La 29e conférence annuelle de l'ONU sur le climat se tiendra à Bakou, capitale de l'Azerbaïdjan, du 11 au 22 novembre 2024. Émilie Aubry s'entretient avec Laurence Tubiana, directrice générale de la Fondation européenne pour le climat (ECF) et la questionne sur les enjeux de cette prochaine COP.
Cette COP 29 est présentée comme la "COP des finances" car les pays doivent désormais fixer un nouvel objectif mondial en matière de financement de la lutte contre le changement climatique. L’occasion de s’interroger sur le cours de ces négociations internationales : les COP se suivent depuis la fin des années 1990, mais se ressemblent-elles ? Que produisent-elles ? Sont-elles le meilleur moyen d’éviter le pire ? Ou sont-elles d’abord caractérisées par l’impuissance ?
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On retrouve encore des gens qui
disent ais non, ça n'existe pas.
La peinture est bien trop
dramatique, on va trouver des
solutions.
Mais là, on ne peut trouver des
solutions demain, il faut les mettre
en place maintenant.
Chers amis du Dessous des Cartes,
voici une nouvelle leçon de
géopolitique, une interview carte
sur table en lien avec l'actualité
internationale.
Aujourd'hui, la COP 29
ou la 29ᵉ Conférence internationale
annuelle sur le changement
climatique qui se tient du 11 au
22 novembre prochains.
Les COP se suivent mais se
ressemblent- elles ?
Que produisent-elles ?
Évite-t-elle le pire ou sont- elles
d'abord caractérisées par
l'impuissance ?
Vous avez les réponses à ces
questions, Laurence Tubiana.
Bienvenue ! Merci d'être en ligne
avec nous.
Bonjour,.
Je rappelle que vous êtes
économiste, diplomate française
et surtout vous avez été la
représentante spéciale du ministre
des affaires étrangères de l'époque,
Laurent Fabius, dans le cadre de
la COP 21, qui avait mené,
on s'en souvient, aux accords de
Paris en décembre 2015.
Aujourd'hui.
Vous êtes directrice générale de la
Fondation européenne pour le climat
et notamment parce que vous avez
plusieurs fonctions. Vous êtes aussi
coprésidente du conseil de direction
du Réseau des solutions pour le
développement durable des Nations
Unies. Alors, première question
Laurence Tubiana.
Cette COP 29, elle se situe
à Bakou, en Azerbaïdjan.
On le sait, une autocratie qui vit
de la rente gazière et pétrolière.
Qu'estce que vous répondez à ceux,
nombreux, qui souhaiteraient plus
d'exemplarité de la part des pays
qui organisent ces grands événements
en faveur du climat
es lieuxes COP dde négociations politiques et chaque région son tour. Et pour 2024, c'était la région des anciens pays de l'Europe de l'Est de l'Union soviétique qui se voyait normalement remplir ce rôle. Et l'Azerbaïdjan a été l'objet d'une bataille politique évidemment extrêmement importante entre la Russie qui s'opposait à tout pays de l'ancien empire soviétique, mais qui était aujourd'hui pro-européen et donc, et en plus contre l'Arménie qui était aussi candidate. Et donc ce choix est éminemment politique, même si en même temps, il se déroule dans un pays qui vit du pétrole et du gaz. Alors au fond, il faut saisir l'opportunité. Il est intéressant de mettre ces pays devant leurs responsabilités.
Donc l'Azerbaïdjan ni exemplaire sur le plan environnemental, ni exemplairerécisons sur le plan démocratique, loin s'en faut. Laurence Tubiana. Cette COP 29, elle est présentée dans les éléments de langage comme la COP des finances. Qu'estce que ça veut dire? Expliquez nous.
Eh bien, dans la mise en œuvre de l'Accord de Paris, il y a un certain nombre de rendezvous de choses qui doivent être proposés. Cette année, c'était l'année où il fallait annoncer le nouvel objectif pour financer notamment les investissements dans la réduction des émissions, dans ce qu'on appelle la transition énergétique et aussi dans l'adaptation au changement climatique dans les pays en développement qui souffrent évidemment de nombreux problèmes économiques aujourd'hui. Et donc, cette COP, c'est le moment où on décide des chiffres que le système financier international, les banques multilatérales de développement et les pays développés vont aussi apporter à contribution visàvis des pays en développement pour assurer ce défi qu'ils doivent affronter.
tous ceux qui vous disent j'imagine régulièrementque les COP se suivent, se ressemblentue fait que les états sont impuissants à inverser la tendance, u'estce que vous leur répondez? Et peutêtre qu'estce que vous leur répondez en vous fondant sur deux exemples concretsa COP à laquelle vous restez particulièrement associée, la COP 21, les accords de Paris et la COP 28, c'estàdire celle de l'année dernière, qui se tenait d'ailleurs dans un autre pays assez peu écoresponsable, Dubaï. À quoi elles ont servi concrètement, ces deux
La COP de Paris, elle a construit les bases sur lequel nous vivons aujourd'hui, c'estàdire les objectifs de limiter les températures très en dessous de degrés et si possible un . On est malheureusement déjà assez proche du seuil de de réchauffement global par rapport à la période préindustrielle, il faut le rappeler. Et par ailleurs, elle a servi de cadre, c'estàdire que ce les obligations auxquelles les pays doivent se soumettre, notamment en présentant des plans climat régulièrement revus tous les cinq ans, et par ailleurs des exigences aussi de transparence. On doit dire ce qu'on fait. On doit permettre à vos pairs de vérifier si possible que vos assertions sont réelles. Il y a toutes sortes d'acteurs, économiques notamment, qui sont très importants dans la mise en œuvre de cet accord de Paris. Et eux ont souscrit aussi. Alors d'une
forme informelle si l'on peut dire, mais se réfère aux objectifs de l'Accord de Paris. Alors ça peut être les entreprises qui s'engagent à être à zéro émission nette en 2050. Par ailleurs, c'est aussi les villes, les régions, les États dans les systèmes fédéraux. Tout cela ont pris des engagements de Paris comme une référence. Et je dirais même il y a quelque chose d'encore plus intéressant, c'est que les citoyens se sont saisis de cet accord de Paris pour aujourd'huiaisir la justice pour, par exemple en Allemagne, réclamer aux gouvernements des politiques beaucoup plus ambitieuses au nom de ce que es gouvernements ont signé dans l'Accord de Paris. Donc l'accord de Paris, c'est un peu le cadrea COP de l'année dernière, la COP 28, elle a eu un élément important, c'est qu'on faisait le bilan de ce qu'on avait fait et pas fait et ce qu'on
n'avait pas fait, notamment ce bilan mondial qui est prévu dans l'Accord de Paris, doit informer et donner des indications pour que les pays fassent mieux cette fois ci, c'estàdire avoir des plans climat qui ne sont pas des chiffres un peu tirés au hasard, mais vraiment des politiques précises des secteurs, par exemple dans le secteur du transport ou dans le secteur du bâtiment, dans le secteur agricole ou forestier. Tout ce qu'ils doivent faire pour que ce soit réel, cette réduction des émissions, puisque tout le monde doit aujourd'hui commencer à réduire. Et puis on a retenu une phrase qui était il faut sortir progressivement des énergies fossiles et ce sera une bataille à la COP 29 pour savoir si cette formulation tien le choc.
Alors en effet, vous l'avez dit, le grand défi maintenant, c'est de décarboner cette économie mondiale sortir des énergies fossiles charbon, gaz, pétrole. Mais vous, estce que vous connaissez des pays, des régions du monde qui sont déjà clairement, sincèrement engagés sur cette trajectoire? Et si oui, est ce que vous pouvez nous les citer ces payslà?
Les pays européens, depuis 1990, réduisent leurs émissions d'environ 7 à 8 % par an. C'est remarquable. Il n'y a aucun autre pays dans le monde qui atteint es objectifslàujourd'hui, maintenanta nouvelle Commission européenne s'engage à verdir complètement son industrie, ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent l'intérieur de la région européennel est clair que les pays nordiques ont été très, très allantse Danemark, la Suèdeais aussi la France a fait beaucoup d'efforts. L'Allemagne, quoiqu'on en dise, a réduit aussi ses émissions malgré le pic du charbon lié à la crise de l'Ukraine et l'invasion de l'Ukraine a effectivement privé d'une partie du gaz l'économie allemande. Mais aussi on a vu des choses très intéressantes au Portugal et en Espagne, où les énergies renouvelables ont complètement exploséon voit aujourd'hui le parc de véhicules électriques avec toutes les tensions géopolitiques qui l'accompagnent
à cause de la compétition avec la Chine bien, on voit qu progressconsidérablement dans le monde en général, mais aussi en Europe
n dit beaucoup qu'après le charbon, le gaz et le pétrole, le monde s'apprête à entrer dans l'ère de l'électricité. Et l'un des grands symboles, vous l'avez dit, de cette nouvelle ère, c'est l'essor, on peut dire fulgurant, de la voiture électrique. Mais estce que c'est forcément davantage vertueux pour le climat, pour atténuer le réchauffement, pour faire baisser la température du globe?
Aujourd'hui, un véhicule sur cinq dans le monde est électriqueui est venduAprès, ça dépend comment cette électricité est produite. Si ça vient du charbon ou du gaz, on
elà de la fabrication de ces véhicules électriquesaurence Tubianarojetonsnous dans un monde où, on le sait, il y aura de plus en plus d'urbains, des villes où il n'y aurait plus que des véhicules électriques. Qu'estce que ça change? Qu'estce que ça change déjà en termes de santé publique et d'émission de CO2 et de pollution de l'air urbain?
remier avantage, c'est sans doute e bruit, évidemment, et surtout la qualité de l'air qui est un problème majeur. milliers, des centaines de milliers de personnes meurent aujourd'hui de la pollution de l'air qui est trafic automobile. Donc ça c'est déjà un progrès considérableans es centres urbainslors, c'est un peu moins vrai en Europe que si on se en Thaïlande par exemple, ou dans de grandes métropoles des pays en développement. La voiture individuelle, elle tue la ville de fait, puisque il y a des villes où on t 3 h 5 h pour pouvoir aller à son travailrevenir. Donc tout ça n'a pas beaucoup de sens. Donc il faut quand même regarder les transports de demainans les transports collectifs, améliorer plus moderne, plus propre et aussi ce qu'on appelle maintenant la mobilité
douce pour ceux qui ont le privilège
de vivre et de travailler avec des
distances qui sont raisonnables.
Laurence es experts projettent désormais très concrètement un monde avec 3,1 degrés en plus de réchauffement. Parce qu'on ne cesse de produire du gaz, du pétrole, du charbon, parce quees transportsn vient d'en parleres industries ne réduisent pas la voilure parce que le secteur de l'aérien n'en finit plus d'exploser après le . Mais concrètement, raconteznous pour que les gens se rendent bien compte un monde à plus 3,1 degrés, ça veut dire quoi? Par exemple, pour notre vie quotidienne de français, d'allemand ou d'espagnol? Avec évidemment l'actualité de Valence.
On voit l'actualité de Valence et c'est le meilleur exemple pour se rendre compte, entre les vagues de chaleur qu'on a déjà vécu qui vont devenir tout simplement normales et ces inondations tragiques visàvis desquelles nos villes et nos territoires ne sont pas du tout préparés. Regardez un débat en France sur l'artificialisation des terres agricoles'estàdire qu'on peut construire toujours plus parce qu'on a toujours plus besoin de logements. Il y a cette artificialisation. C'est ça qui a fait le drame de Valence, des pluies évidemment, qui ont la force et l'intensité liées à ce changement climatique, au réchauffement notamment de la mer Méditerranée. Mais c'est aussi parce que quand on a du béton partoutla terrene peut plus absorber l'eau. Donc on le voit ce futur déjà aujourd'hui et on ne peut pas dire que c'est facile de s'adapter à
Vous vous en souvenez mieux que quiconqueLaurence Tubianaet engagement de Paris en 2021, une hausse limitée de préférence à 1,5 degré par rapport aux niveaux préindustriels. On sait que pour y parvenir, il aurait fallu diviser par dix le trafic aérien par trois la consommation de produits d'origine animale, stopper complètement la déforestation, interdire la fast fashion. Il existevraiment les dirigeants du monde prêts à faire ces choix radicaux et aussi à réussir à en convaincre leurs populations
Alors on voit des Mais bien sûrl n'y a pas un pays qui a complètement cet horizon en tête. Et je crois que la seule solution, c'est que pour donner ce courage aux dirigeants, vision aussi claire, il faut que les citoyens le demandent exigent parce qu'on voit bien les hésitations, les retours en arrière, la désinformation autour du changement climatique. On retrouve encore des gens qui disent is non, ça n'existe pas, est bien trop dramatique, on va trouver des solutionsais là on peut p trouver des solutionsemain, il faut les mettre en place maintenant. Donc je uis ni pessimiste, ni optimiste, il faut juste être activiste. Et l'activis chacun. Et chacun, bien sûr, pas seulement dans ce qu'on fait soimême, c'est important dans es choix, mais aussi de demander à tous les
intérêts économiques que soient les entreprises, la banquedans lquel on a placé ses économies et au gouvernement de faire ce qu'il faut.
Mais, vous l'avez dit. Laurence Tubiana Il y a des activisme des deux côtés. Il y a de plus en plus souvent aujourd'hui des marches pour le climat, par exemple, qui réunissent de plus en plus de gens. Et puis vous y avez fait allusion. Il y a aussi les mobilisations nombreuses au moment de la taxe carbone par exemple, qui bloquent un pays qui bloque un gouvernement. D'abord, peut être revenir sur ce qu'a été cette crise et comment le politique peut espérer résoudre ce type de crise.
Les personnes qui ont initié les marches des gilets jaunes contre la taxe carbone n'étaient pas contre les politiques environnementales. Ils défilaient pour des raisons de justice. Comment expliquer qu'on paye une taxe carbone toujours plus élevée sur son véhicule pour aller au travail alors que quand on prend l'avion, eh bien justement, ce kérosène, il n'est pas taxé. C'est assez inacceptable. Aujourd'hui, 1 % des personnes les plus riches dans le monde émettent autant de carbone que % de la population mondiale. Je crois qu'aujourd'hui, la question du climat, elle peut séparer de la question de la justice. Je pense que tout le monde peut comprendre qu'il faut faire des changements, mais à condition que ce soit juste et partagé et à condition qu'on pense aussi la transformation dans la société, la justice. Sinon c'est inacceptable. Qui paye pour ces émissions
Alorsous nous avez dit que vous aviez été surprise par la rapidité du développement des voitures électriques. Estce que vous avez été surprise de la même manière par l'essor des énergies renouvelables?
Aujourd'hui, l'énergie
solaire est imbattable du point de
vue de ses coûts.
L'énergie éolienne, même en mer,
elle devient aussi moins chère que
beaucoup d'énergie.
Et donc on va avoir tout
simplement un argument de
rationalité économique.
Au fur et à mesure que les
technologies de stockage de
l'électricité progressent,
eh bien on va voir ça
tout simplement dominer parce que
c'est la solution la plus économique
et la plus efficace.
Eh bien, merci infiniment Laurence Tubiana d'avoir été en ligne avec nous. Bonne , vous nous raconterez et merci à vous de nous avoir suivi. Merci pour votre fidélité et rendezvous bien sûr la semaine prochaineême endroit, même heure pour une nouvelle leçon de géopolitique. A bientôt.