaches
parviennent à des conclusions
similaire à celle des psychologues
soulève une
question encore plus
fondamentale comment ceci est-il
possible que nous quand nous aurions pu
croire que les villageois malgaches
vacant à leurs occupations quotidiennes
et les chercheurs professionnels sont
engagés dans des activités totalement
différente c'est à cette question que je
vais maintenant tenter de répondre
réaliser le test de fausse croyan sur le
terrain a montré que les villageois
était capable avec un minimum
d'encouragement de devenir eux aussi
comme les psychologues des théoriciens
de l'esprit si sans aucun doute débattre
de ce que relève ce type de test est
nouveau pour eux cela ne signifie pas
pour autant que la réflexion théorique
recrise pour se faire fait pour se faire
leur était totalement inhabituel en fait
la facilité avec laquelle ces villageois
se sont attelé à la tâche ainsi qu'une
grande partie de leurs propos indique
que même si l'expérience en elle-même
pouvait leur avoir paru quelque peu
bizarre elle avait certainement été cela
ne signifiait pas que la question
fondamentale qu'elle soulève était
totalement inattendu et je suis certain
qu'elle avait déjà souvent fait l'objet
de débat entre
eux on a souvent tendance en
anthropologie à prétendre que le savoir
théorique des gens ordinaires est
irrémédiablement enfoui dans la pratique
alors que celui des scientifiques serait
complètement différent car débarrassé de
tout contexte
spécifique le type de travail de terrain
dont je vous ai
parlé suggère qu'une opposition aussi
rad et
fausse la vie au jour le jour même menée
par des personnes non scolarisées
n'exclut pas une activité purement
spéculative de nature scientifique la
science c'est-à-dire pour le plaisir
simplement de comprendre ainsi la vie de
ces villageois perdu dans la
forêt comme la nôtre d'ailleurs oscile
continuellement entre une pratique
impliquant une activité théorique et une
réflexion théorique explorant les
implications de cette pratique Claude
levistros a également déjà souligné la
continuité entre la démarche
scientifique de l'observateur et celle
de
l'observer néanmoins le genre de
continuité dont il a fait l'hypothèse
est moins direct que celle que je que je
viens de vous proposer pour lui notre
science est un moyen de Réal le même
genre de travail intellectuel accompli à
leur manière par les Amérindiens à
travers leur mythes mais ce que je
suggère ici du moins pour les Malgaches
c'est leur Scien à eux c'est c'est que
c'est leur science à eux qui ressemble à
la nôtre et comme l'ont proposé certains
des auteurs cités tout à l'heure ce qui
rend la cognition humaine si spécifique
si ce qui rend la cognition humaine si
spécifique c'est avant tout notre
capacité en partie consciente à
interpréter l'esprit d'autruie afin de
nous permettre de vivre dans des
sociétés extrêmement complexe il n'est
donc pas étonnant que ce soit
particulièrement dans ce domaine que les
raisonnements des villageois ressemble
tant à ceux des
scientifiques en quoi cela cela ceci
concerne-t-il le rôle de l'anthropologie
de le rôle de l'anthropologue j'ai
commencé cette leçon en évoquant
l'éloignement entre deux volets de
l'activité de l'anthropologie écartelé
entre ethnographie et théorie
généralisante rappelez-vous de ces deux
de ces deux
illustrations mais vous vous avez vous
avez sans doute l'impression maintenant
que tout se passe comme si mon récit
n'avait fait place qu'à deux sortes
d'acteurs des paysans malgages d'un côté
des psychologues cognitifs de l'autre
l'anthropologue brillant par son
absence mais c'est bien la
compatibilité des objectifs poursuivis
par le théoricien avec ceux des gens
qu'il étudient qui peut justifier la
double nature des activités de
l'anthropologue car cette convergence
met le le doigt sur ce que seraient les
faiblesses d'une ethnographie sans
théorie et d'une théorie sans
ethnographie même si la pratique d'une
ethnographie ayant abandonné toute
théorie généralisante est en train de
devenir majoritaire dans les
départements d'anthropologie du monde
entier les limites d'un tel
développement sont
visibles tout d'abord parce qu'en
matière de connaissance des réalités
locales les anthropologues ne sont pas
les seuls en LCE ils sont en compétition
avec les historiens les spécialistes de
la région et plus encore avec les
chercheurs issus des sociétés étudiées
qui au moins possèd souvent l'avantage
immense d'être des locuteurs naturels de
la langue parlée sur
place ensuite parce qu'il existe des
difficultés d'ordre épistémologique à
une pratique de la seule ethnographie
elle risque fort de ne rassembler qu'une
collection d'anecdotes devant laquelle
on ne peut que se demander et alors de
surcroix elle mène facilement à ce qui
devient une erreur
d'interprétation en effet ce genre de
récit aboutit aisément à une description
des représentations des gens étudiés
comme si elle ne se ne renvoyait que les
une aux autres et n'était pas également
orienté vers le monde réel un monde qui
naturellement inclut les corps et les
esprits les villageois malgaches que
j'ai évoqué ne tournent pas en rond à
l'intérieur de cercles herméneutique
bien au contraire nous l'avons vu il
s'efforce de comprendre et d'interpréter
le fonctionnement de leur de de leur
propre esprit tel qu'il
est d'un autre côté
la théorie laisser libre de toute
contrainte ethnographique présente
d'autres
dangers la théorie au sens où je l'ai
entendu ici consiste à formuler des
hypothèses générales sur la nature des
êtres humains en se fondant sur des
phites empiriques
purifié en psychologie la production de
ce genre de fait exige toutes sortes
d'efforts pour isoler autant que faire
ce peut les données du psychisme humain
des diverses circonstances dans
lesquelles elles surgissent
naturellement théoriser c'est donc
présenter des hypothèses basées sur des
faits aussi nettoyés que poss possiblees
ce qui signifie les dépouiller de leur
contexte aussi bien au moment de
l'élaboration des données qu'à celui de
la
formulation de propositions
générales alors lorsqu'on le réalise en
laboratoire le test de fausse croyan
exige au préalable une sélection
randomisée des sujet et un contrôle
étroit des conditions dans lesquelles
les stimulis leur seront appliqués afin
d'éliminer tous les facteurs
susceptibles de distraire les
participants ou de biaiser leur
jugements les prétentions des
scientifiques sont donc dépendantes de
l'instauration d'une atmosphère
intentionnellement
raréfié la purification peut aussi
atteindre des degrés supérieurs
l'expérience de pensée du philosophe et
d'une certaine manière l'aboutissement
de ce processus elle diffère peu du
traitement des données factuelles par
les sciences naturelles à ce détail près
que l'empirique y entièrement remplacé
par de l'hypothétique afin que la raison
puisse mener à bien son examen dans un
paisible détachement de fait des auteurs
bien connus ont affirmé que faire de la
philosophie simplement consiste à penser
lentement il serait ridicule de vouloir
contester la valeur de la méthode
scientifique classique tout comme celle
de l'analyse conceptuelle des
philosophes ce sont autant d'approches
qui nous permettent de progresser dans
le champ des savoirs y compris de ce qui
touche à la culture et à la
société cependant certaines de ces
approches peuvent emprunter tant de
détours qu'ell ne nous font plus avancer
elles nous font perdre de vue notre
objectif qui est finalement de nous
permettre de comprendre le monde tel
qu'il est je me hasarderai à dire qu'à
penser trop lentement et trop
distinctement on peut tout simplement
gommer les phénomènes qu'on se que l'on
se proposait
d'examiner ce que les procédures de
purification scientifique et
philosophique risque de nous faire
oublier dès lors qu'on se lance dans
l'entreprise théorique c'est le fait que
les êtres humains tels qu'ils sont
n'existent qu'entant qu'êtres sociaux
historiques complexité désordre rapidité
de pensée voilà ce qui ex ce qu'exige de
nous la vie soci et la culture et ce qui
nous
caractéristique nous caractérise nous et
notre
monde assurément certains psychologues
théoriques comme Gibson et Nissa ont eu
conscience de ce risque et ils ont
appelé de leur vœux le développement de
ce qu'ils ont nommé une approche
écologique pourtant les éléments de vie
réelle dans un monde réel pris en compte
dans le raisonnement théorique
paraissent ridiculement tenu à tout
anthropologue ayant travaillé sur le
terrain la recherche de la précision
dans l'étude de la nature humaine nous
amène ainsi souvent à dépouiller les
hommes de leurs vêtements historique et
culturel mais la créature nue ainsi
obtenue n'est tout simplement plus un
membre de l'espèce Homo
sapiens ainsi le retour sur le terrain
peut devenir comme ces c'est mon cas un
moyen de
désintoxication et d'hygiène
intellectuelle qu qui empêche une telle
dérive la prise de conscience graduelle
des dangers parallèles d'une
ethnographie réduite à elle-même et
d'une théorie dénuée de tout ancrage
empirique m même mène à considérer que
la combinaison des deux activités
anthropologiques constitue un atout dans
les sciences humaines en
général l'objectif ne peut pas être
d'obtenir un alliage parfait je crois
cet objectif hors de portée il convient
plutôt de continuer de les mener de
front et de passer de l'une à l'autre un
tel choix n'a rien de confortable mais
ce sont les allés et venu qui font et
ont fait l'originalité de
l'anthropologie sans ce caractère
dédoublé
je ne suis pas sûr que cette tradition
académique dont le nom est anthropologie
vaille la peine d'être poursuivie la
théorie nous tire en avant mais parfois
si vite et si loin qu'elle nous mène
vers un univers où les membres de notre
espèce et le monde social qui nous
caractérise caractérise sont comme
absents l'absent l'ethnographie quant
elle nous ralentit en compliquant
infiniment les choses si bien qu'elle
viendrait nous paralyser complètement si
quelque théorie générale ne venait
prendre place en
coulisse mais un autre facteur nous
protège également de la tentation d'une
ethnographie n'ayant d'autres raison que
sa propre
existence les gens que nous étudions
comme ces villageois malgaches dont je
vous ai parlé et tout un chacun
finalement se charge eux-mêm de nous
ramener
dans l'univers de la théorie car comme
nous l'avons vu tel est bien ce qui les
intéresse et sur ce que ce quoi eux
aussi ils nous interrogent pour eux si
les enfants une fois grands réussissent
le testte de fausse croyance c'est
qu'ils ont appris que les gens agissent
en fonction de ce qu'ils croient mais ce
n'est pas
tout ils vont plus loin que les
chercheurs et et aussi il nous explique
que les enfants utilisent cette
compétence pour mentir pour faire de la
politique pour manipuler les autres et
qu'il s'agit là d'une d'une
dimension fondamentale malheureusement
de la vie sociale ils s'efforce donc eux
aussi de naviguer entre ethnographie et
théorie tout comme les anthropologues
doivent à mon avis le faire et par la
maintenir le va et vient consciant qui
dans le passé a caractérisé la
discipline un mes yeux un anthropologue
se doit toujours lorsqu'il se voit
proposer un nouvel élément de théorie
prendre la peine de se demander comment
il pourrait bien s'appliquer sur son
terrain lointain terrain auquel le
créateur de la théorie n'a jamais
probablement jamais eu l'occasion de
penser au lieu de le congélier avec un
haussement d'épaule comme c'est souvent
le cas inversement lorsqu'il lui arrive
de se laisser captiver par exemple par
un rituel exotique au lieu de
s'abandonner à une perspective
strictement locale l'anthropologue a le
devoir de se demander comment étant
donné ce que nous savons de l'homme en
général de tels événements peuvent
survenir c'est à ce va et vien
caractéristiques
entre des considérations théoriques trop
rapidement évoquées ici et des données
ethnographiques si brièvement décrites
que je consacrerai donc les leçons à
venir dans cette maison merci