LE PAYS BASQUE - Les 100 lieux qu'il faut voir - Documentaire complet

Le Pays préféré des Français
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37 Vues de vidéo·28 oct. 2024
Nous vous emmenons en promenade au Pays basque, au pays Quint, territoire espagnol mais administré par la France, puis à Mauléon, sans oublier Saint-Jean-Pied-de-Port.
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Les 100 Lieux qu'il faut voir : Le pays Basque
Un film d'Isabelle Le Guen
Une production Morgane
Vous aimez la France ?
Vous aimez la parcourir, la découvrir, partir à sa rencontre ?
Vous avez même parfois l'impression de bien la connaître.
Nous avons tous une petite plage, une petite crique, une clairière,
un hameau ou un chemin qui n'appartient qu'à nous,
loin des sentiers battus,
et que nous ne voulons partager qu'avec ceux que nous aimons.
C'est cette France-là que nous voulons vous faire découvrir,
à travers 100 lieux qu'il faut absolument voir dans votre vie.
Aujourd'hui, nous parons dans le Pays basque.
Entre Pyrénées et océan Atlantique,
ce petit territoire est surtout très apprécié pour ses immenses plages,
le long de la côte.
Mais vous allez voir que ce pays bénéficie également d'un patrimoine,
d'une richesse insoupçonnée.
Au cours de ce voyage, nous vous emmènerons découvrir Saint-Jean-de-Luz,
ravissante ville côtière bordée de sable fin
et renommée dans le monde entier.
Puis, nous partirons dans les terres visiter Saint-Jean-Pied-de-Port,
lieu de passage obligatoire des pèlerins en route vers Compostelle.
Enfin, nous nous promènerons à Moléon, capitale de la très célèbre espadrille,
avant d'aller nous perdre dans la nature sauvage environnante,
véritable écrin de verdure au beau milieu des montagnes.
Mais vous allez voir que cette escapade vous réservera encore bien d'autres surprises.
Et ce sont bien sûr d'authentiques Basques,
fiers de leur pays et de ses traditions, qui nous les présenteront.
Grâce à eux, vous allez plonger au cœur d'un territoire exceptionnel, unique en France.
C'est à Saint-Jean-de-Luz, sur la côte basque, que nous commençons notre voyage.
Célèbre pour ses impressionnantes falaises découpées,
ses plages de sable fin et son port de pêche pittoresque,
Saint-Jean-de-Luz est la station balnéaire la plus réputée de la côte basque.
Louis XIV, l'empereur Napoléon III et sa femme l'impératrice Eugénie,
tous ces grands noms ont été séduits bien avant nous par cette ville,
qui fort heureusement a su préserver son authenticité
et témoigne encore aujourd'hui de son riche passé maritime.
Né à Saint-Jean-de-Luz il y a 41 ans, Sébastien est un véritable enfant du pays.
Il adore sa ville et c'est donc en toute logique qu'il sera notre guide pour la découvrir.
Moi je suis né ici, je ne partirai pour rien au monde,
parce qu'on a un super cadre de vie, il y a plein de choses à faire,
c'est jamais pareil, il y a la plage, il y a la montagne,
c'est vraiment un super endroit pour vivre et très convoité je pense.
Anguilletori Leneri, et pour ceux qui ne parlent pas le basque,
bienvenue à tout le monde.
Si vous cherchez le plus beau point de vue sur la ville de Saint-Jean-de-Luz,
c'est incontestablement sur la colline de Sainte-Barbe que vous trouverez votre bonheur.
Ce site privilégié vous offrira le plus beau panorama sur la ville et sa baie.
C'est d'ailleurs ici même que Myriam, une guide passionnée et intarissable sur l'histoire de sa ville,
retrouve Sébastien.
Alors on prend le soleil un peu ?
Tu m'étonnes.
Ou tu admires la ville ?
J'admire la ville.
Alors c'est vrai qu'on a une superbe vue d'ici, regarde par exemple,
tu vois tout ce qu'il y a à droite de l'église, c'est le vieux quartier de Saint-Jean-de-Luz,
avec les maisons d'armateurs, le port, etc.
Et à gauche de l'église, c'est l'extension un petit peu balnéaire de la ville.
Tu sais comment on dit Saint-Jean-de-Luz en basque, je suppose ?
Donibane Eloitzouné ?
Bien !
Tu peux m'expliquer un peu plus ?
C'est vrai ?
Alors Donibane, c'est Saint-Jean en basque.
Ibane, c'est le prénom Jean, tu dois savoir ça.
Eloitzouné désigne le terme de marécage.
Eloitzouné, par contraction successive, est devenu Luz.
Toute la partie qu'on va voir tout à l'heure qui parle du port, on était autrefois sur des marécages.
C'est de là que vient le mot de Saint-Jean-de-Luz.
Une explication qui a le mérite d'être claire.
Vous ne serez donc pas surpris si la première étape de notre balade à Saint-Jean-de-Luz
prend pour point d'ancrage son ravissant port coloré, digne des plus jolies cartes postales.
C'est le lieu emblématique de la ville.
Il est, depuis le XVe siècle, essentiel pour l'économie du Pays Basque.
Autrefois, on pêchait la baleine ici ? Comment ça se passait ?
Il faut savoir que la baleine était dans tout ce qu'on appelle le golfe de Gascogne.
Elle était proche de nos côtes.
Il y avait des tours de gais qui étaient installés le long des côtes.
Dès qu'une baleine approchait, les embarcations partaient sur l'eau.
Pour chasser la baleine, elle l'épuisait à coups de harpon, la ramenait sur les grèves et là, elle était dépecée.
Malheureusement, elle s'éloignait de nos côtes.
On a été jusqu'à Terre-Neuve.
Au XVIe siècle, on s'est tourné vers la pêche à la morue dans les eaux de Terre-Neuve.
Ce qui a fait un petit peu notre fortune ici à Saint-Jean-de-Luz.
La morue, ça se pêche encore ?
Non, mais d'abord, la morue, il faut savoir qu'elle n'était pas ici.
On la pêche à Terre-Neuve et elle s'est arrêtée pratiquement au XVIIIe siècle,
puisqu'on a perdu Terre-Neuve simplement à ce moment-là.
Puis, on s'est tourné vers la pêche à sardines et la pêche au thon par la suite.
Donc, il faut savoir qu'à un moment donné, on a été le premier port thonier de France dans les années 1950.
Il y avait pratiquement une vingtaine d'usines ici sur Saint-Jean-de-Luz.
Le plus vieux bateau, peut-être que tu le connais ici dans ce port, c'est l'aérochar.
Oui, bien sûr. Ce bateau qui est juste là, il est de 1953.
Sa particularité, c'est qu'il est en forme de chaloupe.
Tu vois, il n'a pas l'arrière-plat comme les autres bateaux.
Il est assez caractéristique des chantiers navals qu'il y avait dans les années 1960 ici.
Dixième port de pêche français, on y dénombre aujourd'hui pas moins d'une quarantaine de bateaux encore en activité.
Mais Saint-Jean-de-Luz n'est pas qu'une ville portuaire.
C'est aussi une ville au patrimoine historique riche.
Nous allons vous faire découvrir à présent un des monuments phares de son histoire,
l'église Saint-Jean-Baptiste, située en plein cœur du vieux quartier de la ville.
Un édifice que connaît bien Sébastien à quelques détails près.
Alors Sébastien, je sais tout ce que tu vas me dire.
Tu connais l'église de Saint-Jean-de-Luz par cœur comme un bon vieux lusien qui se respecte.
Exactement.
Mais je vais peut-être t'apprendre des choses.
Dis-moi.
Il faut savoir que traditionnellement, les femmes restent en neige et les hommes montent dans les galeries.
D'accord.
Tu dois le savoir, ici en Pays Basque, la femme est maîtresse de maison.
Et c'est elle aussi qui s'occupe du culte des morts.
Donc dès qu'il y avait un mort dans la famille, c'est elle qui s'occupait.
Il faut savoir qu'autrefois, il n'y avait pas de cimetière.
On enterrait dans les églises et autour des églises.
Donc la place de la femme était tout naturellement en neige.
Et les hommes, bien sûr, montaient dans les galeries.
Pour s'approcher du ciel.
Pour s'approcher du ciel, évidemment. Ils avaient plus de choses à se faire reprocher.
Que vous soyez dans les galeries ou bien dans le cœur de la neige,
il vous sera impossible de ne pas remarquer cette œuvre monumentale qui orne le fond de l'église.
Un spectaculaire retable baroque du XVIIe siècle.
Par exemple, en bas, tu peux voir un très beau tabernacle.
Au-dessus, tu reconnais peut-être ?
Jean-Baptiste ?
Oui, notre saint patron, évidemment.
Bingo !
Et puis au-dessus, c'est Marie dans l'Assomption.
Et encore au-dessus, on peut voir un personnage avec un globe terrestre.
C'est Dieu le Père, maître de l'univers.
En 1660, un événement marqua profondément la ville de Saint-Jean-de-Luz et ses habitants.
C'est en effet ici que Louis XIV épousa l'infante Marie-Thérèse,
mettant ainsi un terme à l'interminable conflit qui opposait alors la France à l'Espagne.
Un mariage fastueux, encore très présent dans les mémoires.
Dis-moi, ces galeries existaient du temps du fameux mariage de Louis XIV ?
Ah, le fameux mariage de Louis XIV !
Bien sûr, je voulais bien qu'on en parle un petit peu. Il faut quand même l'aborder.
Donc, il y avait toute la cour de France qui assistait au mariage, en fait.
Et puis, il y avait du monde partout.
Donc, il y avait du monde dans les galeries, il y avait du monde contre le mur de l'église
et il y avait du monde à l'extérieur.
Et cette fameuse porte qui, paraît-il, aurait été mûrée en suivant après le passage du couple royal ?
Oh oui, il y en a eu des légendes, en effet, sur cette porte.
En fait, quand on a vérifié un petit peu les archives de l'église,
on s'aperçut que la porte a bien été mûrée après son passage.
Mais en réalité, quand Louis XIV est venu ici, il a trouvé une église en travaux.
Donc, quand Louis XIV est parti, on a décidé de reprendre les travaux de l'église,
donc d'agrandir, si tu veux, le chevet.
Et puis, on s'est aperçus que cette porte devient inutile.
On ouvre le grand portail par lequel on passe habituellement.
Et quand il est pratiquement terminé en 1669,
on mûre la porte par laquelle Louis XIV est passé, effectivement.
Aujourd'hui, un oratoire représentant une crucifixion
dissimule l'emplacement de cette ancienne porte.
De l'autre côté, à l'extérieur de l'église,
vous pourrez y lire une inscription
certifiant que la porte a bien été mûrée juste après le passage du roi.
Une rumeur populaire qui n'est donc pas près de s'éteindre.
Quittons à présent le centre-ville de Saint-Jean-de-Luz
pour nous rendre à quelques kilomètres de là,
sur la ravissante corniche du Rugne.
Un site naturel et protégé que Sébastien souhaite nous faire découvrir.
Il a choisi pour cela de nous faire rencontrer Emmanuel.
Ce viticulteur passionné a fait en 2009 le pari audacieux
de planter sur ses collines deux hectares de vignes.
Dis-moi Manu, d'où ça te vient si c'est de faire de la vigne
sur ce site quand même assez exposé aux vents et tempêtes ?
Alors au départ, je ne pensais pas me retrouver sur la corniche.
Et puis depuis 2005, en fait, avec un de mes amis
qui est un des grands spécialistes des sols viticoles,
on cherchait sur toute la côte basque, les sols les plus adaptés en fait.
Et un jour, on a eu de la chance, ça c'est des terrains
qui appartiennent à la mairie du Rugne.
Et ils venaient de faire un fossé sur tout le long.
On a vu une coupe de sol parfaite.
Et on s'est dit que c'était là ou jamais.
Avec un sol essentiellement composé d'argile,
un vent permanent qui assèche les vignes
et une plus longue exposition au soleil qu'ailleurs,
ce terrain regroupe toutes les qualités nécessaires
au bon rendement d'un vignoble.
Et au niveau du fruit, quand est-ce qu'il est mûr là ?
Là, on n'est pas loin.
Pour le type de vin que je veux faire,
là on n'est pas loin, on doit être environ une semaine.
Ça, ce raisinard, je le vignifie très traditionnellement,
presque la bourguignonne.
Mais si une partie de la récolte d'Emmanuel
est vignifiée traditionnellement dans un chai,
l'autre en revanche est travaillée dans un lieu
bien loin de tout ce que vous pouvez imaginer,
au beau milieu de la baie de Sokoa.
Non, vous ne rêvez pas.
C'est bien sous l'eau, dans ces larges cuves blanches,
qu'Emmanuel vignifie son vin.
Un concept incroyable, totalement inédit en France.
Donc voilà ici, on voit bien où sont les cuves.
Sur le bateau noir de plongée,
il a marré sur une bouée jaune,
et c'est à la verticale de cette bouée,
les cuves sont à 15 mètres sous l'eau.
Les cuves vont rester immergées pendant plusieurs mois
dans l'endroit le plus calme de la baie.
Le but, obtenir un vin très légèrement pétillant
et unique en son genre.
Comment ça t'est venu l'idée de mettre des fûts en immersion ?
En 2000, j'étais en Argentine,
je faisais de l'effervescent en cuve là-bas,
et j'avais été étonné de la dépense d'énergie colossale
uniquement pour reproduire des conditions physiques
qu'on a classiquement dans le milieu marin,
c'est-à-dire une stabilité de température
entre 10 et 13 degrés, la pression et l'agitation.
Et ça Manu, ça existe ailleurs ce procédé ?
Non, moi ce qui m'intéresse c'est vraiment travailler
de fermenter le vin sous l'eau.
Et ça, ça se fait nulle part.
Quand j'ai déposé le brevet, on a recherché,
les seuls qui ont mis de l'alcool en vrac sous l'eau
sont des japonais dans les années 50.
Mais la douce folie d'Emmanuel ne s'arrête pas là.
Si vous croyez qu'il fait vieillir son vin
dans une cave traditionnelle, détrompez-vous.
C'est tout bonnement au cœur de l'ancienne réserve à poudre
du fort de Sokoa qu'il a installé ses chais de vinification.
Un lieu qui était voué à la destruction
et qu'Emmanuel a entièrement réhabilité.
Donc voilà la cave, ou les chais.
Donc là, c'est l'espace où j'entrepose tout le vin.
Ce bâtiment date de la fin du XVIIe,
mais depuis trois siècles et environ 50 ans d'utilisation à peine.
T'as les bonnes caractéristiques pour stocker du vin ici ?
La chance extrême, c'est normalement en bord de mer
qu'il n'y ait pas de cave, à cause des risques de submersion.
Et ici, on est enterré sur trois côtés.
Donc on a une stabilité de température.
On est en pleine obscurité, ce qui, pour mon métier, est parfait.
Mais assez parlé, il est temps pour Sébastien
de déguster avec modération ce vin perlé,
tout droit sorti de l'océan.
Tu vas voir un profil très citronné.
C'est ces arômes-là que j'arrive à attraper sous l'eau.
Et aussi un léger gaz, un petit perlant,
qui renforce la sensation de fraîcheur.
Très bien. Tu en mettrais le casse. Il est bon, celui-là.
Une cuvée atypique, validée par notre guide.
Poursuivons à présent notre escapade
en longeant les falaises abruptes de la corniche basque.
À seulement 6 km de Sokoa,
se dresse fièrement sur la pointe Sainte-Anne
le château d'Abadia.
Pur joyau de l'art néogothique,
il a été bâti entre 1864 et 1879
à la demande d'Antoine d'Abadie.
Ce savant hors du commun était un passionné de géographie,
d'astronomie et de culture orientale.
Pour découvrir au mieux ce monument,
Sébastien peut compter sur Viviane.
Elle est incollable sur l'histoire du château
et de son propriétaire.
Voilà, donc bienvenue dans le château d'Abadia,
château d'Antoine d'Abadie.
C'est magnifique.
Antoine d'Abadie était un explorateur scientifique
qui a souhaité réunir dans sa demeure
ses souvenirs de voyage.
Donc je t'invite à monter au premier étage
pour aller admirer les peintures
qui représentent des scènes de la vie éthiopienne
au XIXe siècle.
Explorateur scientifique,
Antoine d'Abadie a été profondément marqué
par un voyage de 11 ans en Éthiopie
qui lui a permis d'approfondir ses connaissances
sur ce territoire alors méconnu.
Ses illustrations étonnantes
reflètent clairement l'impact
que ce périple a eu sur lui.
Ici, Antoine d'Abadie livre
un véritable compte-rendu ethnographique
avec par exemple ici
les femmes au travail,
également une scène de réception
chez le chef,
le parlement de la tribu Oromo.
Ce sont des textes qui correspondent aux peintures ?
Alors ce sont des inscriptions
en caractère guèze,
c'est-à-dire la langue liturgique
et intellectuelle éthiopienne.
Et effectivement, ce sont les légendes
des peintures qui se trouvent
juste au-dessus et elles ont été
composées par Antoine d'Abadie lui-même.
Une décoration
qui invite au voyage et à l'exotisme.
Mais ce château
était avant tout un lieu de travail.
Témoin de ce passé studieux,
cette superbe bibliothèque en bois
répartie sur deux niveaux.
Celle-ci abritait environ 10 000 ouvrages
du temps de son propriétaire,
dont 300 manuscrits éthiopiens
rapportés de ses expéditions.
Qu'est-ce qui a motivé
tous ces voyages en Éthiopie ?
Antoine d'Abadie avait un rêve de jeunesse
parce qu'il lisait les récits
de l'explorateur écossais James Bruce.
Il souhaitait découvrir les sources du Nil,
une quête qui était
d'actualité à l'époque.
Et c'est pour cette raison
qu'il a été voyager en Éthiopie.
D'accord.
Explorateur, ethnologue et géographe,
Antoine d'Abadie était aussi astronome
et membre de l'Académie des sciences.
Ainsi, dans l'aile nord du château,
une pièce entière
est dédiée à l'étude des astres.
Une salle sobre,
en rupture complète avec le reste de la demeure.
Dans son observatoire astronomique,
il avait fait construire cette lunette.
Ici, on pouvait ouvrir
la totalité des volets
par un système de contrepoids
qui lui permettait d'observer le ciel.
La position du château
a été stratégique ?
C'est une question très importante
puisque c'est l'observatoire lui-même
qui a défini l'emplacement
et l'orientation du château.
Pour l'époque, ça reste un lieu assez exceptionnel.
Effectivement,
parce que c'est un château éclectique.
Il y en a pour tous les goûts,
pour ceux qui aiment le voyage,
ceux qui aiment la science,
ceux qui aiment rêver
avec des univers orientalistes,
également avec
les modes du XIXe siècle
qui est un siècle de modernité
et de découverte.
Antoine d'Abadie est mort en 1897,
mais son observatoire
lui a survécu jusqu'en 1975.
Ce génie visionnaire
ayant légué son château
à l'Académie des sciences.
Pour clore notre escapade
sur la côte basque,
Sébastien nous emmène à Sibourg,
petite ville limitrophe de Saint-Jean-de-Luz.
C'est dans l'auberge de Michel
que vous allez découvrir un plat
qui est ici incontournable.
Bonjour Sébastien, ça va?
Tu tombes au bon moment
pour que je te montre comment on fait le turaud.
Je vais te donner un petit tablier
parce que tu n'es pas venu ici que pour le manger.
Le turaud, c'est le plat traditionnel
de la côte basque.
Il est composé en grande partie
de produits frais, tout droit sortis de la mer.
La base du turaud,
c'est beaucoup de poissons, lesquels notamment?
Alors nous avons de la lote,
du congre, du merlu et des langoustines.
C'est notre base à nous.
Après, toutes les familles ici
ont leur turaud proprement dit.
On va commencer, la première chose
qu'on va faire, je vais te faire travailler un petit peu.
Tu vas faire revenir les langoustines,
tu laisses chauffer, que ça chauffe bien.
Et moi, pendant ce temps, je vais tailler le poisson.
Ce plat typique
est sacré dans le coeur des habitants de la côte.
Et même si de nombreuses familles
et restaurants possèdent leurs propres recettes,
c'est incontestablement
Michel, le grand spécialiste
de ce ragout de la mer.
Tu fais revenir ça.
Tu mets juste la moitié.
C'est un plat de fête à la base
ou c'est un plat qu'ils mangeaient sur les bateaux?
A la base, c'était pas un plat de fête, c'était un plat qu'ils faisaient sur les bateaux
avec des poissons qu'ils ne vendaient pas.
C'est un ragout de poisson.
Maintenant, ça devient un plat de fête.
Parce que vu le prix des poissons et compagnie,
on ne met plus les mêmes poissons qu'avant.
Avant, la lote et compagnie, ils ne le mettaient pas.
Et là, maintenant,
tu rajoutes les oignons.
Avec le temps,
le tioro a acquis ses lettres de noblesse.
Il est même devenu un maire recherché
dans les restaurants.
Un plat qui conserve ses origines simples,
mais pas si facile que ça à préparer,
n'est-ce pas Sébastien?
Nous arrivons à la fin de la préparation.
Notre plat peut maintenant mijoter
tranquillement pendant 10 minutes.
C'est l'occasion pour Michel
de nous en dire un peu plus sur ce restaurant
qui autrefois appartenait à son grand-père.
A la base, c'était une épicerie.
Et les pêcheurs venaient faire leur paye ici.
Donc, ils leur amenaient toute la goudaille.
Le patron donnait aux pêcheurs
et il leur faisait à manger.
Il a commencé à faire ça.
Et puis en 1970, il s'est dit
maintenant on arrête, on fait un restaurant.
Et c'est justement de son grand-père
que Michel tient la recette du tioro.
Une recette qui contient bien des secrets.
Bon Michel, alors après, la marche à suivre?
La marche à suivre,
je ne te la montrerai pas.
Ah bon?
Non, parce que c'est là où intervient
le petit secret que nous avons,
que notre grand-père nous a laissé.
Donc, je t'invite à passer à table
et tu pourras le déguster après
et me dire ce que tu en penses.
A tout à l'heure.
Comme Sébastien, nous n'en saurons pas plus.
Le secret familial étant depuis 40 ans
très bien gardé.
Voilà le tioro Sébastien.
Merci beaucoup Michel.
Qu'est-ce que tu en penses de ton premier tioro?
Très bon, je te remercie.
Je vois qu'on a fait du joli boulot.
Tu es content de toi?
Je suis assez content de moi.
La prochaine étape de notre voyage
dans le Pays Basque nous conduit
à une soixantaine de kilomètres
à l'intérieur des terres,
plus précisément à Saint-Jean-Pied-de-Port.
Cette ravissante cité médiévale
est l'ancienne capitale
de la Basse-Navarre.
Fondée au XIIe siècle
à l'initiative du roi de Navarre,
Sanche II,
cette ville est depuis le Moyen-Âge
un lieu de passage inévitable
sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Elle accueille encore aujourd'hui,
été comme hiver,
de nombreux pèlerins.
Professeur de physique chimie
et d'arts plastiques à la retraite,
Claude est également historien.
C'est lui qui vous emmène
à la découverte de Saint-Jean-Pied-de-Port
et de ses environs.
On est ici en Basse-Navarre,
une des provinces du Pays Basque.
C'est l'endroit le plus bas de la chaîne pyrénéenne.
Donc, inévitablement, ça a été de tout temps,
depuis la préhistoire, un lieu de passage
et un lieu de contact, un lieu d'échange.
Et ça, ça me plaît beaucoup.
Et puis ensuite, c'est toujours un pays vivant.
Le Pays Basque est un pays qui a une culture forte,
un patrimoine très fort,
mais ça ne s'arrête pas là.
Le patrimoine, ce n'est pas simplement
des monuments, des vestiges matériels,
c'est aussi ce que les gens portent en eux.
Pour nous guider au mieux,
Claude a fait appel à Alain,
agent du patrimoine de la ville.
Il nous emmène à la porte Saint-Jacques,
l'une des portes fortifiées de Saint-Jean-Pied-de-Port,
qui constitue l'entrée historique
des pèlerins en route vers Compostelle.
Est-ce que c'est vraiment la porte d'origine ?
Non, justement, cette porte,
elle n'est pas du tout dans son emplacement d'origine
puisqu'à l'époque médiévale,
elle était un petit peu plus haut,
dans la rue Saint-Jacques,
et ce n'est qu'au XVIIIe siècle,
cette porte a été détruite à la fin du XVIIIe siècle
et qu'elle a été replacée ici.
Cette partie-là a été très remaniée
puisqu'on voit très bien
qu'il y a un raccordement postérieur
du XVIIIe siècle
qui monte vers la citadelle,
qui est percée
avec des meurtrières
de façon à protéger
le front nord de la ville.
Comme le veut la tradition,
nous entrons dans la ville
par cette porte chargée d'histoire.
En arpentant la rue de la citadelle,
vous pourrez admirer
les ravissantes maisons basques
typiques de la Basse-Navarre.
Accolées les unes aux autres,
de forme rectangulaire,
elles se caractérisent par l'utilisation
de la pierre de grès rouge,
mais aussi par leur façade.
Certaines sont en colombage,
d'autres totalement en brique,
mais beaucoup ont leur porte d'entrée
surmontée par des linteaux sculptés,
une sorte de carte d'identité
de la maison et de ses propriétaires.
Il y a le nom des habitants
de la maison,
donc du mari et de la femme.
Ah oui, d'accord, on voit très bien.
Yoannèche de Ribéry,
ça c'est le mari,
et Louise du Hald.
Maître et maîtresse de la maison,
de l'André Chénat, puisqu'on donnait
un nom à la maison.
Et il faut savoir qu'au Pays basque,
la maison a un statut vraiment particulier,
c'est-à-dire que certains habitants,
on les qualifie par rapport
au nom de leur maison.
On les appelle avec le nom de la maison.
Par exemple ici, typiquement,
on pourrait appeler Yoannès de l'André Chénat,
de la maison, l'André Chénat.
Et ici, des linteaux comme celui-là,
on en voit très peu ici,
à Saint-Jean-Pied-de-Port,
comme je dis, c'est un esprit un peu de ville.
Mais maître et maîtresse de maison,
c'est quelque chose qu'on retrouve beaucoup plus
dans les campagnes autour de Saint-Jean-Pied-de-Port.
À Saint-Jean-Pied-de-Port,
chaque rue, chaque édifice
plonge les visiteurs dans le passé.
Au XIVe siècle,
fort de son emplacement sur la route
de Saint-Jacques-de-Compostelle,
la ville devient un véritable centre commercial
du Moyen-Âge.
L'édifice dans lequel nous emmènent Alain et Claude
est un véritable témoignage
de ce passé florissant.
Pour mieux le comprendre,
il suffit de descendre cet escalier exigu
jusqu'à cette vaste salle voutée
en ogive.
Donc ici, nous nous trouvons
dans la bâtisse dite de la prison des évêques.
Et plus précisément,
on se trouve au niveau
de la partie la plus ancienne de la bâtisse.
D'accord. On dirait un souterrain.
C'est l'une des plus anciennes constructions de Saint-Jean-Pied-de-Port
puisque cette salle voutée, en fait,
elle date du XIVe siècle.
Donc ici, c'est un endroit qui était très important
pour Saint-Jean-Pied-de-Port
puisque c'était en fait un entrepôt en marchandises.
Le grand entrepôt en marchandises de Saint-Jean-Pied-de-Port.
C'est là qu'on voit que c'était une ville de commerçants.
Une ville de commerçants,
une ville de passage avec beaucoup d'artisans et commerçants.
Un des poumons économiques de Saint-Jean-Pied-de-Port,
c'était vraiment ici.
Donc contrairement à ce que dit le nom aujourd'hui
de cette bâtisse, ce n'était pas une prison.
Non, ce n'était pas du tout une prison
à son origine.
Elle est devenue une prison ensuite au XVIIIe siècle.
Je vois plein de petits signes sur les pierres.
On sait ce que c'est, ça ?
En fait, c'est ce que l'on appelle des marques de tâcheron.
Et c'est des marques qui ont été laissées par les tailleurs de pierres
qui ont construit la salgoutée.
Une signature, quoi.
C'est comme une signature.
Et ça avait une très grande importance pour l'artisan
parce que ça lui permettait de justifier
le nombre de pierres produites en une journée.
Et à la fin de la journée, il allait voir le chef de chantier
et il disait, j'ai produit par exemple
dix pierres et il était payé
en fonction des dix pierres qu'il avait produites en une journée.
Il était payé à la pièce, quoi.
Il était payé à la tâche.
C'est pour ça qu'on appelle ça des marques de tâcheron.
Si vous aimez l'histoire,
vous apprécierez probablement
celle de la citadelle qui domine la ville
de Saint-Jean-Pied-de-Port.
Édifiée en 1628 sous Richelieu,
puis remaniée par Vauban
quelques années plus tard,
elle protégeait autrefois la frontière
entre la France et l'Espagne.
Jusqu'en 1921,
elle a été le lieu de vie de la garnison militaire
qui y avait établi ses quartiers.
Là, on a de la chance
parce qu'on va pouvoir rentrer à la citadelle.
Et oui, normalement, c'est interdit au public.
Normalement, c'est interdit au public
et donc on va rentrer par cette porte royale
et on va rentrer à la place d'armes.
C'est vraiment une petite porte royale.
Oui.
Oh là là, c'est une sacrée architecture quand même.
Voilà.
Aujourd'hui, visiblement, ces bâtiments servent toujours.
Il n'y a plus de garnison militaire depuis 1921,
mais en fait,
aujourd'hui, c'est le collège public
de Saint-Laurent-Pays-de-Port
qui est aménagé ici depuis les années 60.
Un cadre certes peu banal
pour un établissement scolaire,
mais le clou du spectacle,
c'est sans aucun doute
la vue imprenable qu'offre cette citadelle
sur la ville.
Voilà le panorama.
Superbe vue qu'on a
sur tous les quartiers Saint-Laurent-Pays-de-Port.
Très bien l'évolution.
L'évolution de la ville avec les différents quartiers,
les quartiers neufs tout à fait au fond.
Je suppose que tu n'es pas prêt
de quitter cette région et d'aller vivre ailleurs.
Moi, je suis amoureux de cette ville.
Je suis passionné par son histoire,
par son patrimoine, donc pour rien au monde,
je me déracinerais de Saint-Laurent-Pays-de-Port.
Et puis, ce qu'il faut dire aussi,
c'est qu'à partir de Saint-Laurent-Pays-de-Port,
on peut visiter l'ensemble de la Basse-Navarre.
De Saint-Laurent-Pays-de-Port, c'est un petit peu
une voie de passage encore aujourd'hui,
parce que de Saint-Laurent-Pays-de-Port,
on peut aller sur Bayonne, sur la côte basse.
C'est vraiment encore aujourd'hui un carrefour
d'où on peut rayonner vers différents villages autour.
Après Saint-Jean-Pays-de-Port,
Claude a choisi de nous emmener
à 30 kilomètres de là,
un peu plus loin dans les terres.
Car non loin du village de Saint-Martin-d'Arebou,
se trouve un véritable trésor géologique
et archéologique.
Bonjour.
Aude, préhistorienne,
est également guide des grottes
un site emblématique de la préhistoire.
On va avancer jusqu'au chantier archéologique.
Dès le début du XXe siècle,
ce site exceptionnel a fait l'objet de nombreuses fouilles,
révélant ainsi de précieuses informations
sur notre passé.
On a atteint une couche très ancienne.
C'est du temps où il y avait
des ours des cavernes dans la grotte.
Là, on a devant moi
l'énorme et belle dent,
la mandibule.
C'est une mâchoire d'ours qui a été là.
On en a retrouvé beaucoup dans le site.
C'est notre limite des occupations humaines
parce que partout au-dessus,
sur toute la partie supérieure,
on a plutôt cromagnon.
Là, on est tombé sur des âges très anciens
puisqu'on remonte à 40 000 années
sur ces connaissances de ces populations-là.
Là, on a toutes les couches bien visibles.
On peut suivre toute cette couche
parce que toutes les occupations humaines
sont définies en fonction des couleurs
et des textures.
Donc, on a véritablement des chapitres
de l'histoire de l'humanité.
Complètement. C'est un feuilletage
que les archéologues travaillent,
qu'on a travaillé pendant 10 ans.
La salle d'Itzouritz,
beaucoup plus vaste que la première,
était, il y a 17 000 ans,
l'espace de vie des artisans.
En plein cœur de celle-ci
trône un pilier d'art sculpté
en bas-relief.
Juste en face de nous,
on a en réalité
des cervidés qui ont été représentés.
Donc, face à nous,
on a le fameux grand renne
qui est magnifique par sa tête.
Malheureusement, elle est un peu cassée sur l'avant.
Par contre, après, tout est en détail
avec le départ des bois du renne
dans toute cette partie-ci,
sa petite oreille.
Si on suit notre renne,
on a le volume de la cuisse,
les pattes arrières, tout en détail anatomique.
On retrouve les deux pattes,
toujours en détail.
Voilà, exactement.
Les pattes avant, toujours sur des plans différents,
une patte qui est plus courte aussi que l'autre,
et puis le poitras et du renne.
Est-ce que ce sont des œuvres d'art
ou est-ce que ça a un sens ?
Alors, ça peut être un élément pédagogique,
ça peut être un élément sacré.
Le sens, il nous échappe.
Encore un mystère dans cette grotte ?
Un parmi bien d'autres.
Suivez-nous à présent
dans les profondeurs de la Terre.
Quinze mètres de calcaire plus bas,
se trouve la grotte d'Ocho Celaya,
un fabuleux chef-d'œuvre de la nature
façonné par l'eau.
Et voilà,
on entre dans un des joyaux
d'Ocho Celaya, ici.
Et en fait, c'est la salle de musique
naturelle.
L'auditorium.
Autour de nous, il n'y a que des instruments de musique,
c'est la pierre.
Et si on les percute doucement,
ça produit tous les sons qu'on a là.
Une monumentale cathédrale de roches
a coupé le souffle.
Une visite dans les entrailles de la Terre
qui s'achève sur une mélodie
que jouaient peut-être nos ancêtres
il y a des milliers d'années.
Après ces douces sonorités,
laissez-vous envoûter
par les paysages vallonnés de la Navarre,
loin, très loin du tumulte
des villes.
Ici, au détour d'une colline,
vous pénétrerez peut-être sans le savoir
dans le Pays qu'un.
Le Pays qu'un,
quintoa en basque,
est une véritable curiosité territoriale
et administrative.
Un petit bout de terre qui appartient à l'Espagne
mais qui est administré par la France.
Un statut unique que connaît bien Marie-Antoinette.
Elle est née ici
et fait désormais partie
des 25 derniers quintoars,
les habitants de cette enclave si particulière.
Et au Pays qu'un,
on n'est jamais au bout de ses surprises.
Quand on cherche la frontière,
il faut fouiller un peu.
Ah, ça y est, je vois la borne.
Elle était presque cachée, là.
Oui, cachée, la borne.
On ne doit pas l'admirer souvent, quand même.
Ça fait longtemps qu'elle a été posée.
C'est le 139, non ?
Tout à fait.
Et on devrait trouver dessus
les marques qui désignent les autres bornes.
De l'autre côté, théoriquement,
il devrait y avoir le même numéro.
C'est intéressant
parce que 139,
ça veut dire qu'il y a déjà
139 bornes depuis l'Atlantique.
Tout à fait.
Et jusqu'en Méditerranée, il y en a encore
plus de 200.
Vous êtes en Navarre, en ce moment ?
Moi, je suis en Navarre.
Moi, je suis dans la Navarre du Nord, en France.
Oui, en France.
Moi, je suis au pays Kent.
Et la frontière passe entre nous.
On a une frontière.
Ce qui montre bien
l'aberration des frontières.
On a l'exploitation ici,
on a la maison qui est là
et la borne de la maison qui est ici, la grange.
Une frontière entre une maison
et sa grange.
Une situation insolite
qui remonte au 19e siècle.
En voulant régler
des problèmes de pâturage
qui affectaient les relations
entre les bergers français
et leurs homologues espagnols,
le traité des Pyrénées de 1856
a créé le statut si particulier
du pays Kent.
Aujourd'hui encore,
ce territoire est le royaume
des moutons et des bergers.
Michel est un berger quintoare
pure souche.
Bonjour Michel.
Bonjour.
Ça va ?
On est venu vous voir au pays Kent,
mais où exactement ?
Vous êtes dans la propriété de Sous-Biondois.
C'était cette maison.
Et vos parents
habitaient là ?
Moi je suis né là.
Et jusqu'à quelle année
vous êtes resté dans cette maison ?
Ça fait
une quarantaine d'années
qu'on est partis d'ici.
L'activité principale,
c'était l'élevage.
Quelques brebis,
quelques humains.
Vous êtes paysan.
Il y a d'autres bergers
qui sont installés
à proximité ou plus loin ?
Il y en a quelques-uns,
mais je suis l'un des derniers.
Comment voyez-vous
l'avenir de ce territoire ?
Ça m'étonnerait qu'il y ait
quelqu'un après moi
qui commence à traire les brebis.
Mais il y aura toujours des bêtes.
Ils viendront en pâture ?
Oui, on viendra les voir
de temps en temps.
Comment il s'appelle le chien ?
Chippy.
C'est lui qui fait le travail.
Il est plus jeune que moi.
Bon Michel.
Je t'embrasse.
Porte-toi bien.
Rêve qu'il y aura des petits-enfants
qui vont venir encore.
Il faut toujours rêver.
Au revoir.
La relève de Michel
est loin d'être assurée
et le Pékin se désertifie peu à peu.
Alors un conseil,
pressez-vous de découvrir
ce territoire unique,
véritable havre de quiétude
en dehors des sentiers battus.
Rassurez-vous,
notre escapade en terre basque
est loin d'être terminée.
Il est temps à présent
de faire un petit détour
dans le cœur historique
de la province de la Soule,
plus précisément à Moléon.
Bâtie sur les rives du Gave,
cette charmante ville
a des origines qui remontent
à l'époque médiévale.
Mais Moléon s'est considérablement
développée au XIXe siècle
grâce à l'implantation
de l'industrie de l'espadrille.
Claire est conseillère en séjour
à l'office du tourisme
et n'a qu'une envie,
nous faire découvrir
les richesses de sa province
à laquelle elle est profondément attachée.
On n'est pas dans les clichés
des Pays-Basques en Soule.
On n'a pas des toits en tuiles rouges.
C'est atypique.
C'est un petit territoire
avec sa langue à part.
Son architecture est différente.
Il y a un champ qui s'appelle
Gouré-Chibéo-Choclouane.
C'est notre petit coin dessous
qui est un peu loin de tout.
Mais il y a déjà tout,
donc tu n'as pas envie de partir.
Pour Claire,
la première chose à voir
en arrivant à Moléon,
c'est incontestablement
son château-fort du IXe siècle
qui surplombe la ville.
Un avis qu'elle partage
avec son ancien professeur d'histoire,
Joël.
Bonjour.
Bienvenue au château-fort de Moléon.
Comment vas-tu ?
Très bien.
Toi aussi ?
Je suis venue jusqu'ici
pour en apprendre un peu plus
sur le rôle qu'a joué le château
par rapport à la ville
et à notre petite province.
C'est le château des Vicomtes de Soule,
du chef au Moyen-Âge
de toute cette province basque de Soule.
Il fut bâti au-dessus de la ville
dès le XIIe siècle.
Ce château sur une monte castrale.
On entasse de la terre
en créant ces douves.
Et sur cette terre,
on construit cette bâtisse
d'abord en bois,
puis après en pierre.
Au fil des siècles,
ce château-fort a été le théâtre
de nombreux conflits,
incendies et pillages en tout genre
et a même été démantelé en partie
au XVIIe siècle.
Si vous empruntez ce chemin de ronde
qui entoure le château,
vous ne pourrez qu'apprécier
ce joli panorama sur les vallées avoisinantes
et bien entendu sur Molléon.
Regarde cette belle vue.
Ça c'est les Champs-Élysées de Molléon.
Belle comparaison.
Quand tu vois d'ici,
la vue est sympa quand même.
Et en dernier plan là-bas,
les collines.
On peut dire de Molléon
que c'est une ville à la campagne.
Regarde tous ces espaces verts.
C'est là justement où peut-être
les bergers sur ces collines
avaient la possibilité de s'interpeller
d'une colline à une autre
par le grand cri Sinka ou Irintzina
qui finalement serait l'ancêtre
du téléphone portable
déjà au Moyen-Âge.
Il n'a pas de soucis de réseau,
il suffit de gueuler un coup
et tout le monde comprenait
ce qui se passait.
Exactement.
À Molléon,
ne soyez pas surpris
si l'architecture des habitations
ne ressemble pas aux maisons
à pans de bois rouge
que l'on peut voir dans tout
le reste du Pays Basque.
Mais rassurez-vous,
notre ami Joël a sûrement
une très bonne explication
à ce propos.
Je te présente ici Claire
Molléguine,
la haute ville
qui est au pied du château fort
et donc une ville en hauteur,
une ville fortifiée
avec ses murets
qui permettent de se protéger
entre toutes ces maisons
qui sont tout à fait
le style de la maison basque
de montagne.
Elle se retrouve très bien
avec le rez-de-chaussée
avec les portes cochères
Dès le XIXe siècle,
Molléon se lance dans la production
artisanale d'espadrilles
et donc s'agrandit.
Les habitants de ces maisons
bourgeoises partent s'installer
dans la toute nouvelle basse-ville
laissant ainsi leur logement
aux nombreux immigrés
espagnols et portugais
venus en renfort de main-d'oeuvre.
Dans ces maisons,
on avait facilement 20 personnes
qui logeaient ici avec plusieurs appartements
et qui se mettaient
devant la maison avec un chevalet
pour coudre les espadrilles
bout et talon.
C'était pas vraiment le fait de coudre
l'espadrille tout le long,
c'était de faire ça.
On disait bout et talon
parce qu'on la faisait du bout
jusqu'au talon.
Elle faisait la couture de toute l'espadrille.
Et sur un petit chevalet,
il y avait une certaine convivialité.
Ça parlait basque,
ça parlait espagnol, ça parlera même portugais
dans certains quartiers comme ça.
Le quartier de la Haute-Ville,
ça fait un petit village dans la ville.
C'est ce côté-là qui est assez sympa,
le côté convivial.
Au XXe siècle, la ville va se développer
et connaître son véritable âge d'or.
C'est cette rivière,
le Gave de Moléon,
qui lui permet alors de se moderniser
plus rapidement que les autres villes du département.
Elle est même pionnière
dans certains domaines.
Et ses habitants n'en sont pas peu fiers,
à commencer par Joël.
Moléon est la première ville électrifiante
d'1891 pour les usines
comme pour aussi
50 lampes électriques qui sont installées
tout le long de la rue Victor Hugo.
Alors que Paris, par exemple,
se servait encore de bec à gaz
et n'aurait électricité que 10 ans après.
La fée électricité va donc
permettre à la ville de Moléon
de devenir le premier centre industriel de la soule.
Et sa principale production,
c'est une chaussure que bien entendu
vous connaissez, l'espadrille.
Auparavant fabriquée à la main,
la sandale basque a été
produite en masse pendant des décennies
dans les usines de la ville.
Même si depuis les années 50,
sa production a fortement diminué,
il existe encore à Moléon
des vieux instruments de fabrication
toujours en état de marche.
Comme cette machine à tresser le jute
qui appartient à Jean-Pierre,
fabriquant d'espadrilles depuis 1977.
Ça fasse les oreilles.
Ça fait du bruit.
Alors tu vois cette tresse qui est magnifique.
Maintenant je vais la travailler ici.
Ici c'est le poste qu'on dit
le poste du mouleur.
Donc ça c'est la corde juste qu'on a fait
dans la machine à tresser.
D'accord.
Donc ici j'ai la mouleuse.
D'accord.
Et ça marche comme ça.
Ici il y a des petits trous, ça correspond à des pointures.
Je passe les détails sinon on sera là minuit.
Ouais.
Et je tourne.
Et ça c'est un vrai piquant ça.
Ça, ça doit dater...
Pas des croisades.
Non mais c'est vrai.
Regardez l'usure, la patine.
C'est merveilleux.
Et moi sentir ça sous la main,
ça me donne la force.
Tous nos anciens ont travaillé là-dessus.
Ça c'est pas moi qui l'ai fabriqué.
J'en ai une là-bas toute neuve.
Mais je m'en sers jamais.
Je me sers toujours de la vieille.
Une technique et des gestes ancestraux
que Jean-Pierre pratique depuis 37 ans
toujours avec la même passion.
Une fois la semelle formée,
elle est ensuite assemblée dans cette
imposante compresse.
Mais la suite de la fabrication
se poursuit dans un autre espace
nettement plus moderne
où nous emmènent nos amis basques.
Voilà, je vais te montrer
notre atelier familial.
Un atelier familial
géré aujourd'hui par la fille de Jean-Pierre
et qui produit quotidiennement
des espadrilles 100% artisanales.
La première étape de leur fabrication,
c'est la découpe de tissu.
Mais pour cela, on utilise
des emporte-pièces.
C'est une lame
à la forme de l'espadrille.
Voilà, ça c'est l'avant.
Après, il faudra assembler toutes ces pièces.
Une fois les morceaux de tissu découpés,
c'est à la main qu'ils sont cousus ensemble
et cette opération s'appelle
le claquage.
C'est une opération qui est très simple
mais qui mérite quand même un peu de précision
parce qu'il faut absolument qu'à l'arrivée
nous ayons la bonne pointure.
Si on croise trop, on sera pas bon.
Qu'elle soit pour homme, femme ou enfant,
qu'elle soit vendue en France ou bien à l'étranger,
chaque paire d'espadrilles produites ici
est unique et de très bonne qualité.
Un travail minutieux
qui demande du temps.
C'est un peu long.
C'est un peu long, c'est vrai.
Mais on obtient un résultat parfait.
C'est de la haute couture dans l'espadrille.
C'est ça qu'il faut dire.
Et oui,
qui aurait cru que l'espadrille,
cette chaussure du pauvre,
deviendrait un jour une sandale chic et tendance?
Dans les années 60,
l'industrie de la mode s'en empare.
Les plus grandes célébrités ont son chaussée.
Grasse Kelly,
Lorraine Bacal
ou encore Homme frais Bogart.
L'espadrille devient un classique vestimentaire
synonyme de vacances et de farniente.
Claire, alors tu as vu
la fabrication de l'espadrille de Montléon.
Bon, et je voudrais
que tu partes d'ici avec un souvenir.
Ah, c'est sympa.
Je sais que tu fais du 38,
j'espère qu'elles te plairont.
C'est super sympa.
C'est vrai qu'ils sont sympas, Jean-Pierre et Sandrine.
D'ailleurs, si comme Claire,
vous souhaitez visiter leur atelier,
sachez que c'est possible.
Vous y recevrez un accueil des plus chaleureux
et y trouverez à coup sûr chaussures à votre pied.
A Montléon,
n'hésitez pas à vous balader
le long de la place principale.
Il vous sera alors impossible
de ne pas remarquer la magnifique demeure
qui se dresse au beau milieu de celle-ci.
De style Renaissance,
le château d'Andurain
est typique du grand sud-ouest du XVIIe siècle.
Toujours habité,
ce château privé vous ouvre ses portes
durant l'été.
Claire a rendez-vous avec Madame Fabregue,
la propriétaire des lieux,
qui nous ouvre les portes de sa demeure.
Bonjour, Claire. Heureuse de vous accueillir.
Merci, Madame Fabregue.
Cheminée classée, décorations d'époque,
ce château est un lieu de visite
incontournable pour les amateurs
d'histoire et d'architecture.
Mais c'est à l'étage,
sous les combles,
que se trouve la salle la plus surprenante.
Waouh !
Je reste sans voix sur la forme
de la charpente.
On dirait la coque d'un bateau renversé.
C'est exactement ça.
C'était des charpentiers de marine
qui venaient réaliser
ce type de charpente
parce que c'est exactement la même technique.
C'est impressionnant.
On dit qu'ils faisaient des bateaux
l'été,
puis l'hiver, ils allaient faire des charpentes.
D'accord.
Double activité.
Les bois courbés,
qu'on appelle des aisselliers,
on ne peut pas les courber
à la chaleur parce qu'ils sont trop épais.
Donc il fallait
trouver dans la nature
des formes appropriées.
On est saisi d'admiration
devant le travail de nos ancêtres
qui, avec des moyens
minimes,
arrivaient à faire des travaux
de cette envergure.
Un château qui mérite
décidément le coup d'œil
et que nous vous conseillons vivement d'aller visiter.
Mais il est temps pour nous
de prendre congé
et de partir à l'aventure
aux confins de la saoule sauvage
réputée pour ses paysages naturels
exceptionnels.
Nous allons vous faire découvrir
un des sites les plus spectaculaires
dans le Pays basque, peu connu du grand public.
Pour nous y conduire,
Claire a fait appel à Bichente,
un guide de haute montagne
averti.
C'est parti pour une ascension
de 45 minutes en plein cœur
de la verdoyante lande soultine.
On commence à avoir un petit point de vue.
C'est cool parce que le soleil
commence à arriver.
Ça se dégage.
Regarde.
C'est une jolie forêt d'êtres.
On voit que les feuilles commencent à jaunir.
Ça sent l'automne.
C'est vrai que la forêt d'êtres
est principale et essentielle ici.
Elle est dans le coin.
D'ailleurs, on a la forêt d'êtres d'Irati,
la plus grande forêt d'Europe,
qui est juste derrière.
On continue ?
Allez, on y va.
Nous sommes presque arrivés à notre but.
Soyez patients.
Encore un petit effort car la récompense
de cette randonnée se trouve
quelques centaines de mètres plus haut.
Ah, quand même.
Là, tu as la passerelle d'Olzarte.
Oui.
Il y a combien de vides ?
Autour de 150.
Pas mal quand même.
Enjambant l'impressionnant canyon d'Oladubi,
la passerelle d'Olzarte
est un pont suspendu
digne des plus grands films d'aventure.
Elle offre un panorama unique
sur ces gorges creusées
il y a plus de 80 millions d'années.
Tranquille.
Ça va aller ?
Oui, ça va.
On va y aller cool quand même.
Aucun risque, bien sûr, en la traversant,
mais mieux vaut quand même
ne pas être trop sujet au vertige.
Et Olzarte,
est-ce que tu sais d'où ça vient ?
Étymologiquement,
Olzarte,
c'est entre les parois en basque,
entre les parois,
le canyon, le grand canyon
d'Oladubi.
La passerelle a été faite en 1920.
Ce sont des ouvriers
d'une acierie qui a été implantée
à Tardès
pour l'exploitation
de la forêt juste en face,
la forêt d'Olzarte.
Ils ont dressé cette passerelle
via des câbles d'acier.
C'était vraiment pour l'utilisation ?
C'était un outil de travail à la base.
D'accord.
C'est assez sympa de découvrir des coins
comme ça en soule.
C'est vrai qu'on est quand même pas mal
dans ces petits coins de soule.
Un petit coin de soule
préservé, inapprivoisable,
bien loin des clichés de cartes postales
et du tourisme de masse.
Considérée comme la province
la plus sauvage du Pays basque,
la soule est un territoire unique,
fort d'une langue et d'une culture
qui lui sont propres.
C'est donc en musique
que notre voyage se termine.
Un chant basque traditionnel
que ces trois soultains entonnent
rien que pour vous
au beau milieu d'un décor exceptionnel.
