"Il faut prendre ce qu'il se fait ailleurs", le foot doit s'inspirer du rugby selon Rothen

RMCSport
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19 nov. 2024
Le rugby peut-il dépasser le foot dans le cœur des Français ? Si "le foot reste le sport numéro" pour Jérôme Rothen, ce dernier pense que le ballon rond devrait s'inspirer du rugby sur certains côtés.
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Je suis forcément un grand passionné de football, mais un grand passionné de rugby.
Et je connais bien le rugby.
Je m'y suis intéressé assez tôt dans ma carrière de footeux.
Et j'ai beaucoup de relations dans le rugby.
Et donc, j'adore, si tu veux, pour moi, c'est très complémentaire avec le foot.
Et vice versa, beaucoup de rugbyman regardent du football, surtout à mon époque.
Aujourd'hui, ça a évolué, en effet.
Moi aussi, les joueurs de rugby, sommes fans de foot.
Oui, c'est vrai. C'est pour ça.
Je te dis, c'est réciproque, mais ça a évolué.
En effet, ça a évolué parce que le foot, et on le dit sans cesse dans l'émission ici,
mais même ailleurs, et on le remarque de toute façon,
c'est que de plus en plus, il y a une bulle dans le football.
Et cette bulle-là, tu n'arrives pas à rentrer dedans,
parce que des gens qui ne connaissent pas forcément le football
et qui le découvrent et qui sont des businessmen te disent
il faut les protéger, il faut les protéger beaucoup plus que le rugbyman.
Donc la proximité avec les gens, forcément, dans le foot, ça a du mal à exister.
Ça existe énormément dans le rugby et ils ont raison d'aller là-dedans.
Mais pour moi, il n'y a même pas de comparaison à faire
parce que le foot reste le sport numéro un.
Jean-Louis, ça se voit en termes de licenciés et surtout, ça touche le grand public.
C'est 2,3 millions de licenciés, le rugby, c'est 324 millions.
C'est pour ça. Et pourquoi ?
Je vais te dire, c'est très simple.
C'est qu'au football, tout le monde peut y jouer.
Tout le monde peut y jouer.
Tu peux y jouer dans la rue.
Tu peux y jouer sur des terrains boueux,
même avec des bosses ou quoi que ce soit.
Tout le monde joue avec, t'es pas obligé d'avoir un ballon.
Tu peux jouer avec une petite balle.
Tu peux jouer avec des boules de papier aussi.
Donc c'est comme ça.
Et surtout, les règles sont beaucoup plus simples.
Donc ça amène, si tu veux, les gens à moins réfléchir.
Tu vois, en termes de règles, c'est assez facile.
Le rugby, c'est spécifique.
C'est moins grand public.
Par contre, c'est plus violent.
C'est autre chose.
Mais ça encore, je vais même pas aller sur la violence.
Je vais te dire que là, tu restes sur les sports,
mais il y a aussi l'image renvoyée par les deux équipes de France.
Il y a un rejet de l'équipe de France de foot
et tout le monde en profite pour dire que le rugby est formidable
ou le foot a des lacunes.
Jean-Louis, là aussi, je vais te renvoyer, si tu veux, à l'affiche.
Non, mais France-Nouvelle-Zélande, c'est France-Brésil au foot.
France-Nouvelle-Zélande, moi, j'y étais.
Je me suis régalé au Stade de France.
Et là, là, c'est différent.
Ce que tu mets en avant, c'est qu'une fois que ça touche
forcément moins le grand public, parce que pour regarder un match de rugby,
il faut quand même comprendre les règles.
Et ce n'est pas facile.
Même les acteurs aujourd'hui, les anciens joueurs ou les joueurs actuels,
des fois, il y a des règles qui les dépassent.
Aussi, tu n'auras pas les noms.
Il y en a qui ont joué toute leur carrière sans connaître les règles.
Et c'est pour ça.
C'est pour ça que c'est aussi complexe.
Après, si tu me dis...
Je te fais un bisou à Bébène.
Oui, on l'embrasse maintenant.
Si tu me parles de l'atmosphère du rugby,
en effet, dans un stade comme ça, par exemple, samedi soir,
c'était fantastique.
Et moi, ce que je reproche au foot,
et c'est pour ça qu'on met une petite alerte
aux dirigeants du football français,
déjà du football français, je ne parle même pas en Europe et dans le monde,
mais du football français.
Méfiez-vous de ce que vous mettez en avant,
le spectacle sur le terrain, le spectacle dans les tribunes.
Tu dois faire très attention, protéger un peu plus ce football qu'il l'est.
Parce que l'ambiance d'un match de rugby,
même si c'est une énorme affiche,
tu fais un France-Brésil au football qui correspond à un France-Nouvelle-Zélande.
Je suis sûr que tu n'as pas la même ambiance dans les tribunes.
Là, c'était fantastique.
J'y suis allé avec mon fils.
Il s'est régalé.
Il a dix ans.
Je l'ai vu dans ses yeux et les étoiles qu'il avait.
Il a pris un kiff énorme, comme moi, comme moi.
Ce n'est pas que dans le stade, Jérôme.
C'est bizarre que tu prennes les comparaisons dans le stade,
parce que quand tu te mets au stade de l'aérodrome
sur une demi-finale d'euro entre l'Allemagne et la France, c'est dingue.
C'est en dehors du stade, la différence entre nous et dans la ville.
Oui, non, mais c'est dans le stade.
C'est extraordinaire, le rugby.
Quand ils viennent faire des demi-finales à Marseille ou des matchs de trucs,
mais les gens, ils sont contents
parce qu'ils savent qu'il va y avoir une bonne ambiance,
parce que les gens, ça va bien se passer.
Il n'y aura pas de bagarre.
Les mecs vont boire des coups ensemble.
Il y a plein de trucs à prendre sur le rugby.
Oui, beaucoup de trucs, beaucoup.
Et je pense que dans le foot,
on pète tellement plus haut que nos fesses,
qu'on ne se serre pas.
Mais il faut aussi prendre de ce qui se passe ailleurs.
Même si c'est un sport qui est, en termes de médiatisation,
inférieur au football,
c'est bien aussi de prendre cette atmosphère-là.
Franchement, un France-Nouvelle-Zélande comme ça,
la Marseillaise reprise par 90 000 personnes.
Mais je n'ai jamais vu ça, même dans le foot, dans les gros matchs.
Je n'ai jamais vu ça, j'en avais des frissons, Jean-Louis.
Nous, on a toujours des sifflets, on a toujours des ceci, des cela.
Putain, mais tout le monde, et tu respectes aussi l'adversaire,
la Nouvelle-Zélande, le Haka était respecté, c'était fabuleux.
Fabuleux, il faut se servir de ça.
Pas les mettre en comparaison et en concurrence,
mais se servir de ça.
Parce que pour moi, les deux sont complémentaires.
Éric, qu'est-ce que tu en penses ?
Écoute, le rugby a aussi ses problèmes.
On a passé un été compliqué,
tu sais, où l'image a été écorchée.
Et le rugby a aussi ses problèmes.
Mais le rugby, il y a un truc merveilleux.
Déjà, pour régler le débat,
le football est un sport planétaire, interplanétaire.
Zidane peut aller se promener de partout dans le monde.
Tout le monde le connaît.
Le rugby, c'est quand même un sport très anglo-saxon
et très identifié sur les pays.
Le débat, c'est dans le cœur des Français.
Non, non, oui, oui, d'accord, OK.
Mais le rugby a un truc extraordinaire, c'est que d'abord,
et parce que j'ai même entendu l'histoire d'aujourd'hui,
le débat, parce que les matchs étaient un jour derrière l'autre,
sur la Marseillaise, tu sais.
Donc non, mais là, il faut que les gens, ils arrêtent avec ça
parce que le rugby, c'est un sport de combat.
Et donc, tu ne peux pas être,
tu ne peux pas aller dans ce genre de match-là sans engagement.
Tu joues ta vie.
Donc, ce n'est pas pareil que le foot.
Tu ne peux pas comparer.
Et ce qui se passe au moment des hymnes,
c'est que le combat commence déjà à ce moment-là.
Donc, les mecs, à travers l'hymne,
ils se motivent pour le match.
Ils se tiennent, ils pleurent, ils chantent fort, plus fort que l'autre
pour montrer qu'ils vont être là.
C'est plus que du patriotisme.
C'est les mecs, quand tu rentres sur un terrain de rugby,
tu joues ta vie parce que si tu vas à demi-moille,
tu finis à l'hôpital et peut-être en fauteuil roulant.
Donc, on ne peut pas comparer.
Et Michel Platini en parlait tout le temps.
Il disait, moi, je ne chantais pas l'hymne
et personne ne peut penser qu'il n'était ni patriote,
ni qu'il avait envie de défendre la manière
dont il a défendu le maillot français.
Tu vois, ça a été le plus grand représentant,
comme Zizou, comme les mecs de ma génération.
Voilà, ce n'est pas pareil.
Ce n'est pas la même culture.
Avec ça, c'est un débat qui ne sert à rien.
Ensuite, ce qu'il y a d'extraordinaire,
et là où nous, on s'est un peu perdu dans le foot,
c'est que dans le rugby aujourd'hui,
je retrouve ce que j'ai connu du gars.
Tu es plus vieux que Jérôme,
mais Jérôme l'a connu sûrement aussi.
Ce que j'ai connu, moi, quand je jouais,
c'est-à-dire des entraînements
où les gens viennent voir l'entraînement,
des conférences de presse
où les mecs viennent dans le vestiaire t'interviewer.
C'est-à-dire que tu n'étais pas en conférence de presse
à l'autre bout d'une salle où le mec, il te parle,
il ne te voit même pas.
Et les gens qui ne te voient jamais à l'entraînement
ou qui ne te croisent jamais à une sortie de stade
ou à une sortie d'entraînement.
On s'est isolé, on s'est mis dans une bulle, le foot.
Alors qu'eux, ils ont tout compris.
Ils ont ce truc-là qu'il ne faut surtout pas qu'ils perdent.
Et je le disais tout à l'heure, après, je laisse du gars.
Et surtout, c'est tout ce qui se passe en dehors du stade.
Je le répète, chaque fois qu'il y a les quatre équipes
qui sont demi-finalistes du Championnat de France
qui viennent au Stade Vélodrome,
les mecs sont là pendant quatre jours.
Ils boivent tous des coups ensemble.
Il n'y a pas une bagarre.
Ils chantent, c'est merveilleux.
On se régale de les voir arriver.
Quand je dis Marseille, c'est pareil quand tu vas à Lille,
quand tu vas à Bordeaux, quand il y a les demi-finales comme ça.
N'en parlons pas, c'est des étrangers qui viennent.
Et ça, c'est un vrai plus parce que nous,
en dehors du foot, on parle de quoi ?
Des bagarres, des chats homophobes, des bandes de rôle.
Voilà, on a tout faux, nous aussi, à ce niveau-là.
Après, il y a un truc avec cette comparaison,
c'est que comme il y a rejet de l'équipe de France de foot,
on cherche le moindre truc où ça va bien et on grossit le trait.
C'est-à-dire que le rugby, ça s'est bien passé samedi,
on a oublié toutes les polémiques parce qu'il fallait taper sur le foot.
Les polémiques, c'est lié en dehors du stade et tout ça.
Là, moi, je te parlais de l'atmosphère au match.
Que ce soit France-Nouvelle-Zélande ou France-Angleterre ou France-Japon,
tu sais que...
Oui, mais ça joue sur l'image même si ça se passe en dehors du terrain.
Ce qui s'est passé cet été, ça joue sur l'image.
Ce n'est pas bon pour eux, c'est sûr.
