SpaceX a-t-elle vraiment une longueur d'avance sur ses concurrents ? Le 13 octobre 2024, l’entreprise d'Elon Musk a réussi un exploit inédit en récupérant le 1er étage de la fusée Starship. Avec Simon Rozé, nous revenons sur cette performance et il analyse la position de SpaceX face aux autres acteurs de l'industrie spatiale. #spacex#starship#elonmusk
Imaginez un peu, 9 minutes, 9 minutes soit à peine moins que le temps d'un journal sur RFI.
C'est ce qu'il a fallu au bras articulé de l'immense tour de lancement de SpaceX
pour récupérer après son décollage le premier étage de la fusée Starship.
Franchement, si vous n'avez pas vu les images, allez-y, elles inondent la toile.
Cet exploit a eu lieu le 13 octobre 2024.
Mais pourquoi par le ton d'exploit ?
Et cela place-t-elle l'entreprise SpaceX d'Elon Musk très au-dessus du lot par rapport à ses concurrents ?
A ce stade, j'ai besoin de Simon Rosé, un habitué de témoins d'actu.
Il a désormais la charge du service environnement de RFI,
mais auparavant, c'était le journaliste de notre radio qui était spécialisé sur les questions spatiales.
C'est à la cantine de notre radio qu'a en réalité débuté cet épisode.
Parce que pour ne pas s'y perdre et pour la non-initié que je suis, un peu de vocabulaire était nécessaire.
Une carafe d'eau et un verre, ce jour-là, on fait l'affaire.
Ton gros pétard, Super Heavy, et ton vaisseau spatial, Starship.
En un peu plus clair, cela donne.
Starbase, c'est la base spatiale de SpaceX.
Elle se trouve à l'extrême sud du Texas, aux Etats-Unis.
Et c'est donc là que l'entreprise américaine a organisé le cinquième vol d'essai de sa fusée géante.
Starship, c'est le vaisseau spatial, celui à bord duquel pourraient prendre place des humains et qui donne son nom à la fusée.
Le Super Heavy, c'est un gros pétard, comme l'a décrit familièrement Simon.
Le booster, celui grâce à qui la fusée peut décoller.
Enfin, le Mechazilla, c'est le nom de la tour de lancement équipée des fameux bras articulés qui ont permis la récupération du booster.
Évidemment, toute cette opération a un but.
Je poursuis donc la conversation avec Simon en studio.
Bonjour Simon.
Bonjour Alexandra.
Alors même si je le disais professionnellement, tu désertes un peu la science.
Je sais que toutes ces questions, elles ne sont jamais loin de ton champ de vision.
Cette opération de SpaceX, j'imagine que tu l'as suivie évidemment avec beaucoup d'attention.
C'était dimanche.
Dimanche, j'avais du monde à la maison et puis j'avais quand même le live, puisqu'ils le diffusent en live sur les réseaux sociaux.
Notamment Bell & Musk, donc x.com, anciennement Twitter.
J'ai un peu délaissé mes invités pour regarder d'un oeil quand même ce lancement, ce cinquième de l'ensemble Starship Super Heavy.
Je me suis fait un peu ronder, mais voilà, je l'ai regardé en dégoût et ça ne dure pas très longtemps.
C'est des missions qui durent une grosse heure à peu près.
Tu regardes toujours ça avec des yeux émerveillés ?
Émerveillé, oui et non, puisque j'ai quand même mes lunettes professionnelles.
Puis surtout, j'en ai tellement suivi que maintenant, j'ai un peu le recul pour sortir justement du côté wow, du wow effect, comme on dit en anglo-saxon,
pour voir un peu ce qui se passe.
Je comprends ce que je vois en fait, là où ça coince, là où ça ne coince pas.
Et les limites sur ce genre de lancement et ce qu'il faut voir derrière.
Ça tombe bien que je t'ai demandé de venir, puisque c'est bien pour ça que j'avais besoin de ton aide.
Tu m'expliques un peu plus en détail pourquoi ce qui s'est passé ce 13 octobre, c'est un exploit.
En quoi c'est différent de ce qui se fait actuellement ?
On va peut-être partir de ce qui se fait actuellement.
Généralement, quand on lance une fusée, un lanceur, pour utiliser le terme consacré, c'est du jetable.
C'est-à-dire une fusée Ariane, elle va décoller et elle ne va servir qu'une fois.
Ça va prendre plusieurs années à construire.
Je précise, Ariane, on est côté européen.
Mais c'est vrai avec le SLS qui est la fusée lunaire américaine,
ce qui est vrai avec les fusées Delta qui sont d'une autre entreprise américaine,
c'est vrai avec les Soyouz russes.
On lance une fusée, ça ne sert qu'une fois.
Ce qu'a fait SpaceX avec son lanceur moyen, c'est-à-dire qui est de moyenne puissance,
c'est qu'ils arrivent à récupérer le premier étage.
Une fusée, c'est fait d'étage.
Une fois qu'il est vide, on le largue.
Normalement, ça brûle dans l'atmosphère et ça tombe dans l'océan.
Eux, ils arrivent à le récupérer pour le remettre à niveau et le relancer ensuite.
Ils font ça également avec les capsules, ce qu'on met tout en haut des lanceurs
qui transportent soit des astronautes, soit du cargo à destination de la Station Spatiale Internationale.
SpaceX récupère tout ça pour faire des gains d'économie.
Ce n'est pas inédit puisque la navette spatiale américaine,
cette espèce d'avion spatial qui volait dans les années 90 et 2000,
était récupérable aussi.
À cette échelle, en revanche, sur des fusées,
c'est SpaceX qui a mis ça en place pour la Falcon 9, son lanceur moyen.
C'est son vaisseau amiral.
C'est avec ce lanceur qu'ils font 95% de leurs missions.
C'est avec celui-ci qu'est parti, par exemple, notre français Thomas Pesquet.
Pour sa deuxième mission.
Oui, c'est aujourd'hui.
La NASA a sous-traité à SpaceX et à Boeing.
On en a parlé il n'y a pas longtemps.
Ça marche moins bien.
La dessert de la Station Spatiale Internationale.
Là, on change d'échelle avec Starship Super Heavy
puisque là, on est sur du lanceur lourd,
et même du méga lourd,
puisque c'est le plus gros engin à avoir jamais décollé.
L'ensemble Super Heavy,
qui est l'étage principal Starship,
le vaisseau au-dessus, fait 120 m.
On est vraiment dans une échelle qui est complètement différente.
Tout l'enjeu, c'était de récupérer Super Heavy,
le booster, comme tu as dit,
l'étage propulsif en bon français,
qui est un engin qui fait 70 m.
Si on devait comparer ?
Tu me parles d'échelle, si on devait comparer ?
Je vais reprendre une métaphore que m'avait dite Thomas Pesquet
un peu à ce sujet.
Entre Falcon 9, la fusée classique de SpaceX,
on est sur de l'avion de tourisme, un petit Cessna,
et là, Starship Super Heavy,
on passe sur le Boeing 777,
le gros avion, long courrier, transatlantique.
À ce niveau-là, ce ne sont pas les mêmes technologies,
ce ne sont pas les mêmes enjeux,
ce n'est pas du tout la même échelle.
Pas la même échelle, pas la même technologie.
C'est un vrai défi technique de passer à ce stade-là ?
Déjà, envoyer des trucs aussi lourds dans l'espace,
en fait, c'est là où c'est pénible l'espace.
Plus on veut envoyer de trucs lourds
pour s'affranchir de la gravité terrestre,
plus il te faut de puissance et de carburant.
Carburant qui pèse lui-même lourd,
donc il t'en faut encore plus.
Donc c'est une espèce de courbe comme ça,
à un moment ça se croise,
donc c'est pour ça qu'on arrive à envoyer des trucs dans l'espace,
mais à cette échelle-là,
c'est vraiment très compliqué à faire,
et entre une Falcon 9 et un Super Heavy,
par exemple, Falcon 9, comme son nom l'indique,
il y a 9 moteurs,
Super Heavy, on est à 33 moteurs.
Ensemble, ce n'est pas simple,
puisqu'ils interagissent les uns avec les autres,
il y a la chaleur dégagée.
C'est pour ça qu'il y a eu plusieurs vols d'essais.
Donc déjà, juste faire décoller le truc,
c'est beaucoup plus compliqué.
Ensuite, il faut qu'il se pose,
et donc là où c'est fort ce qu'ils ont fait,
c'est la précision,
puisqu'il revient se poser de là où il a décollé.
Donc l'engin va dans l'espace,
se retourne, redescend en chute libre,
annule sa vitesse de descente
en rallumant ses moteurs au dernier moment,
et va se coller à la tour de lancement
d'où il a décollé
8 minutes avant,
mais entre temps, il est allé dans l'espace.
Donc voilà, c'est cette précision,
c'est ce contrôle qui est vraiment difficile.
Pour avoir une petite analogie,
mais vraiment toute bête,
c'est un engin, encore une fois,
qui fait 70 mètres,
qu'on essaie de poser
juste en le contrôlant par la base.
C'est comme si tu posais un crayon à papier
sur le point de ton doigt
et tu essayais de le tenir tout droit comme ça.
Tu vas y arriver deux secondes.
Ce n'est vraiment pas évident.
Donc là, c'est ce qu'ils ont réussi à faire,
mais il reste encore beaucoup de chemin.
Ce n'est pas la fin de l'histoire
On va y revenir sur la fin de l'histoire.
Enfin, on n'aura pas la fin de l'histoire tout de suite,
mais sur la suite en tout cas.
Je veux bien qu'on revienne plutôt d'abord
sur tout ce qui s'est passé en amont
pour qu'on arrive à ce décollage,
ce lancement,
ce cinquième vol du 13 octobre.
Ça a été très, très long comme chemin.
Tout ça, il le travaille depuis combien de temps ?
Pas tant que ça, pas tant que ça.
Mais en fait, c'est une histoire
qui commence en 2016-2017
où Elon Musk annonce ce projet
vraiment de construire le plus gros lanceur
jamais fait
parce que lui, il a un objectif,
c'est rendre l'espèce humaine multiplanétaire.
Ça, c'est vraiment son objectif à long terme.
Donc en gros, ça veut dire coloniser Mars.
Donc pour lui, il faut un vaisseau
capable d'envoyer des centaines de gens
à la fois sur Mars avec du cargo
pour faire des villes autonomes et tout ça.
Et pour ça, ses yeux, il faut un lanceur
avec une grosse charge utile
qui va être utilisée dans l'espace.
Donc le projet, il n'a même pas une dizaine d'années.
Donc c'est assez rapide
de voir voler un objet spatial
entre la phase de conception et la phase de vol.
Pour ça, SpaceX a une philosophie de développement
qui est complètement à l'opposé
des agences nationales type NASA
ou agences spatiales européennes
ou CNSA en Chine
ou Roscosmos en Russie.
C'est qu'ils ont une démarche
qu'on appelle itérative,
c'est-à-dire qu'ils vont construire
un truc de briques et de brocs
en tôle, comme ça,
ils vont le faire voler.
Une première fois, ça va exploser,
mais ils vont prendre des données,
ils vont savoir ce qui n'a pas marché.
Ils vont faire une version 2 un peu améliorée,
une version 3 encore un peu améliorée
et comme ça, à chaque lancement,
ils essaient de corriger
ce qu'ils ont vu sur le lancement d'avant
au prix de beaucoup d'explosions.
Ce qu'une agence nationale,
une agence publique
ne peut pas se permettre
puisque là, vu que c'est de l'argent public,
le public râlerait un peu.
Ce serait du gâchis.
En comparaison,
le SCLS qu'on pourrait dire
est l'équivalent NASA,
donc l'équivalent public
qui est la nouvelle fusée lunaire américaine.
C'est des années et des années de développement.
On est sur une quinzaine d'années
de développement.
Mais en revanche,
ça a marché du feu de Dieu
dès le premier lancement.
Ils ont fait un lancement parfait,
il n'y a pas eu d'explosion,
tout va bien.
Donc, c'est vraiment
deux philosophies différentes,
mais c'est pour ça qu'il y a
également autant de vols
Super Heavy, Starship
qui se sont succédés.
Et en fait, à chacun d'entre eux,
SpaceX va un peu plus loin,
améliore un peu les choses.
Et donc là, pour ce cinquième vol,
ils voulaient récupérer,
ils ont tenté,
ils ont réussi la récupération
de ce premier étage.
Pourquoi c'est important ?
Parce que tu m'as parlé,
j'ai bien compris,
l'idée, l'objectif, le but,
c'est Mars.
On est d'accord ?
Pourquoi c'est important
de récupérer cette fusée ?
C'est une question
de modèle économique,
puisque c'est des engins
qui sont tellement compliqués
et quand même, mine de rien,
chers à construire,
que déjà, on ne va pas
en faire 25.
Donc, l'intérêt de le récupérer,
il est déjà là-dessus,
en termes vraiment économiques.
Ensuite, dans l'architecture
des missions,
c'est un peu compliqué,
mais en gros, Starship,
donc la partie supérieure,
quand il arrive dans l'espace,
il est propulsé par Super Heavy,
mais il doit faire quand même
un bout de chemin tout seul.
La petite capsule ?
Je fais 50 mètres,
donc ce n'est pas
une petite capsule.
C'est vraiment,
encore une fois,
on change d'échelle
avec Super Heavy Starship.
Quand il arrive dans l'espace,
il a cramé tout son carburant.
Il n'en a plus.
Donc, ce qu'il faut faire,
c'est le re-remplir en orbite.
Et pour ça,
il faut renvoyer
un autre Starship,
plein de carburants cette fois,
et qui vont s'appairer
dans l'espace.
Il va donner du carburant
et il faut faire
plusieurs ravitaillements
comme ça.
C'est un ravitaillement
en vol, en fait.
Voilà,
il faut en faire plusieurs.
Donc, c'est quand même
beaucoup plus simple
si on peut le faire assez vite,
ce ravitaillement.
Donc, l'idée,
c'est de récupérer
le premier étage
de Super Heavy
quand il se pose,
donc du booster,
de l'étage propulsif,
de le récupérer
et de le relancer
dans la même journée
pour qu'il aille ensuite
ravitailler Starship.
Et une fois que Starship
est plein en orbite,
il peut poursuivre son voyage
tout d'abord vers la Lune
puisque le programme
fait partie de l'architecture
conçue par la NASA
dans le programme Artemis,
qui est le programme américain
de retour vers la Lune.
Il y en aura besoin.
Tu m'avais déjà parlé ici.
Il y a plein de liens à mettre.
L'épisode est toujours disponible
pour ceux qui ont envie
d'aller l'écouter.
Et vers Mars, in fine,
c'est une opération
qu'il faudra faire.
Donc la logique
de SpaceX derrière,
c'est qu'on envoie
un véhicule qui est vide en haut
et on multiplie les lancements
pour le remplir.
Une fois qu'il est bon,
on envoie les astronautes,
on les met dedans
et puis hop, ils partent
avec un véhicule
qui, du coup,
a fait le plein
avant de partir vers Mars.
Si tout fonctionne
comme prévu,
parce que j'imagine
qu'il y a un plan de bataille,
tout ça, c'est à horizon combien ?
La Lune d'abord.
La Lune,
puisqu'encore une fois,
c'est elle qui conditionne tout.
Les hypothèses
les plus optimistes
parlent de 2027.
Je pense qu'on le verra
d'ici la fin de la décennie,
mais il y a encore
beaucoup de travail à faire
du côté de...
La NASA est prête.
Elle a sa fusée.
Pour la partie Lune.
En gros,
pour aller sur la Lune,
on construit
une station spatiale
en orbite autour de la Lune
qui sera la successeuse
de la station
spatiale internationale.
La NASA se charge
d'amener les astronautes
là-bas
avec sa fusée lunaire,
le SLS dont j'ai parlé
et la capsule
construite par la NASA
qui s'appelle Orion.
Ça, ça a été testé.
Il y a eu le vol Artemis 1
qu'on a couvert sur RFI
et on a fait une émission
ensemble là-dessus.
Donc ça, c'est bon,
ça marche.
Il y aura Artemis 2
où ils vont faire
un tour de Lune,
cette fois habité
avec des astronautes.
Et pour Artemis 3,
en fait,
la NASA va amener
les astronautes
dans la station lunaire
en orbite autour de la Lune
qui s'appelle le Gateway
et les attendra là-bas
un Starship de SpaceX
qui s'a chargé,
en gros,
de faire l'ascenseur
entre la station lunaire
et le sol.
Ça veut dire que la NASA
et SpaceX
travaillent ensemble
sur ce projet.
C'est dans la logique
de la NASA
de sous-traiter au privé
ce qu'elle faisait avant
pour se concentrer
sur des trucs plus chers,
en gros.
Donc elle a lancé
un appel d'offres.
Il y a plusieurs entreprises
qui ont répondu à celui-ci.
Pour la Prolescroix,
c'est les missions
Artemis 3, 4, 5,
donc les trois premières.
C'est SpaceX
qui a gagné le contrat
pour servir d'ascenseur
et faire le véhicule
d'atterrissage sur la Lune
d'où sortiront
les astronautes.
Donc ça,
pour y arriver,
il faut d'abord
amener le Starship,
donc le vaisseau
qui est en haut
de Super Heavy
jusqu'à la Lune.
Et comme je te l'ai dit,
quand il arrive dans l'espace
en orbite terrestre,
il est vide.
Il n'a plus de carburant.
Donc il faut le remplir.
Et ça, c'est quelque chose
qui n'a encore jamais été fait
dans l'histoire.
Donc il faut tester
les technologies.
Ce n'est pas simple
de faire un transfert
de carburant
entre deux véhicules
qui sont en apesanteur
parce que ton carburant,
il n'est pas collé
en fond de cuve.
Il vole dans tous les sens
donc il faut faire
des systèmes de pompe,
de gaz pour le pousser.
C'est compliqué.
Ça, ils vont le tenter
normalement lors du vol 6
de Starship Super Heavy.
Donc le prochain test
qu'ils vont faire,
normalement,
il y aura peut-être
une tentative de transfert
de carburant comme ça.
Donc il y a pas mal
de jalons à passer encore.
Tes astronautes, après,
il faut que Starship,
il ait un support vie,
comme on dit.
C'est-à-dire qu'il soit
capable de leur apporter
de l'électricité,
de l'oxygène pour respirer.
Il faut qu'il soit capable
de se poser sur la Lune.
Il faut qu'il soit capable
de redécoller.
Il faut qu'il soit capable
de s'amarrer et se désamarrer
du Gateway,
donc de la station spatiale
en orbite autour de la Lune.
Tout ça, c'est des choses
qui n'ont pas encore été testées.
Et la NASA,
quand on met des astronautes
de la NASA dans un véhicule,
elle veut être sûre.
C'est bordé.
Parce qu'aux Etats-Unis,
il ne faut jamais oublier,
il y a eu les deux catastrophes
des navettes,
Challenger et Columbia,
qui ont tué 14 personnes
en monde de vision à chaque fois.
Ça a été des traumatismes.
Donc c'est des choses
qui sont bordées,
qui sont testées.
Donc c'est pour ça,
2027,
ça paraît très optimiste
pour la première mission
habitée vers la Lune,
Artemis III.
Mais je pense qu'on le verra
d'ici la fin de la décennie.
SpaceX, la NASA,
on parle côté américain.
Il n'y a que eux
qui sont intéressés
par ce programme-là.
Les Européens n'existent pas,
pas plus que les Russes
et les Chinois
sur ce volet-là ?
De retour vers la Lune ?
Ben non, non, non.
La Chine a un programme autonome.
Et justement,
toute la question,
c'est est-ce qu'ils vont y arriver
avant les Etats-Unis ?
Puisqu'ils avancent bien,
ils avancent à leur rythme
et ils disent
qu'ils vont faire des choses
et ils font des choses.
Et les Russes
ont signé un document
comme quoi ils iraient
avec les Chinois,
mais on n'a pas vu grand-chose
se concrétiser là-dessus.
Non, le programme Artemis,
c'est un programme international.
La NASA a mis en place
ce qu'on appelle
les accords Artemis,
qui est un accord en gros juridique
où ils se répartissent un peu
avec la communauté internationale
à qui je te construirais
un véhicule
qui roulera sur la Lune,
un rover,
en échange d'un siège
à bord d'une mission Artemis.
L'Europe est en train
de développer
un système de cargo
pour amener du matériel
sur la Lune
et un système
de télécommunication
puisque le but à terme
du programme Artemis,
c'est vraiment de faire
une base humaine sur la Lune,
donc il faut avoir
un système de télécom
sur place
pour qu'ils puissent échanger.
Donc en fait,
des pays apportent
des petites briques
technologiques
sur la construction
de la station lunaire également
en échange de places
à bord du programme Artemis.
Le titre de cet épisode,
c'était
Y a-t-il vraiment
SpaceX
et les autres ?
La réponse à ça du coup ?
Oui,
parce que ce n'est pas
les mêmes visions.
C'est sûr que sur la réutilisation
comme ça,
SpaceX est le seul.
Sur l'échelle de Super Heavy
et Starship,
SpaceX est le seul.
SpaceX fait également
Starship et Super Heavy
parce que son modèle économique
tient beaucoup
à ce qu'on appelle
Starlink.
Starlink,
c'est une constellation
de satellites.
Ils prévoient d'envoyer
42 000 satellites en orbite
autour de la Terre
pour fournir un accès à Internet
en tout point du globe.
C'est-à-dire que même
les pingouins auront
accès à Internet.
C'est un peu la critique
qu'on leur fait
puisque 42 000 satellites
en orbite,
ça gâche le ciel nocturne
et ça a des conséquences
pour les astrophysiciens
et les astronomes
qui regardent le ciel.
Bref, parenthèse fermée,
ils vendent ensuite
des abonnements Starlink
à toi, à moi,
un peu partout dans le monde
et c'est comme ça
qu'ils font du cash.
Pour déployer 42 000 satellites,
aujourd'hui,
ils les font 60 par 60
avec Falcon 9.
Donc ils lancent 2 à 3 fois
par semaine Falcon 9
mais bon,
il y a quand même
un problème d'échelle
avec Super Heavy
et Starship.
Tu peux envoyer
des astronautes,
tu peux envoyer du cargo
mais tu peux envoyer
des Starlink également.
Donc SpaceX en a besoin
pour développer
sa constellation de satellites.
C'est également là-dessus
qui sont particuliers,
c'est cette interconnexion
entre leur activité
de lancement
mais également de service
dans l'espace.
Défi technique,
économique
et politique aussi,
évidemment.
Après,
on entend beaucoup
notamment des critiques
en Europe
sur l'Europe est à la traîne,
il n'y a pas de SpaceX européen.
Est-ce que l'Europe
en a besoin ?
C'est une autre question.
En Europe,
on lance 12 satellites par an.
Est-ce qu'on a besoin
d'une machine réutilisable
qui est capable de lancer
200 satellites d'un coup
en orbite ?
Est-ce que ça vaut le coup
de dépenser des milliards
là-dedans
pour un besoin
qu'on n'a pas ?
En Europe,
pour l'instant,
a priori,
on ne veut pas envoyer
nous-mêmes nos astronautes
dans l'espace.
On préfère faire appel
aux autres.
Est-ce que ça vaut le coup
de dépenser dans des moyens
pour envoyer des astronautes
dans l'espace ?
C'est les questions qui se posent.
En tout cas,
aujourd'hui,
l'Europe n'a pas ces besoins-là
donc n'a pas l'intérêt
de développer
de mégalanceurs
comme le fait SpaceX.
Cela dit,
elle se tourne vers la réutilisation
parce que maintenant,
SpaceX a montré
que c'était faisable,
que c'était économiquement viable
mais l'Europe s'est dotée
d'Ariane 6,
son nouveau lanceur lourd,
successeur d'Ariane 5
Très critiquée
puisque déjà sur le papier,
elle apparaît déjà dépassée.
C'est une fusée consommable
qui ne veut que une fois.
Il faut en reconstruire une
à chaque fois.
Avait-elle besoin
de faire autrement ?
Non, aujourd'hui.
Mais après,
il y a toute la question
d'acquérir des technologies.
C'est toujours bien
de faire de la recherche
et développement
pour avoir d'autres cordes
à son arc.
Donc il y a des projets européens,
de lanceurs réutilisables
mais on est encore
à l'état de projet.
Merci beaucoup en tout cas,
Simon, d'être de nouveau
passé chez moi
et puis tu m'as donné une idée.
Tu viens me ramener
à compter la pollution
des satellites
dans le ciel,
comme ça.
On rejoint
tes deux domaines,
l'environnement
et l'espace.
Merci, Simon.
Merci.
Et merci à vous
d'avoir écouté cet épisode.
N'hésitez pas
à le partager
à partir
de vos plateformes
de podcast.
J'en profite également
pour vous rappeler
que nous sommes disponibles
sur la chaîne YouTube
de RFI
à très vite.