À la Découverte de la SUEDE Botanique : Jardin de Linné l Jardins d'ici et d'ailleurs l BT

Tour du Monde
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102 Vues de vidéo·12 nov. 2024
Le botaniste Carl von Linné a créé à Uppsala, en Suède, un jardin riche de quelque 1 600 espèces végétales.
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Sur la côte est de la Suède, la ville d’Uppsala est célèbre pour son université – la plus ancienne de Scandinavie – et pour celui qui y enseigna au XVIIIe siècle, Carl von Linné. Né en 1707, ce botaniste a créé au centre de la ville un jardin riche de quelque 1 600 espèces végétales. À l’instar de l’encyclopédiste Diderot, il répertorie les plantes, les nomme et les classe selon leurs organes sexuels. À sa mort, en 1778, le roi de Suède offre sa collection aux jardins du château d’Uppsala.
© BO Travail !
Je suis architecte paysagiste.
Je vous invite à un voyage dans l'art des jardins,
à la rencontre de ceux qui les font vivre,
les étudient
et les imaginent.
Sur la côte est de la Suède,
la ville d'Uppsala est célèbre pour son université,
la plus ancienne de Scandinavie,
et pour l'un de ses plus fameux professeurs,
Karl von Linné.
Ce botaniste suédois du XVIIIe siècle
a dédié sa vie à l'observation
des espèces animales et végétales.
Au centre-ville d'Uppsala,
Linné crée un magnifique jardin
riche d'une collection de 1600 espèces de plantes,
devenu aujourd'hui un musée botanique.
Grâce à Linné,
Uppsala devient une référence mondiale
dans le domaine des sciences botaniques.
Pour moi, Linné, c'est ce visage de jeune homme.
On le retrouve là où il vécu
et où il continue de vivre,
derrière chaque plante,
chaque arbre que je connais ou que je découvre.
Karl von Linné est né en Suède,
en 1707.
Très jeune, il collectionne des plantes
et passe des journées entières
à contempler l'infiniment petit.
Nous sommes en plein siècle des Lumières.
A l'instar d'un Diderot
qui classe les mots dans sa grande encyclopédie,
Linné, jeune médecin
et botaniste de 24 ans,
se lance dans le projet de sa vie,
répertorier, nommer
et classer toutes les espèces végétales.
Leur nombre augmente sans cesse,
notamment avec les plantes rapportées
des grandes explorations de l'époque,
menées par des hommes comme Laperouse
ou Bougainville.
Face à cette profusion,
comment identifier chaque plante ?
Linné a une idée.
Jesper Carede,
botaniste et conservateur en chef
du Jardin de Linné.
Linné marche sur les pas
de nombreux botanistes.
Il n'est pas le premier à décrire des plantes,
mais il va faire une découverte,
en tout cas, il va inventer
un système qui va révolutionner
la botanique.
Avant que Linné ne décide
d'utiliser une autre façon
de nommer les plantes,
on se servait de longues descriptions
des plantes en latin
qui formaient un seul nom.
Linné a l'idée du système
à deux noms,
avec l'espèce plus un adjectif
qui définit l'espèce.
Il avait une imagination débordante.
Il donnait aux plantes
le nom de certains botanistes
qui les avaient découvertes,
ou alors il qualifiait les plantes
d'épineuses ou de laineuses
parce que ça leur ressemblait.
C'est si simple que le livre
qu'il publie sur cette méthode
en 1753 connaît un succès instantané.
Le système Linné est vite adopté.
Il permet à tout le monde
de parler le même langage.
Et ce sont tous les êtres vivants
qu'il va nommer et classifier,
et pas seulement les plantes.
Oui, il a d'abord utilisé ce système
pour les plantes, mais ensuite
il l'a utilisé pour les animaux.
Et il a été le premier à utiliser
le terme d'homo sapiens pour l'homme.
Autrement dit, l'homme qui sait.
Quel était le rôle
du jardin de Linné
au XVIIIe siècle
et quel est-il aujourd'hui ?
De nos jours,
je vois ce jardin
comme un moyen d'en apprendre plus
sur la botanique,
ou sur la science du XVIIIe,
ou tout simplement sur Linné.
Mais à l'époque de Linné,
c'est le laboratoire
le plus à la mode qui existe.
C'est ici que toutes les plantes
de Suède arrivent.
C'est ici que Linné les étudie.
C'est aussi une salle de classe
à ciel ouvert.
Les étudiants en médecine
viennent ici pour apprendre
les vertus des plantes
et écouter les histoires
à propos de leur utilisation,
de leur nom, etc.
Dans son jardin,
Linné cherche à faire preuve
de pédagogie.
Il invente une nouvelle manière
d'organiser sa collection
de plantes botaniques
en les classant selon
leurs organes sexuels.
Ainsi, le nombre d'étamines,
l'organe mâle,
détermine le rang de la plante
dans le jardin.
Anne-Christine Sporong est jardinière
ici depuis trois ans.
Ici, nous avons une plante
qui s'appelle Verbascum,
ou la molène en français,
le bouillon blanc.
On peut regarder l'étiquette ici
pour avoir plusieurs informations.
On peut voir le nom linnéen
en latin ancien,
Verbascum flomoides,
avec un L
pour Linné.
Ensuite,
on voit d'où elle provient,
d'Europe ou d'Asie.
Et ensuite,
il y a ce chiffre romain.
Et ça, c'est l'originalité
de ces étiquettes ?
Oui, ça, c'est l'indice
pour l'étamine.
Cela nous indique
combien d'étamines a cette plante.
Alors, les étamines...
Ce sont les organes masculins.
Ici, vous avez 5 étamines
et un pistil.
C'est la partie femelle de la fleur.
Et sur l'étiquette,
on voit bien 5 et 1.
Etamines et pistils.
5, 1.
Et plus on avance dans le jardin,
plus on va augmenter le nombre
d'étamines.
Après, on arrive à 6 étamines,
7, 8,
avec leur nombre de pistils.
Le plus souvent, il n'y a qu'un pistil,
ou peut-être deux.
Mais c'est l'étamine,
la partie masculine de la plante.
C'est le critère qui va déterminer
la classification.
Si vous pouvez compter 1, 2, 3, 4,
vous pouvez vous promener dans ce jardin.
C'est vraiment très facile.
Vous pouvez vérifier si la plante
est au bon endroit.
Et selon toi, Anki,
pourquoi ce système est si simple ?
Est-ce que finalement, même un enfant
pourrait le comprendre ?
Oui, c'est comme un jeu.
Parfois, il faut regarder de très près
pour les voir,
mais si on sait comment la plante est faite,
avec la partie mâle et la partie femelle,
les étamines et le pistil,
vous pouvez les compter
et voir leur différence.
C'est vraiment facile à comprendre.
Et surtout,
ça leur permet de comprendre
que la botanique, c'est surtout
une question d'observation.
C'est ce qu'essayait d'enseigner l'inné.
Oui, il faut observer
très attentivement.
Et c'était ce qu'essayait de transmettre
l'inné à ses étudiants,
l'observation.
Avec ce nouveau système
de classement,
le jardin dévoile les contours
d'un grand livre de la botanique à ciel ouvert.
Placé sous la protection
de Vénus, symbole
de la fertilité,
les jardiniers en sont aujourd'hui
les véritables conservateurs.
Anneke, en tant que jardinière ici,
vous devez respecter méticuleusement
les plans de plantation
du XVIIIe siècle,
ceux de l'inné.
Oui, nous devons les respecter.
Nous ne pouvons pas déterrer une plante
et la mettre à un autre endroit.
Si elle n'aime pas tel endroit,
nous ne pouvons pas la déplacer.
Il faut qu'elle soit à cet emplacement.
Nous devons respecter cet ordre.
Qu'est-ce que vous utilisez pour être sûr
de bien respecter ces plans de plantation ?
Nous avons une liste
et des cartes
pour chaque plante.
Nous devons vérifier
si c'est la bonne,
si elle a la bonne étiquette,
et ça pour chaque plante du jardin.
Et aujourd'hui, Anneke,
est-ce que le jardin correspond
exactement au jardin de l'inné
au XVIIIe siècle ?
C'est un travail en cours.
Toutes les plantes qui figurent
sur la liste de l'inné ne sont pas là.
Et peut-être que c'est impossible
de les avoir toutes.
Chaque année, des plantes meurent ici
parce qu'elles n'aiment pas le climat.
Alors on les remplace par une autre plante
de la liste.
C'est un vrai défi
parce qu'il faut connaître
toutes les plantes.
Il y en a plus de 500 ici.
Et il faut que je les connaisse toutes.
Elles sont comme des individus.
Et Anneke, est-ce qu'on entretient
le jardin de l'inné de la même manière
qu'un autre jardin ?
Dans d'autres jardins plus classiques,
il s'agit davantage de l'esthétique.
Il faut qu'il soit beau.
Ici, il faut tout connaître,
même les mauvaises herbes.
On garde toujours cette voix de l'inné
dans la tête pour nous indiquer
si ce que nous faisons est correct ou pas.
On ne peut donc pas faire ici
comme dans un jardin ordinaire.
Ce n'est pas pareil.
Il a un rôle éducatif.
Et en tant que jardinière,
je dois faire en sorte
qu'il le garde.
À la mort de l'inné,
en 1778,
les étudiants et chercheurs d'Uppsala
poursuivent ces travaux.
Le petit jardin botanique au centre-ville
étant trop exigu pour accueillir
de nouvelles collections,
il faut trouver un autre espace.
Le roi de Suède offre alors
aux spécialistes des sciences botaniques
les jardins du château d'Uppsala.
Depuis, les jardins
se sont multipliés dans la ville.
Le jardin initié par l'inné
au XVIIIe siècle
se trouve à l'est de la rivière Firis.
Au XIXe siècle,
un deuxième jardin botanique
se dote d'une immense orangerie
au pied du château.
Au XXe siècle,
il s'élargit plus au sud
entre l'université et le muséum d'histoire naturelle.
Des serres tropicales sont construites
et de nouveaux jardins à thème sont créés
tels que le jardin des milieux acides,
un potager
et le jardin des plantes alpines
de Laponie.
Ici, comme dans la plupart des jardins
botaniques contemporains,
les arbres et les plantes sont présentés
selon leur milieu naturel.
Leur mise en scène dessine des paysages.
Thomas Zika
est jardinier en chef du jardin botanique
de l'université.
Là, nous sommes
dans le premier jardin botanique
de l'université d'Uppsala.
Ça, c'est la collection de sorbiers
où sont représentées
une cinquantaine d'espèces différentes.
Cette collection
a débuté
il y a approximativement 100 ans
et on y ajoute toujours de nouvelles
espèces de sorbiers.
Comme celui qui est là-bas ?
Oui.
Certains viennent de Chine
et d'un peu partout dans le monde.
Donc vous mélangez des sorbiers
qui vivent localement en Suède
et aussi des sorbiers qui viennent de partout dans le monde.
C'est ça.
On a des arbres qui viennent de Scandinavie,
le sorbier occuparia,
le sorbier intermedia,
une espèce très ancienne et très répandue
en Scandinavie.
Et on les mêle à des espèces
exotiques du monde entier,
d'Amérique du Nord,
d'Asie ou d'autres pays.
Le sorbier décline
de très nombreuses variétés.
Le sorbier des oiseleurs
ou sorbus occuparia
est l'un des plus connus avec ses grappes
de fruits rouges appréciés des oiseaux
mais très toxiques pour les hommes.
La spécialité de Thomas,
ce sont les plantes alpines scandinaves
qui poussent au nord de la Suède.
Ce que l'on voit aussi dans ce jardin,
Thomas, c'est que vous ne présentez pas
les plantes de la même manière
que dans le jardin historique de l'inné.
Ce ne sont pas les caractères sexuels
qui déterminent la place de chacune
de ces plantes.
Nous essayons de répartir
les plantes selon leur habitat naturel.
Et si vous regardez
les pierres et leur disposition,
cela ressemble
à la nature.
Mais on voit que ce n'est pas tout à fait naturel
et que cela a été fait par l'homme.
C'est assez artificiel en fait.
C'est très artificiel.
Mais on peut y voir
différentes altitudes,
les différents types de substrats.
Là, c'est du gravier.
C'est très important de montrer
l'ensemble des communautés de plantes
que l'on peut trouver dans le nord du pays.
C'est ce qu'on appelle des cortèges.
Ce sont des plantes
qui poussent ensemble, les unes à côté des autres.
Elles s'accompagnent.
C'est donc très différent
du jardin de l'inné.
Comment vous maintenez
des plantes telles que celles-ci,
qui sont des plantes qui vivent dans la montagne suédoise,
dans un milieu,
celui où nous sommes ici à Uppsala,
qui est plutôt un milieu de plaine ?
C'est un défi
de faire pousser ce type de plantes
ici à Uppsala.
C'est assez sec,
et nous avons seulement 500 millimètres
de précipitation par an,
ce qui est beaucoup moins que dans le nord.
C'est impossible de reproduire
la couverture neigeuse du nord,
mais nous avons un système
d'irrigation qui aide un peu.
La plupart des plantes sont capables
de s'adapter malgré tout.
Thomas, les plantes
que l'on voit ici ne sont pas
des plantes exubérantes.
On voit bien que ce sont des toutes petites plantes
qui viennent se faufiler entre les rochers.
C'est vrai.
D'habitude, on trouve ces plantes
dans les hautes régions alpines
où il y a des vents très forts
et beaucoup de neige
pendant l'hiver.
Même les arbres et les arbustes
n'arrivent pas à survivre dans ce type d'environnement.
Il fait trop froid.
Les plantes qui sont ici poussent
à l'horizontale.
Elles poussent n'importe comment
et essaient de faire de leur mieux.
On a même des arbres miniatures ici.
C'est vrai.
Surtout différentes espèces de saules,
comme le Salix herbacea,
le Salix reticulata.
Ils sont très petits,
pas plus de 3 ou 4 cm de haut.
Thomas, Linné a fait un voyage
en Laponie.
Est-ce que ce jardin
est un hommage à Linné
et à son voyage au nord de la Suède ?
Linné est présent partout dans nos jardins.
Il a effectivement voyagé en Laponie
très jeune.
Par exemple,
le Salix reticulata
est une de ses trouvailles en Laponie.
Il a ensuite publié sa découverte
dans son livre Flora Laponica
en 1737.
Donc oui, ce jardin est en partie
un hommage à Linné.
Nous sommes tout de même dans les jardins
de Linné à Uppsala.
Il est présent partout.
Le jardin et sa collection de plantes botaniques
sont ouverts au public.
Et chaque jour, les professeurs
de l'université d'Uppsala y mènent
des travaux pratiques.
Les professeurs engagent les étudiants
à quitter la salle de classe
pour aller observer les plantes de près,
comme le faisait Linné en son temps.
Petra Corral est botaniste
et chercheuse au département de biologie
à l'université d'Uppsala.
Ici, nous avons des émerocales.
Si nous voulons comprendre les fleurs,
l'émerocale est un très bon sujet.
Il est très grand et donc nous n'avons pas
besoin de microscope.
Et très ouvert aussi.
On commence par le couper.
Là, nous avons
six étamines.
A vrai dire, l'une d'entre elles est cassée ici.
Mais on en a six.
Ce sont les parties jaunes-oranges.
À l'intérieur, nous avons le pollen,
des petits grains,
et à l'intérieur des grains,
nous avons le sperme.
Et au milieu, ici,
nous avons le pistil.
À la base du pistil,
nous avons l'ovaire
et l'ovule qui va se transformer en graine.
Je vais essayer
de l'ouvrir pour qu'on voit mieux
à quoi ça ressemble.
Nous avons le pistil, ici,
qui va jusqu'à l'ovaire
et un tout petit ovule à l'intérieur.
Le pollen va aller ici
et relâcher les angiospermes
qui vont ensuite couler à l'intérieur
pour rencontrer l'ovule en bas
pour se transformer en graine.
C'est très difficile à voir ici
parce qu'elle est très récente.
Si tu veux bien me tenir ça,
je vais attraper un fruit
et on va essayer de le regarder
de plus près.
Cette enveloppe verte,
c'est la même chose
que ce qu'on a ici.
Sauf que maintenant,
elle est remplie de graines
qui ont été fertilisées.
Ça, c'est après la pollinisation.
Oui.
Et si on ouvre ici,
on voit beaucoup de graines
dans trois compartiments différents.
Un de trois compartiments.
Et ici, on a les graines.
On va regarder combien de graines il y a.
Il y en a plein.
Ensuite,
ces graines vont tomber sur le sol
et de nouvelles plantes vont pousser.
Ce genre d'expérience est bien mieux en vrai
que sur un écran, tu ne trouves pas ?
Bien sûr.
On peut en parler autant qu'on veut,
mais c'est seulement en disséquant
que les étudiants comprennent
véritablement ce qu'ils font.
On les amène dans le laboratoire,
mais je leur dis avant qu'ils entrent
que s'ils ressortent
et que le fruit est encore entier,
c'est qu'ils n'ont pas fait du bon travail.
S'il y a des morceaux de plantes partout,
c'est qu'ils ont fait du bon travail.
La collection de plantes botaniques
compte plus de 9 000 espèces
à la disposition des chercheurs
et des étudiants.
Elle s'agrandit chaque année un peu plus.
Dans les parterres du Psala,
de l'Inée à Petra,
on continue, depuis 200 ans,
à enrichir le livre de la botanique.
Petra, cette fièvre
de la découverte des plantes
qui a animé le XVIIIe
et le XIXe siècle,
notamment à l'époque de l'Inée,
on a encore beaucoup de choses
à découvrir aujourd'hui.
Il y a encore tellement de choses
que l'on ne sait pas à propos
de la diversité sur la planète.
Il y a beaucoup de choses
qui n'ont pas été découvertes.
Par exemple,
tout ce que nous n'avons pas compris
ou trouvé sur la diversité
dans les tropiques.
Dans les forêts tropicales,
on découvre de nouvelles espèces
que nous ignorions avant.
Nous allons dans différents pays,
nous récoltons,
et c'est en rentrant que nous comparons
et que nous nous demandons
« est-ce que c'est nouveau ? ».
On peut utiliser la morphologie
ou l'ADN,
et souvent avec ces deux outils,
nous pouvons déterminer
si c'est quelque chose de nouveau.
C'est vraiment important
de suivre les traces de l'Inée,
d'aller sur le terrain,
de collectionner des plantes
et de faire des recherches
pour comprendre le monde
dans lequel nous vivons.
