Le 8 novembre 2022, Emmanuel Macron conviait à l'Elysée les patrons des 50 sites les plus polluants de France. Objectif?: accélérer la transition énergétique des grandes industries. Le président leur fixait un cap?: diminuer par deux les émissions en 10 ans avant d'atteindre la neutralité carbone en 2050. Les équipes de LCP se sont rendues à Fos-sur-Mer, à 50 km à l'Ouest de Marseille, l'une des plus grandes zones industrialo-portuaires de France et l'une des plus polluantes. Ici se côtoient tous les plus grands noms de l'industrie, Arcelor Mittal, Kem One, Esso et bien d'autres. Ils émettent chaque année 18 millions de tonnes de CO2. Leur mutation est en marche pour atteindre les objectifs fixé par l'Etat. Mais comment transformer ces industries polluantes et à quel prix ? Production d'hydrogène vert, d'acier bas carbone, installation de panneaux photovoltaïques, et développement d'un parc éolien offshore, autant de projets qui font de Fos le laboratoire de la décarbonation. Mais pour ne pas commettre les erreurs d'autrefois, les projets doivent aujourd'hui emporter l'adhésion des habitants et riverains de la zone, car désormais leur voix compte. Un magazine de Marion Becker et Pierre-Yves Deheunynck Montage Maxime Riou
Chaque mois, LCP le Mag vous plonge dans l´application des lois, les grands dossiers d´actualité qui font débat à l´Assemblée nationale ou les coulisses des campagnes électorales.
Fosses-sur-Mer, à 50 km à l'ouest de Marseille,
un village provençal
cerné par l'une des plus grandes zones industrielles
au portuaire de France
et l'une des plus grandes sources de pollution.
Ici, 18 millions de tonnes de CO2 sont émises chaque année.
Là, vous avez la torche qui émet fortement de pollution,
fortement de CO2,
et c'est pour ça qu'il faut véritablement rentrer
dans la décarbonation.
L'Etat a fixé un objectif ambitieux,
atteindre la neutralité carbone en 2050.
L'industrie est en pleine mutation.
Décarboner, c'est pour être là demain.
C'est une condition de survie.
En quelques années,
Fosses est devenu le laboratoire de la décarbonation.
L'hydrogène et le méthane de synthèse,
c'est une des briques qui vont être à la disposition
des industriels pour pouvoir se décarboner.
Décarboner, mais à quel prix ?
Certains projets suscitent l'inquiétude des habitants.
Personne n'a expliqué qu'on va recouvrir les étangs,
mettre une usine à tel endroit, clôturer.
On ne peut pas s'être battus pendant 20 ans
contre les pollutions et ne pas accompagner le mouvement
qui nous amène à zéro émission.
La réindustrialisation est en marche
pour libérer l'industrie des énergies fossiles.
Un chantier titanesque.
René Raimondi est le maire de Fosses-sur-Mer.
Enfant du pays, il a vu les industriels
s'installer sur ses terres, aux portes de la Camargue.
J'avais 10, 11 ans, quand ESSO a commencé à se construire
et Arcelor dans la continuité.
Tout ça n'était que du marécage, dans le passé.
Dans les années 60,
l'Etat décide de créer un nouveau port et d'implanter des usines.
Le complexe industriel au portuaire,
sort de terre.
Ici, Eugène Culleman est seul maire.
La sidérurgie, c'est-à-dire les hauts fourneaux et la scie.
À côté, la chimie, l'air liquide, ICI, Péchinay
et puis tous les grands du pétrole,
déjà concentrés sur les bords de l'étang de Berre,
mais un peu à l'étroit.
Grandes éoliennes, on voit les portiques du grand port maritime.
Bien évidemment, en contrepoint, au fond, ArcelorMittal.
Des pots pétroliers de fosse, qui est un hub essence.
La raffinerie, c'est ça.
Aujourd'hui, le géant industriel est en nous.
Le trois quarts des habitants ont travaillé dans ces usines
ou ont travaillé directement pour la ville.
Si l'industrie fait vivre les habitants,
pendant des décennies,
elle a émis des polluants dangereux pour la santé
et rejeté des millions de tonnes de carbone dans l'atmosphère.
Aujourd'hui, la zone industrielle
veut devenir la pionnière de l'industrie décarbonée,
un modèle, après avoir longtemps été pointé du doigt.
Les pollutions qu'on connaissait il y a 20 ans,
qui ont créé de graves soucis sanitaires,
on les a de moins en moins aujourd'hui.
Et la décarbonation qui est devant nous
devrait, au fil du temps,
en 2030, 2035,
faire disparaître la grande majorité des émissions,
et en particulier celle du carbone.
Quand on prend Fosse, Le Havre et Dunkerque,
c'est 50 % des émissions de gaz carbonique de toute la France.
Donc il y a véritablement de quoi faire.
Il y a un magnifique chantier devant nous.
Et moi, je suis fier parce que, quelque part,
ce ne sont pas nos combats contre la pollution,
mais c'est la prise de conscience planétaire
que le réchauffement climatique est là
et qu'il faut agir très vite.
Et que Fosse soit au coeur
de ce mécanisme de survie, on va dire,
ça me rend quelque part un peu fier, voilà.
Et c'est pour ça qu'aujourd'hui,
de combattant de cette pollution,
je suis devenu le promoteur de cette industrie de domaine,
de cette transition énergétique
et de cette décarbonation en particulier.
Un pari à plus de 11 milliards d'euros d'investissements
et le temps presse.
D'ici 2030, les industriels devront diviser par deux
leurs émissions de CO2 avant d'atteindre la neutralité en 2050.
Alors, ils ont entamé leur mutation,
à l'image de Petro-Ineos,
le plus gros site pétrochimique et de raffinage du sud de la France.
La raffinerie traite chaque année
10 millions de tonnes de pétrole brut,
cette énergie fossile dont il faudrait se passer.
Le site de la Vera émet chaque année
1,6 million de tonnes de CO2.
Là, on arrive sur la partie des trois gros complexes,
où on a un complexe hydrocracker, que vous voyez là,
avec une unité principalement orientée
vers la production de diesel.
Comment décarboner quand on raffine du pétrole ?
Si Petro-Ineos continue de produire des carburants,
la raffinerie cherche à moins polluer.
Elle a mis en place un projet de décarbonation
dénommé Blue Sky.
Damien François est ingénieur sur ce projet.
Je vais essayer de passer, mais il y a des travaux de partout.
Pour moins polluer, il faut d'abord moins consommer
et utiliser une énergie plus propre
pour faire fonctionner ces machines,
passer au tout électrique.
L'électricité doit remplacer le gaz et le pétrole.
Il y a des travaux qui sont en train d'être menés.
On a un projet d'électrification de notre raffinerie.
D'ici fin 2025, on devrait avoir doublé la capacité de la raffinerie
en termes de disponibilité électrique.
Ça a commencé en 2014 pour ce four qui fonctionnait avec du fioul liquide,
qui émettait beaucoup de CO2, du soufre.
On a remplacé les brûleurs pour les passer à des brûleurs gaz.
Ça fait partie de notre amélioration d'efficacité énergétique,
mais aussi de notre décarbonation,
puisqu'on a réduit l'impact de CO2
grâce aux changements de combustible sur ce four.
Ces projets ont permis de réduire de 70 % les émissions polluantes
et de 8 % les émissions de CO2.
A terme, la raffinerie aimerait ne plus utiliser d'énergie fossile
dans ses procédés de fabrication.
On peut travailler dans l'industrie ?
L'industrie peut aussi être sensible aux questions environnementales ?
Oui, ça en va, d'une part, pour l'image de marque de notre société.
L'objectif d'une société comme la nôtre, c'est pas de polluer.
C'est, par contre, répondre à un besoin de produire des carburants
pour chacun, pour la mobilité, pour la vie de tous les jours.
Mais c'est aussi pour nous, en tant que citoyens,
comme je disais, c'est important,
parce qu'on vit aussi aux alentours, pour la plupart.
L'objectif, c'est pas non plus d'avoir un environnement dégradé
lorsqu'on quitte l'usine.
Donc, voilà, c'est important,
et on est très sensibles à ces points-là.
Au-delà des attentes de la société et de l'image pour l'industriel,
c'est un enjeu stratégique pour l'avenir de la raffinerie,
car la France aimerait se passer du pétrole.
En 2035, il n'y aura plus de nouveaux moteurs thermiques,
la demande de carburants pourrait chuter.
Alors, Petro Ineos doit anticiper sa conversion
pour produire des énergies plus propres.
Le directeur suit de près l'évolution du projet Blue Sky.
On les prend un par un, puis on va plus dans le détail, ça te va ?
Oui, très bien.
Sur le projet Blue Sky,
alors, toute la fresque des projets d'optimisation énergétique,
celle-ci, elle est bien avancée.
Sur les projets d'électrification,
on est en train de...
On finalise la courbe d'augmentation de nos consommations électriques.
C'est parfait, ça.
L'avenir d'une raffinerie dans un monde décarboné,
dans le futur, c'est quoi ? C'est devenir une plateforme...
Ça sera une plateforme multi-énergie.
Ça sera donner des e-fuels,
des carburants qui seront verts.
Ça sera fabriquer ces carburants avec de l'hydrogène renouvelable.
Ça sera donner accès à de la mobilité par l'hydrogène,
de l'électricité renouvelable.
C'est un concept qui n'est pas forcément...
On travaille dessus, mais qui est en cours d'élaboration.
Cet hydrogène, un de nos projets,
est de remplacer cet hydrogène fossile par de l'hydrogène renouvelable
qui a été produit par électrolyse de l'eau.
A partir d'électricité renouvelable.
Donc, emprunt de carbone, zéro.
Donc, c'est un vrai levier pour nous
pour réduire nos émissions de CO2 directes.
C'est un avantage stratégique si on arrive à être parmi les premiers.
C'est pour ça qu'on travaille dessus.
Pour avoir une proposition de carburant
avec cette composante verte.
Le plus tôt possible.
Exactement.
Pour cette plateforme du futur,
Petro-Ineos devra investir 1,6 milliard d'euros.
Des investissements colossaux
pour développer l'énergie du futur, l'hydrogène.
Ici, à Fos, elle suscite de grands espoirs.
C'est ici, justement, que GRT-Gaz et ses partenaires
ont développé le premier démonstrateur de production d'hydrogène
à échelle industrielle.
Là, on est sur un électrolyseur PEM.
Nouvelle technologie.
C'est le seul électrolyseur PEM qui a été construit par McPhy
pour le projet.
500 kW de puissance.
Il va produire environ 90 nm3 d'hydrogène.
La réaction se passe dans les stacks qui sont devant vous,
les petits réservoirs.
L'électricité, produite à partir d'énergies renouvelables,
est plongée dans ces réservoirs d'eau.
Le courant électrique casse alors les molécules d'eau
en séparant la molécule d'oxygène de celle d'hydrogène.
L'hydrogène ainsi obtenu peut être intégré dans le réseau de gaz
où il se mélange au gaz naturel.
Sur ce site, en fait, on va s'attacher à tester
vraiment ces équipements,
les pousser un peu au bout de leurs capacités
pour être en mesure, derrière, de produire
en relativement grande quantité l'hydrogène
dont on va avoir besoin demain pour décarboner l'industrie.
Pour aller plus loin dans la décarbonation,
Jupiter 1000 capte et utilise la pollution de l'usine voisine
pour produire du méthane de synthèse,
un système prometteur.
Donc là, le principe,
on va rentrer du CO2 et de l'hydrogène,
donc l'hydrogène qu'on a fabriqué chez nous
et le CO2 qu'on a capté sur l'usine qui est à côté
pour la décarboner.
Et on va mélanger notre hydrogène et notre CO2.
On va les faire passer à travers un réacteur
avec une poudre catalytique,
avec un catalyseur plutôt à l'intérieur.
Et la réaction, on va créer du coup un e-gaz,
donc du e-méthane,
qu'on va après injecter directement
dans le réseau gaz naturel existant.
Là, on va arriver sur la phase vraiment de production
où on va tester à pleine charge le process.
Super.
L'idée derrière,
quand on sera en production plus industrielle,
ce sera que ce e-méthane, ce méthane de synthèse,
finalement, il puisse être utilisé
en substitution du gaz naturel fossile
pour, derrière, décarboner les usages
qui seront les plus compliqués à décarboner
au niveau des usages de gaz.
Ces gaz de synthèse pourraient devenir
le carburant du transport routier
ou des transports maritimes et aériens,
les plus difficiles à remplacer aujourd'hui.
La décarbonation de l'industrie aujourd'hui,
elle ne pourra pas se faire sans l'hydrogène ou le méthane ?
L'hydrogène et le méthane de synthèse ou le biométhane
sont des composantes
qui vont permettre de décarboner l'industrie.
Il n'y a pas de solution universelle et miracle,
sinon on l'aurait déjà appliquée, je vous garantis.
C'est une des briques qui va être à la disposition des industriels
pour pouvoir, demain, se décarboner.
Les industriels misent déjà sur la précieuse molécule.
Deux projets d'envergure devraient voir le jour.
Gravity sera la première usine française
de production par hydrogène de fer bas carbone.
Une usine de production d'hydrogène,
elle, fabriquera dès 2026
des carburants de synthèse pour l'aviation.
Elle se nomme H2V.
Elles s'installeront ici, à Fos,
sur les terres du Grand Port maritime de Marseille,
2e port de France et 3e de Méditerranée.
Le port, ce ne sont pas que des quais pour accueillir les bateaux.
Il a décidé de mettre à disposition une partie de ces terrains libres
pour développer l'énergie du futur.
L'endroit où on est, ici, très précisément,
c'est le futur terminal sur lequel on souhaite
que soient développées des éoliennes
qui seront mises au large en Méditerranée.
Elle se situe exactement là.
Ce qu'il faut imaginer, c'est un grand terre-plame
avec des énormes flotteurs dessus, 2 terrains de foot,
en acier ou en béton,
et à côté des éléments d'éoliennes, eux aussi assez importants en taille,
et surtout une immense grue,
une des plus grandes grues du monde,
puisqu'elle est capable de porter 2 à 320 à une hauteur de 200 m.
C'est vraiment une énorme grue
qui va soulever les éléments pour intégrer, pour construire
l'éolienne.
Et puis, devant le terre-plame, il y aura un quai,
et sur ce quai, avec des flotteurs qui seront en flottaison,
des éoliennes en préparation,
et puis les amener en mer pour les stocker
en attendant qu'elles partent au large.
Le port veut devenir le hub de l'éolien offshore en Méditerranée.
Les énergies renouvelables et l'hydrogène joueront un rôle majeur
pour tenir les objectifs de décarbonation,
mais à quel prix ?
Si les projets de la zone industrielle au portuaire
sont bien accueillis par les habitants,
un autre projet, situé à quelques kilomètres
de l'autre côté de la ville de Fos, les inquiète.
Du site, c'est bien qu'on voit des dames, des randonneuses.
Bonjour, mesdames.
Vous êtes au courant du projet qu'ils veulent faire ici, là ?
Moi, je suis contre.
Eh bien, nous aussi, nous sommes contre.
Qu'est-ce qu'ils veulent faire ?
Là, ils veulent recouvrir les étangs de 500 hectares de panneaux solaires.
Ils ne serviront pas ?
Si, mais ils vont servir à faire fonctionner
une partie d'une usine à hydrogène qu'ils vont mettre sur le plan d'Eros.
Au revoir, mesdames.
Avec ce projet, dénommé Ivance,
l'entreprise Géoselle espère produire ici,
sur ces étangs d'eau salée, de l'hydrogène bas carbone
dont auront besoin les industriels de la zone.
Dès qu'il a été informé de ce plan,
Jean-Louis Sagnal a monté un collectif
pour préserver ces étangs.
La population, on leur a dit qu'on allait décarboner la planète,
FOSS allait être pionnier dans le monde
et qu'on allait sauver tout le monde.
Et donc, il est difficile d'être contre cette idée-là.
Mais personne n'a expliqué qu'on allait recouvrir les étangs,
mettre une usine à tel endroit, clôturer,
on prévoit une nouvelle ligne haute tension de 125 000 volts,
et puis recouvrir ce lac,
ça veut dire, là, pour le coup, condamner toute vie,
évidemment, dans le lac et autour.
C'est une zone de survol des oiseaux.
Les industriels, on les a acceptés tant qu'ils sont à l'intérieur
de la zone qui leur a été dédiée, spécifiquement délimitée
pour elle.
Et d'ailleurs, nous, ça fait 20 ans qu'on existe
et ça fait 20 ans qu'on suit toutes les industries,
on fait partie de toutes les commissions de suivi de sites,
on a élaboré les plans de prévention des risques technologiques
avec les industriels,
on entretient des rapports qui sont cordiaux avec les industriels,
parce que cette activité nous fait vivre.
Nous ne sommes pas du tout contre la technologie photovoltaïque,
on n'est pas du tout contre le développement industriel de FOSS,
on n'est pas du tout contre les énergies renouvelables,
nous sommes contre l'implantation de ce projet
sur certe partie est de la ville,
qui nous semble totalement déraisonnable.
Le soir même, les habitants ont rendez-vous à la maison de la maire.
Géoselle va tenter de les convaincre.
Car désormais, toutes les nouvelles installations
qui ont un impact sur l'environnement
doivent faire l'objet d'une concertation et d'un débat public.
Plus question d'imposer les usines, comme dans les années 60.
Les dirigeants de Géoselle le savent,
une partie de la ville est hostile au projet.
La séance s'annonce houleuse.
Bonsoir à tous, je suis très heureux de vous voir aussi nombreux aujourd'hui
pour ouvrir cette concertation.
Alors, moi, j'ai bien entendu les questions
et les oppositions de certains
concernant le projet que nous portons aujourd'hui.
Mais nous sommes là ce soir,
comme nous serons présents à chaque moment de la concertation,
pour déjà vous écouter,
vous répondre et, j'espère, débattre,
parce que ce mot, pour moi, est quand même très important,
et avoir un échange ouvert et constructif.
Le projet, c'est tout d'abord une ferme solaire
qui permet de produire de l'énergie, de l'électricité décarbonée,
puisque c'est de l'énergie solaire.
Ça correspond, en décarbonation,
à éviter d'émettre 105 000 tonnes de CO2 par an.
105 000 tonnes, c'est la moitié du bilan carbone de la ville de Marseille.
Et à l'échelle d'une année, le projet sera autonome en énergie,
c'est-à-dire qu'il apportera autant d'énergie
qu'il n'en a besoin pour produire de l'hydrogène.
Il y a madame ici, il y a monsieur en vert là,
il y a monsieur là-bas ici, il y a monsieur qui est là-bas,
il y a monsieur ici, il y a monsieur ici.
Écoutez, moi, je me demande pourquoi on veut absolument
détruire ces deux états, c'est le seul poumon de vie
qui nous reste un petit peu, le seul poumon de Berlioz,
alors qu'on en a, du côté ouest, une zone industrielle,
où cette zone industrielle, il n'y a plus rien.
Il n'y a plus d'arbres, les marais sont en train de mourir,
et donc, pourquoi ne pas l'installer là ?
Mais en fait, on ne prévoit pas de détruire les étangs.
On vient superposer des panneaux photovoltaïques.
Vous avez effectivement mentionné d'autres zones
pour implanter ces 500 hectares de panneaux photovoltaïques.
Aujourd'hui, trouver un foncier sans déboiser,
sans détruire la nature,
pour mettre 500 hectares de panneaux photovoltaïques,
c'est quasiment impossible dans la région.
Je dis, si on proposait ça dans le cadre de l'État,
il faudrait qu'il y ait un point.
S'il vous plaît, attendez. Voilà, merci.
Si vous voulez en parler, vous pouvez.
Bon, merci.
Vous pouvez continuer.
Le projet, tel qu'il est présenté actuellement,
est vraiment une dégradation impensable et désastreuse pour la ville.
Donc, je disais, il faudrait renoncer à ce projet
pour permettre aux habitants de respirer un peu mieux.
Alors, posez-vous la question.
Est-ce que vous voulez continuer à avoir des cancers dans la région ?
Est-ce que vous voulez continuer à subir cette pollution ?
Ou vous voulez vivre avec une énergie renouvelable ?
C'est la question qu'il faut se poser.
On est pour ou on est contre, mais posez-vous cette question.
Monsieur le maire, vous avez la parole.
Pour le maire de Fos, soutien du projet...
Non, on va vous donner un micro.
Les réticences des habitants ne seront pas sans conséquences
sur leur avenir.
Que direz-vous à vos enfants dans 40 ans ?
Que vous vous êtes battus contre des projets...
Oui, oui, oui, que vous vous êtes battus contre des projets...
Attendez, c'est comme ça, la concertation ?
Bravo, les démocrates !
Il n'y a pas de choix, c'est comme ça.
Parce que sinon, les panneaux aiguilhrogènes,
on les fera en Espagne.
Les panneaux aiguilhrogènes, on les fera au Maroc,
on les fera bien ailleurs.
Et effectivement, on se retrouvera sans industrie,
sans électricité et sans tout le reste.
Applaudissements
La concertation s'est achevée au début de l'été.
Le rapport issu des réunions publiques
soulève le clivage au sein des participants,
la défiance des opposants
et le rejet d'une lieu d'implantation d'Ivans.
Un avis consultatif.
Romuald de Meunier et Jean-Louis Sagnal
ont le sentiment d'avoir réussi à faire bouger les lignes.
On s'est fait entendre, c'est certain.
C'est certain, on s'est fait entendre.
Est-ce qu'on a réussi...
à arrêter le projet ?
Ca ne l'est pas.
On s'est fait entendre.
Ca a permis aux gens, et notamment aux décideurs,
de changer leur regard sur la chose.
C'est ça qui est important.
Nous restons, bien sûr, demandeurs et optimistes
pour l'abandon complet du projet sur cette zone.
Ils ont remporté une première victoire.
Face à l'opposition,
désormais, le maire demande lui aussi le retrait du projet.
Géoselle a pris acte des inquiétudes exprimées
lors de la concertation.
Ivans ne verra pas le jour tel qu'il a été présenté.
Depuis son siège,
la directrice du projet travaille à une alternative.
On a entendu des oppositions pendant la concertation,
mais pas d'opposition contre le principe de notre projet.
C'est-à-dire, ça, c'est un point qu'on a noté,
c'est-à-dire qu'on n'a trouvé personne qui nous dise
que notre projet n'a pas de sens, de décarboner.
C'est pas ça qui a été remis en cause.
Parmi les oppositions,
il y a des questions de sécurité
autour de l'usine d'hydrogène
et également des questions d'impact paysager.
On va revoir le projet en profondeur.
On ne va pas le faire tel qu'il avait été présenté au départ.
Maintenant, la revue d'un projet d'une telle ampleur,
ça prend du temps.
Malgré les réserves, Géoselle n'abandonne pas le projet.
La zone industrielle au portuaire n'a pas d'autre choix
que de décarboner, développer de nouvelles énergies
et une industrie plus propre.
L'opportunité d'un renouveau économique
pour la ville et ses habitants.
Quand vous annoncez panneaux photovoltaïques,
hydrogène, SAF, e-carburant,
ce qui va se faire, c'est énorme.
Au moment de la construction, c'est peut-être 30 000 emplois.
Comment les acheminer sur les chantiers ?
Ca va être une sacrée aventure.
Un autre défi a temps fausse.
Celui des infrastructures.
La départementale qui mène aux ports et aux industries
est déjà saturée.
Tous les jours, la même file de camions s'étire.
Malheureusement, rien n'est adapté,
que ce soit le réseau routier,
qui, effectivement, est le même depuis 50 ans.
On n'a pas mesuré l'importance de ce qui se passait ici.
Mais il nous faut, comme les autres,
les outils nécessaires.
J'ai beau prendre mon bâton de pèlerin
et monter sur Paris pour essayer d'expliquer tout ça,
chaque fois, effectivement, j'ai des oreilles attentives,
des oreilles intéressées,
mais au bout du bout, pas grand-chose qui se passe.
Fos attend des investissements publics
à la hauteur des enjeux
et du chantier colossal entrepris par les industriels.
L'enjeu est stratégique pour atteindre l'objectif
de neutralité carbone fixée par l'Etat pour 2050.