Abonnez-vous http://bit.ly/InaParisVintage La Tour Montparnasse | FR3 | 29/01/1975 La Tour Montparnasse a remplacé la vieille gare parisienne. Imaginée en 1958 et inaugurée en 1973, la Tour Montparnasse offre à ses occupants le confort et les avantages d’une ville moyenne au sein d’un édifice de plus de 200m de hauteur. FR3 a rencontré les nouveaux occupants de la tour et explique le fonctionnement et la vie quotidienne dans ce nouvel ensemble d’un Paris moderne.
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Paris à ses pieds, une atmosphère de luxe, un service feutré, d'aimer de choix,
font de ce restaurant l'un des atouts majeurs d'une tour qui se veut prestigieuse.
Eh bien voyez-vous, quand cette grande opération fut décidée en 1958,
ça n'a pas été le hasard.
Une analyse très poussée de sites avait été réalisée
qui aboutit à la conclusion que Montparnasse était un des trois points de Paris
les mieux desservis en moyens de transport en commun.
Les moyens de transport en commun, ce n'est pas parce que les crises récentes en font parler,
mais c'est vraiment les artères vitales d'une grande agglomération.
Qui dit transport en commun dit moyens d'arriver rapidement en un point,
c'est-à-dire moyens d'établir des rencontres, des échanges.
Montparnasse, c'était déjà des échanges, c'était les artistes du monde entier.
Eh bien les échanges, c'est aussi dans le monde moderne la vie des affaires
et c'est essentiellement cet aspect de communication facile qui a fait décider cette opération.
Puis par ailleurs, la ville a besoin de se rénover.
La ville est un être vivant qui a besoin d'avoir certains points forts.
On peut avoir du tissu interstitiel plus léger consacré à les résidences,
mais Paris a toujours été une ville où le travail coïncidait avec la résidence.
Le bureau est l'atelier des temps modernes.
Il ne faut pas faire partir le travail de la ville.
On peut l'emmener à l'extérieur pour des besoins de desserrement,
mais il faut toujours que la ville reste un élément, un site pour le travail.
Monsieur, est-ce que pour un PDG, pouvoir se permettre de s'installer à la tour Montparnasse,
ce n'est pas un peu une consécration ?
Pour certains, peut-être.
Mais enfin, je considère que dans la plupart des cas, ce n'est pas ça qu'il faut y voir.
Il faut considérer que l'installation dans la tour doit être motivée par autre chose
qu'une carte de visite ou, disons, une publicité de 200 mètres de haut.
Et en ce qui concerne notre entreprise, alors absolument pas.
Ça n'a pas été du tout une opération prestige, bien loin de là.
Ça a été après une étude assez approfondie de ce que l'on cherchait,
de ce que l'on voulait, de ce que l'on jugeait nécessaire pour la marge de l'entreprise,
que nous avons décidé de nous installer ici.
Nous ne pouvions pas être dans la périphérie de Paris.
D'autre part, nous avons une société qui n'est pas énorme,
mais avec un personnel très intégré.
Les gens travaillent tous les uns avec les autres.
Il n'y a pas de cloison entre les services, entre les départements.
Il était donc indispensable que l'ensemble du personnel soit rassemblé sur un seul niveau,
sur un seul étage, puisque, en notre plan, ça évitait les déperditions d'énergie,
je ne pense pas parler de perte de productivité,
mais enfin, on pourrait le dire, sur le temps passé en circulation verticale.
Et ça, c'était quand même très important.
Et, ma foi, ici, nous avons trouvé quand même des niveaux d'une assez belle superficie.
Ceci dit, dans ce qu'on est bien obligé d'appeler la période de crise actuelle,
vous ne pensez pas qu'il y a là un risque ?
Parce que ça a dû vous coûter très cher.
C'est un risque certain.
Comme tous les risques, il faut les calculer avant.
Quand nous avons décidé de nous installer ici, c'était en 1971, fin 70, début 71.
Nous avons quand même calculé ce que nous pouvions faire et ce que nous ne pouvions pas faire.
Mais je dois dire une chose, c'est qu'à l'heure actuelle, étant donnée la situation économique,
la situation commerciale, nous ne prendrions plus maintenant la même décision.
A quel étage sommes-nous ici, madame ?
Nous sommes au 43ème.
Et vous n'êtes pas sujette aux vertiges ?
Ah non, pas du tout. Certaines personnes ici, mais moi, personnellement, non.
Depuis combien de temps travaillez-vous dans la tour ?
Ça va faire un an, maintenant.
Et le bilan vous paraît comment ? Satisfaisant, positif ou au contraire désagréable ?
Écoutez, moi personnellement, j'aime assez la tour.
Il y a des avantages et bien sûr des inconvénients.
Mais je vais d'abord commencer par les inconvénients.
Il a été très difficile de se faire à la climatisation.
Pourquoi ?
Certaines personnes, moi je n'en ai pas souffert, mais certaines personnes sont un peu claustrophobes et ont besoin d'air, si vous voulez, se manquent.
On ne peut pas ouvrir les fenêtres, il faut s'y faire, il faut s'habituer.
Et le fait aussi de rester dans la tour toute la journée, si vous voulez, de 9h à 6h du soir, puisqu'on a un restaurant d'entreprise.
Et ça, vous prenez vos repas ici ?
Oui, c'est pratique, effectivement.
Mais je crois qu'il faut prendre une demi-heure, trois quarts d'heure pour sortir, pour s'aérer un peu, pour sortir un peu de la tour.
Le restaurant inter-entreprise, dont tout copropriétaire de la tour doit obligatoirement assumer sa part de charge, est en réalité un libre-service.
Mais un libre-service de grande classe, par son aménagement à la fois rationnel et agréable, par le vaste choix des plats offerts
et par un louable effort d'imagination qui permet aux habitués, s'ils le désirent, d'introduire mille fantaisies dans leur menu.
Un système de cartes payables d'avance évite les longues files d'attente devant la caisse.
Les salles peuvent, sans accroc, absorber un roulement de 5500 couverts par repas.
Vous déjeunez tous les jours ici ?
Non, pas moi.
Médio, médio.
Est-ce que c'est bon ? Vous êtes contentes ?
C'est très variable.
Vous êtes privilégiée parce que vous travaillez dans la tour, ou au contraire, victime ?
Voilà des victimes qui paraissent bien gaies.
En réalité, le restaurant comme sa coquette cafétéria ont surtout un défaut, ils sont en sous-sol.
Ce qui explique ce besoin des occupants de la tour de prendre l'air durant la pause repas.
Qu'est-ce que vous faites durant cette demi-heure de promenade ?
Il y a le choix, puisqu'il y a un centre commercial que vous connaissez qui est quand même important, énormément de boutiques.
C'est un tout petit peu cher à mon avis, mais c'est très pratique.
Pour le peu de temps que l'on a, lorsqu'on est à faire des courses, c'est quand même agréable.
Le grand avantage de la tour, c'est sa facilité d'accès surtout à mon avis.
Il y a des moyens de transport vraiment très efficaces, les autobus, le métro, la gare, c'est vraiment très central.
Les ascenseurs, comment sont-ils ?
Très rapides. Vous avez pris l'ascenseur ?
Oui, j'ai pris l'ascenseur.
Je n'ai pas trouvé de queue, effectivement.
Nous avons un ascenseur direct pour le 43ème étage.
Vous ne l'attendez jamais ?
Pas tellement, non. Il y a quand même 4 ou 5 ascenseurs.
L'étage le plus surexcitant de la tour est évidemment le dernier, le 56ème.
Des ascenseurs directs y conduisent.
Votre ascenseur monte à quelle vitesse ?
6 mètres secondes.
Il met combien de temps pour parcourir les 56 étages ?
37 secondes.
Et vous faites ça combien de fois par jour ?
Vous savez, je ne les compte plus.
Ça ne vous fatigue pas ?
Un petit peu les jambes.
Ça ne vous effraie pas de savoir que vous avez en dessous de vous 200 mètres, un peu plus de 200 mètres, un trou comme ça ?
Je n'y pense même pas.
Une large partie du 56ème est occupée par le restaurant panoramique.
Paris à ses pieds, une atmosphère de luxe, un service feutré, d'aimer de choix,
font de ce restaurant l'un des atouts majeurs d'une tour qui se veut prestigieuse.
Le 56ème, c'est aussi le Belvédère.
Le Belvédère, paradis des enfants, mais également de tous les amoureux de Paris,
à qui la découverte de leur ville, vue ainsi d'en haut, procure un enchantement sans fin.
Plus que nulle part ailleurs, c'est ici que l'on peut se convaincre que la Tour Montparnasse,
malgré tous les reproches qu'on s'accorde à lui adresser,
fait largement teneur à ceux qui l'ont conçue, comme à ceux qui en organisent aujourd'hui l'existence.
Est-ce que c'est beau Paris vu d'en haut ?
Oui, c'est beau.
C'est très joli.
C'est la première fois que vous venez sur la Tour ?
Oui.
Et ça vous plaît ?
Oui.
Vous aimeriez revenir ?
Oui.
Ça ne vous fait pas un peu peur cette immense Tour ?
Si, un peu.
Et l'ascenseur ?
Ça va vite.
Vous aimeriez monter encore plus haut ?
Oui.
Le problème de la distribution du courrier n'a pas été l'un des moindres,
qu'il a fallu résoudre pour faciliter la vie dans la Tour.
Situé lui aussi au deuxième sous-sol,
le sedex de la Tour fait office de bureau de poste miniature.
Capacité, 60 000 lettres et colis par jour.
Nous avons assisté aux opérations depuis l'arrivée du courrier et au tri,
jusqu'au moment où les occupants de la Tour viennent vider leurs casiers respectifs.
Monsieur, la puissance économique du Japon lui permet d'être présent à l'heure actuelle à peu près partout.
Oui.
Il n'est donc pas étonnant pour nous de trouver que ce 35e étage de la Tour Montparnasse est en fait un étage japonais.
Oui.
J'aimerais quand même que vous me disiez qu'est-ce qui a pu convaincre une grande société de commerce international,
telle que la vôtre, une société japonaise donc, de s'installer à la Tour Montparnasse.
Eh bien, du fait, comme vous avez dit, de la puissance économique japonaise et de l'expansion de notre société,
il nous a fallu quelque chose de, comme disent les Anglais, up-to-date, de tout à fait moderne.
Et la Tour nous fournissait l'espace, la commodité, n'est-ce pas,
et tout désirable pour une société dans notre standing.
Parmi toutes les succursales de notre société, et nous en avons 100 à peu près, vous le remercierez,
c'est la plus belle et la mieux aménagée, nous pouvons dire.
Ne craignez rien, la Tour n'est pas près de s'écrouler.
Nous sommes au deuxième sous-sol, au poste de sécurité.
Cet appareil permet le contrôle constant de toutes les installations techniques de la Tour.
Il indique par exemple à distance la température des 3000 points les plus vitaux de ces installations.
Quant à ce pupitre, couplé à un système de ronde et de surveillance,
il permet de donner l'alerte au moindre incident.
Poste 1, pour un exercice au troisième étage, intervention.
Entendu, nous arrivons.
Tout ce qui a été inventé de mieux pour combattre les incendies a été prévu dans la Tour.
Les plafonds sont hérissés de détecteurs de chaleur ou de fumée.
Des colonnes humides courent le long des niveaux.
Elles peuvent écraser sous large et puissant n'importe quel foyer qui se déclarerait.
Des portes coupe-feu, placées aux endroits névralgiques,
isolent en quelques secondes tout secteur menacé.
Leur fermeture bloque automatiquement la marche des ascenseurs.
La Tour compte 25 ascenseurs, 2 montes-charges et, fait extrêmement rare, 4 escaliers de secours.
Nous nous trouvons dans une des salles de contrôle des ascenseurs.
Ici, tout est programmé électroniquement.
Ces appareils prennent en charge les différentes cabines,
leur assurent un équilibre constant, règlent leur vitesse, commandent leur arrêt en douceur.
Monsieur, lorsque la Tour sera complètement habitée,
elle hébergera tous les jours une population de 25 000 personnes,
c'est-à-dire l'équivalent d'une sous-préfecture comme Chartres.
Alors, qu'est-ce que ça représente que d'être le syndic d'un tel ensemble ?
Eh bien, effectivement, c'est une ville, une petite ville dans la ville,
où se posent tous les problèmes d'une ville, les services techniques,
car il faut fournir le froid, le chaud, les services d'entretien.
Nous avons 200 à 250 personnels d'entretien, femmes de ménage,
qui prennent possession de ces immeubles le soir.
Les services de gardiennage, 40 gardiens, les pompiers, la sécurité,
car nous avons 40 pompiers attachés à cet immeuble,
et la sécurité est un de nos impératifs majeurs.
Et puis aussi, il y a les rapports, j'allais dire, d'un maire avec ses concitoyens,
car le syndic est un homme élu toutes les années,
et l'Assemblée Générale des Coopérataires choisit le syndic.
Donc, effectivement, c'est une ville, avec des rapports aussi de solidarité.
Et cette ville s'organise peu à peu.
Il y a des tas de choses qui vont très au-delà de ce que l'on peut penser
dans un ensemble immobilier se mettre en place.
Récemment, les copropriétaires ont souhaité instaurer pour le personnel
des cours de formation permanente, des cours de langue,
des cours des techniques de communication.
Donc, peu à peu, dans ces immeubles conçus par nous, s'instaure la vraie vie,
avec, en plus, la chose merveilleuse d'avoir cette ville.
Vous dites Charpes, moi je dis généralement Bar-le-Duc,
qui est dans un des quartiers les plus vivants de Paris,
et que nous voulons absolument maintenir dans Paris,
et ne faisons pas bande à part.
Nous sommes dans la ville.
Et la ville nous rend beaucoup ce que nous espérons lui avoir apporté.
18 heures. La tour achève de se vider de ses occupants.
Les dernières grappes d'employés s'écoulent des ascenseurs vers la sortie.
C'est à ce moment que le bataillon du service d'entretien s'empare de la tour.
Il se répand dans les étages et entreprend,
dans le fracas des machines à laver les carreaux
ou des aspirateurs à grande puissance, de faire la toilette de la tour.
Au même moment, la tour se débarrasse de ses cartons,
de ses cajots, de ses papiers, de ses emballages,
de ses déchets et détritus de toutes sortes.
153 m3 tous les jours,
qu'il aurait été impossible de traiter sans ce compacteur,
installé au deuxième sous-sol,
qui réduit en moyenne ce qu'il y a de plus important dans la ville.
Et qui l'absorbe à 6% de son volume initial.
Lorsque le caisson du compacteur est plein,
il ne reste plus au camion gru
qu'à l'emporter vers une des usines de récupération d'ordures de la région parisienne.
Je vous répète ma question, bilan favorable, défavorable ?
Favorable.
C'est assez agréable de travailler à la tour, franchement.