Jules Verne et Edmond Rostand nous racontent l’apport des Caisses d’Epargne au progrès social entre 1860 et la fin de 19eme siècle.
LA FABULEUSE HISTOIRE DES CAISSES D'EPARGNE
Dans ce quatrième volet de « La fabuleuse histoire des Caisses d’Epargne », Jules Verne, administrateur illustre de la Caisse d’Epargne, nous rappelle combien cette décision d’accorder aux femmes mariées l’accès à un livret d’épargne, a fait parler à l’époque, car il s’agissait d’une vraie révolution ! Edmond Rostand, père littéraire de Cyrano de Bergerac, fait également son apparition pour nous parler avec humour et panache de son propre père, Eugène Rostand, fervent défenseur et promoteur de ce progrès.
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Depuis la loi du 9 avril 1881,
les femmes mariées ont le droit d'ouvrir un livret d'épargne
même sans l'autorisation expresse du mari.
Oh, vous êtes sûre que c'est bien prudent, ça ?
Pardon ? Franchement, merci les caisses d'épargne, c'est génial !
Hé, si ça se trouve, encore quelques années,
on va même finir par avoir le droit de vote !
Non mais là, faut pas rêver !
Ben quoi ?
Le fait est que certains s'interrogent sur cette possibilité donnée aux femmes
d'ouvrir seul un livret.
Le garde des Sceaux lui-même s'est insurgé en disant que cette loi
était une brèche faite à la puissance paternelle
et au fondement de la société et de la famille.
Mais je t'en foutrais, moi, de la puissance paternelle !
Vous savez, moi, ce que je lui dis au garde des Sceaux ?
Non, non, mais calme-toi, chérie.
Quoi, quoi, quoi ? Toi aussi, tu veux faire du mansplaining ?
Non, non, non, je dis ça, je dis rien.
Ouais, ben dis rien, va. Ça vaut mieux.
Bonjour, c'est moi, Jules Verne.
Vous m'avez lu dans 5 semaines en ballon,
le tour du monde en 80 jours,
20 mille lieux sous les mers, de la terre à la lune,
ou encore Lily mystérieuse.
Je voulais vous dire qu'il est important de toujours suivre sa femme.
Moi, j'ai suivi la mienne, Honorine, jusqu'à Amiens,
sa ville natale,
où je suis devenu administrateur de la caisse d'épargne.
Après mes années parisiennes pleines d'insouciances et d'aventures,
il est temps de se poser à Amiens.
Je me suis progressivement investi dans la vie locale.
Tout d'abord comme conseiller municipal spécialisé dans les festivités.
Et puis, à la caisse d'épargne, à partir de 1895,
j'y consacre tous mes dimanches, à tamponner des livrets.
Et rien ni personne ne saurait me détourner de cette tâche,
pas même mon éditeur.
Les livrets, c'est sacré.
Voyez-vous, avec l'âge, les questions sociales sont devenues
de plus en plus présentes dans mon oeuvre.
Et notamment, la notion d'épargne.
Comme dans Petit Bonhomme.
Et avec ma tâche d'administrateur, je suis passé de la fiction à la réalité.
Vous connaissez la devise ?
La devise ?
Hein ?
Enfin bref.
Cette responsabilité auprès de la caisse d'épargne,
je compte l'exercer jusqu'à mon dernier souffle.
Non, parce qu'apporter du bonheur aux gens avec des romans d'aventure, c'est bien.
Mais mériter leur confiance en gérant leurs économies,
c'est pas mal non plus, hein ?
Mon père, Eugène Rostand, dans l'histoire des caisses d'épargne,
c'est un roc.
Un pic.
Un cap.
Pour ainsi dire, une péninsule.
Avocat de formation, il est entré au conseil d'administration
de la caisse d'épargne des Bouches-du-Rhône à l'âge de 24 ans.
Et on peut dire qu'il a eu du nez,
puisque moins de 20 ans après, il en devenait président.
Les doigts dans le nez.
Et depuis, mon père œuvre à la pointe du progrès social,
promouvant l'épargne à domicile, l'épargne scolaire,
l'épargne par le timbre épargne.
Bref, l'épargne à toutes les sauces.
Mais là où mon père a vraiment eu le nez creux,
c'est en se lançant dans la construction des tout premiers logements sociaux.
Eh oui.
C'est à Marseille, dans le quartier de la Capelette,
et avec la caisse d'épargne,
que les premiers HLM ont montré le bout du nez.
On a appelé cela
les habitations salubres et bon marché de Marseille.
Ces maisons ouvrières étaient toutes construites nez à nez
avec une petite bibliothèque,
afin que chacun de ces habitants
puisse venir fourrer leur nez dans un bon livre,
plutôt que d'aller au bistrot
et revenir chez eux avec un verre dans le nez.
Par ailleurs, mon père voulut que chacune des caisses
puisse disposer librement de ses fonds
afin de ne pas dépenser l'argent au pif,
mais pour agir concrètement sur l'économie locale
et financer toutes sortes d'actions sociales.
Bon, jusqu'ici, il s'y est cassé le nez
et il n'a jamais obtenu la modification des statuts qu'il souhaitait.
Mais ça ne l'empêche pas de voir toujours plus loin que le bout de son nez
et de développer toutes sortes d'activités complémentaires.
Comme le crédit, par exemple.
Il a fourré son nez dans les prêts hypothécaires
ou encore les prêts sur l'honneur,
parce que, comme il dit,
il faut toujours faire confiance aux petites gens démunis mais travailleurs.
Eh oui, il a le nez fin, mon père.
Et vous savez ce qui lui pend au nez ?
Devenir membre de la vénérable Académie des sciences morales et politiques.
Je le vois venir comme le nez au milieu de la figure.
Et ça ne serait que justice.
Parce que passer toute une vie comme ça,
au service des plus démunis,
eh bien moi je vous le dis,
il faut un sacré panache.
Alors la famille, comment ça se passe dans cette fin du XIXe siècle ?
Contre toute attente, ça se passe plutôt bien.
Ça marche leur histoire d'économie.
Carrément ! On ne grève plus trop de fois, aucun enfant n'est mort de faim.
Le top !
Franchement, je ne vois pas comment ça pourrait aller mieux.
Oui bon, bien d'amélioration c'est certain.
Mais je suis sûre que l'on peut faire encore plus pendant le siècle suivant.
Quelque chose me dit que ce n'est que le début.
Garder nos dents jusqu'à après 40 ans, ça serait super.
Oui, ou même arriver jusqu'à 40 ans, ça serait déjà pas mal.
Ne vous inquiétez pas, ça va bien se passer.