Quand le béton et le monde urbain se font trop oppressants, une retraite rurale s'impose. Véritable pause dans nos pensées, elle est une invitation à profiter pleinement du vivant qui nous entoure. Teintées de souvenirs de littérature, comment ces rencontres façonneront-elles notre regard ?
'Un Souffle de répit' est un film de fin d'études, réalisé dans le cadre de la Partie Pratique de Mémoire à l'Ecole Nationale Supérieure Louis-Lumière. Il accompagne le mémoire 'Représentations de la faune sauvage proche au service d’une re-sensibilisation au vivant et in fine à sa protection' soutenu en décembre 2021 et disponible à l'adresse suivante : https://www.ens-louis-lumiere.fr/sites/default/files/2022-02/BOUQUETCéline_Mémoire_SansIllustration.pdf
Réalisation, image, post-production visuelle : Céline Bouquet Création sonore, prise de son, post-production sonore : Thibault Noirot
- - - - - - MATÉRIEL VIDÉO UTILISÉ - - - - - - - • Boîtier : Canon Eos 6D Mark II • Objectifs : Canon EF 24-70mm f/2.8L II USM - EF 100mm f/2.8L Macro IS USM - Tamron SP 150-600 G1 F/5-6,3
J'étouffe ...
Parce qu'ils nous permettent de rompre avec l'étouffante vie urbaine,
les séjours à la campagne sont devenus un lien commun de notre existence.
Si fantasmée,
la quiétude de ses paysages nous permettrait de remettre de l'ordre dans nos idées
et de nous rappeler du véritable essentiel.
Néanmoins, la nature est encore vue pour beaucoup comme la toile de fond à leur propre émotions.
"Forêt silencieuse, aimable solitude Que j'aime à parcourir votre ombrage ignoré
Dans vos sombres détours, en rêvant égaré J'éprouve un sentiment libre d'inquiétude
Prestige de mon cœur je crois avoir s’exhaler Des arbres, des gazons, une douce tristesse,
Cette onde que j'entends murmure avec mollesse
Et dans le fond des bois semble encore m'appeler
Oh que ne puis-je, heureux, Passer ma vie entière, ici loin des humains."
Nombre d'artistes romantiques et symbolistes s'emparèrent de ce refuge pour cristalliser leur intériorité
Et en effet, Madame de Staël écrivait :
"la contemplation de la nature accable la pensée.
On se sent avec elle des rapports qui ne tiennent ni au bien ni au mal qu'elle peut nous faire
Mais son âme visible vient chercher la nôtre en son sein et s'entretient avec nous."
Pourtant, lorsqu'on le contemple pour lui-même,
le vivant a tellement plus que du symbolisme à nous partager.
Et si la solitude me plaît il est tout de même quelques habitants du village
qu'il ne me déplairait pas de revoir
Alors que les clôtures suffisent encourager les chevaux à rester en paix
Pour ces biches, ce ne sont que vain obstacle à leur liberté
Paradoxalement, elles trouvent ici une certaine sécurité,
puisqu'aucune chasse à courre n'a le droit de se dérouler aussi près des habitations.
Mais la plupart des êtres de ces contrées ne s'offrent guère en spectacle.
Parce que nous les effrayons, ils adoptent des mœurs sont de plus en plus nocturnes
il s'agit de profiter de leur présence en s'adonnant une lecture de leur trace comme le
décrit si bien patiente nous nous retrouvons alors à réapprendre à fixer le sol à regarder la terre
à lire les taillis les herbes foulées et les fourrés obscures
à scruter la boue qui accueille marques et empruntes et les roches qui ne sont affectent pas
inspectez des troncs se sont accrochés des poils
à ausculter des chemins où les laissées sont abondantes, ici, et pas là.
Et parce que ces autres êtres sont si craintifs, il faut alors ruser et jouer sur leur propre terrain.
Cette haie borde un champ fraîchement coupée, non loin des terriers que j'ai repérés.
Si le vent n'a pas tourné, je me dissimulerai sans bruit avant l'aube.
et dans l'attente d'y retourner au petit matin, ces dernières lueurs me
rappellent l'un des Poèmes saturniens de Verlaine :
Une aube affaiblie Verse par les champs La mélancolie Des soleils couchants.
La mélancolie Berce de doux chants Mon cœur qui s’oublie Aux soleils couchants.
Et d’étranges rêves, Comme des soleils Couchants sur les grèves, Fantômes vermeils,
Défilent sans trêves, Défilent, pareils À de grands soleils Couchants sur les grèves.
Mais la campagne n'est pas toujours si apaisante quand elle est vêtue de la nuit.
Chacun de mes pas intensifie le prochain battement de mon cœur.
Ce n'est pas tant que j'ai peur du vivant, c'est que j'ai trop
conscience de m'aventurer dans un monde qui n'est pas le mien et où, à cause de
quelques confrères et consœurs, ma présence n'est plus la bienvenue.
Et alors que mes doigts tremblent encore ...
Vivrai-je aussi intensément cette rencontre si tu n'étais pas si difficile à approcher ?
Me sentirai-je aussi lié à toi si dans mes yeux, tu ne voyais pas le portrait d'un prédateur ?
T'observant plusieurs jours je ne cesserai de
penser à ces arrêtés appelant à vous tuer, épris de préjugés envers vous.
Déjà au Moyen-Âge on te peignait comme un vil goupil rusé dans le Roman de Renart.
Aujourd'hui, c'est un autre épithète que les siècles auront troqué : "nuisible".
Et parce que je t'ai identifié tu resteras plus précieux que tous les autres renards de ce monde.
Et promis, si nous nous revoyons un jour, je n'essaierai jamais de t'apprivoiser.